Chapitre 423
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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Chapitre 422
Komon, chef du Cartel Shinoroku, n’avait pas dormi correctement depuis des mois.
Un cyborg insomniaque… On aurait dit une mauvaise blague. Pourtant, c’était vrai.
Tout avait commencé le jour où son vaisseau avait été remplacé par un navire minier de MegaCorp.
Quelques mois plus tôt, lors d’une patrouille de routine, ils étaient tombés sur un vaisseau minier à l’arrêt.
Ils avaient jubilé : une prise facile, de quoi se faire rapidement quelques crédits.
Mais leur joie s’était évanouie aussi vite qu’elle était apparue, dès l’arrivée du monstre.
La créature avait pulvérisé le vaisseau pirate, puis implanté quelque chose dans la tête des survivants — Komon compris — avant de repartir sans un mot.
Sur le moment, Komon avait cru que survivre était une bénédiction. Il se trompait.
La « chose » dans sa tête s’était mise à le torturer. Une douleur implacable et imprévisible, si intense qu’elle rendait la vie quotidienne impossible.
Et, pire encore, la moindre tentative pour la retirer ou même en parler déclenchait une douleur encore plus forte.
Comme si la chose voulait lui dire : « N’y pense même pas. »
Depuis cette rencontre, la vie de Komon avait rapidement sombré. Il était vivant, mais seulement au sens où son corps fonctionnait encore ; son esprit, lui, était enfermé dans une prison intérieure.
Seules ses augmentations cybernétiques lui avaient permis de tenir. Les autres n’avaient pas eu cette chance. Ils avaient tous perdu la raison et s’étaient jetés dans le vide.
C’était peut-être pour cela qu’il n’avait rien ressenti — pas même du soulagement — quand le grand patron du Groupe Shino l’avait convoqué.
Les opérations supervisées directement par les dirigeants du Groupe Shino rapportaient généralement des sommes colossales.
Celle-ci rapporterait probablement gros, elle aussi. Mais Komon était incapable de s’en réjouir.
Aucun crédit ne pouvait réparer ce qui se passait dans sa tête.
Pourtant, ignorer une convocation directe était impensable. À peine l’ordre reçu, le Cartel Shinoroku s’était mis en mouvement sans hésiter.
Et aujourd’hui, cela faisait une semaine que Komon avait rejoint la flotte du Groupe Shino.
« Patron, nous arriverons dans dix minutes. »
« … »
« Patron ? »
Komon tressaillit au son de la voix.
« Nous arriverons sur le site dans dix minutes. »
« … Le site ? »
Il ouvrit les yeux et regarda autour de lui. À l’intérieur d’un grand transport, des rangées de pirates en exosquelette étaient assis, sanglés à leurs sièges.
Ce n’est qu’alors qu’il se rappela ce qu’il faisait.
« Ça va, patron ? »
« O-Oui. J’étais juste… plongé dans mes pensées. »
« Pardon ? »
« Ça va. Assure-toi simplement que tout le monde soit prêt à débarquer dès qu’on aura atterri. »
« Compris. »
Un peu plus tôt, le chef du Cartel Shinoichi lui avait donné un ordre direct : le matériel de terraformation d’AG-01 posait problème à cause d’une atmosphère instable. Il fallait aller réparer ça.
Il avait donc embarqué dans ce transport avec ses hommes et s’était mis en route. Il avait dû s’assoupir en chemin.
« Je me suis… endormi ? »
Jusqu’ici, il n’avait pas réussi à dormir. Impossible avec cette saloperie qui s’était introduite dans sa tête.
Mais depuis qu’il avait atterri sur cette planète, les maux de tête avaient disparu.
La chose n’était ni morte ni retirée. Pour une raison quelconque, elle s’était simplement mise en sommeil dès qu’ils avaient touché le sol d’AG-01.
Sinon, il n’aurait pas pu dormir aussi profondément.
« Merde, peu importe pourquoi. »
La chose s’était tue, et c’était tout ce qui comptait. Il tenait là sa chance. Dès que cette mission serait terminée, il la ferait retirer.
Il avait entendu dire que cette planète avait autrefois servi de site d’essai pour les Mutants Hulk. Du matériel chirurgical de pointe devait donc encore s’y trouver.
S’il y avait quelqu’un qui savait où chercher, c’était Shino-ni, le vice-chef arrivé plus tôt.
「Qu’est-ce qu’on fait ?」
« Hein ? »
La voix robotique d’un subordonné le tira de nouveau de ses pensées.
« Attends… quoi ? »
En regardant autour de lui, il se rendit compte que le transport avait disparu.
Devant lui, des pirates casqués le fixaient, dans l’expectative.
Et il n’était plus à bord du vaisseau.
Des flaques d’eau s’étalaient sur le sol. Les lampes fixées à leurs casques étaient leur seule source de lumière.
Dehors, un vent furieux hurlait.
Ils se trouvaient dans l’installation de terraformation endommagée.
« Quand est-ce qu’on… ? »
Komon se posa la question, tandis que les événements récents remontaient lentement à sa mémoire.
Malgré les conditions météo violentes, le transport avait atterri sans encombre devant la structure de terraformation. L’équipage du Cartel Shinoroku en était descendu et s’était dépêché de rentrer.
Un subordonné malchanceux avait été frappé par la foudre et vaporisé en chemin, mais les autres avaient atteint le premier étage sans encombre.
Il s’agissait de souvenirs vivaces, impossibles à oublier — d’autant qu’ils dataient de quelques instants à peine.
Qu’il les ait oubliés… ce n’était pas normal.
「Par où on commence les réparations ?」
「……」
「Patron ?」
「Vous allez bien ?」
Mais même ainsi, ce n’était pas le moment de craquer.
S’ils repartaient maintenant, non seulement il ne pourrait pas faire retirer la chose dans sa tête, mais il se ferait aussi réprimander par le chef du Cartel Shinoichi.
Pire encore, si cet homme rapportait son échec aux véritables dirigeants du Groupe Shino, tout le Cartel Shinoroku risquait de perdre son statut.
Ils pourraient même être expulsés du groupe.
« Ça… ça ne doit pas arriver ! »
S’il voulait extraire cette chose, il fallait à tout prix terminer les réparations.
「… Vous autres, descendez au sous-sol et inspectez les installations opérationnelles.」
「Oui, chef !」
「Les autres, avec moi à la salle de contrôle, à l’étage.」
Les pirates obéirent et se dispersèrent rapidement. Les faisceaux de leurs lampes de casque s’éloignèrent dans les ténèbres.
Komon et les hommes restés avec lui commencèrent à monter l’escalier.
La cage d’escalier était plongée dans le noir, au point que même les lampes ne parvenaient pas à distinguer les marches des ombres. Tout se fondait dans un même noir suffocant.
Ajoutée aux hurlements du vent dehors, l’atmosphère était oppressante.
Même les criminels endurcis n’étaient pas à l’abri de la peur.
Le lieu semblait s’agripper à une part profonde et primitive de leur cerveau. En montant, le dos des pirates se couvrit rapidement de sueur froide.
« … Merde. »
Komon n’échappait pas à cette terreur.
Ses brusques pertes de mémoire ne faisaient qu’empirer les choses.
L’escalier lui semblait interminable, et les ténèbres devant lui menaçaient d’engloutir son esprit.
「Patron.」
「!」
Il sursauta en entendant la voix dans son casque.
「Patron, on dirait qu’il y a eu une explosion ici.」
「… Je vois.」
Pendant un instant, il avait craint d’avoir encore perdu connaissance, mais, heureusement, ce n’était pas le cas.
Il regarda dans la direction indiquée par son subordonné et vit qu’une partie de l’escalier et du mur extérieur s’était effondrée.
Les dégâts laissaient penser qu’une force considérable avait tout déchiré sur son passage.
「Qu’est-ce qu’il y a à cet étage ?」
「Euh, celui-ci, ainsi que les étages au-dessus et en dessous, ne contiennent que des salles de repos pour le personnel.」
Il avait entendu dire que des séparatistes avaient attaqué l’installation.
S’ils avaient utilisé des explosifs, pourquoi viser cet endroit ? Il aurait été plus logique de s’en prendre aux systèmes centraux ou aux modules de terraformation.
Il n’y avait aucune raison valable de faire sauter une salle de repos.
Ça n’avait probablement rien à voir avec eux, tenta-t-il de se convaincre.
Son travail consistait à remettre l’installation en marche. Rien de plus.
Mais à cet instant, il l’entendit — un murmure qui lui effleura l’oreille.
« Viens ici. »
« … ! »
Pris de court, Komon pivota brusquement.
「Qui vient de parler ?」
「Qu’est-ce que vous voulez dire, patron ?」
「La voix. Qui vient de me parler ?」
「Hein ?」
「Aucun de nous n’a dit un mot, chef.」
Au milieu de la cage d’escalier, il n’y avait que ses subordonnés. Personne d’autre.
Komon regarda aussi vers le bas de l’escalier, mais ne vit pas âme qui vive.
「Qu’est-ce que c’est que ce bordel… ?」
Cette fois, la voix retentit de là-haut.
Komon leva brusquement la tête.
「Là-haut ! Il y a quelqu’un !」
「Quoi ?」
「Patron ?」
「Bande d’abrutis ! Bougez ! Montez, tout de suite !」
Déconcertés mais obéissants, les pirates s’exécutèrent sans poser de questions. Leurs corps augmentés leur permirent de franchir facilement les marches effondrées d’un bond. Komon les suivit de près et entra avec le reste de l’escouade dans le couloir de l’étage supérieur.
「Patron, qu’est-ce qui se passe ?」
「Nous ne sommes pas seuls. Il y a un intrus.」
Au mot « intrus », les pirates se tendirent aussitôt.
Depuis l’attaque des séparatistes, l’installation avait été abandonnée. Quiconque s’introduisait dans cet endroit dangereux ne pouvait appartenir qu’à une seule faction.
「… Ces tarés sont pas déjà tous morts ?」
「Merde, les dingues de Shino-ni nous utilisent pour nettoyer leur merde ?」
En maugréant, les pirates se mirent à fouiller les pièces qui longeaient le couloir.
Le bâtiment était surtout rempli de machines de régulation climatique et d’équipements de terraformation. Il y avait peu d’espaces réservés au personnel, à part quelques salles de repos.
Mais ils ne trouvèrent rien dans ces quelques pièces. Pas la moindre trace de qui que ce soit.
「C’est bon, il n’y a personne ici.」
「Non. Il reste un endroit.」
「Hein ?」
Komon désigna l’extrémité du couloir, où une grande porte d’ascenseur était hermétiquement close.
「Quelqu’un se cache peut-être à l’intérieur.」
「Mais cet endroit… c’est un peu…」
「Alors va crever.」
「N-Non, chef !」
Les pirates obéirent aussitôt, surtout quand Komon braqua sur eux son fusil à plasma sans la moindre hésitation.
「Ouvrez.」
Les pirates équipés de découpeurs à plasma s’avancèrent. Une lueur verte éclaira brièvement le couloir sombre tandis qu’ils attaquaient le métal épais. Des étincelles jaillirent, puis la lourde porte céda enfin dans un grincement.
Le pirate en tête jeta un regard prudent dans la cage d’ascenseur désormais ouverte.
「C’est vide… il n’y a rien.」
「Tu es sûr ?」
「Ouais, j’ai vérifié deux fois et… Attends ! Je vois quelque chose !」
Il se pencha davantage dans la cage, essayant de mieux distinguer ce qu’il avait aperçu.
「Qu’est-ce que c’est que ça… ?」
Soudain…
Quelque chose d’énorme jaillit des ténèbres, en contrebas.
Une main blafarde, monstrueusement grande — bien plus large que la cage d’ascenseur elle-même — surgit et s’empara du pirate. En un instant, elle l’entraîna au fond du gouffre.
「C’est quoi, ce bordel ?!」
「Qu’est-ce que c’était ?!」
Les autres, qui avaient observé la scène sans voix, finirent par comprendre ce qui venait de se passer.
Une créature — quelque chose qui n’était pas humain — venait d’arracher leur camarade.
「U-Un monstre !」
「Merde ! Je n’ai aucun signal !」
「Patron ! Qu’est-ce qu’on fait ?!」
La panique éclata dans les communications des casques à mesure que la peur gagnait le groupe. Komon tenta de reprendre le contrôle et de donner un ordre…
Mais une voix lui murmura de nouveau dans la tête :
« Tu es arrivé. »
Sans l’ordre qui résonnait dans son esprit…
「Pourquoi encore… Aah !」
Revenu à lui, Komon constata qu’il avait lâché son fusil à plasma sans même s’en rendre compte.
Le couloir, qui semblait normal un instant plus tôt, était désormais ravagé.
Les murs et le plafond étaient calcinés, fondus par des tirs à haute énergie.
Le sol était jonché de cadavres mutilés, démembrés.
「N-Non ! Je n’ai pas… Ce n’est pas moi !」
Approche.
Puis…
Il se trouvait déjà dans l’ascenseur.
Les chiffres de l’indicateur d’étage défilaient à toute vitesse tandis que la cabine descendait.
「A-Arrêtez ! Arrêtez ça !」
Ding. Sous-sol 4. Ouverture des portes.
Une sonnerie joyeuse retentit tandis que les portes de l’ascenseur s’ouvraient.
Malgré lui, ses pieds se mirent à avancer.
« Par ici. »
Ses bras, agissant de leur propre chef, lui retirèrent son casque. Une humidité épaisse et une odeur de pourriture lui collèrent au visage, bien trop âcre pour une installation de terraformation ordinaire.
Et là…
Le propriétaire de cette main blafarde et monstrueuse l’attendait.
« S-Sale fils de pute ! C’est mon corps ! Personne ne me contrôle ! »
Les portes de l’ascenseur commencèrent à se refermer derrière lui.
La lumière s’éteignit avec elles.
Il n’était pas difficile d’imaginer ce qui se passerait quand les ténèbres l’engloutiraient.
Komon marmonna frénétiquement, encore et encore :
« C’est mon corps… C’est mon corps… C’est mon corps… C’est… »
« Ça faisait longtemps. »
La silhouette pâle devant lui prit la parole.
Mais elle ne s’adressait pas directement à Komon. Elle parlait à quelque chose dans sa tête.
« C’est mon corps… mon corps… »
Les portes de l’ascenseur se refermèrent.
Et la voix du cyborg se tut.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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