Chapitre 285
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 284
« ■■, qu’est-ce qui ne va pas ? »
Hein ?
Une voix familière me réveilla. Devant moi, une table croulait sous des plats appétissants et des assiettes blanches.
Je sentis aussi le contact frais d’une fourchette dans ma main. Sa présence m’inspira un étrange sentiment d’étrangeté.
« …Quelque chose ne va pas ? Ça fait longtemps que je n’ai pas cuisiné, alors je ne suis pas très sûre de moi. »
« J’ai même utilisé du bœuf coréen hors de prix. Ce serait dommage que tu n’aimes pas. »
« Tu es obligé de ressortir ça, même aujourd’hui ? Tu disais déjà la même chose avant… »
« Non, papa ! J’étais juste un peu distraite ! »
Comme autrefois, mes parents étaient sur le point de se disputer.
Je plantai vite ma fourchette dans le pain posé sur la table. Il se brisa dans un craquement et un jus riche s’écoula des fissures.
Attiré par cet arôme puissant, je saisis le pain à mains nues et le fourrai dans ma bouche. Il était si chaud qu’il aurait dû me brûler, mais son goût était si intense que je ne remarquai même pas la chaleur.
« Tu manges avec les mains ? À quoi te sert ta fourchette ? »
« Alors ? C’est comment ? Délicieux, pas vrai ? »
Après avoir mâché avec enthousiasme et avalé, je levai le pouce en silence.
En voyant ça, papa afficha un grand sourire.
« Bon, tu as déjà eu mon cadeau. Maintenant, c’est au tour de ta mère. »
« Je sais. »
« Un cadeau ? »
Surpris, je cessai de me lécher les doigts pour en savourer jusqu’à la dernière goutte de jus.
Ma mère m’offrait rarement des cadeaux. Depuis que j’étais à l’hôpital, j’avais déjà du mal à la voir : actrice célèbre, elle était toujours débordée.
« Un cadeau de maman ? »
« Exactement. Moi-même, j’ai été surprise… Oh, attends un instant. Je reviens tout de suite. »
Papa sortit avec son téléphone, nous laissant seuls, maman et moi, dans la cuisine. Après une courte hésitation, maman sortit quelque chose de sous la table.
Une grande boîte ornée de l’illustration d’un appareil qui ressemblait à un casque : un casque de réalité virtuelle que je connaissais bien à force de le voir dans les publicités. Je fixai, hébété, le cadeau entre mes mains.
« J’ai demandé à mon manager ce qui était à la mode en ce moment et je te l’ai acheté. »
Sa voix était un peu embarrassée, différente de son ton habituel. Je restai sans voix.
« Ça a coûté cher pour un truc aussi banal… Attends, tu pleures ? »
« Hein ? »
Comme elle venait de le dire, un liquide chaud coulait de mes yeux. Je les essuyai du revers de la main, mais les larmes ne s’arrêtaient pas.
Bien sûr, j’étais heureux de recevoir un cadeau, mais pas au point d’en pleurer. Alors pourquoi est-ce que je réagis comme ça ?
« Hé ! »
Je posai le cadeau et me précipitai dans la salle de bains. J’entendis la voix inquiète de maman, mais je ne pouvais pas me retourner.
Après avoir verrouillé la porte, j’ouvris le robinet.
Le bruit de l’eau qui coulait calma peu à peu mes émotions en tumulte.
Je crois comprendre pourquoi j’ai réagi comme ça, à l’instant.
J’avais passé la majeure partie de mon enfance à l’hôpital et j’avais toujours rêvé de passer de bons moments avec ma famille. Tout le monde réuni autour de la table, partageant un repas dans une atmosphère chaleureuse et joyeuse. Quand ce rêve sembla se réaliser, je me mis à pleurer sans même m’en rendre compte.
Je m’aspergeai le visage et regardai dans le miroir.
« Hein ? »
Un petit pense-bête était collé dans un coin du miroir. Trois caractères y étaient inscrits.
Au moment où mon doigt toucha instinctivement le papier, la salle de bains fut plongée dans le noir.
L’eau sur mon visage se transforma en mucus visqueux et les vêtements que je portais se métamorphosèrent en un cocon étouffant qui se resserra autour de moi.
« Qu’est-ce qui vient de se passer ? »
Jusqu’à présent, toutes les visions que j’avais eues dans le cocon n’étaient que des fragments de souvenirs passés.
Mais cette fois, c’était différent.
Dans mes souvenirs, ma famille n’avait jamais partagé un repas dans la joie. Papa et maman étaient toujours trop occupés. Quand j’étais entré à l’université, ils vivaient déjà séparément.
« Et puis, il y avait ce dernier détail. »
Ce pense-bête.
Le mot avait l’air important, mais je n’arrivais pas à m’en souvenir. Comme s’il avait été complètement effacé, ne laissant qu’un blanc à cet endroit.
« …Est-ce que je le reverrai quand j’évoluerai vers ma forme adulte ? »
J’avais eu des visions chaque fois que j’étais entré dans le cocon. Je devrais donc pouvoir la revoir plus tard.
Je déchirai le cocon et en sortis.
L’air frais me caressa. Devant moi se trouvait un conteneur aux portes grandes ouvertes, et à son entrée se tenait la femme griffionne.
La Mère du Ciel s’apprêtait à mordre dans la pomme qu’elle tenait quand elle m’aperçut et croisa mon regard.
「… Quoi ? Pourquoi ?」
Elle me lança un regard comme si je l’avais surprise en train de se faufiler pour manger des ramyeon en pleine nuit, puis croqua bruyamment dans sa pomme.
[ZZ ZZZ (Tu aurais pu me le dire plus tôt)]
「Comment aurais-je pu, alors que je sais exactement ce que tu penses ? Tu voulais évoluer au plus vite.」
Elle avait raison.
Depuis que j’avais quitté le Nid du Dragon, j’avais fouillé d’innombrables endroits à la recherche d’essences génétiques. Maintenant que les membres du classement de MegaCorp et de l’Union stellaire connaissaient mon existence, impossible de savoir quand ils viendraient s’en prendre à moi.
De plus, ceux qui s’opposaient à moi étaient toujours les plus puissants de leurs rangs. Pour leur tenir tête, je devais moi aussi atteindre ma forme adulte.
Je ne pouvais nier l’urgence qu’elle avait décelée dans mes actes.
[ZZZ (Et les autres ?)]
「Ils sont sortis avec PS-111. Ils ont dit qu’ils voulaient le regarder manger du métal.」
[ZZ ZZ ZZZZZ (On dirait qu’ils sont déjà arrivés.)]
Pas étonnant que je n’aie perçu aucune légère vibration le long des parois intérieures du vaisseau.
Le vaisseau s’était posé sur une planète naine sans nom. Avant d’attaquer Kesha Arma, j’avais cherché un endroit où évoluer vers ma forme adulte sans être dérangé.
Cette planète était si éloignée de son étoile que presque aucune lumière ne l’atteignait. Sa croûte était composée de glace et de métal, et son atmosphère ténue la rendait inhabitable pour la plupart des formes de vie.
Avant de me rendre à Kesha Arma, j’avais exploré soigneusement les lieux pour vérifier s’ils conviendraient à mon évolution.
Et le résultat était favorable.
Sur cette petite planète sombre, je deviendrais adulte.
[ZZZ ZZ ZZZ (Préviens les autres à leur retour.)]
「Tu ne vas pas les attendre ?」
[ZZ ZZZ ZZZZZ ZZ ZZZ ZZ (Je vais bientôt entrer dans le cocon, inutile de les attendre.)]
Je me débarrassai du mucus visqueux qui me collait et me redressai. Mon corps avait grandi, et deux longues queues traînaient sur le sol. Mon nouveau Trait unique avait une fois encore modifié ma forme.
« De toute façon, je serai bientôt adulte. Je pourrai vérifier à ce moment-là. »
[ZZ ZZ ZZ ZZZ ZZZ (Occupe-toi des autres pendant que je me repose.)]
「Ne t’inquiète pas.」
Elle avait fini sa pomme et sortait maintenant des raisins congelés.
Alors que j’allais partir, je lui envoyai une pulsation sur un coup de tête.
[ZZZZ ZZ (J’ai une question.)]
「Hmm ? Qu’y a-t-il ?」
[ZZZ ZZZ ZZZ ZZ ZZZZ ZZZZZ (Quand tu as progressé dans ton processus de déification, as-tu vu quelque chose ? Une vision, par exemple ?)]
「Une vision ?」
À peine lui avais-je posé la question que je le regrettai. Rien ne garantissait qu’elle ait vécu la même chose que moi. Alors pourquoi le lui avoir demandé ? D’autant que nous n’étions même pas de la même espèce.
Avant que je puisse ajouter qu’elle n’était pas obligée de répondre, elle prit la parole.
「Oui, j’en ai vu.」
[ZZZ (Qu’est-ce que tu as vu ?)]
「Oui, des souvenirs de l’époque où j’étais humaine. On dirait que tu en as vu aussi.」
[Z ZZZ ZZZ ZZZ ZZZZ (Oui, chaque fois que j’entre dans le cocon.)]
Sauf quand j’évolue vers une forme fluide. C’est la seule fois où je n’ai pas de vision. Je ne sais pas si ma mémoire me joue des tours ou si c’est une exception à la règle.
Quoi qu’il en soit, elle avait l’air d’avoir des visions à chaque évolution, comme moi. Peut-être que les autres joueurs avaient vécu quelque chose de similaire.
「Ce n’est pas une expérience très agréable, hein ? Ou alors, les tiennes sont différentes ?」
[ZZ ZZZ (Qu’est-ce que tu veux dire ?)]
Elle se tut après ma question.
Jouant avec une grappe de raisins dans sa main couverte de fourrure dorée, elle finit par parler.
「Je n’ai vu ces visions que deux fois, et c’étaient les mêmes à chaque fois.」
[ZZZZZ (Les mêmes ?)]
「Oui. Des souvenirs de l’époque où j’étais harcelée au collège. J’ai essayé de les oublier, mais ils revenaient sans cesse.」
Sa réponse me surprit.
La Mère du Ciel était l’une des rares joueuses que je connaissais à s’être bien adaptée à ce monde, au point d’y trouver un mari. Par son caractère et son aisance sociale, elle était remarquablement équilibrée, surtout comparée à moi et à la plupart des autres joueurs. J’avais supposé que sa vie s’était toujours déroulée sans accroc, même avant son arrivée ici. J’ignorais qu’elle portait une telle souffrance.
「Tu n’as pas besoin de me regarder comme ça. C’est de l’histoire ancienne.」
[ZZZ (Je vois.)]
「Et toi ? À t’entendre, tes souvenirs ne sont pas très agréables non plus.」
Je ne répondis pas tout de suite.
Quand j’étais humain, on m’avait demandé un nombre incalculable de fois pourquoi j’avais cette apparence. Et chaque fois, je devais m’expliquer.
Après toutes ces explications, les réactions étaient toujours les mêmes. De la gêne. De la méfiance. Une pitié de pacotille.
La Mère du Ciel pourrait réagir comme eux.
« Non, ce n’est pas juste. C’est elle qui m’a confié sa souffrance en premier. »
Je lui racontai donc franchement les visions que j’avais eues et le grave accident de mon passé. Elle m’écouta en silence jusqu’à ce que j’aie fini.
Quand je terminai, elle poussa un léger soupir.
「… Je ne savais pas que tu avais vécu une telle épreuve.」
[ZZ (Oui.)]
「Tiens, prends ça.」
Elle coupa une grappe de raisins en deux et m’en tendit une moitié, puis engloutit l’autre d’une seule bouchée.
« Pour remplacer un verre, peut-être. »
Comprenant son intention, je mangeai les raisins comme elle. Leur goût acidulé et aigre me picota toute la bouche malgré l’atmosphère grave.
Le bref silence causé par notre repas prit bientôt fin lorsqu’elle reprit la parole.
「Mais je n’aurais jamais cru que ta mère était une actrice si célèbre. J’ai entendu dire qu’elle avait remporté des prix dans des festivals de cinéma étrangers avant ton arrivée ici.」
[Z ZZZ (Oui, c’est vrai.)]
「On dirait que le talent d’acteur se transmet dans ta famille ?」
[ZZZZ (Peut-être.)]
Après cette petite plaisanterie, elle me regarda d’un air sérieux.
「Ce n’est qu’une hypothèse, mais… et si les visions qu’on voit changeaient en fonction des objectifs qu’on se fixe ?」
[ZZ ZZZ (Qu’est-ce que tu veux dire ?)]
「Dès le début, tu visais l’ascension, pas vrai ? Moi, c’était différent. Je préférais ce monde au monde « réel ».」
[ZZZ (C’est vrai.)]
「Contrairement à moi, tu as vu un avenir idéal plutôt que des souvenirs pénibles. Ça ne te donnerait pas une bien plus forte « motivation » qu’avant ?」
Selon elle, les visions que nous avions étaient liées aux objectifs que nous choisissions.
« Des visions liées à nos objectifs. »
Il n’y avait pas assez de cas pour le confirmer, mais son idée était intrigante.
La vision que j’avais eue en entrant dans le cocon pour obtenir mon Trait unique.
C’était une famille idéale, une famille que je n’avais jamais connue. Si je voulais goûter à ce bonheur, je devrais retourner à la réalité.
« Mais pourquoi nous montrer une telle vision ? »
Elle pensait que c’était pour nous donner de la motivation, mais ça ne pouvait pas être toute l’explication. Il devait y avoir une raison pour laquelle nous avions tous les deux vécu ces visions.
« … Il faut que j’étudie la question. »
Des visions façonnées à partir de souvenirs. Cela pouvait même être lié à la raison de notre arrivée dans ce monde, au-delà de l’objectif ultime qu’était l’ascension.
Nous n’avions plus rien à ajouter et notre conversation s’arrêta là. Elle m’avait tout de même été utile, et je la remerciai.
[ZZZ (Merci.)]
「Oh, de rien. Ce n’était que quelques mots.」
[ZZ ZZZ ZZZZ ZZ ZZZZ ZZ ZZZZ ZZZZ (Je l’ai toujours pensé. Tu n’as pas idée de ma gratitude.)]
「… Assez de bêtises. Va te préparer à évoluer vers ta forme adulte.」
Elle semblait embarrassée par mes remerciements sincères et détourna la tête. Je m’inclinai légèrement devant elle, puis rampai hors du vaisseau.
Le sol métallique et stérile m’accueillit. Avec si peu de lumière, il se distinguait à peine du vide spatial, mais j’avais mes organes auxiliaires.
Je rampai jusqu’à l’endroit que j’avais repéré à l’avance. Un cratère se trouvait non loin. Je me glissai dans l’immense cuvette formée par l’impact d’une ancienne météorite et trouvai un endroit qui me convenait.
« Bien. »
「Conditions d’évolution « Pré-adulte » -> « Adulte » remplies. Procéder à l’évolution ?」
La longue attente était terminée.
La familière fenêtre de texte transparente apparut et me demanda de confirmer.
Ma réponse ne changeait jamais.
Avant même que les fluides du cocon aient pu sécher, mon corps se préparait déjà à passer à l’étape suivante.
Je fermai les yeux.
Et quand je les rouvris, je me trouvai dans un espace baigné de lumière et de couleurs, et non dans un abîme obscur.
Devant moi se dressait une porte familière.
« Cet endroit… ? »
Une charnière rouillée, une poignée lisse et usée. C’était la porte de mon ancien studio.
À l’intérieur, j’entendais quelqu’un crier de rage.
« Merde ! Interrompre mon évolution ? Vous allez le regretter ! »
Cette voix… elle m’était très familière.
Comme dans un état second, je tendis la main et saisis la poignée. Elle m’était étrangement familière, comme si j’avais déjà fait ce geste, mais je n’arrivais pas à m’en souvenir.
La poignée tourna et la porte s’ouvrit.
À l’intérieur, sur le lit d’un studio exigu avec une salle de bains attenante, était allongé un homme portant un casque de réalité virtuelle.
Il avait l’air d’avoir une carrure ordinaire, mais son corps n’avait rien d’ordinaire. Vêtu d’un tee-shirt à manches courtes et d’un short confortables, il laissait voir les brûlures qui s’étendaient de sa jambe droite jusqu’à son bras, son épaule et son cou.
« Combien de fois, maintenant ? Pourquoi ils continuent à me suivre ? Ils croient que je suis une cible facile ? »
Totalement inconscient de ma présence, il criait avec passion.
Son apparence, ses mouvements… tout m’était si familier.
« Quelque chose cloche. »
Je devais m’enfuir. Mais mon corps bougea de lui-même. Mon bras ailé et allongé se tendit et lui retira son casque de réalité virtuelle.
« Qu’est-ce que… Oh ? »
Sortant du monde de Survie spatiale et m’apercevant, il ouvrit les yeux si grand qu’ils en étaient prêts à pleurer.
« … Impossible. »
Un homme dont le côté droit du visage était marqué par des brûlures.
C’était le visage que je voyais chaque matin dans le miroir de la salle de bains.
« Aaaah ! Un monstre ! » hurla-t-il, plus fort que je ne l’avais jamais entendu crier.
Et cet homme… c’était moi.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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