Chapitre 348
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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Chapitre 347
Isabel était assise dans la grotte, les yeux vides rivés à l’écran où défilaient des images.
La silhouette devant elle différait légèrement de celle dont je me souvenais.
C’était clairement un Coldblood, de petite taille, mais on aurait dit qu’une image de femme avait été superposée à son apparence.
« Amorph. »
L’être, mélange d’un Coldblood et d’une humaine, tourna la tête vers moi.
L’apparence étrange d’Isabel et le fait qu’elle m’ait reconnu prouvaient que cet endroit n’était pas le même espace que les mondes de souvenirs que j’avais vus jusque-là.
« Peut-être est-ce un monde qu’elle a créé pour s’y emprisonner. »
Les souvenirs fragmentés projetés sur les parois de la grotte n’étaient que malheurs : Penelope blessée à cause d’Isabel, pendant leur combat contre l’ennemi ; Isabel en fuite ; puis Cynthia qui l’avait trompée et l’avait poussée à coopérer avec elle.
Autrement dit, c’était un monde cauchemardesque conçu pour lui inspirer de la culpabilité et la forcer à expier.
La créature qui me fixait détourna alors le regard vers ce qui se trouvait derrière moi.
« … Et ma sœur. »
Je tournai la tête et aperçus un être étrange. Contrairement à moi, qui n’avais fait que rétrécir, PS-111 avait radicalement changé. Il avait pris la forme d’un Hurleur mutant, sur laquelle se superposaient des images de Penelope et d’une humaine.
Ni tout à fait humaine, ni Coldblood, ni Hurleur mutant, la créature prit la parole.
« “Petite sœur.” Tout est terminé, maintenant. Alshas a été vaincue et toutes les menaces qui pesaient sur toi ont été éliminées. »
« …… »
« Tu peux sortir, maintenant. »
Aux paroles de PS-111, Isabel secoua la tête.
« Pourquoi ne m’en suis-je pas rendu compte plus tôt ? Ma sœur était déjà morte. »
« Je ne suis pas morte. »
« Peut-être que je ne voulais pas l’admettre. Ma sœur est morte à cause de moi, et j’ai essayé de fuir mes responsabilités. »
« D’après les données mémorielles vérifiées, cela était inévitable. »
« Pourtant, je me suis quand même menti à moi-même, parce que je voulais continuer à vivre, même seule. »
« Non. Tu as fait de ton mieux. »
Malgré les efforts de PS-111 pour la convaincre, Isabel n’entendait rien.
« À voir la liste des souvenirs, Isabel est clairement submergée par la culpabilité. »
Seuls les moments les plus douloureux et les plus extrêmes du passé, ceux qui pouvaient la tourmenter le plus, se répétaient. La maîtresse de cet espace semblait vouloir se torturer elle-même ; il n’était donc pas étonnant qu’Isabel n’écoute pas PS-111.
Tant que la conversation n’aurait pas lieu, elle n’entendrait rien de ce que nous disions.
« Il faut la libérer de cette culpabilité. »
Puisque nous pouvions plonger dans l’esprit d’Isabel, l’inverse devait être possible aussi. Si nous utilisions les souvenirs de Penelope, l’originale de PS-111, cela aiderait beaucoup à apaiser sa culpabilité.
« Le problème, c’est qu’il ne reste presque plus de souvenirs à PS-111. »
Autrefois, il avait été gravement endommagé en combattant l’Horreur des glaces. Grâce à Numéro 26, son cerveau avait été en partie réparé, mais la majeure partie de ses souvenirs avait disparu pendant l’opération et une nouvelle personnalité s’était formée. Comme il ne restait presque plus rien des souvenirs de Penelope, je ne savais pas s’ils suffiraient à convaincre Isabel.
« Mais… »
Je regardai PS-111, qui continuait d’essayer de convaincre Isabel.
Il n’abandonnait pas et s’efforçait de lui transmettre ce qu’il ressentait à travers les souvenirs qu’il voyait. C’était apparemment le seul moyen dont il disposait pour exprimer ses émotions.
« Les émotions, hein. »
Soudain, de vieux souvenirs me revinrent.
Ma mère était une personne très froide. Même avant l’accident, elle ne m’avait jamais dit qu’elle m’aimait.
Quand j’étais petit, j’avais posé la question à mon père. Il m’avait répondu qu’on pouvait exprimer certaines choses sans les mots. Ma mère avait beau être maladroite pour montrer ses sentiments, elle m’aimait sûrement au fond d’elle.
Je crus mon père. Après tout, ma mère continuait de payer mes frais médicaux exorbitants. Pourtant, il me fallut longtemps pour comprendre ce qu’elle ressentait.
« Maintenant que j’y pense, la relation entre Adhai et Ham Ort était similaire. »
Ham Ort, un dragon noir maléfique, avait choisi d’abandonner Adhai pour la sauver. À cause de cela, Adhai avait passé des années à en vouloir aux siens.
Elle avait fini par apprendre la vérité, mais son amertume ne s’était pas dissipée facilement. Même en sachant qu’un Gallagon ne pouvait pas mentir, c’était difficile à comprendre.
Le problème était resté sans solution pendant longtemps, jusqu’à ce que Numéro 26 le règle en partageant des souvenirs et des émotions.
« Ce dont elle a besoin, ce sont peut-être les émotions de sa sœur, pas ses paroles. »
Si les émotions de PS-111 lui parvenaient directement, cela aiderait énormément Isabel à se rétablir.
Je m’adressai à PS-111.
« Isabel n’écoutera personne. Changeons d’approche. »
« Je ne peux pas abandonner ma sœur. Je ne veux pas qu’elle souffre. Pour la réveiller, je dois continuer à lui parler. »
PS-111, d’ordinaire froid et mécanique, ne l’était plus. Il semblait inquiet.
Je le rassurai calmement.
« Je n’ai pas dit que j’abandonnais. J’ai dit qu’on devait essayer autrement. »
« Autrement ? Qu’entends-tu par là ? »
« Comme l’a fait Numéro 26, tu dois lui transmettre tes émotions directement. »
« Je suis un Hurleur mutant. Mes émotions ne sont que le produit de réactions chimiques complexes et de divers facteurs. Je ne peux pas répondre à tes attentes. »
Je le savais, même sans qu’il le dise.
Il était bien plus désorienté qu’Isabel. Créé au terme d’un processus complexe, il abritait de nombreuses personnalités contradictoires.
« C’est pour ça que c’est le bon moment. »
Parmi ces identités mêlées se trouvait la conscience endormie de Penelope. Puisque ces identités influençaient ses pensées, PS-111 aurait plus de facilité à transmettre ses sentiments à Isabel.
« De plus, je suis un être composé d’éléments organiques et mécaniques. La plupart de mes pensées sont guidées par l’IA. Mes émotions aussi. »
« Eh bien, on le saura si on essaie directement. »
« Ce serait inutile. »
« Ça ne prendra pas longtemps, alors autant essayer. »
« C’est vrai, mais… »
Comme je ne cédais pas, PS-111 finit par acquiescer.
« Comment dois-je m’y prendre ? »
« Fais comme dehors. Appuie ton front contre le sien. »
PS-111 s’approcha d’Isabel et posa son front contre le sien. Même si l’image persistante de Penelope se devinait encore sur son corps, le visage d’Isabel ne trahissait aucune émotion.
Leurs fronts se touchèrent et l’image superposée au corps de PS-111 ondula comme des gouttes de pluie à la surface de l’eau.
« …… »
Isabel ne réagit toujours pas.
En revanche, les parois de la grotte réagirent. Les souvenirs qui y étaient projetés commencèrent à se brouiller, parasités par des interférences, puis se transformèrent lentement.
Les souvenirs acérés du passé, autrefois tranchants comme des lames de rasoir, se voilèrent comme dans la brume. Une nuée de lumières multicolores envahit l’espace vide.
Reflet de l’état d’esprit de PS-111, la grotte, jusque-là plongée dans le noir, se para rapidement de magnifiques couleurs. Son regard se déplaça lentement, suivant la lumière éclatante.
Les lumières sur les parois n’étaient pas immobiles. Elles changeaient sans cesse, comme du brouillard ou une mosaïque ; rien n’était visible dans son ensemble, et pourtant, le message qu’elles portaient était étrangement limpide.
C’était de la « gratitude ».
De la gratitude parce qu’elle n’avait pas abandonné et qu’elle avait continué à vivre.
Un hommage aux efforts qu’elle avait déployés pour protéger l’héritage laissé par sa sœur.
Et, enfin, un hommage à sa foi et à sa patience, à l’espoir qu’elle retrouverait un jour sa famille.
Les nombreuses mosaïques qui se dessinaient sur les parois transmettaient un seul et même message. Il contrastait radicalement avec le passé douloureux qui l’avait tourmentée jusque-là.
Et c’était exactement ce dont Isabel avait besoin.
« …… »
Une larme coula sur le visage d’Isabel, toujours aussi inexpressif qu’un masque de poupée. Comme prévu, le lien émotionnel avec PS-111 avait eu un effet profond.
« Je, je… tout… »
Celle qui pleurait en silence ouvrit la bouche.
« Si seulement je m’en étais rendu compte plus tôt, si seulement j’avais été plus forte… »
À mesure qu’elle parlait, l’espace autour de nous se déforma de nouveau. La salle de bal baignée d’une belle lumière se teinta d’ombres. Les formes qui ressemblaient à des mosaïques devinrent plus nettes, et nous semblâmes replonger dans un passé sombre.
Sa culpabilité et les émotions de PS-111 s’affrontaient.
« Si j’avais pu épargner à ma sœur ces souffrances… »
Non, en réalité, sa culpabilité engloutissait le message de PS-111.
À la voir réagir ainsi, il était possible que la transformation de PS-111 en Hurleur mutant s’ajoute aux mauvais souvenirs qu’elle avait vécus.
« C’est embêtant. »
À ce rythme, Isabel finirait complètement piégée dans une prison mentale rongée par la culpabilité.
Le problème, c’était que PS-111 n’avait plus aucun moyen de faire pression sur Isabel.
« Il faut que je la convainque, maintenant. »
Pendant que PS-111 gagnait du temps, je devais démolir la prison de son esprit.
Je m’approchai des jumelles, leurs fronts toujours collés l’un à l’autre.
« Isabel. »
« Tout a toujours été de ma faute. Je n’étais pas à la hauteur, je ne valais pas ta sœur… »
« Tu as raison. »
Quand je confirmai ses reproches envers elle-même, les souvenirs qui défilaient sur les parois devinrent encore plus nets. PS-111 tressaillit de surprise, le corps tremblant.
« Je ne peux pas reculer, maintenant. »
« Si tu t’étais mieux préparée, tu n’aurais pas perdu Penelope. Ou plutôt, tu ne l’aurais pas laissée tomber aux mains de PS… »
« ! »
« Mais tu ne peux plus changer le passé. Ta sœur est devenue une créature mécanique, et tu as subi le même sort. Cynthia, qui t’a trompée, est déjà morte. »
Isabel referma la bouche et l’atmosphère de la grotte s’alourdit brusquement. Les ténèbres se mirent à envahir son esprit.
« Au fait, ceux qui ont transformé Penelope en Hurleur sont toujours en vie. Ils fêtent les résultats de leurs recherches et s’en réjouissent en contemplant leur “réussite” de laboratoire. À ton avis, à quel point sont-ils heureux ? »
« …… »
Je ne savais pas ce que pensait réellement le Gaju de Garmelda, le commandant de l’Union stellaire impliqué dans la création de PS-111.
Mais ce n’était pas le sujet.
« Tant que tu resteras ici, ils essaieront d’une manière ou d’une autre de récupérer PS-111. Moi non plus, je ne veux pas le perdre, mais c’est comme ça que va le monde. Et s’ils t’enlevaient ta sœur ? »
« Arrête. »
« Dehors, il y a encore le cerveau de l’opération, celui qui a envoyé tes sœurs en enfer. Tu vas rester ici ? Même s’ils dissèquent et torturent ta sœur, tu vas te contenter de le regretter ? »
« Arrête ! »
Isabel n’en pouvant plus, elle cria. À chacun de ses hurlements dans la grotte, les souvenirs noyés dans les ténèbres se fissuraient.
« Pourquoi abandonnes-tu maintenant ? Parce que PS-111 n’est pas la version de ta sœur que tu voudrais ? Ou parce que tu n’essaies pas de protéger ta famille ? »
« Merde, Amorph ! Qu’est-ce que tu en sais… ! »
« La seule chose que je sais, Isabel, c’est que tu mérites d’être heureuse. »
« Quoi ? »
« Élimine tous ceux qui se dressent entre toi et le bonheur de ta sœur. Ceux qui la tourmentent, ceux qui t’ont humiliée : élimine-les. Savoure ton bonheur sur leurs cadavres. »
« Je… je mérite d’être heureuse… ? »
« Tu as fait tant d’efforts jusque-là. N’abandonne pas maintenant. »
À peine eus-je fini de parler que les souvenirs sur les parois éclatèrent comme du verre brisé. Dans le même temps, toute la grotte fut secouée par de violentes vibrations.
« … L’Amorph a raison. J’ai quelque chose à faire. »
« Petite sœur ? »
« Grande sœur, dans cette réalité, dans ce monde, et même ici… »
Isabel, dont le regard avait retrouvé son éclat, nous observa.
« Merci de m’aimer. »
Sur ces mots, la prison cauchemardesque se brisa.
Ma conscience revint lentement, comme au sortir d’un profond sommeil. Je retrouvai peu à peu les sensations du corps de l’Amorph ; l’exosquelette de mon propre corps reprit vie. Les Organes auxiliaires commencèrent à percevoir l’odeur du sang dans l’usine, puis je pris progressivement conscience de ma tête massive et de mon long cou.
« Quand je m’étais lié au nid puis désactivé, les sensations étaient revenues rapidement. Mais cette fois, c’est différent. »
C’était peut-être parce que j’avais grandi, ou parce que ma conscience s’était entièrement transférée dans le corps d’un autre être, mais cette fois, la récupération fut plus lente.
Enfin capable de bouger ma tête centrale, j’ouvris les yeux.
Comme prévu, je m’attendais à voir Numéro 26 et Adhai. Mais non. Dès que mes sens revinrent, les premières choses que je vis furent tout à fait inattendues.
« Espèce de putain de salope ! Où t’as planqué mon flingue ?! »
NDT : « Pinche puta » est une expression espagnole qui signifie « putain de salope ».
« Ké-ké ! Je… je ne sais pas… »
Un Hurleur au visage de femme tenait un cultiste auquel il manquait plusieurs membres, tandis qu’Isabel, désormais dotée d’un nouveau corps magnifique, étranglait Alshas avec ses multiples bras.
« Petite sœur, veuillez éviter les mouvements brusques tant que le calibrage de votre corps n’est pas terminé. »
「La famille de mon ami est forte !」
「Malade」「Non ?」「Comme ça ?」「En pleine santé」
PS-111, qui venait de se réveiller comme moi, remuait son long corps en essayant de calmer sa nouvelle sœur. Derrière nous, Numéro 26 et Adhai observaient la scène avec curiosité.
「L’Amorph, qu’est-ce que tu as foutu ?」
La Mère du ciel, qui venait de se réveiller, fixa Isabel, en plein accès de violence.
À sa question, je répondis brièvement.
[ZZZZZ ZZZZ ZZZZZ (Je lui ai dit de ne pas abandonner, comme tu me l’avais demandé)]
「On dirait pas que tu t’es contenté de ça.」
Je n’avais rien dit de particulièrement spécial.
Je lui avais simplement rappelé les tâches qu’il lui restait à accomplir. Tant qu’elle ne les aurait pas terminées, elle resterait à nos côtés.
La vengeance.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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