Chapitre 407
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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Chapitre 406
Environ 80 % des humains vivant sur AG-01 étaient sans abri.
La plupart se réfugiaient dans des installations abandonnées ou survivaient tant bien que mal dans les rues.
De ce point de vue, Jeff pouvait s’estimer plutôt chanceux.
Grâce à l’allocation de DailyMass et aux crédits qu’il avait gagnés en vendant de la drogue dans le coin, il possédait même un logement. Il habitait dans un vieil immeuble d’appartements, à la périphérie de l’ancien quartier commercial d’AG-01.
La pièce était sinistre et dépouillée. Un petit projecteur holographique diffusait un mélange de photos et de vidéos.
Jeff examina attentivement les données holographiques.
« Une alliance entre les Sinoni et les séparatistes ? »
La vidéo montrait des hommes tirés à quatre épingles serrant la main de types débraillés, armés jusqu’aux dents. Les premiers appartenaient au cartel Sinoni, membre du groupe Shino.
Jusqu’à présent, le principal soutien des séparatistes était l’Union stellaire — ces cyborgs en boîte de conserve qui détestaient les mégacorps et fournissaient secrètement des armes aux rebelles. Sans leur aide, les flottes de T&C encore stationnées dans le système auraient éliminé les séparatistes depuis longtemps.
« Je me doutais qu’ils chercheraient un nouveau sponsor, mais le groupe Shino ? »
Dernièrement, les mégacorps et l’Union stellaire négociaient la paix. Naturellement, les cyborgs avaient réduit leur approvisionnement en armes à un filet.
Les séparatistes se retrouvaient donc dans une situation difficile. Mais il semblait qu’ils venaient de trouver un nouveau partenaire.
« Si ça avait été n’importe quelle bande de pirates, j’aurais laissé tomber… »
Mais c’était différent. Il s’agissait du cartel Sinoni, membre du groupe Shino.
D’après ce que Jeff savait, le groupe Shino existait depuis moins d’un an. Pourtant, en si peu de temps, il était devenu l’un des deux plus grands cartels du Dock spatial.
Malgré leur ascension fulgurante, on ne savait presque rien d’eux : qui les avait fondés, où se trouvait leur base. Même les membres du cartel ne connaissaient souvent que leur propre unité, rien de plus.
Pourtant, tous ceux qui suivaient de près l’activité des pirates soupçonnaient le groupe Shino de recevoir de l’aide de quelque part.
Et voilà que Jeff avait découvert un lien potentiel entre le groupe Shino et les forces séparatistes de Zer-11 ? Un scoop pareil graverait son nom dans les archives de tous les médias des mégacorps, pour l’éternité.
Rien que d’y penser, il en avait le vertige. Mais il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Jeff détourna le regard de l’hologramme et regarda par la fenêtre. Le grondement de la pluie qui martelait l’épaisse vitre l’aidait à remettre ses idées en place.
La vraie question, c’était : quel appât ces terroristes avaient-ils utilisé ?
Il y réfléchit tout en écoutant la pluie.
Pour écrire un article solide, il fallait établir clairement les liens de cause à effet. Il n’était pas de ces journalistes idiots qui racontaient n’importe quoi ; il lui fallait des faits, sinon son travail finirait dans la presse à scandale.
« Qu’avaient promis les séparatistes au cartel Sinoni ? Voilà la question. »
Tout ce qu’ils avaient vraiment à offrir… c’était des gens.
Sur AG-01, la ressource la plus facile à trouver, c’était les humains. Il y en avait partout.
Mais pour enlever des gens, il existait de meilleurs endroits : les villages des natifs de Wolf, dans les territoires contrôlés par les cultes, les colonies des mégacorps, et ainsi de suite. Pas besoin de venir ici en particulier.
« Alors, ce n’est peut-être pas des gens… »
Jeff tapota sur son terminal et fit défiler les images.
Le fichier suivant était une photographie.
Une grande ombre se dessinait dans une brume épaisse. Un vagabond qui vivait dans la station d’épuration avait pris le cliché.
« Ça pourrait avoir un lien avec cette créature. »
Jeff avait obtenu la photo la veille auprès d’un de ses informateurs drogués. À la réception, l’image était brouillée, mais après l’avoir passée dans plusieurs filtres d’amélioration, il n’avait pas réussi à obtenir mieux.
Il plissa les yeux devant la photo.
« Impossible que ce soit un Gallagon. »
Jeff n’avait jamais vu de Gallagon de ses propres yeux, mais il avait entendu assez de témoignages pour savoir à quoi l’un d’eux ressemblait en général. Or, la créature sur la photo n’avait rien à voir.
« Et cette partie… c’est la tête ? »
À l’aide de son terminal relié à l’hologramme, Jeff agrandit une zone de l’image.
Au-dessus de ce qui ressemblait à des ailes, trois longues ombres ramifiées se dessinaient. Si c’était la tête, alors cette chose en avait trois.
Ce n’était certainement pas une forme de vie ordinaire.
« Trois têtes ? À moins que ce soit un Mutant Hulk ou un truc du genre… Attends. »
À cet instant, les pièces du puzzle s’assemblèrent dans l’esprit de Jeff.
« À l’origine, cet endroit devait servir à développer des Mutants Hulk. »
Pour la plupart des gens, Zer-11 était connu comme un centre de production de ressources humaines. Mais Jeff connaissait la vérité cachée.
AG-01 et les deux autres colonies de Zer-11 étaient toutes des sites d’expérimentation sur des armes biologiques. T&C les avait créées pour développer secrètement des Mutants Hulk à l’insu de la famille Yujin.
Mais le projet secret avait été abandonné après le déclenchement soudain du mouvement séparatiste.
En soudoyant un soldat de l’équipe de sécurité, Jeff avait obtenu l’accès aux journaux de recherche laissés après la fermeture du projet. Les chercheurs avaient emporté les données essentielles et fui, abandonnant les sujets et les échantillons expérimentaux.
« L’équipe de sécurité gère toujours le site, mais elle tient à peine le coup. »
T&C ne leur apportait pas le soutien nécessaire. Ils recrutaient même des pirates comme mercenaires. Il ne serait pas étonnant qu’un ou deux Mutants Hulk se soient échappés sans que personne s’en aperçoive.
Les séparatistes avaient forcément proposé un Mutant Hulk au cartel Sinoni pour l’attirer.
Peut-être comptaient-ils même attaquer le laboratoire ensemble et le piller. Les forces de défense de T&C gardaient le site, mais avec la puissance du groupe Shino, elles ne seraient pas difficiles à vaincre.
Une fois le laboratoire pris, le cartel Sinoni récupérerait les mutants et les séparatistes s’empareraient des échantillons génétiques.
« Je crois que je vais devoir rencontrer le type qui a pris cette photo. »
Jeff envoya un message, par l’intermédiaire de son terminal, au drogué qui lui avait transmis l’image. Il comptait rencontrer en personne le vagabond qui avait pris le cliché.
Il lui avait promis davantage de drogue pour le faire sortir de sa tanière. Le type n’avait reçu qu’une seule dose la veille ; il devait être en manque, à présent. Il ne tarderait sûrement pas à répondre.
Après avoir terminé son appel, il regarda par la fenêtre. La vapeur soulevée par la pluie incessante enveloppait tout l’immeuble.
Il ne contemplerait plus longtemps cette vue. Non qu’il en éprouvât la moindre tristesse.
Sur cette pensée, il baissa les yeux vers son terminal.
« C’est quoi, ce bordel ? »
La réponse du drogué aurait déjà dû arriver. Pourtant, toujours rien.
« Il a trouvé sa dose ailleurs ? Pourquoi il ne répond pas ? »
Il attendit encore trente minutes, mais aucune réponse ne vint.
« … Quel putain de cafard. »
Il était sur le point de placer la dernière pièce du puzzle, et voilà que le drogué lui posait un lapin ? Jeff était furieux.
En maugréant, il commença à s’habiller. Si le drogué ne répondait pas, il allait devoir se rendre en personne à la station d’épuration.
Il prit son terminal et un pistolet laser, puis sortit de l’appartement.
Dès qu’il mit le pied dehors, le déluge s’abattit sur lui. Jeff remonta sa capuche et s’engagea dans les rues inondées.
Le martèlement des gouttes sur sa capuche et les éclaboussures sous ses pas lui emplissaient les oreilles. C’étaient des sons familiers, entendus au cours d’innombrables promenades. Pourtant, aujourd’hui, quelque chose clochait.
Il finit par comprendre quoi.
« Où sont passés tous les gens ? »
La rue, d’ordinaire bondée, était complètement déserte. Ce n’était pas simplement le calme : il n’y avait personne. Personne du tout.
À l’intérieur des boutiques, pas le moindre signe de vie non plus. Les lumières étaient allumées, mais il ne sentait la présence de personne.
« …… »
Il vivait ici depuis deux ans et n’avait jamais vu ça. Avec prudence, Jeff dégaina le pistolet à sa ceinture et entra dans une boutique voisine.
Une chanson oubliée depuis longtemps passait par des haut-parleurs poussiéreux. Le lieu avait l’air d’avoir été fréquenté récemment, mais il n’y avait ni clients ni employés.
« Q-Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Une substance noire suspecte recouvrait le sol. Jeff recula brusquement.
Au début, il crut à un refoulement des égouts, mais ce n’était pas ça. La substance avait la consistance du goudron ; elle ressemblait plus à un produit sorti d’une usine chimique qu’à de l’eau. Quant à l’odeur… elle était suffocante. Chaque inspiration lui donnait l’impression d’avoir des éclats de verre qui lui raclaient le nez et la gorge.
Comprenant le danger que représentait le liquide qui recouvrait la boutique, il détala vers la sortie.
« Qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »
Si toutes les boutiques étaient dans cet état, quelque chose de grave était en train de se produire. Ni un gang local ni l’équipe de sécurité ne pourraient régler ça. Il fallait au moins un cartel. Peut-être même T&C.
Au moment où il ressortit, cette pensée le glaça sur place.
La rue, qui était déserte quelques instants plus tôt, était maintenant remplie de centaines de silhouettes noires, drapées dans la vapeur et la pluie.
Elles se tenaient immobiles sous le déluge, comme si elles avaient surgi de la terre elle-même.
L’atmosphère sinistre l’étouffait. Il ne parvenait même pas à lever le petit doigt.
Les silhouettes se mirent à avancer, glissant sur l’eau sans un bruit. Et malgré la vapeur qui brouillait sa vue, Jeff le savait : elles le regardaient.
Leur regard était écrasant. Terrifiant. Paralysant.
« M-Merde ! »
Enfin libéré de sa paralysie, Jeff rassembla ses forces et tira au pistolet laser sur l’une des silhouettes. Le rayon rouge jaillit et la frappa en pleine tête.
La tête éclata comme un sac rempli d’eau.
Un humain ordinaire serait tombé. Mais cette chose ne broncha même pas.
Du cou déchiré jaillirent des sortes de vers de terre frétillants, qui s’entortillèrent pour reformer une tête.
Les êtres tapis dans la brume n’étaient pas humains.
« Je dois me barrer ! »
Cette sinistre constatation en tête, Jeff força ses jambes tremblantes à bouger et prit la fuite.
Il fonça vers son appartement de toutes ses forces. Aucun pas ne résonnait derrière lui, mais il ne ralentit pas.
Car il les sentait : des regards glacés et poisseux lui collaient à la nuque.
Elles ne l’avaient pas abandonné.
Il finit par atteindre l’immeuble et gravit les escaliers à toute vitesse. Alors qu’il haletait, une odeur par trop familière lui monta au nez : la même puanteur que dans la boutique.
Il grimpa presque à quatre pattes la dernière volée de marches, se précipita dans son appartement et claqua la porte derrière lui.
Dès que le verrou se mit en place, un choc puissant ébranla la porte. On aurait dit que deux ou trois hommes adultes s’étaient jetés dessus.
La porte trembla encore. Puis une nouvelle fois. Ensuite, le silence.
Même si les coups avaient cessé, Jeff ne se sentait pas en sécurité. Il ne les voyait pas, ne les entendait pas, mais il les sentait.
Quelque chose se tenait juste derrière la porte.
« J-Je dois appeler à l’aide. Tout de suite ! »
Pour tenter de se calmer, Jeff sortit son terminal. Il était temps de demander la faveur qu’on lui devait.
« Je ne peux pas mourir ici ! »
Il avait pourri dans cet endroit pendant deux ans, à courir après les crédits et la réputation. S’il mourait maintenant, tout ça n’aurait servi à rien.
Mais une fois encore, ses plans tombèrent à l’eau.
Il tenta d’activer les communications du terminal, mais rien ne se produisit.
« Qu’est-ce qui se passe, encore… »
Alors qu’il s’apprêtait à maudire la machine, Jeff sentit autre chose.
Ce n’était pas un nouveau coup contre la porte : c’était une légère vibration, qui venait du sol sous ses pieds.
« …… »
Une autre vibration suivit. Plus profonde, plus sonore.
Jeff tourna lentement la tête.
Des gouttes de pluie perlaient sur la vitre. Une nouvelle secousse. Toutes les gouttes se mirent à glisser en même temps.
À travers les traînées d’eau, il aperçut la même scène qu’auparavant.
À une différence près.
Une ombre se dessinait derrière le voile blanc de la pluie et de la vapeur. À chaque secousse qui faisait trembler l’immeuble, une immense forme noire se contorsionnait au loin.
Et, à cet instant, Jeff comprit pourquoi le vagabond avait appelé cette chose un dragon.
Il ne parlait pas d’une créature au sens propre. Il ne décrivait rien de précis.
Il parlait de quelque chose qui dépassait l’entendement.
L’être dehors n’était pas un Gallagon. Ce n’était pas un Mutant Hulk.
Quand Jeff vit la main du « dragon » se tendre vers lui, il se couvrit les yeux des deux mains.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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