Chapitre 487
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 486
La sirène assourdissante finit par se taire.
Au même moment, les rapports des subordonnés que j’avais dispersés dans le vaisseau affluèrent. Toutes les menaces susceptibles de me poser problème avaient déjà été neutralisées.
« *Ça s’est terminé plus facilement que je ne le pensais.* »
Environ trois heures s’étaient écoulées depuis mon infiltration et le début de ma tentative de détournement. Dans le monde réel, c’était la prise de contrôle la plus rapide que j’aie jamais menée à bien.
Pour un vaisseau de guerre gardé par des soldats — plus précisément par l’escouade de poursuite qu’Akira avait lui-même constituée —, le résultat avait quelque chose de presque décevant. À vrai dire, m’introduire à bord s’était révélé plus difficile que de m’emparer du vaisseau.
« *Quand j’ai fini de désamorcer les bombes, j’ai failli faire un bond en voyant six Gigacrackers alignés.* »
Recevoir de plein fouet la puissance de feu de six canons à ions supermassifs, c’était la mort assurée, quel que soit le degré de fortification du pays ou du vaisseau. Même avec un prisme de complexité, dévier une telle puissance aurait été presque impossible.
Heureusement, ils étaient persuadés que j’allais déployer le prisme et ils avaient agi avec prudence. J’avais ainsi pu simuler ma propre mort. Cerise sur le gâteau, j’avais profité de l’occasion pour détruire deux Gigacrackers avec le Canon dévoreur noir.
Après avoir dupé l’ennemi, j’avais utilisé un cadavre préparé à l’avance pour me faire passer pour le pirate inconnu et m’infiltrer dans la base orbitale de MegaCorp. À l’intérieur, j’avais changé de peau pour prendre l’apparence d’un technicien et j’avais déambulé dans les installations.
Comme les sauts supraluminiques étaient soumis à des restrictions, il me fallait un nouveau vaisseau pour me déplacer. C’est alors que j’avais découvert l’Envahisseur, un appareil destiné à transporter les subordonnés d’Akira jusqu’à la Terre.
C’était l’occasion idéale de mettre la main à la fois sur une source d’informations et sur un moyen de transport. Alors, après avoir suivi le subordonné d’Akira, j’étais monté à bord de l’Envahisseur… et le détournement avait commencé.
« *J’ai avancé prudemment, puisqu’ils me connaissaient bien.* »
Pour les dérouter, j’avais délibérément modifié quelques-uns de mes procédés habituels. Au final, tout s’était terminé si vite que ces changements n’avaient même pas été nécessaires.
« *Enfin, je ne vais pas m’en plaindre. Tout s’est bien passé.* »
Il restait encore beaucoup de survivants à bord, mais la plupart n’étaient que de simples soldats. Pas le moindre danger. Ils feraient de bonnes provisions pour la suite du voyage.
« *Dans ce cas… il est temps de me débarrasser de cette peau.* »
J’enfonçai mes doigts aux commissures de ma bouche et tirai. La fine fausse chair se déchira, révélant ma véritable tête : la carapace crânienne dégénérée et le museau trapu d’un Amorph.
Une fois débarrassé de mon déguisement, je dépliai les bras que j’avais repliés contre mon torse.
Un organe secondaire sous ma mâchoire capta une odeur familière : le gaz toxique émis par le nid d’un Amorph. Un mur de la salle des moteurs supraluminiques où je me trouvais était déjà poisseux de mucus noir.
Sous les traits du pirate inconnu, certaines capacités d’Amorph avaient été neutralisées. C’était sans doute une particularité de ce corps conçu pour l’infiltration. Je n’avais pas pu sécréter de mucus ni former de nid.
« *Si je ne peux pas en créer un moi-même, je n’ai qu’à en implanter un directement.* »
Les nids disséminés dans le vaisseau n’étaient pas de mon fait : ils avaient été engendrés par les dispositifs de contamination. Même si, sous cette forme, je ne pouvais pas sécréter de mucus moi-même, rien n’empêchait les organes que j’avais créés de le faire.
Ces organes relevaient de la catégorie corporelle, et non de celle des espèces de nid. Aucune restriction ne s’appliquait. Bien sûr, ils ne bénéficiaient donc pas non plus des attributs améliorant les nids, mais ce n’était pas un problème pour l’instant.
Le nid d’un Amorph est par nature hostile aux humains. Comme moyen de dissuasion, il ferait parfaitement l’affaire.
Je semai des dispositifs de contamination dans tout le vaisseau, près des moteurs supraluminiques, des réacteurs et d’autres installations essentielles. Quiconque s’en approcherait trop ou tenterait de toucher aux systèmes m’alerterait instantanément.
À présent, toutes les menaces avaient été éliminées. Mon rôle de pirate inconnu était terminé. Il était temps de dévorer le vaisseau lui-même.
Mon corps enfla, atteignant en quelques secondes plusieurs dizaines de mètres. Mes tentacules emmêlés et ma queue enroulée heurtèrent le plafond, faisant trembler faiblement la salle.
À cet instant, un soldat en armure motorisée, alerté par le bruit, entra dans la salle des moteurs.
« …Qu’est-ce que… ? »
Le soldat se figea en me voyant. Étrangement, sa voix ne trahissait aucune peur.
Et je n’en fus pas surpris. Je savais exactement qui c’était.
La personne qui se tenait devant moi était Numéro 26, qui s’était infiltré à bord avec moi.
D’habitude, je le gardais réduit et le transportais directement sur moi. Mais cette fois, c’était différent.
Numéro 26 portait désormais une exocombinaison intégrale conçue pour ressembler à un humain. À l’intérieur, ses tentacules et ses nageoires étaient coincés dans les bras et les jambes afin d’imiter les mouvements humains.
Numéro 26 s’approcha en titubant, d’un pas maladroit et irrégulier. Sans squelette, ses membres se balançaient de façon peu naturelle à chaque foulée.
« *Il marche mieux que je ne le pensais.* »
Numéro 26 n’avait jamais essayé de marcher sur deux jambes, et pourtant, il s’en sortait étonnamment bien. Tant qu’il restait immobile, il était impossible de le distinguer d’un soldat ordinaire.
Pendant que j’installais les dispositifs de contamination dans le vaisseau, il m’avait accompagné et m’avait aidé comme il le pouvait. Aucun des soldats croisés en chemin n’avait soupçonné sa véritable nature.
« Tu ne vas plus jouer à l’humain ? »
[ZZZ ZZZ ZZZZ (J’en ai fini, maintenant.)]
« Alors, moi non plus. »
L’armure qui se tenait debout comme une personne se dégonfla aussitôt et s’effondra sur le sol. Numéro 26 se glissa par la visière fendue, répandant ses tentacules à l’air libre.
「Jouer à l’humain, c’est inconfortable. Amusant, mais épuisant.」
[ZZZZ ZZZ ZZZ (Tu n’y es juste pas encore habitué.)]
Ses nageoires, qui lui avaient servi de jambes de fortune, tressaillirent comme si elles étaient endolories.
En le regardant, je ressentis une étrange affinité avec lui. Après tout, je m’adaptais encore, moi aussi, à mes bras de combat transformés en tentacules.
「Grand, tu y es habitué parce que tu as beaucoup étudié ?」
[Zzzzuu (C’est ça.)]
「Impressionnant !」
Je hochai la tête devant son admiration, mais une autre pensée me traversa l’esprit.
« *Attends. À bien y réfléchir, j’ai passé plus de temps sans marcher sur deux jambes, non ?* »
À part mes premiers temps sous forme fluide et mon jeune âge larvaire, j’avais presque jamais marché droit. La plupart du temps, je transformais mes bras de combat en jambes ou je rampais au sol comme un serpent.
Mes souvenirs d’humain… oui, il fallait que je les écarte. Ils n’étaient pas à moi. Beom-Ho me les avait implantés. Mes véritables souvenirs remontaient au jour où je m’étais réveillé dans la soute d’un vaisseau spatial.
「Je vais étudier encore plus pour pouvoir jouer à l’humain avec toi, Grand !」
Numéro 26 se jeta contre ma poitrine.
« *Grand, hein.* »
Il avait raison. Si je ne comptais que les années vécues en tant qu’Amorph, je n’avais que quelques années. À ses yeux, j’étais pratiquement un nourrisson.
« *…Inutile de m’en faire.* »
Et alors, si j’étais un Amorph portant les souvenirs d’un humain ? Je restais moi-même. Pour certains, j’étais le Grand. Pour d’autres, le Grand jeune être. Même si la plupart de mes souvenirs étaient fabriqués, ça ne changeait rien.
[ZZZ ZZ ZZ (À partir de maintenant, jouons beaucoup ensemble.)]
「Oui ! Jouons beaucoup !」
Je caressai Numéro 26 avec les petits bras qui sortaient de ma poitrine. Son corps scintilla, puis il fit apparaître un petit tentacule rose. Je le reconnus : c’était celui dont il se servait pour établir la communion. Pensant qu’il voulait se connecter de nouveau, j’abaissai la tête.
Mais, au lieu de se diriger vers ma tête principale, il toucha l’un de mes organes auxiliaires.
« *…Hein ?* »
La première sensation fut celle d’une pression contre du pudding, mou et élastique. Mais presque aussitôt, elle céda la place à une étrange euphorie.
Comment la décrire ? Comme si je m’enfonçais dans un lit de nuages tandis que chaque fibre de mon corps se faisait masser en même temps. De toute mon existence, humaine comme Amorph, je n’avais jamais éprouvé pareille sensation.
「Grrr…」
「Grrr…」
Cette félicité complexe et délicate n’était pas la mienne seule. Les têtes sur mes flancs grognèrent et gémirent à ma place.
La lueur rose qui parcourait Numéro 26 devint de plus en plus vive tandis qu’il pressait son tentacule contre mon organe.
[ZZZ (Ça suffit.)]
Si je laissais faire, ce plaisir sans fin nous consumerait tous les deux. Je repoussai rapidement le tentacule rose. Numéro 26, qui brillait comme un phare, retrouva bientôt sa couleur habituelle.
「Grand n’aime pas ça ?」
Sa teinte s’assombrit, comme s’il était déçu. Il avait pris mon refus pour un signe de dégoût.
Est-ce que j’aimais ça ? C’était tout le contraire. J’aimais ça beaucoup trop. Je secouai la tête avec vigueur.
[ZZZ ZZ ZZ (Non. J’aime ça, beaucoup.)]
「Alors pourquoi arrêter ?」
[ZZZZ ZZZ ZZZ (Parce qu’il y a du travail. On recommencera plus tard.)]
「Plus tard ?」
[ZZZ (Promis.)]
「D’accord ! C’est promis !」
Je voulais continuer la communion, désespérément, mais pas maintenant. Je déposai Numéro 26 sur le sol.
« *Alors… commençons.* »
Réprimant la douleur persistante de cette communion interrompue, je mis en mouvement mes tentacules envahissants. Il était temps de reprendre la tâche que j’avais remise à plus tard.
Un mucus noir suinta de mes tentacules et engloutit les moteurs. Le métal et la chair se mêlèrent dans un tourbillon bouillonnant, jusqu’à donner naissance à quelque chose de nouveau.
Dans les ténèbres, un cœur noir battit lentement, affirmant sa volonté. Le vaisseau de guerre de MegaCorp, l’Envahisseur… m’appartenait désormais.
***
Le claquement de dents résonnait dans l’armoire exiguë…
« C-clac, clac… »
Terrorisé, l’officier de navigation plaqua ses mains tremblantes sur sa bouche.
Au-delà des parois de l’armoire, les alarmes hurlaient, mêlées au grondement lointain des tirs et aux cris.
« *Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça m’arrive ?!* »
L’Envahisseur était attaqué par des êtres inconnus.
Ils ressemblaient à des humains… mais n’en étaient pas. Des monstres vêtus de peaux humaines.
Il l’avait vu de ses propres yeux : un technicien s’était soudain arraché le visage.
Une créature pâle, blanche comme l’os, avait surgi du masque déchiqueté et s’était attaquée sans se presser à un officier de quart. Moins d’une minute plus tard, elle était repartie en portant le visage de l’officier comme le sien.
Il n’avait survécu que parce qu’il était tombé sur cette horreur en regardant les caméras de surveillance. La scène l’avait précipité dans un abîme de terreur.
Des monstres déguisés en membres d’équipage. Combien d’autres étaient cachés à bord ? Il ne pouvait faire confiance à personne.
Son tout premier geste avait été de modifier la trajectoire du vaisseau.
Ils ne pouvaient pas… ne devaient pas… amener une chose pareille sur Terre. Sinon, les forces de quarantaine du système solaire les détruiraient sur-le-champ, et pas un seul membre d’équipage ne survivrait.
Mieux valait gagner du temps pour donner une chance à l’équipage de se battre, tout en restant caché jusqu’à ce que tout soit terminé.
Ce n’était pas une décision rationnelle. Mais, pris de panique, il ne s’en rendit pas compte. Il se glissa donc dans l’armoire du local à outils, se recroquevilla, tremblant, et pria pour que ce cauchemar finisse.
Le temps s’écoula. Puis, brusquement, les alarmes se turent.
« C-c’est… c’est fini ? »
Après un instant d’hésitation, l’officier de navigation sortit de sa cachette.
Le couloir du local à outils était plongé dans un silence oppressant. Pas de monstres. Pas de gens. Rien.
« … »
Le silence après une alarme n’était jamais bon signe. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : la passerelle avait été prise… ou pire encore.
« *Les capsules de sauvetage ! Je vais les prendre !* »
Il n’avait pas d’arme. Pas d’armure de combat. Rester là sans rien faire, c’était se suicider. La seule chance qu’il lui restait était de s’enfuir.
La main crispée sur sa lampe torche, il tituba vers le hangar. Ses jambes tremblaient sous lui, tandis que chacun de ses nerfs se tendait, à l’affût d’une créature prête à jaillir des ténèbres.
Mais ce ne fut pas un monstre qui finit par l’arrêter.
« Kh… euh ! Qu’est-ce que… ? »
Une puanteur le frappa, si abjecte et âcre qu’il lui sembla impossible de respirer.
Et, à chaque pas, ses bottes s’enfonçaient dans le sol avec un bruit de succion.
« Khk ! Khek ! C-c’est près de la salle des moteurs… ? »
Son regard se fixa sur la porte devant lui — celle de la salle des moteurs —, d’où filtrait une lumière éblouissante.
Comme ensorcelé par cette lumière, il s’avança en titubant pour regarder à l’intérieur.
Ce fut sa deuxième erreur.
Ce qu’il vit n’était pas un moteur… mais un nid colossal de serpents.
Des serpents blancs comme l’ivoire, bien plus grands que des êtres humains, s’entremêlaient et remplissaient l’immense salle.
Ils n’avaient ni yeux ni nez — seulement des bouches béantes sur des anneaux de chair obscènes. Ils se tordaient et s’enlaçaient dans une frénésie grouillante de chair ivoirine.
Au cœur de cette orgie obscène se dressait le souverain couronné, le Roi Serpent. Contrairement aux autres, il portait sur ses flancs deux têtes cornues et bestiales, qui s’inclinaient devant lui en signe de révérence. Le serpent couronné brillait de ses yeux et de ses longues moustaches, vénéré comme un souverain au milieu de ses congénères frémissants.
Et, enlacé dans ses anneaux, un soleil rose rayonnait.
Non… Il ne l’enlaçait pas. Ils ne faisaient qu’un.
Le Roi et son Soleil se délectaient l’un de l’autre. Le serpent l’enserrait de ses moustaches frémissantes sous sa mâchoire, tandis que les rayons lumineux du Soleil se tordaient en tentacules pour le palper et le taquiner à son tour. Tous deux s’enlaçaient intimement, comme des amants célébrant une union sacrée.
« *Ah… euh… ah, ah, ah…* »
La respiration de l’officier se brisa en syllabes décousues. À cette vue, son esprit commença à se fissurer.
Non. C’était impossible. Ce ne pouvait pas être réel.
Son cerveau refusait d’accepter ce que ses sens lui révélaient.
Tout ce qui se trouvait dans la salle des moteurs — chaque forme, chaque présence — était aberrant.
« Ah… ? »
Un liquide chaud se mit à couler de son nez et de ses oreilles.
En le touchant, il comprit que ce n’était pas du sang. C’était quelque chose de bien plus vital.
Comprenant ce qui était en train de se dissoudre, l’officier de navigation recula en s’arrachant à la porte. Mais, après quelques pas à peine, il s’effondra sur le sol du couloir.
« …… »
Il tenta de crier, de hurler à l’aide, mais aucun son ne sortit.
Sa bouche avait-elle cessé de fonctionner ? Ou ses oreilles avaient-elles été détruites, l’empêchant d’entendre le moindre son à sa source ?
En vérité, la réponse n’avait plus d’importance. Son cerveau fondait.
Affalé dans le couloir, l’officier de navigation tressaillit une fois, deux fois, puis ne bougea plus.
Une marée de mucus noir suinta de sous son corps et l’engloutit entièrement.
Et quand tout fut terminé, il ne resta rien.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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