Chapitre 324
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 323
La ruelle entre les vieux bâtiments.
Isabel franchit la distance d’un bond. La faux qu’elle tenait fendit l’air avec la célérité d’un prédateur fondant sur sa proie et fila droit vers ma tête.
Je pris appui sur mes quatre pattes et rejetai le haut de mon corps en arrière, tout en faisant tournoyer mes deux queues. Je dirigeai celle de droite, armée de pinces, vers sa faux, et celle de gauche vers son poignet.
Malgré leur taille réduite par mon état de « Faible rusé », mes pinces restaient bien plus grandes que la faux qu’elle maniait.
« J’ignore à quel point cette faux est tranchante, mais je ne peux pas négliger la différence de taille. »
La lame ne faisait pas plus de deux de mes doigts de large. Si nos armes s’entrechoquaient, la sienne risquait d’être endommagée.
Elle semblait penser la même chose. Sa main dévia rapidement la faux, dont la lame acérée racla la surface rugueuse de mes pinces dans un craquement sinistre.
Pendant ce temps, ma queue gauche se rua sur elle comme un serpent sur sa proie, cherchant à s’enrouler autour de ses bras. Au moment où elle allait toucher son poignet, Isabel tordit la taille dans une position invraisemblable. Ses chevilles remontèrent presque jusqu’à ses poignets, et elle chassa ma queue d’un coup de pied.
Mes deux attaques manquèrent leur cible. Profitant du recul de son coup, elle bondit en arrière.
Je m’attendais toutefois à ne pas réussir à la toucher sérieusement avec mes queues. Je martelai le sol de mes quatre pattes.
« Tss ! »
En retombant, j’entendis claquer sa langue. Comme un taureau qui charge, je roulai sur le côté pour éviter son attaque imminente. Je détendis mes pattes arrière comme pour la frapper, mais elle esquiva avec agilité.
Elle ne s’arrêta pas là : elle grimpa le long de mon dos comme un insecte ou un lézard escaladant un mur.
« Tu crois aller où, comme ça ? »
Mon dos, couvert d’une épaisse fourrure, dissimulait les nids de mes parasites humanoïdes. À mon ordre, les insectes cachés dans ma fourrure se préparèrent à lancer leurs ondes paralysantes.
Alors que cinq des insectes carnivores s’apprêtaient à libérer leurs ondes sonores mortelles, Isabel sortit un autre outil. Elle lança une petite plaque hexagonale dans ma fourrure, puis sauta de mon dos.
Les parasites poussèrent leur hurlement strident, mais le son ne m’atteignit pas. La plaque hexagonale avait généré un bouclier psychique qui enveloppait tout mon corps et bloquait les ondes sonores.
Je frappai le bouclier avec les pinces de ma queue droite et le brisai. Il se déchira comme du papier ; dans l’ouverture, la faux fila vers moi.
« Comme je le pensais. »
Je ne tentai pas d’esquiver.
Comme prévu, la faux se planta dans la corne sur ma tête. Sa lame fine la transperça, créant une brève ouverture.
À présent qu’elle était si près, mes têtes de chaque côté allaient pouvoir agir. La plus proche d’elle ouvrit grand la gueule.
« ! »
Surprise par le mouvement de mes deux têtes, Isabel écarquilla les yeux. Finalement, elle abandonna sa faux. Mes dents écailleuses frôlèrent son bras tandis qu’elle lâchait son arme.
Pendant que la tête gauche était à l’œuvre, la tête droite, qui attendait son tour, projeta une masse de champignons acides sur Isabel. Elle aurait souffert si elle avait été touchée, mais elle n’avait qu’à s’en prendre à elle-même.
Elle se hâta de rouler sur le côté pour esquiver la masse de champignons. Elle ne parvint toutefois pas à l’éviter complètement et en reçut un peu sur les orteils.
« Tss ! »
Sans hésiter, elle s’arracha les ongles des orteils avec ses griffes. Ses orteils noircis, souillés par les champignons, roulèrent sur le sol.
« Impressionnant. »
Après s’être mutilée et avoir reculé d’une bonne distance, elle laissa le combat retomber un instant.
Je baissai ma tête centrale et, avec le petit bras près de ma poitrine, retirai la faux de ma corne.
« Une arme que je n’ai jamais vue. »
Je m’étais demandé si c’était une sorte de Lame sonique ou une arme à vibrations avancée, mais non. Pas de bouton ni de mécanisme : juste une simple faux.
« Elle est remarquablement tranchante et résistante. »
J’ignorais de quel métal elle était faite, mais sa résistance était extraordinaire. La corne sur ma tête était presque aussi solide que les pinces de ma queue. Quelle que soit son acuité, je ne m’attendais pas à ce qu’une arme puisse frapper ma corne ou mes pinces sans les endommager.
« Mieux vaut me méfier de ce que je ne comprends pas. »
Je jetai la faux derrière moi et fixai Isabel, la Coldblood classée vingt-deuxième.
Je n’avais pas à m’inquiéter pour les dégâts sur ma corne. Elle se régénérerait bientôt.
Le vrai problème, c’était qu’elle n’avait pas encore dévoilé toute sa puissance.
« Quel pouvoir de Vortex One utilise-t-elle ? »
Si la force d’un Amorph dépend de la manière dont il acquiert et utilise ses Traits, le cœur du jeu des Coldbloods réside dans leur lien avec Vortex One.
Pour les Coldbloods, dont toute l’existence en tant que peuple est liée à Vortex One, le style de combat varie énormément selon l’entité à laquelle ils empruntent leur pouvoir.
Certains voient leurs capacités physiques de combat poussées à l’extrême, d’autres se voient accorder d’immenses pouvoirs psychiques. Tant qu’ils paient le prix du contrat, ils peuvent utiliser les pouvoirs des êtres suprêmes qui dominent la hiérarchie.
Seulement, nous étions en territoire du Culte. Comme moi, elle ne pouvait pas utiliser son pouvoir librement ici.
Le Culte haïssait profondément Vortex One. C’était en partie pour cela que les Coldbloods étaient méprisés.
Si elle utilisait ici le pouvoir de Vortex One, toutes les forces militaires de Berzan 02 se concentreraient sur elle.
« Ou peut-être a-t-elle une autre intention que j’ignore. »
Puisqu’elle connaissait ma réputation, elle pouvait délibérément dissimuler sa vraie puissance. Elle n’avait pas encore utilisé ses capacités uniques non plus, sans parler du pouvoir de Vortex One. Tout comme je n’avais pas abattu toutes mes cartes, elle non plus.
« Voyons-en un peu plus… »
« Attendez ! Vous deux, ne bougez plus ! »
Au moment où j’allais repartir à l’attaque, la Mère du ciel s’interposa entre Isabel et moi.
« J’ai dit que je vous laisserais d’abord le temps de parler ! »
Elle déploya ses ailes, dissimulées jusque-là par ses tatouages, et me regarda d’un air désespéré. Ses yeux brûlaient d’une urgence féroce.
« Une conversation, hein. »
Tout en observant tour à tour Isabel et elle, je scrutai les alentours avec mon organe auxiliaire. J’avais déjà vérifié les lieux en poursuivant Isabel, mais nous nous trouvions dans un angle mort, hors de la vue des tours de guet. Les guerriers ne nous remarqueraient probablement pas tant que nous n’engagerions pas un combat de grande ampleur, mais le risque n’était pas nul.
« Ce n’est pas une bonne idée de se battre ici. »
Outre le risque que le Culte nous repère, Isabel nous avait attirés ici. C’était pratiquement son territoire, et j’ignorais ce qui pouvait arriver si le combat s’y prolongeait.
« Pour le moment, mieux vaut nouer de bonnes relations avec Isabel que de l’éliminer. »
En ce moment, à cause de l’arme relique de Si-Hyun Yujin, ma « Colonie parasitaire » était scellée. Pour obtenir les informations dont j’avais besoin, il me faudrait la transformer en parasite humanoïde.
La dévorer me permettrait de lui voler ses Traits uniques, ce qui n’était pas forcément une mauvaise chose. Le problème, c’était la manière de s’y prendre. Même sans connaître sa fin, je savais qu’elle était une combattante classée vingt-deuxième. Ce ne serait pas une adversaire facile.
« Mais en parlant avec elle, je peux recueillir des informations… »
Pendant que la Mère du ciel gagnerait du temps, je pourrais en apprendre davantage sur Isabel et les environs. La conversation pourrait même me donner des indices sur ses faiblesses. Lui accorder une autre chance n’était pas une si mauvaise idée.
[ZZ (D’accord.)]
« Merci. »
Elle hocha la tête avec gratitude.
Je reculai de quelques pas pour les laisser parler et les observer. Nous nous étions jetés dans le combat sans attendre, et je n’avais pas eu le temps de prêter attention à l’apparence d’Isabel. Je pouvais enfin l’examiner correctement.
Son visage mêlait des traits humains et ceux d’un lézard ; des antennes lui poussaient sur la tête et des écailles recouvraient son corps, comme chez les Coldbloods. Elles étaient bleu clair, tandis que son museau avait une légère teinte bleu ciel. Comme je l’avais entendu dire, elle était plutôt petite, avec des bras et des jambes fins qui lui donnaient une apparence délicate.
Elle ne portait pas la robe de servante d’hôtel habituelle, mais des morceaux de tissu usés qu’elle avait drapés sur son corps. Ses bras, ses cuisses et son ventre étaient à découvert, et elle ne semblait pas dissimuler d’autres armes.
« Les Coldbloods ne sont pas une espèce qui compte sur les armes. »
Son corps d’apparence fragile, sa petite taille, ses vêtements miteux… Elle ressemblait encore à une pauvre esclave. Mais ce n’était qu’une façade. À en juger par son comportement lors de notre affrontement d’éclaireurs, elle était loin d’être quelqu’un qu’on pouvait sous-estimer.
Je restai sur mes gardes et continuai de surveiller les alentours avec mes organes auxiliaires.
« Comme un Amorph, tu fais ici exactement la même chose que dans le jeu. »
« Non, Isabel. »
Isabel, elle aussi, m’accordait toute son attention. Tandis qu’elle parlait à la Mère du ciel, son regard restait rivé sur moi.
« Il m’a sauvée alors que j’étais sur le point de mourir. »
« Il t’a sauvée ? Un Amorph ? »
« Je sais que c’est difficile à croire, mais c’est vrai. Il ne m’a implanté aucun parasite. Je ne suis pas sous son contrôle ; je suis son alliée. »
« …… »
Les paroles de la Mère du ciel décontenancèrent Isabel.
« À proprement parler, ce n’est qu’à moitié vrai. »
En réalité, je l’avais sauvée pour en faire une garantie. C’était pour cela que je lui avais implanté le parasite.
Bien sûr, Isabel l’ignorait, et elle n’avait pas besoin de le savoir.
« … Alors, pourquoi es-tu venue ici ? »
Peut-être à cause de cette révélation inattendue, Isabel, qui était restée silencieuse, prit enfin la parole.
« Je suis venue te poser une question. »
« Me poser une question ? »
« Oui. L’Amorph et moi avons tous les deux eu des visions en grandissant. Nous cherchons actuellement à comprendre ce qu’elles signifient. »
« Des visions… »
À ces mots, le regard d’Isabel quitta le mien pour se poser sur la Mère du ciel, pour la première fois.
« As-tu vu, toi aussi, des “souvenirs” ? »
« Des souvenirs ? Tu as vu une vision de ton passé humain, toi aussi ? »
Au lieu de répondre, Isabel lui posa une autre question.
« Quel choix as-tu fait face à ces souvenirs ? »
« Moi ? »
« Est-ce que les souvenirs t’ont absorbée ? Ou est-ce toi qui les as absorbés ? »
« Ni l’un ni l’autre. Je n’ai fait qu’entrevoir ces souvenirs. »
À sa réponse, Isabel reporta son regard sur moi. Elle semblait vouloir me demander quel choix j’avais fait, mais je gardai le silence.
« Lui aussi est comme moi. Il n’a fait qu’entrevoir les souvenirs. »
À vrai dire, la vision ne m’avait pas absorbé. J’avais combattu et vaincu le « vrai moi » qu’elle avait fait apparaître. Pour reprendre les mots d’Isabel, je n’avais ni absorbé la vision ni été absorbé par elle.
La Mère du ciel le savait, mais comme elle ignorait comment Isabel réagirait, elle avait délibérément évité d’entrer dans les détails.
« Nous voulons savoir quel choix tu as fait. »
« …… »
Isabel resta silencieuse un moment, à nous observer, puis ferma les yeux.
Après une courte pause, elle les rouvrit et prit la parole.
« Seoa, te souviens-tu de la dernière fois où nous avons pris contact ? »
« Il y a un peu plus de 8 ans. »
« Cela fait 8 ans et 2 mois. Beaucoup de choses se sont passées depuis ton départ. »
« Isabel ? »
Ses yeux reptiliens ne laissaient transparaître aucune émotion. La nostalgie qu’elle avait manifestée en regardant la Mère du ciel, et la colère qu’elle avait montrée en m’affrontant, avaient disparu. À leur place, son regard était empreint d’un profond vide.
Elle inspira doucement en croisant le regard de Seoa.
« Ils ont piétiné mes amis et détruit l’endroit que nous avions bâti. »
« ! »
Isabel avait lâché ces mots comme en passant, mais la Mère du ciel sembla en saisir le sens. Je sentis son cœur s’emballer.
« Ne t’inquiète pas. Cela fait trop longtemps pour qu’on puisse encore accuser qui que ce soit. »
« … »
« Je vais te donner la réponse que tu veux. Mais d’abord, j’ai besoin que tu accèdes à ma requête. »
Ses yeux, désormais semblables aux cendres d’un feu éteint, nous parlèrent.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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