Chapitre 428
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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Chapitre 427
Les choses qui sortaient du gouffre prenaient des formes très diverses.
Certaines ressemblaient à des vagabonds crasseux.
D’autres avaient l’air de civils tout ce qu’il y avait de plus ordinaires.
Leurs vêtements, leur corpulence… Rien ne se ressemblait. Pourtant, elles partageaient toutes une caractéristique essentielle :
Elles avaient l’apparence d’êtres humains.
Mais personne ici ne croyait vraiment qu’il s’agissait de personnes.
« Bon sang ! Débarrassez-moi de ces monstres ! »
Des dizaines de ces choses s’abattirent sur un Mécha de combat, s’agglutinant à lui comme des mouches sur une carcasse.
Le Walker se débattit violemment pour les secouer. Son découpeur à plasma fendit des torses, ses énormes jambes repoussèrent les débris. Des gerbes de sang et de viscères éclaboussèrent son blindage en alliage, laissant d’épaisses traînées poisseuses.
Avec des humains normaux, cela aurait suffi.
Mais ce n’étaient pas des humains normaux.
Chaque fois qu’un corps était fendu ou écrasé, des essaims de vers noirs filiformes en jaillissaient : des câbles vivants, grouillants, couverts de saleté parasitaire. Les créatures s’enfonçaient dans les interstices de la carcasse du Walker, se faufilant dans ses articulations et ses anfractuosités.
Les Méchas de combat étaient recouverts d’un épais blindage, mais ils devaient forcément pouvoir bouger : leurs membres et leurs charnières comportaient des jointures vulnérables. À mesure que les vers s’y glissaient, les mouvements du Walker ralentissaient, ses membres s’enrayant comme du métal rouillé.
« Bande d’enfoirés ! Dégagez ! »
« On est encerclés ! Ils sont partout ! »
Les machines commencèrent à faiblir, mais l’ennemi, lui, ne faiblissait pas.
Au contraire, de nouvelles créatures jaillissaient du gouffre à chaque seconde.
« Putain ! Quand est-ce que ça va s’arrêter ?! »
Et, pour ne rien arranger, ils n’étaient pas les seuls à représenter une menace.
« Je vais vous réduire en cendres, bande de sala—Guh ! »
« Merde ! À couvert ! Restez sur vos gardes ! »
Un rayon d’énergie vert fendit soudain le champ de bataille et frappa l’un des Walkers submergés par les créatures. Le tir atteignit la machine près du cockpit. Elle chancela, puis s’écrasa au sol.
L’assaillant se replia dans un bâtiment voisin.
Ce qui fit hésiter les autres, c’était la tenue de l’assaillant : une combinaison de combat fournie par le groupe Shino.
« Attendez, c’était un tir de lance-roquettes ?! »
« C’est l’un des nôtres ! Pourquoi il nous tire dessus ?! »
« Chef, qu’est-ce qu’on fait ?! Si ça continue, on va… »
Au milieu du chaos grandissant et des échanges paniqués, Sutherland ouvrit un canal privé avec Shinobu.
Mais la situation avait déjà échappé depuis longtemps à tout contrôle de Sutherland.
Tant qu’il ne recevait pas d’ordre de son supérieur, il restait paralysé.
Shinobu ne prit même pas la peine de répondre. Il coupa simplement la communication.
En cet instant, il parlait à quelqu’un de bien plus important qu’une vulgaire marionnette :
Pisces Twelve.
« … C’est l’Amorph. »
« Pisces Twelve. Confirmation demandée. Vous parlez bien de l’entité que la flotte conjointe de MegaCorp et de l’Union stellaire a tenté de traquer ? »
« Ouais. Il n’y a qu’un seul enfoiré capable de foutre un bordel pareil. »
« Requête. Les données précédemment enregistrées indiquent que “l’Amorph” ne possède pas de capacités avancées de cyberguerre. »
« Il a un Hurleur dans son équipage, pas vrai ? Il a probablement demandé à cette chose de pirater le système. »
« Même un Hurleur modifié ne devrait pas être capable de… »
« Chikushō ! C’est bien joli, mais tant que l’Amorph est là, il faut qu’on se tire d’ici ! »
[NDT : « Chikushō » (ちくしょう) est un mot japonais qui signifie « Bon sang ». Il l’a dit en japonais, alors je l’ai laissé tel quel.]
Shinobu connaissait ses limites.
Même Akira Yujin, malgré une flotte gigantesque, n’avait pas réussi à abattre la créature.
Il n’avait aucune chance.
Et cet endroit… était clairement le nid de l’Amorph.
Il suffisait de regarder ces horreurs qui submergeaient les Méchas : des Hiveformers. C’était une preuve suffisante.
Il n’y avait aucune victoire à décrocher ici.
Il ne restait qu’une seule option viable : fuir.
« Préparez la frappe orbitale. Je m’échappe en attendant. »
« Et pour Prometheus V2 ? »
« … Tch. Ça me fait mal, mais on va devoir l’abandonner. »
La question de Pisces fit hésiter Shinobu.
Cette arme, Prometheus V2, était l’un des deux seuls exemplaires existant au sein de l’Union stellaire.
L’autre était affecté à la défense de Zax-01.
En pratique, c’était le seul exemplaire qu’on pouvait encore déployer.
L’abandonner lui faisait mal. Mais il n’avait pas le choix.
« S’il met la main dessus, tu peux être sûr qu’il s’en servira comme appât. Si on tombe dans le piège, c’est fini. »
Ce salaud avait déjà fait ce genre de coup maintes fois dans le jeu.
Pas question que Shinobu se laisse avoir de la même façon dans la vraie vie.
« Et comme tu le sais, l’Amorph ne peut pas utiliser cette arme.
On la récupérera après avoir tué cet enfoiré. »
Contrairement au modèle standard, Prometheus V2 nécessitait un composant spécial pour être activé.
Et ce composant était quelque chose que l’Amorph ne pourrait jamais obtenir.
« Décision rationnelle. »
Pisces sembla approuver sans la moindre hésitation.
« Je lancerai le bombardement conformément à votre décision. Évacuez la zone dans les dix minutes. »
« Dix minutes ? Compris. »
Sur ces mots, la transmission prit fin.
« Ça devrait nous faire gagner un peu de temps. »
Et Shinobu avait de quoi y contribuer : quelque chose qu’il gardait en réserve pour le bon moment.
Son privilège.
Il réactiva l’appareil de communication qu’il avait coupé un peu plus tôt.
« Toutes les unités, écoutez-moi. À partir de maintenant, je prends le commandement. Vous obéirez. »
« Hein ? »
« C’était qui, à l’instant ? »
« C-c’est le Boss ! Toutes les unités, suivez ses ordres ! »
« Si vous m’entendez, passez immédiatement vos communications sur les fréquences militaires. »
L’Amorph s’était emparé du satellite de communication. Utiliser le réseau public revenait à se suicider.
Pour éviter toute nouvelle fuite, Shinobu prit le commandement absolu et poursuivit ses ordres sur le canal sécurisé.
« Dans dix minutes, la flotte en orbite ouvrira le feu sur toute cette zone.
Vous devez être partis avant. »
« D-dix minutes ?! Compris ! »
Les pirates, qui savaient parfaitement ce que signifiait un bombardement orbital, se mirent en mouvement sans hésiter.
Ils carbonisèrent les horreurs qui approchaient à coups de salves de plasma tout en entamant leur retraite, pas à pas.
Mais quelque chose clochait.
À peine la moitié des Walkers avaient commencé à battre en retraite.
Les autres restaient sur place et continuaient à combattre l’essaim comme si rien n’avait changé.
« Ils nous font gagner du temps. Ignorez-les. »
« O-oui ! »
Ces Méchas servaient d’appâts.
Shinobu ne leur avait délibérément pas ordonné de battre en retraite.
Leur rôle était de retenir l’ennemi assez longtemps pour permettre à Shinobu et au groupe qu’il avait choisi de s’échapper.
Les pirates en retraite comprirent le message implicite.
Et aucun ne souffla mot.
Mais ils ignoraient une chose.
« Sept Walkers se sont échappés avec moi. Tous triés sur le volet. Des pilotes compétents.
Parfaits pour servir de boucliers humains plus tard. »
Accompagné de ces sept Walkers, Shinobu fonça vers la périphérie du port.
Dans son cockpit qui tremblait, il sortit précautionneusement une petite ampoule.
Elle brillait d’un liquide doré, si rare et précieux qu’elle aurait coûté le prix de centaines de planètes.
Shinobu en connaissait mieux que quiconque la valeur, mais la but sans hésiter.
Le liquide lui brûla la gorge et il sentit aussitôt son corps commencer à changer.
Un signal : son privilège s’était activé.
« Parfait. »
Son apparence extérieure n’avait pas changé, mais il savait ce qui était différent…
Tout son corps était désormais devenu un phare vivant.
En vérité, le privilège de Shinobu n’était pas fait pour le combat.
Il ne l’aidait pas à survivre, et ses conditions d’activation étaient d’une exigence impitoyable.
Mais lorsque les bonnes conditions étaient réunies ?
Son potentiel était immense.
C’était pour cela que tant de joueurs de haut rang de la Faction de la Domination avaient investi en lui.
« Amorph… Tout ce que tu m’as fait, je vais te le rendre. Au centuple. »
Dans le jeu, l’Amorph retournait souvent ses ennemis les uns contre les autres en les manipulant et en menant une guerre psychologique.
Mais cette fois ?
Cette fois, c’était au tour de l’Amorph de se faire manipuler.
Alors que Shinobu affichait un sourire tordu, savourant son fantasme de vengeance, quelque chose apparut sur la trajectoire du Walker.
À la lisière du port se tenait une créature qui ressemblait à un feu follet d’un blanc spectral et leur barrait la route.
Derrière elle, un immense essaim de Hiveformers attendait.
« G-grand Chef ! »
« … Tch. Toutes les unités, préparez-vous au combat. »
Shinobu dégaina les deux lames fixées dans le dos de son Walker. Les autres l’imitèrent et s’équipèrent à leur tour.
« ■■■■■■ ! »
La flamme blanche — l’Amorphe — poussa un rugissement monstrueux.
Et, dans le même instant, les Hiveformers déferlèrent comme une vague gigantesque.
***
Pendant ce temps, Pisces, après avoir mis fin à sa communication avec Shinobu, commença aussitôt les préparatifs du bombardement orbital.
Dix-sept vaisseaux se trouvaient alors en orbite autour de la planète, et aucun n’avait atterri.
Parmi eux, seuls cinq disposaient d’une puissance de feu suffisante pour bombarder efficacement la surface.
Mais même eux ne suffiraient pas à éliminer l’Amorph.
D’après les données du Conseil suprême de l’Union stellaire, l’Amorph avait survécu à la détonation d’une BMP (bombe de manipulation des particules), une arme d’une puissance dévastatrice.
Les bombardements habituels des vaisseaux ne lui feraient presque rien.
Bien sûr, le cuirassé de classe XAX02 de Pisces transportait des BMP, ainsi que de nombreuses autres armes destructrices, prévues spécialement pour traquer l’Orque arcanique.
Mais elle ne pouvait pas les utiliser ici.
Elle anéantirait aussi Shinobu, qui se trouvait toujours à la surface.
Shinobu l’avait compris lui aussi. Voilà pourquoi il avait demandé une frappe moins puissante, qui ne risquait guère de blesser l’Amorph.
Ce qui signifiait… qu’il avait autre chose en tête.
« Le bombardement orbital n’est qu’une diversion, destinée à détourner l’attention de l’Amorph. Il compte lancer une contre-attaque pendant ce laps de temps. »
Pisces ne pouvait pas dire avec certitude en quoi consisterait cette contre-attaque.
Mais elle avait une hypothèse.
Jusqu’ici, Shinobu n’avait jamais manqué une cible une fois qu’il l’avait désignée.
Ses proies se comportaient toujours exactement comme il s’y attendait. Comme si une main invisible les guidait.
S’il avait vraiment le pouvoir d’attirer les créatures sauvages…
Alors ce serait peut-être le moment de s’en servir.
S’il pouvait invoquer l’Orque arcanique et la dresser contre l’Amorph…
Quoi qu’il en soit, les intentions de Shinobu deviendraient claires dès le début du bombardement.
Pisces étendit sa conscience à travers le réseau et prit contact avec le reste de la flotte pour en prendre le commandement.
« Hum ? »
Au moment où elle s’apprêtait à prendre à distance le contrôle des autres vaisseaux, elle détecta un signal étranger.
Quatre des dix-sept vaisseaux subissaient simultanément des tentatives d’accès non autorisé.
Quelqu’un essayait de faire exactement la même chose qu’elle.
C’était le Hurleur, celui qui accompagnait l’Amorph, qui tentait audacieusement de s’introduire dans les systèmes sous sa surveillance.
« … … … »
Si Pisces avait été humaine, elle aurait peut-être ricané.
Elle n’était pas une entité ordinaire.
Elle était Pisces Twelve, une singularité technologique reconnue par l’Union stellaire, une Conseillère suprême représentant des milliards d’androïdes et d’êtres cybernétiques.
Et ce Hurleur de bas étage avait l’audace de la défier ?
Non. Cela ne pouvait pas se passer ainsi.
Pisces prit sa décision : l’extermination.
Son esprit, autrefois enfermé dans des circuits synthétiques, se déversa dans le réseau de communication.
Le monde virtuel, bâti sur des langages machines et des arbres logiques, commença à se plier et à se tordre sous sa volonté.
Le signal étranger, qui tentait de prendre le contrôle des quatre vaisseaux, résista.
Il déploya des contre-mesures chiffrées, faisant apparaître des couches de programmes défensifs pour tenter de tenir bon…
Pisces ne s’était pas attendue à ce que son adversaire puisse générer des programmes aussi avancés en si peu de temps.
Mais cela n’avait aucune importance.
Elle était une Conseillère suprême spécialisée dans l’analyse et la synthèse de l’information. Pour elle, la cyberguerre était aussi naturelle que la respiration.
En un instant, elle analysa la structure de sécurité ennemie et détourna les protocoles de contrôle.
L’adversaire tenta de réagir en générant de nouveaux programmes défensifs, mais elle le devança en érigeant un pare-feu de contre-attaque qui neutralisa complètement la tentative d’intrusion.
Un vaisseau, puis deux : Pisces les reprit en main coup sur coup.
Il n’en restait plus qu’un sous le contrôle de l’ennemi.
Comprenant peut-être qu’il ne faisait pas le poids en cyberguerre, l’adversaire changea de tactique. Au lieu d’essayer de conserver le contrôle, il détourna le dernier destroyer pour attaquer physiquement le cuirassé de classe XAX02 de Pisces.
Mais Pisces resta calme.
Avec patience, elle commença à démanteler un à un les systèmes de contrôle forcé du destroyer. Bientôt, le vaisseau piraté s’immobilisa près du cuirassé, de nouveau entièrement sous son contrôle.
La flotte étant rétablie, il ne lui restait plus qu’une tâche : éliminer le moyen utilisé par l’ennemi pour s’introduire dans le réseau.
Le coupable était évident : le satellite de communication qui gérait le réseau de ce système.
Il était actuellement sous le contrôle du Hurleur. Le laisser intact était bien trop dangereux ; à tout moment, il pouvait introduire des variables inconnues.
Tout en préparant le bombardement orbital, Pisces lança simultanément une intrusion directe dans les systèmes du satellite.
Son pare-feu était robuste, bâti avec un soin minutieux. Mais face à elle, il ne servait à rien.
Ce qui semblait être un bastion numérique profondément fortifié fut réduit en miettes en quelques minutes.
Et derrière cette muraille… se trouvait un dernier piège.
Contrairement aux précédents, ce n’était ni un programme ni un protocole de sécurité.
Il s’agissait d’un unique bloc de code chiffré, encodé d’une manière différente de tout le reste.
Pisces ne se laissa pas impressionner. Même un code fragmenté en centaines, voire en milliers de chiffrements, ne pouvait pas l’arrêter.
Elle le décomposa en quelques instants.
« … Hum ? »
Le contenu déchiffré n’était pas un programme.
C’était un message :
« La meilleure méthode de piratage, c’est d’utiliser la force ? »
« … Qu’est-ce que ça veut bien dire, bon sa— »
C’est alors que son corps physique, celui qui se trouvait réellement à bord du vaisseau, perçut quelque chose.
Un mouvement.
Dans sa chambre privée, où personne n’aurait dû se trouver.
« ?! »
Elle retira aussitôt son esprit de l’espace numérique et réintégra brusquement son corps mécanique.
Juste devant elle, trop près pour esquiver, une énorme lame s’abattait.
Elle leva les deux bras à temps. Le choc projeta une gerbe d’étincelles, tandis que le métal heurtait ses membres synthétiques renforcés.
Au-delà de l’éclat brûlant, elle l’aperçut :
Le haut du corps d’une femme, aux yeux rougeoyants, fusionné au torse d’une gigantesque araignée mécanique.
La voix de l’assaillante était calme, froide, presque amusée.
« Exactement. »
Celle qui avait harcelé Pisces tout ce temps…
Le Hurleur aux yeux rouges s’était enfin montré.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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