Chapitre 308
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 307
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« Nous sommes arrivés. »
« Préparez-vous à atterrir. Je vais vérifier l’état de la cargaison. »
« Bien sûr. »
Le transport, qui convoyait deux esclaves, se posa sur le sable. Tandis que l’un vérifiait le panneau de commande, l’autre inspectait le conteneur chargé à l’arrière du vaisseau.
« On vient ici tous les jours, mais je ne comprends toujours pas pourquoi on doit laisser ces trucs là. »
« Ne pose pas de questions. Ce sont les ordres du maître. Contente-toi de faire ton travail. »
« Ça ne t’intrigue pas ? Pourquoi laisser des conteneurs dans ce bâtiment abandonné ? »
L’esclave humain dans le cockpit désigna la vitre renforcée à l’avant. De l’autre côté se trouvait un terminal de bus flottant, à moitié enseveli sous le sable.
Depuis trois semaines, ils venaient tous les trois jours dans cette rue déserte pour y déposer, devant le terminal, des conteneurs réfrigérés remplis de créatures vivantes.
« Hé. La curiosité tue. Aide-moi plutôt à déplacer le conteneur. »
« Tss. »
L’esclave insectoïde claqua ses mandibules acérées avec irritation, indiquant à l’humain qu’il ferait mieux de s’y mettre. Celui-ci obtempéra et ouvrit la trappe arrière du transport.
Ensemble, ils utilisèrent le panneau de commande pour préparer le déchargement du conteneur.
Comme on pouvait s’y attendre en plein midi, la chaleur extérieure était accablante. Même sous leurs combinaisons de protection, la sueur ne cessait de couler.
La machinerie du transport se chargeait du plus gros du travail, mais le vent brûlant les frappait toujours tandis qu’ils déchargeaient le conteneur devant le terminal.
Une fois terminé, l’esclave humain reprit la parole.
« Tu sais combien valent les créatures qu’on amène ici ? »
« … »
« J’ai vérifié. Ce sont parmi les articles les plus chers vendus dans les boutiques. Certaines étaient même des animaux de compagnie que le maître avait élevés lui-même. »
« Et alors ? »
Agacé par l’indifférence de l’insectoïde, l’humain poursuivit.
« Écoute, après-demain, ces conteneurs seront vides. Les créatures hors de prix qu’on a apportées auront disparu. Ça ne te paraît pas étrange ? »
« Accouche. »
« Je crois que le maître travaille avec les Cults. »
« Les Cults ? »
L’insectoïde pencha la tête, perplexe.
« Quelles absurdités tu racontes ? »
« Je suis sérieux. À cause d’eux, c’est le chaos sur d’autres planètes. »
« Réfléchis un peu. Pourquoi un homme aussi riche que le maître irait-il s’associer aux Cults ? »
« On n’en sait rien. Peut-être que sa fortune vient de leur soutien. En échange, il leur fournit des créatures rares. »
« Imbécile. Le frère du maître commande une flotte dans l’Empire. S’il tentait un truc pareil, il se ferait pulvériser par un rayon de purification sur-le-champ. »
« Peut-être que son frère est dans le coup aussi. »
L’insectoïde s’agaçait de plus en plus à mesure que les théories farfelues de l’humain s’enchaînaient. La chaleur était insupportable, et ce bavardage inutile ne faisait qu’empirer les choses.
« Si ça t’intrigue tant, pourquoi n’entres-tu pas vérifier toi-même ? »
« Quoi ? Sérieusement ? »
« Ouais. Entre et remets la cargaison en main propre. »
Jusqu’alors, ils s’étaient contentés de déposer les conteneurs devant le terminal sans vérifier qui venait les récupérer. On leur avait ordonné de livrer la cargaison et de repartir aussitôt.
L’humain hésita devant la proposition. Entrer pour de bon lui semblait dangereux.
Si les Cults se trouvaient vraiment à l’intérieur, impossible de savoir ce qui pourrait lui arriver. Il risquait de se faire capturer et sacrifier au cours d’un rituel bizarre.
« Si tu ne comptes pas le faire, alors ferme-la. »
« … Bon, d’accord. J’entre. »
« Quoi ? »
« Attends ici. »
« T’as perdu la tête ? Hé ! »
La curiosité de l’homme l’emporta pourtant sur sa peur des Cults, et il prit une décision impulsive. Laissant l’esclave insectoïde dehors, il franchit l’entrée du terminal.
Bien qu’on fût en plein midi, l’intérieur baignait dans l’obscurité. Des poutres d’acier et des tuyaux étaient à nu le long des murs et du plafond, tandis que le sol était recouvert de sable soufflé par le vent.
L’endroit incarnait à la perfection la ruine à l’abandon. Il semblait peu probable que quelqu’un y vive.
« Hé ! La cargaison est là ! »
L’homme lança son appel, ne sachant pas si quelqu’un se trouvait dans les parages. Sa voix résonna dans le terminal désert, ricochant contre les murs.
Personne ne répondit.
« Ce ne serait qu’un point de dépôt intermédiaire ? »
Peut-être la cargaison était-elle déposée là pour que quelqu’un vienne la récupérer à sa convenance. Dans ce cas, des mercenaires engagés par des criminels pouvaient très bien être tapis dans l’ombre et l’observer à cet instant même.
« Bon sang, on est vraiment mêlés à des criminels ? »
Il n’était pas du genre à rechercher l’aventure. Pour une raison quelconque, sa curiosité avait pris le dessus aujourd’hui et l’avait poussé à agir contre sa nature.
L’homme commença à reculer lentement vers l’entrée, prêt à détaler vers le transport à la moindre occasion.
Alors un bruit s’éleva des ténèbres.
« La cargaison est là ? »
« Ah ! »
Surpris, l’homme se figea. La sueur froide qui lui coulait dans le dos n’était plus due à la chaleur seule.
Comme il restait planté là, une nouvelle fois, la voix retentit.
« La cargaison est là ? »
« … J’ai déjà entendu cette voix. »
La même intonation, répétée deux fois coup sur coup, fit remonter un souvenir à sa mémoire.
Elle ressemblait à celle d’un esclave chargé des basses besognes de son maître, qu’Arcadi employait notamment pour saboter ses rivaux. Cette voix lui était familière parce que celui qui la portait, comme lui, avait autrefois été humain.
« Bon sang, tu m’as fait peur ! Si tu es là, pourquoi tu ne réponds pas ? »
« Désolé ! »
Soulagé à l’idée de tomber sur quelqu’un qu’il connaissait, l’homme se détendit.
À présent, tout semblait évident : son maître devait encore manigancer quelque chose. Il avait choisi cet endroit isolé pour rassembler discrètement la cargaison, loin des regards indiscrets.
« La cargaison est là ? »
« Ouais ! Je l’ai laissée devant ! »
« Compris ! »
Après cette confirmation, le terminal retomba dans le silence. Malgré la réponse, personne ne se montra. Pas le moindre signe de mouvement, comme si celui qui avait parlé se trouvait toujours au fond du bâtiment, occupé à autre chose.
« Il doit être occupé à travailler là-bas. »
L’homme était tout de même assez curieux pour tenter à nouveau sa chance.
« Hé, tu as l’air drôlement occupé, dis donc ? »
« Désolé ! »
« Pas besoin de t’excuser. Je voulais juste voir ton visage. »
« Désolé ! »
Ces excuses répétées lui inspirèrent un sentiment étrange.
Quand les gens parlent, leur ton et leur intonation varient naturellement, même un peu. Mais pas cette voix. Elle était exactement la même à chaque fois, comme un enregistrement passé en boucle.
« … Je t’ai dit que j’avais laissé la cargaison. Tu ne vas pas aller la vérifier ? »
« Compris ! »
« … »
Ce n’était pas la seule chose étrange.
La conversation sonnait faux. Au début, il avait cru parler avec quelqu’un de sa connaissance, mais plus elle se prolongeait, moins il avait l’impression de s’adresser à une personne.
En plus, la voix venait d’un endroit bizarre. L’esclave dont il se souvenait n’était pas particulièrement grand ; il faisait tout au plus sa taille.
Or, cette fois, la voix venait de très haut au-dessus de lui, à au moins cinq mètres. Elle résonnait encore depuis cette même hauteur.
« … Gloups. Bon, je m’en vais. »
« Compris ! Bon voyage ! »
L’ancien terminal n’avait pas plusieurs niveaux. Le sol sablonneux était plat, sous une charpente à ciel ouvert.
Alors, d’où venait cette voix ?
Non, plus important encore, son propriétaire était-il seulement humain ?
« Maintenant que j’y pense, cet esclave… »
Il se souvint soudain avoir entendu dire que l’esclave était mort en accomplissant une mission pour son maître. C’était arrivé trois semaines plus tôt.
Ce souvenir le ramena brusquement à la réalité. Son instinct lui criait plus fort que sa raison que cet endroit n’était pas normal. Il était dangereux de rester plus longtemps.
Les jambes froides et tremblantes, il se força à avancer vers la sortie.
Au moment où il mit le pied dehors, une voix l’interpella derrière lui.
« La cargaison est là ? »
C’était exactement le même ton, la même phrase : la quatrième fois qu’il l’entendait. Cette fois, il ne parvint pas à répondre.
Il réussit à remonter dans le transport et s’effondra sur le siège du pilote. De là, il se retourna vers le terminal, dont la silhouette s’effaçait dans les sables balayés par le vent, et prit une résolution.
Il oublierait ce qui s’était passé aujourd’hui.
Il ne chercherait pas à découvrir à qui — ou à quoi — appartenait cette voix.
À cette décision, un étrange apaisement l’envahit. Comme si le poids qui lui écrasait l’esprit venait de s’envoler.
« Hein ? »
Au moment où le transport décolla, il sentit une humidité dans son oreille interne.
« Sans doute de la sueur. »
Même s’il avait voulu vérifier, sa combinaison de protection l’en empêchait dans sa position actuelle. Il n’y prêta pas davantage attention et se concentra sur le pilotage.
Alors que le transport disparaissait à l’horizon, d’immenses tentacules roses jaillirent de l’entrée du terminal. Ils rampèrent jusqu’aux conteneurs, s’enroulèrent autour d’eux et les traînèrent à l’intérieur.
Personne n’assista à cette scène sinistre.
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「Grand être ! Tu as vu ? Tu as vu ?」
Z ZZZZ (Oui, beau travail.)]
« J’ai bien fait ? Hein ? La cargaison est là ? »
[ZZ ZZZ (Tu as très bien travaillé.)]
« J’ai bien fait ! Compris ! »
Numéro 26 s’illumina d’enthousiasme à mes félicitations. Les lumières colorées qui émanaient de son corps dissipèrent l’obscurité du terminal et révélèrent un tentacule spécial, récemment développé, qui se tordait sur son corps.
Contrairement à ses nageoires et à ses tentacules ordinaires, celui-ci avait une structure radicalement différente. Son apparence n’était pas la seule à changer : sa conception était bien plus complexe.
Sa surface était couverte, à l’intérieur comme à l’extérieur, d’innombrables excroissances fines semblables à des poils. Elles bougeaient sans cesse, bien qu’il n’y eût pas un souffle de vent. Elles étaient intimement reliées à la conscience de Numéro 26, comme le montrait le tentacule translucide qui rejoignait le cœur de son corps.
« J’ai bien fait ! Ça, ç-ça, ha-ha-ha. »
Les excroissances se frottèrent les unes contre les autres, produisant un son étrange. Si l’on faisait abstraction du contenu et qu’on se concentrait uniquement sur le son, on aurait presque dit une voix humaine.
Contrairement aux tentacules polyvalents, qui lui servaient de mains, celui-ci avait un seul et unique usage.
Sa capacité était clairement d’imiter les voix humaines.
Ce membre étrange venait d’apparaître sur le corps de Numéro 26 à la suite de l’intégration du Trait Imitation.
« Je ne m’attendais pas à ce qu’un tout nouveau tentacule pousse. »
Trois semaines plus tôt, j’avais greffé le Trait Imitation à Numéro 26. Au départ, j’avais plutôt l’intention de le donner à Mère du ciel. Cela semblait mieux convenir à ses capacités et à sa nature, et le choix me paraissait plus sûr.
Mais quand je le lui avais proposé, elle avait refusé.
Pour l’instant, je pouvais greffer des Traits à mes compagnons deux fois au maximum. L’artefact « Monolithe de la Double Hélice » étant associé aux monstres cosmiques, il permettrait peut-être d’autres transferts à l’avenir, mais je devais m’en tenir à cette limite pour le moment.
À la place, elle avait demandé un Trait plus adapté à son style.
Son refus avait donc fait de Numéro 26 le nouveau bénéficiaire du Trait Imitation.
Quand j’avais implanté le Trait, un nouveau tentacule capable de produire des sons s’était formé sur son corps. Je m’étais attendu à ce que son Tentacule mutant, qui pouvait changer d’apparence à volonté, hérite des fonctions d’imitation. Au lieu de cela, cette évolution inattendue s’était produite.
« Il remplace un tentacule polyvalent. »
Avec son Tentacule mutant et son Tentacule imitateur, Numéro 26 devenait un allié de choix.
Mais l’opération n’avait pas été sans complications.
« Le mécanisme est complètement différent. »
Quand j’avais acquis le Trait Imitation, un organe capable d’analyser le matériel génétique d’autres organismes s’était développé dans mon corps. Cet organe communiquait avec mes cordes vocales et me permettait de reproduire leurs voix à l’identique.
Numéro 26, en revanche, ne possédait pas d’organe d’analyse. Il ne pouvait pas reproduire une voix en dévorant simplement une créature. Son Tentacule imitateur recréait plutôt les ondes sonores en détectant puis en reproduisant les vibrations que j’avais gardées en mémoire, comme la voix de l’esclave que j’avais dévoré.
Pour l’instant, Numéro 26 devait donc compter sur moi ou sur PS-111 pour lui fournir des échantillons. C’était un peu comme enregistrer puis synthétiser des sons avec une machine.
« Et il n’est pas habitué à communiquer par le son. »
Les Démons marins ne communiquaient pas par la voix, comme les humains. En tant que créatures des profondeurs, ils avaient évolué pour transmettre leur sens au moyen des lumières émanant de leur corps.
La communication verbale était donc une notion étrangère à Numéro 26. Il devait apprendre le son de chaque mot qu’il voulait imiter.
「Difficile. Pas bien.」
[ZZZZ ZZZZ ZZ (Avec de l’entraînement, ce sera plus facile.)]
« S’en… s’en… s’entraîner ! D’accord ! J’ai bien fait ! »
[ZZ (Oui.)]
La bonne nouvelle, c’était sa vitesse d’apprentissage remarquable.
« Il était déjà exceptionnel au départ. »
Il n’avait commencé à apprendre que trois semaines plus tôt et il en était déjà là. Avec suffisamment de temps, il pourrait imiter les voix aussi habilement que moi.
« On dirait que je vais avoir du pain sur la planche. »
「Moi」 「Étudier」 「Devoir」
« Je dois aussi vérifier les fonctions de mes nouveaux ajouts génétiques. »
Numéro 26 n’était pas le seul à avoir reçu de nouveaux Traits. J’en avais aussi greffé d’utiles à Adhai et à PS-111. En plus d’apprendre à Numéro 26 à se servir de sa nouvelle capacité, je devrais donc les entraîner eux aussi.
« Mais avant ça… »
[ZZZZ ZZ ZZ (Mangeons d’abord.)]
「Bien.」
« Compris ! »
« Qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? »
Il restait encore environ 11 jours avant la fin du temps de recharge d’Évolution organique. J’avais donc le temps de tirer le meilleur parti de cette période.
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« Merci de m’accorder cette audience, ancien. »
« Haha, comment pourrais-je refuser une entrevue au capitaine Alshas en personne ? »
Dans un élégant salon de réception, deux Cults et une humaine étaient assis dans de luxueux fauteuils, conversant dans une atmosphère chaleureuse.
« L’affaire avec le Conseil planétaire s’est-elle réglée sans encombre ? »
« Heureusement, le gouverneur s’est montré raisonnable. Tout s’est conclu sans problème. »
« Tant mieux. »
« Mais, plus important, cette personne… »
« Enchantée, Kisos. Je suis Si-Hyun de la famille Yujin, membre de la classe dirigeante de MegaCorp. »
Si-Hyun se leva et s’inclina avec déférence, vêtue de l’uniforme solennel typique des aristocrates Cults. Kisos, l’ancien des Cults, se leva à son tour pour lui rendre son salut.
« Enchanté, Si-Hyun de la famille Yujin. Je suis Kisos de la tribu Monzan. Vous semblez bien connaître l’étiquette des Cults. »
« Vous me flattez. Je me suis simplement renseignée et j’ai appris au fil de mes fréquentes transactions avec les Cults. »
« Haha, les coutumes des Monzan sont réputées complexes. C’est impressionnant. »
« Merci pour ces aimables paroles. »
Le sourire en croissant de lune de Kisos s’élargit tandis qu’il écoutait sa réponse modeste.
En réalité, si Si-Hyun connaissait si bien les manières des Cults, c’était à cause de son passé trouble.
Agent de l’ombre de la famille Yujin, elle avait du sang sur les mains, et une bonne partie appartenait à des nobles Cults. Bien sûr, elle n’était pas assez stupide pour le mentionner ici.
Une fois de nouveau assis, Kisos prit la parole, l’air intrigué.
« Alors, Si-Hyun de la famille Yujin, que me vaut votre visite ? »
« J’aimerais vous proposer un marché, Kisos. »
« Un marché ? C’est justement mon domaine. Je vous écoute. »
« Oui, je souhaiterais acheter des armes et de l’équipement des Cults. »
Kisos pencha légèrement la tête.
« La famille Yujin a accès aux ressources de MegaCorp, n’est-ce pas ? Pourquoi vous adresser à moi ? »
« Je constitue une force privée sans dépendre du soutien de la famille Yujin. Je veux devenir indépendante, au lieu de m’appuyer uniquement sur le prestige de ma famille. »
« Hmm, une ambition audacieuse. La route sera difficile. »
« Si vous investissez en moi, Kisos, je vous promets de vous le rendre au centuple. »
« Un investissement, dites-vous. »
Kisos tapota pensivement l’accoudoir de son fauteuil du bout du doigt.
« D’ordinaire, je fais affaire avec Garmelda, chez MegaCorp. Leur dirigeant répète souvent qu’un investissement doit être transparent. »
« C’est une sage opinion. »
« Dans ce cas, ne devriez-vous pas m’expliquer pourquoi vous achetez des esclaves à tour de bras sur Verzan-02 ? »
Le regard de Si-Hyun glissa brièvement vers Alshas, assise à côté de Kisos. Les yeux écarquillés d’Alshas indiquaient qu’elle ne lui avait pas communiqué cette information : Kisos avait donc enquêté sur Si-Hyun de son propre chef.
« C’est gênant à admettre, mais la sécurité de l’Empire est assez précaire ces derniers temps. Même si je suis partisane du désarmement, je ne peux pas nier la réalité. »
« … »
« Je ne sais rien de vous, Si-Hyun. Vous pourriez être une adepte d’un culte, une pirate ou pire encore. Je n’ai aucune intention de m’enrichir aux dépens de la sécurité de l’Empire. »
Si-Hyun hésita, pesant ses options.
« Inutile de continuer à mentir. »
Kisos était un sénateur chevronné et le chef de la faction réformiste de l’Empire, un survivant politique qui avait traversé d’innombrables complots. Il était presque impossible de tromper un homme comme lui. Pire encore, si elle échouait, elle devrait renoncer à Verzan-02, car son influence dépassait celle du gouverneur lui-même.
« Je n’ai peut-être pas d’autre choix que de jouer cartes sur table. »
Résolue, Si-Hyun conserva son doux sourire et aborda le cœur du sujet.
« Vous avez raison de soupçonner que je pourrais représenter une menace pour la sécurité. »
« Oh ? Vous l’admettez ? »
« Oui, mais l’Empire n’est pas ma cible. »
« Vraiment ? »
« Mon objectif est de reprendre la tête de la famille Yujin. Pour cela, je dois éliminer l’actuelle cheffe, Akira. »
Alshas ne s’était visiblement pas attendue à une telle déclaration ; ses yeux s’agitèrent nerveusement.
Contrairement à elle, Kisos arborait un léger sourire, comme si les paroles de Si-Hyun l’amusaient.
« Si je ne m’abuse, la cheffe de la famille Yujin est aussi l’empereur de MegaCorp — autrement dit, sa directrice générale. »
« C’est exact. »
« Et la famille Garmelda, avec laquelle je fais principalement affaire, entretient de bonnes relations avec la directrice générale. Me trompé-je ? »
« Non, vous avez raison. »
« Alors, pensez-vous vraiment que j’investirais dans quelqu’un qui menace la directrice générale ? »
« Vous n’avez pas une opinion négative du gouvernement d’Akira, Kisos ? »
« Ah bon ? »
Kisos plissa les yeux en entendant la question.
« Akira Yujin ne s’oppose pas à l’Empire, mais refuse aussi de resserrer les liens. Cela va à l’encontre de votre vision d’un nouvel ordre mondial où les grandes puissances s’uniraient sous la direction de l’Empire. »
« … »
« Si quelqu’un qui défend les intérêts de l’Empire devenait directrice générale, la situation changerait, n’est-ce pas ? D’après ce que j’ai entendu, vous avez déjà réalisé de gros “investissements” dans ce but. »
En effet, comme l’avait affirmé Si-Hyun, Kisos avait lourdement investi pour influencer le choix du prochain directeur général de MegaCorp. Il avait notamment fourni à T&C, rivale d’Akira, du matériel de pointe obtenu auprès de la famille Garmelda.
Pourtant, toutes ces démarches avaient été menées dans le plus grand secret. Même au sein de la faction réformiste, rares étaient ceux qui étaient au courant. Que cette inconnue en ait connaissance avait donc de quoi le surprendre.
« Prétendez-vous pouvoir défendre “les intérêts de l’Empire” ? »
« Plus précisément, je veux m’assurer que quelqu’un soucieux des intérêts de l’Empire devienne directeur général. Quelqu’un comme T&C, par exemple. »
« … »
Quand Si-Hyun eut terminé, le silence envahit le salon.
Kisos la dévisagea longuement, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.
« Quelle humaine intrigante. Vous avez une “valeur d’investissement”. J’aimerais poursuivre notre collaboration. »
« C’est réciproque. Au plaisir de travailler avec vous. »
« Alshas, où diable avez-vous déniché une telle personne ? »
« Ah, eh bien… Je suis désolée. »
« Désolée ? Grâce à vous, j’ai rencontré Si-Hyun Yujin. C’est moi qui devrais vous remercier. »
Sur ces mots, Kisos se leva.
« Nous vous fournirons autant d’armes et de vaisseaux qu’il vous en faudra. Ah, et une dernière chose. »
« ? »
« J’aimerais vous présenter quelques personnes de ma connaissance. Cela vous aidera à obtenir des investissements réguliers. »
Cette générosité inattendue surprit Si-Hyun. Obtenir un accord pour des armes était déjà une réussite, mais mettre en place une filière d’approvisionnement régulière dépassait ses attentes.
« Une réception aura lieu dans cette demeure dans quatre jours. Venez. Nous discuterons des détails à ce moment-là. »
« Merci, Kisos. À bientôt. »
Si-Hyun s’inclina poliment et quitta le salon.
Alors que Kisos s’apprêtait à raccompagner Alshas, celle-ci prit soudain la parole.
« Monsieur. »
« Oui ? »
« Pour la réception dans quatre jours… J’aimerais venir avec deux personnes. Est-ce possible ? »
« Deux ? Qui donc, cette fois ? »
« L’un d’eux, je ne peux pas le révéler pour l’instant. L’autre est mon frère aîné. »
« Ce vaurien d’Alcadi, vous voulez dire ? Hmm. »
Alshas hésitait à aborder le sujet. Kisos se caressa le menton d’un air pensif.
« J’ai entendu dire qu’Arcadi avait un certain talent pour les affaires. »
« C’est exact, monsieur. »
« Le gouverneur envisage de réaménager les quartiers en ruines ces derniers temps, des endroits comme Glory Street. »
« Oui. On parle de le démolir pour y construire une nouvelle forteresse. »
« Arcadi a de l’influence dans cette région. Le faire travailler avec nous pourrait être une bonne idée. Je vais voir ce que je peux faire. Amenez-le à la réception. »
« Merci infiniment, monsieur ! »
À la réponse favorable de Kisos, Alshas s’inclina profondément.
Si-Hyun Yujin, Kisos et Alshas.
Au bout du compte, les négociations s’étaient conclues à la satisfaction de tous.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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