Chapitre 446
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[Traductrice – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 445
Dans Survie spatiale, les choses se déroulaient rarement comme prévu.
Il y avait tout simplement trop de variables : des centaines d’espèces, des environnements planétaires radicalement différents, des systèmes stellaires entiers avec chacun leurs particularités. Et comme l’Amorph passait la majeure partie de sa partie dans un état vulnérable, il lui fallait s’adapter aux situations imprévues.
« Comme maintenant. »
Au départ, je n’avais pas prévu de m’attarder à la Ville de la Première Porte NEO, le poste de contrôle extérieur de ce système stellaire. Je comptais traverser la ville rapidement et établir une base ailleurs.
Mais à présent, je tenais dans la paume la raison de ce retard : un parasite des Outspacers.
Lors de l’inspection, Isabel, qui se cachait non loin de là, avait repéré un soldat infecté par un parasite. Elle m’en avait parlé une fois que nous avions été hors de danger.
Je savais déjà que ce système était menacé par les Outspacers. L’apparition d’un parasite n’avait donc rien de surprenant en soi.
Ce qui rendait celui-ci différent, c’était la nature du parasite logé dans la tête du soldat.
Il s’agissait d’un parasite créé grâce à un Trait spécial.
Après avoir écouté le rapport d’Isabel, j’avais discrètement pris l’infecté en filature. Grâce à ça, j’avais pu tendre une embuscade au lieu où il devait retrouver les autres contaminés.
« J’ai attrapé tous ceux qui ont essayé de s’enfuir. »
[ZZ ZZ (Bien joué.)]
Numéro 26, qui m’accompagnait, avait libéré son pouvoir psychique et immobilisé tous les infectés en fuite.
Je tenais maintenant le parasite que je venais d’extraire du soldat, tout en caressant doucement le petit être blotti dans mon autre bras.
« Un parasite issu d’un Trait spécial, hein. »
Comme Isabel l’avait dit, celui que j’avais retiré du soldat était très différent de ceux que je connaissais.
En temps normal, les parasites des Outspacers ressemblaient au mien, en plus petit. Mais celui-là était différent.
Son corps était parfaitement rond et noir, comme une bille de go polie. Il était assez minuscule pour se glisser facilement dans un nez ou une bouche. Quand je l’avais extrait, je l’avais trouvé niché au fond de la cavité nasale, près du cerveau.
C’est alors que Numéro 26 me tapota avec un de ses petits tentacules.
« Je sais ce que c’est. C’est du chocolat. »
[ZZ (Du chocolat ?)]
« Les gens adorent le chocolat. Je l’ai vu dans un film. »
Il désigna avec enthousiasme le parasite dans ma main et se mit à m’expliquer.
Bon… c’était vrai qu’il y ressemblait un peu, j’imagine.
Mais j’avais du mal à croire que le goût soit le même.
Et les différences ne se limitaient pas à l’apparence. Ses capacités dépassaient de loin celles de l’original.
De façon spectaculaire, même.
Bien qu’il soit plus petit qu’une bille, ce parasite pouvait prendre entièrement le contrôle de son hôte.
J’appuyai légèrement dessus avec un doigt, et un liquide visqueux suinta de son corps.
Ce liquide narcotique plongeait l’hôte dans un état hypnotique. Une fois absorbé, l’humain se mettait à croire qu’il rêvait. Il ne résistait pas. Il n’en parlait à personne.
À ses yeux, ce n’était qu’un rêve.
Une fois l’hôte soumis, le parasite prenait le contrôle total de son corps. C’était bien plus efficace que la domination par la douleur employée par mes propres parasites.
Ce serait génial si je pouvais en fabriquer moi-même…
Malheureusement, ce n’était pas possible pour l’instant.
Je jetai le parasite dans ma bouche.
« C’est bon ? »
[ZZZ (Non.)]
Au grand désarroi de Numéro 26, le goût était infect. Rien que la texture suffisait à faire frémir mon corps. Je le digérai instantanément, mais aucun nouveau Trait ne se manifesta.
Pour obtenir ses capacités, je devrais dévorer la source qui les produisait : la reine ouvrière. C’était ainsi que j’avais obtenu le Trait « Ruche parasitaire ».
Ou bien… je pouvais éliminer celui qui avait créé cette chose.
C’était l’un des élites rapatriés, un chef des Outspacers de rang 4, et le créateur de ce parasite amélioré grâce à son Trait spécial unique.
Si je lui volais ce pouvoir… je pourrais fabriquer ces parasites moi-même.
« Ça s’appelait Ingénierie chimérique, non ? »
L’Ingénierie chimérique était un Trait spécial qui permettait d’implanter des essences génétiques sans tenir compte de la compatibilité ni des limites biologiques.
La reine capable de voyager plus vite que la lumière, le parasite qui hypnotisait ses hôtes et en prenait le contrôle… tout cela était possible grâce à ce Trait. Rien que ça témoignait de son immense potentiel.
« Évidemment, il comporte aussi des risques. »
Gaver son essaim d’essences génétiques de grande qualité était une arme à double tranchant. Si l’ennemi capturait ou dévorait ses créations, les pertes étaient dévastatrices.
Le rang 4 le savait bien : il n’abusait que rarement de son Trait. Malgré mes nombreux affrontements avec les Outspacers, je n’avais croisé que quelques organismes améliorés grâce à celui-ci.
Je scrutai les infectés, toujours immobilisés par le champ psychique de Numéro 26. Puisque les parasites ne libéraient pas d’essences à leur mort, il devait en avoir déployé autant sans se soucier de les perdre.
« Ça, c’est réglé. »
Si même une ville-poste de contrôle aussi peu prioritaire que celle-ci avait reçu des parasites, il était probable que d’autres villes spatiales et planètes du système soient également compromises.
« Ils veulent provoquer un effondrement interne avant de lancer l’offensive ? »
Ou peut-être cherchait-il d’abord à neutraliser les villes-portes.
Les villes-portes avaient la même fonction que les bureaux de surveillance du Culte : elles contrôlaient tout le trafic supraluminique entrant et sortant du système stellaire. Une fois ces postes pris, il devenait presque impossible de réagir aux sauts d’embuscade. Si une flotte ennemie frappait pendant ce laps de temps, elle pouvait s’emparer de tout un système en subissant un minimum de pertes.
« S’ils ont déjà implanté autant de parasites, leurs préparatifs doivent être presque terminés. »
Ce qui signifiait que l’offensive commencerait bientôt.
Pour être honnête, ce n’était pas forcément une mauvaise nouvelle pour moi. L’un de mes objectifs en venant ici était de me nourrir d’un grand nombre d’Outspacers.
Mais le moment tombait mal.
Si la guerre éclatait maintenant, il me serait difficile d’obtenir des informations sur la MegaCorp et la Faction dominante.
« Et je ne pourrai pas non plus répondre à la demande de PS-111. »
À la place du rang 4, je viserais sans hésiter le centre de recherche génétique du système NEO-3. Pour les Outspacers, les échantillons génétiques étaient des proies de grande valeur.
« Je ne peux pas laisser faire ça. »
Je devais bouleverser la situation, le forcer à hésiter.
« Le rang 4 est extrêmement prudent. »
Parmi les élites des Outspacers, c’était le plus méthodique et le plus obsédé par le contrôle. Il n’agissait jamais sans être certain de maîtriser complètement la situation. Le moindre imprévu le poussait à s’arrêter et à revoir ses plans.
Si quelque chose d’imprévisible se produisait maintenant, il retarderait probablement l’attaque et réorganiserait son essaim pour y faire face.
Ce serait la fenêtre dont PS-111 et Isabel avaient besoin pour atteindre le centre.
« Alors, qu’est-ce qui pourrait vraiment le déstabiliser ? »
La solution la plus efficace serait de ravager la ville sous ma véritable forme. Nous nous étions déjà affrontés plusieurs fois, et il avait payé le prix à chaque occasion. Si je réapparaissais, il arrêterait probablement tout pour se concentrer sur un moyen de me piéger et de me tuer.
« Non… ça retarderait trop l’invasion. »
En plus, il ignorait que j’étais ici. Ce serait dommage de gâcher cet avantage aussi tôt.
« À moins que… »
Une vieille idée me revint en tête. Je ne l’avais pas mise en pratique depuis un bon moment.
« Maintenant que j’y pense, ça fait une éternité que je n’ai pas utilisé ce Trait. »
Depuis que j’avais acquis le voyage supraluminique, j’en avais rarement eu besoin. J’avais plus souvent utilisé les parties du corps qui l’accompagnaient que le Trait lui-même.
« Malgré tout… il est peut-être temps de le ressortir. »
Après tout, cette ville spatiale entière servait de plaque tournante aux portes du système stellaire. C’était un matériau idéal pour ce Trait.
« Alors, finissons-en. »
J’en avais terminé ici. Il ne restait qu’à nettoyer.
Je tendis une griffe et transperçai la tête des infectés encore retenus par le champ psychique de 26.
J’en laissai volontairement quelques-uns en vie. Si je tuais tous les hôtes, leur créateur serait alerté : la mort d’un parasite envoyait un signal. Mieux valait en éliminer juste assez pour éviter d’éveiller les soupçons.
« Moi aussi, je veux manger le chocolat. »
Toujours blotti contre moi, 26 me regarda achever les infectés. Il émit une petite pulsation.
[ZZZ ZZZ ZZZ (C’est mauvais. Pourquoi en manger ?)]
« J’étais curieux. »
Sans hésiter, il attrapa l’un des parasites qui agonisaient après avoir perdu leur hôte et l’avala tout rond.
Quelques instants plus tard, sa peau prit une teinte étrange.
« Beurk. C’est pas bon. »
[ZZ ZZ (Je te l’avais dit.)]
« Les humains sont bizarres. Pourquoi ils mangent du chocolat ? »
[ZZ ZZZZ ZZ (Je t’en trouverai du vrai, plus tard.)]
« Du vrai, un truc délicieux ? Pour de vrai ? »
[ZZZZ ZZ (Oui. C’est ailleurs.)]
« Youpi ! »
Le corps entier de Numéro 26 s’illumina et se tortilla de joie.
Dans l’univers du jeu, la MegaCorp classait le chocolat parmi les gourmandises nostalgiques, autrefois populaires dans l’ancien Système solaire. Il était désormais démodé et considéré comme une relique du passé, surtout présente dans les divertissements comme les vieux films. Pour en trouver, il fallait se rendre dans des colonies qui produisaient encore des médias d’époque ou dans des magasins spécialisés dans les produits liés au Soleil.
« On dirait que j’ai une course de plus à faire. »
[ZZ ZZZ ZZ ZZ (On les relâchera une fois partis.)]
« D’accord. »
Le nettoyage fut rapide.
Je remis par-dessus ma tête ma combinaison de peau à moitié épluchée, puis sortis avec 26 à mes côtés.
Même si c’était une forteresse spatiale, la vue nocturne ne différait guère de celle d’une autre ville orbitale. Les lampadaires éclairaient les routes. Au loin, je distinguais la tour de commandement centrale qui dominait les environs plongés dans l’obscurité.
« Les docks doivent être par là… »
Les transports en commun ne circulaient plus à cette heure. Je grimpai le long du mur d’un bâtiment voisin jusqu’à son toit.
« Si je cours sur les toits, j’y serai dans une heure environ. »
Au moment où j’allais bondir vers le bâtiment suivant, quelque chose d’inhabituel attira mon regard en contrebas.
Un camion de marchandises, remorque comprise, était garé au bord de la route.
« Un camion ? »
Je sautai du toit et m’approchai du véhicule. Il n’y avait rien ici tout à l’heure.
À cet instant, un petit objet mécanique sortit de la cabine du conducteur dans un cliquetis métallique. C’était l’un des petits Hurleurs amenés par PS-111.
« MPS-05 ? Qu’est-ce que tu fais là ? »
« Contrôleur principal. Amorph. Assistance ! »
On dirait que PS-111 avait piraté un véhicule des docks et me l’avait envoyé en renfort.
C’était attentionné, certes… mais le camion était ridiculement grand pour moi et 26.
« Il était censé transporter les infectés ? »
Sinon, aucune raison de m’envoyer un camion avec une remorque. Je fis le tour et ouvris les portes à l’arrière.
À peine ouvertes, elles laissèrent jaillir une vague de lumière rouge.
Recroquevillée dans l’espace exigu se trouvait Adhai, la Gallagon aux écailles rouges, qui luisait faiblement sous les lumières tamisées de la remorque.
« …Pourquoi est-elle là ? »
Je retroussai juste assez la peau de mon visage pour laisser sortir un tentacule et m’approcher d’elle.
[ZZZ ZZZZ (Adhai ? Qu’est-ce que tu fais là ?)]
« Grand être » « Cet endroit » « Beaucoup de Nains » « Dangereux »
[ZZZZ ZZZ ZZZ (Attends, tu es venue m’aider ?)]
« Affirmatif »
Elle me fixa de ses yeux couleur améthyste, le visage aussi sérieux et impassible que d’habitude.
Je pouvais désactiver l’Identité volée à tout moment, si je le souhaitais. Je ne risquais pas de perdre mon pouvoir.
Mais eux semblaient voir les choses autrement.
« Tss. »
C’était un geste né de l’inquiétude. Inutile, certes, mais je ne pouvais pas le lui reprocher.
[ZZZZZ ZZZZ ZZZ (Merci. Mais la prochaine fois, tu n’as vraiment pas besoin de t’inquiéter autant.)]
Je lui envoyai une pulsation de gratitude et tendis la main pour lui caresser doucement le cou.
« …Hein ? »
Alors que je caressais Adhai, une étrange sensation crépita sur mon épaule.
Elle ne dura qu’une fraction de seconde, comme une petite décharge de feu dansant sur ma peau.
Je jetai un regard à Numéro 26, perché sur mon épaule, mais il semblait comme toujours. Calme. Neutre. Son regard restait fixé sur mon visage.
Adhai, elle aussi, ne réagit pas particulièrement. Ses yeux couleur améthyste demeuraient tranquilles, posés sur moi.
« Je l’ai imaginé ? »
Il n’y avait aucune raison pour que ces deux-là éprouvent de l’animosité l’un envers l’autre. Ils s’entendaient même trop bien. Ce n’avait dû être qu’un faux signal, une petite secousse fantôme provoquée par un corps hypervigilant.
Je refermai doucement la porte de la remorque où Adhai était recroquevillée, puis gagnai le siège du conducteur.
« On va aux docks. »
« Retour ! Retour ! »
MPS-05 répondit joyeusement, se connecta au panneau de commande du camion et prit le volant.
Ainsi, un camion transportant un monstre, un démon marin et un petit Hurleur traversa les rues silencieuses de la forteresse orbitale.
Ça tombait très bien : je devais de toute façon parler de la suite.
Nous discutâmes du plan pendant le trajet. Sans que je m’en rende compte, une demi-heure passa et le camion s’arrêta à destination.
« Je descends ici. Suis le plan à partir de maintenant. »
« Confirmé. Confirmé. »
En descendant, je me retrouvai entouré d’une vaste étendue dégagée et de rangées de vaisseaux amarrés. 26 sauta à terre à côté de moi, puis nous nous enfonçâmes dans la forêt métallique des astronefs.
Voyons voir…
Des vaisseaux immenses et plus modestes se dressaient comme des murs de métal, alignés les uns à côté des autres. Certains reposaient dans le silence, lumières éteintes ; leurs équipages devaient être sortis de la base pour la nuit. D’autres étaient en pleine activité, des MCAE (équipements auxiliaires de construction polyvalents) bourdonnant tandis qu’ils chargeaient et transportaient des marchandises.
Un vaisseau de classe destroyer ferait l’affaire. Et, idéalement… sans équipage. Ah, là-bas.
J’avais repéré ce que je cherchais : un cargo désarmé, transformé à partir d’un destroyer retiré du service. Plus grand que son modèle d’origine, et totalement dépourvu d’armes.
« Parfait. Il est temps de m’introduire. »
Les alentours du vaisseau étaient déserts. Le chargement devait déjà être terminé. Je m’accroupis, puis bondis et m’agrippai au blindage arrière du bâtiment.
À Numéro 26 de jouer.
Toujours accroché à mon dos, il projeta son pouvoir vers l’extérieur. Une pression psychique tordit et déforma la coque métallique jusqu’à la déchirer sans bruit.
En quelques secondes, un trou assez grand pour laisser passer un enfant à quatre pattes s’ouvrit sur le flanc du vaisseau.
Je rétrécis mon corps et me glissai à l’intérieur. Je laissai derrière moi quelques morceaux de peau et de vêtements déchirés, mais ce n’était pas grave. Cette peau n’était qu’une enveloppe ; elle avait rempli son rôle.
L’intérieur du vaisseau était plongé dans un silence absolu. Son propriétaire n’avait pas remarqué l’arrivée d’un intrus.
Numéro 26 et moi traversâmes cloison après cloison, nous enfonçant toujours plus profondément dans le vaisseau.
Après avoir découpé plusieurs parois, nous atteignîmes enfin la soute.
Au milieu de cette vaste salle remplie de conteneurs, je désactivai la forme d’Identité volée.
Mon corps, réduit et simplifié, se mit à grandir à toute vitesse et envahit l’espace libre. Mes membres et mes organes, jusque-là comprimés, retrouvèrent toute leur splendeur grotesque.
Une fois revenu à ma véritable forme, j’enfonçai un tentacule intrusif dans le sol.
« Taille du vaisseau confirmée : compatible avec la Corrosion. »
Bien.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ce message système.
[ZZZZ ZZZ ZZ (À partir de maintenant, tu devras me protéger. D’accord ?)]
« Ouais ! Je protégerai le Grand être quoi qu’il arrive ! »
Le petit être agita ses tentacules avec assurance, débordant de fierté.
Avec mes arrières assurés, j’activai la carte que je gardais en réserve.
Mon deuxième Trait unique, celui que je n’avais pas utilisé depuis des lustres. Celui qui me permettait de dévorer un vaisseau spatial, de fusionner avec lui et d’en faire une partie de mon corps :
« Horizon des cauchemars. »
Cette fois, j’allais m’en servir pour semer le chaos.
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[Traductrice – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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