Chapitre 321
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————
Chapitre 320
-
Le manoir privé de Roberts se trouvait à la périphérie de la forteresse.
Ce n’était pas parce qu’il se situait en bordure plutôt qu’au centre qu’il était pauvre.
Bien que la forteresse eût perdu de son importance militaire, la sécurité y demeurait exceptionnellement élevée. Des guerriers patrouillaient dans les rues et, au-dessus, d’immenses vaisseaux de guerre survolaient régulièrement la ville. Dans un endroit pareil, rares étaient les idiots qui commettaient des crimes.
De plus, la Forteresse de l’Eau ayant accumulé des richesses pendant longtemps, ses habitants étaient généralement assez aisés. La plupart n’avaient pas besoin de recourir au crime pour subsister.
Comme on était en sécurité où que l’on aille, nombreux étaient ceux qui, comme Roberts, choisissaient de vivre à la périphérie. Ils aspiraient à une existence plus paisible, loin de l’agitation du centre-ville.
Lorsque le dirigeable de Roberts survola plusieurs maisons avant de se poser sur le toit d’un manoir, une scène paisible s’offrit à lui.
Au milieu du domaine s’étendait un petit lac artificiel, entouré de maisons pentagonales. Entre les maisons et le lac poussaient des plantes importées d’autres planètes.
Le dirigeable se posa sur une plateforme au milieu du lac. À son contact, la surface de l’eau fut agitée de violentes vagues.
« Qu’est-ce que… ? »
Surpris, Roberts vérifia les caméras du dirigeable. L’atterrissage ne semblait pas avoir posé de problème, mais l’objectif était couvert de gouttelettes d’eau. Hormis les éclaboussures, aucun dégât n’était visible.
« Incroyable… »
En marmonnant, il débarqua et traversa le pont qui menait au jardin luxuriant. Chacun de ses pas déclenchait les capteurs et les caméras du manoir.
« Bienvenue. »
« Oui. Je vais prendre un bain. Sors une bonne bouteille de vin de la cave. »
« Compris. »
« Et vérifie le système d’atterrissage du dirigeable ; il semble avoir un problème. »
« Je m’en occupe. »
Il donna ses ordres à l’esclave, qui surveillait probablement les caméras, puis se dirigea vers la salle de bains.
La salle de bains du manoir était assez vaste pour accueillir des dizaines de personnes. Il se déshabilla et s’enfonça dans le bain chaud.
« Ah… »
La chaleur de l’eau fit rosir sa peau pâle et délicate. Tandis que son corps se détendait, un petit gémissement las lui échappa.
« Ça fait du bien. »
Il n’avait pas été de bonne humeur en arrivant au manoir, mais la chaleur et le confort l’apaisèrent rapidement. Il se dit qu’une petite sieste avant l’arrivée du vin ne serait pas une mauvaise idée. Il ferma les yeux et s’abandonna, corps et esprit, à l’eau réconfortante.
Au moment où il allait sombrer dans le sommeil…
Biiiiip, biiiiip, biiiiip
Le vacarme le tira brusquement de sa torpeur. Roberts se redressa vivement dans le bain, faisant violemment clapoter l’eau.
« … Une alarme ? »
Il entendait rarement ce son et ne le reconnut pas tout de suite.
Le bruit qui provenait de l’extérieur de la salle de bains était l’alarme déclenchée lorsqu’une personne non autorisée pénétrait dans la maison.
Autrement dit… quelqu’un était entré chez lui sans permission.
« Que se passe-t-il dehors ? »
Sa voix résonna dans la salle de bains. Comme en réponse, l’alarme s’interrompit brusquement.
« …… »
Le silence retomba, mais Roberts ne parvenait pas à se détendre.
Aucun garde n’était affecté au manoir. À la place, des haut-parleurs avaient été installés dans chaque pièce pour que ses esclaves puissent entendre ses ordres et les exécuter.
Il leur avait donné un ordre ; ils auraient dû lui répondre. Que l’alarme se soit arrêtée sans un mot n’avait rien de normal.
Désormais tout à fait réveillé, Roberts sortit précipitamment du bain. Sans même se sécher, il attrapa d’abord son terminal.
« Je dois signaler ça ! »
Ce n’était peut-être rien de grave, mais il n’en était pas certain. Il prévint rapidement l’escouade de guerriers de la forteresse, puis enfila sa robe de chambre.
Les guerriers seraient là dans cinq minutes. En attendant, il devait se cacher dans l’abri du manoir.
Lorsqu’il sortit de la salle de bains, une lumière vive l’accueillit. L’intérieur du manoir semblait aussi paisible que d’habitude.
À une différence près.
« Où sont-ils tous ? »
Pas un bruit ne venait de l’intérieur du manoir. Il n’y avait pas seulement aucun intrus : les esclaves avaient eux aussi disparu.
La situation lui paraissait étrange. Le frisson qui le parcourait n’était pas seulement dû à l’air frais de la climatisation.
« I-il faut que je rejoigne vite l’abri… »
Roberts avançait d’un pas tremblant. Le manoir qui, quelques instants plus tôt, lui avait semblé si réconfortant lui paraissait maintenant étrangement hostile.
En quittant le bâtiment où se trouvait la salle de bains, il entra dans le couloir et remarqua des traces indiquant qu’un intrus était passé par là.
« Q-qu’est-ce que c’est ? »
Sur le sol pavé de belles pierres, des empreintes mouillées se dessinaient nettement. Leur taille et leur forme n’avaient rien d’humain. Elles étaient même plus grandes que sa tête.
Les empreintes se dirigeaient vers la cave à vin, au-delà du couloir.
« … Bon sang. »
Roberts matérialisa un fouet grâce à ses pouvoirs psychiques et le serra fermement. Il n’aurait jamais cru devoir affronter une situation pareille dans la Forteresse de l’Eau. Une fois cette épreuve passée, il placerait quelques esclaves de combat aux abords du manoir pour assurer sa sécurité.
La seule bonne nouvelle, c’était que la cave à vin et l’abri étaient assez éloignés l’un de l’autre. Une bête inconnue poursuivait les esclaves ; il devait se dépêcher de rejoindre l’abri.
Il courut, à moitié vêtu, sans que personne ne semble le poursuivre.
Une fois arrivé à l’abri sans encombre, il consulta les caméras de surveillance installées dans tout le manoir. Comme dans la salle de contrôle, elles lui permettaient de surveiller toutes les pièces.
L’ordinateur de style cultique se mit en marche et projeta dans les airs les images captées par les caméras. Il balaya rapidement les écrans du regard, cherchant le moindre signe de l’intrus.
« Rien ? »
Il ne voyait l’intrus nulle part. Il n’y avait même aucune trace d’un esclave attaqué par la bête.
« Mais qu’est-ce que… »
Alors qu’il faisait défiler les images, perplexe, un bruit retentit soudain dehors.
Bzzzzzzzzzzzzzzzz
C’était le même son d’alarme que dans la salle de bains. D’abord faible, il gagnait peu à peu en intensité. L’intrus se rapprochait.
Paniqué, il consulta les images du couloir où l’alarme retentissait.
« Qu’est-ce qui se passe ? Où est-ce ? Où diable est-ce ? »
Le couloir était vide, mais le système de sécurité signalait bruyamment la présence de quelqu’un.
En scrutant les images pour trouver l’origine de l’alarme, il remarqua quelque chose.
Bzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Il se pencha au plus près de l’image qui flottait dans les airs.
« … »
Au début, il crut à une tache ou à un motif. Une décoration géométrique comme on en voyait souvent dans les couloirs.
Mais non.
C’était une trace humide.
Une chose que la caméra ne parvenait pas à filmer laissait des empreintes en avançant dans le couloir.
Bzzzz « bip »
Et les traces s’arrêtèrent juste devant la porte de l’abri.
Il tourna lentement la tête.
L’alarme cessa et un autre son lui succéda.
Quelque chose de lourd qu’on traînait.
Le bruit ressemblait à celui de la lourde porte en alliage qui s’ouvrait.
---
« Hum… Il n’y a pas de problème, alors ? »
« Non. Le système de sécurité semble avoir dysfonctionné parce qu’il est obsolète. Je suis vraiment désolé pour le dérangement. »
« Nous devrions l’inspecter plus en détail ? »
« Non, je pense que ça ira. Comme vous le voyez, je suis dans cet état. »
Les guerriers armés jetèrent un coup d’œil à mon corps, puis détournèrent rapidement le regard.
« Ah, je vois. Compris. »
« Nous allons vous laisser. Veuillez aller vous reposer. »
« Merci. »
Ils s’inclinèrent avec embarras et s’en allèrent.
« Dire que tu es sorti en plein milieu de ton bain. Tu aurais dû laisser les esclaves s’en charger. »
« Tu t’amusais peut-être avec tes esclaves ? On dirait bien que c’est le genre d’ambiance ici. »
« Assez de ces bêtises. »
Les voix s’éloignèrent rapidement derrière la porte close du manoir. Peu après, un petit appareil de combat décolla et quitta le domaine.
Comme personne d’autre ne semblait venir, je pénétrai de nouveau dans le manoir.
« Quelle surprise. »
Quand j’étais arrivé au manoir en dirigeable, je ne m’étais pas trop inquiété.
Contrairement à celui d’Alcardi, le manoir de la Forteresse de l’Eau n’avait pas de gardes armés. La ville était si sûre que seuls quelques esclaves étaient affectés au manoir.
Après avoir plongé dans le lac où le dirigeable s’était posé, j’avais rapidement évalué les effectifs du manoir grâce aux systèmes auxiliaires et j’étais passé à l’action.
Je comptais m’occuper des esclaves, en commençant par celui qui transportait le vin, puis passer au propriétaire du manoir.
« Sans cette fichue sonnerie, j’aurais réussi à coup sûr. »
Sous ma forme de « Faible rusé », l’effet de la « Fourrure de créature extraterrestre » me rendait immunisé contre différents systèmes de détection. Les ondes générées par cette fourrure brouillaient tous les types d’équipements de détection. Même les systèmes de surveillance des vibrations n’y échappaient pas.
Pourtant, ce qui m’avait trahi, c’était l’eau.
Ma fourrure avait été mouillée, et le système censé me rendre indétectable ne semblait plus fonctionner correctement. Les caméras ne me filmaient pas, mais mes empreintes mouillées se voyaient parfaitement. Toute personne observatrice aurait remarqué que quelque chose d’invisible à l’écran laissait des traces.
« Une faiblesse à laquelle je ne m’attendais pas. »
Je savais que la « Fourrure de créature extraterrestre » n’était pas invincible. Mais je n’aurais jamais cru qu’elle ait une faille aussi simple et pourtant fatale.
« Même si cette planète ressemble à un désert, c’est la Forteresse de l’Eau. Je dois rester prudent. »
Je me rappelai de faire attention à l’eau lorsque j’étais sous ma forme de « Faible rusé », puis retournai à l’abri. J’y récupérai l’appareil à écran laissé par l’ancien propriétaire du manoir.
« Bien. Maintenant, il ne me reste plus qu’à… »
Je devais vérifier quelque chose auprès de Roberts, le marchand d’esclaves que j’avais dévoré. Normalement, j’aurais utilisé des parasites, mais ma capacité « Essaim » était actuellement scellée. Il était donc temps de recourir au « Parasite humanoïde ». Je l’invoquai ; il avait remplacé le précédent membre de mon essaim.
Un insecte au visage de femme cultique déchira le nid accroché à mon dos et bondit dehors. Comme je l’avais invoqué sous ma forme de « Faible rusé », il avait considérablement rétréci.
Le Parasite humanoïde, qui faisait à présent à peu près la longueur du bras d’un homme adulte, battit des ailes et atterrit devant moi. Le marchand d’esclaves, désormais conscient des changements survenus dans son corps, avait le visage blême, horrifié.
« J’ai quelque chose à te demander. »
À ma voix, identique à la sienne, il ouvrit de grands yeux.
Mais comme je contrôlais désormais entièrement son corps, il ne pouvait que répondre :
« … Je vous écoute. »
Il ne pouvait que remplir son rôle de serviteur.
---
Si-hyun Yujin comprit qu’elle faisait encore le même rêve.
Une pièce blanche.
Elle-même, assise au centre.
Des silhouettes sans visage qui lui chuchotaient quelque chose depuis le côté.
Ce rêve récurrent, qu’elle faisait chaque fois qu’elle dormait, faisait désormais partie de sa vie.
Ces derniers temps, elle avait même l’impression de ne plus pouvoir s’en passer.
« Tu ■■ le ■■■. »
La silhouette assise sur la chaise prit la parole. Comme toujours, elle ne comprit pas ce qu’elle disait.
Si-hyun se demanda :
Qu’est-ce que ça ferait, de m’asseoir sur cette chaise ?
C’était une pensée qui ne lui était jamais venue auparavant, mais elle ne lui parut pas étrange.
Sa conscience se tourna peu à peu vers la chaise. Les silhouettes sans visage cessèrent de chuchoter et se tournèrent vers elle. Bien qu’elles n’aient pas de visage visible, elles semblaient sourire, pour une raison ou une autre.
Tout était étrange, mais elle ne s’en rendait pas compte. L’idée qu’elle devait immédiatement s’asseoir sur cette chaise envahit son esprit.
« Tu ■■■ ■■■. »
Malgré l’exclamation de la silhouette, juste avant qu’elle ne s’assoie, les yeux de Si-hyun se posèrent soudain sur l’une des silhouettes sans visage.
En se rapprochant, elle distingua quelque chose.
Le corps de la silhouette était parcouru de fissures, comme un miroir brisé.
À l’instant où elle s’en rendit compte, elle se réveilla.
« …… »
À la différence du rêve familier, se réveiller trempée de sueur froide était très désagréable. Elle poussa la paroi vitrée, sortit rapidement de la biocapsule et attrapa machinalement son appareil à écran.
Elle fronça les sourcils devant le long message qui s’affichait sur l’écran. Son regard s’arrêta sur un seul mot du message : « Analyse échouée. »
« … Échouée ? »
Elle avait certes réussi à vaincre le monstre, l’un de ses objectifs, mais sa victoire lui procura peu de joie. Les dégâts qu’elle avait subis n’étaient pas négligeables.
Pendant le combat, elle avait perdu sa Batterie de cristal. Il ne lui restait maintenant assez d’énergie que pour deux utilisations du Destructeur abyssal.
« Ce ne sera pas assez pour tuer Akira. »
Akira Yujin, le PDG de MegaCorp, était, comme Si-hyun, un être génétiquement modifié. Il avait peut-être subi autant de modifications génétiques que le monstre qu’elle avait tué.
Autrement dit, le Destructeur abyssal ne suffirait peut-être pas à le tuer d’un seul coup.
Akira était un adversaire encore plus rusé que le monstre. Si quelque chose de semblable se reproduisait pendant leur combat, elle perdrait.
« C’est pour ça que je comptais là-dessus… Pff. »
Elle posa son appareil à écran avec un profond soupir.
Maintenant qu’elle ne pouvait plus utiliser les reliques à la légère, il lui fallait trouver une autre solution.
Elle avait placé ses espoirs dans le sang qui maculait sa combinaison renforcée, la « Vierge blanche ». Bien que le monstre eût été entièrement calciné par un éclair, le sang séché qui avait adhéré à la combinaison était toujours là.
Si-hyun avait demandé au laboratoire du vaisseau amiral d’analyser le sang. Si l’on pouvait implanter les gènes du monstre dans son corps, elle gagnerait une puissance immense.
Mais, contrairement à ce qu’elle espérait, l’analyse du sang échouait sans cesse.
Il contenait trop de sortes de gènes différents, ainsi qu’un grand nombre de substances étrangères.
Pour résoudre le problème, il aurait fallu davantage d’échantillons, mais le monstre s’était évaporé sans laisser de cadavre. C’était évidemment impossible.
Au bout du compte, l’équipe de recherche avait conclu qu’il était impossible de procéder à l’analyse pour le moment. Avec l’équipement du vaisseau amiral, en tout cas, les gènes du monstre étaient impossibles à analyser.
« Avec la base de données de MegaCorp, ce serait peut-être possible… »
La base de données de MegaCorp, sur la Lune, disposait des meilleurs équipements de recherche. Là-bas, ils pourraient peut-être analyser les gènes du monstre.
Le problème, c’était qu’infiltrer la base de données de MegaCorp n’avait rien de facile.
Le cœur du renseignement de MegaCorp était si bien protégé que même l’ombre des Yujin devrait risquer sa vie à plusieurs reprises pour y entrer.
Si elle perdait la vie pendant l’infiltration, tout cela n’aurait aucun sens. Tant qu’il subsisterait une lueur d’espoir, l’infiltration de la base de données de MegaCorp devait être reportée.
« Au bout du compte, est-ce la seule option qui me reste ? »
Si-hyun se remémora la carte incomplète laissée par Beom-Ho.
La situation dans laquelle elle se trouvait n’était guère différente de celle d’avant son arrivée sur Berzan 02. Elle avait récupéré une partie de ses forces, mais perdu la relique qui lui servait de carte maîtresse.
Pour affronter un adversaire redoutable comme Akira, elle avait besoin de nouvelles armes. Dans ces circonstances, elle ne pouvait qu’espérer que la carte lui apporterait des résultats concrets. Le problème, c’était qu’elle n’avait aucun indice pour la compléter.
Si elle avait eu assez de temps, cela n’aurait peut-être pas posé problème, mais ce n’était pas le cas. Le conflit interne de MegaCorp touchait à sa fin. Une fois la guerre terminée, Akira s’attaquerait aux forces de Si-hyun Yujin.
Elle devait compléter la carte avant que la flotte de poursuite d’Akira ne se mette en mouvement.
« … J’ai mal à la tête. »
Était-ce à cause des cauchemars quotidiens, des problèmes bien réels, ou des deux ? Elle n’en était pas sûre, mais elle avait mal à la tête.
Il lui fallait sans doute se changer les idées. Elle devait aussi essuyer la sueur froide qui lui couvrait le corps.
Elle tituba vers la salle de bains.
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————
Chapitre 320