Chapitre 271
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————
Chapitre 270
-
Le réseau de métro de Kesha Arma était une installation faisant appel à une technologie relativement récente, du moins selon les critères des Cults.
En règle générale, les Cults préféraient les moyens de transport en surface ou dans les airs. Avant de devenir l’empire qui dominait les étoiles, ils avaient bâti leur civilisation sur des planètes désertiques. Par conséquent, ils n’étaient pas habitués à construire quoi que ce soit sous le sable.
Cette tendance perdura dans la conscience des Cults, même après qu’ils furent devenus un empire. Qu’il s’agisse d’entretenir des colonies de type biodôme ou des habitats orbitaux, ils privilégiaient les transports en surface, comme les bus à sustentation ou les trains psychiques.
Étonnamment, leur état d’esprit commença à changer lorsque l’empire se mit à décliner. À mesure que son territoire rétrécissait et que les problèmes économiques se multipliaient, les Cults commencèrent à revoir leur approche.
Ils envisagèrent, par exemple, d’utiliser plus efficacement les structures existantes.
Le métro de Kesha Arma était lui aussi le fruit de cette évolution des mentalités.
Alimenté par un moteur à énergie psychique fonctionnant au moonsilver de qualité inférieure, le métro des Cults avait été conçu pour transporter rapidement le matériel et les minerais extraits nécessaires aux travaux d’excavation de la planète. Un bus à sustentation n’aurait même pas pu prendre en charge le tiers du transport quotidien des matériaux.
Bien que la forteresse eût changé de propriétaire au fil du temps, le métro restait l’artère vitale de cette installation spatiale. Il transportait désormais des personnes plutôt que des outils, mais quelle importance pouvait bien avoir une telle distinction à l’ère spatiale ?
Le train était bondé de pirates venus de différents secteurs. Comme ils étaient tous armés, il n’était pas facile de trouver une place, même si le wagon n’était pas complètement étouffant.
Bien sûr, avoir assez de place ne signifiait pas que le voyage était confortable. L’air du wagon était saturé d’odeurs de sueur, d’alcool et de drogue. Naturellement, les pirates n’avaient pas l’air ravis de devoir respirer ce cocktail répugnant.
« Bon sang, qu’est-ce que c’est long.
— Putain, tous les mercenaires sont dans des bus ou des vaisseaux.
— Ouais, mais ils ne laissent pas non plus les drogués monter dans les bus.
— Qu’est-ce que t’as dit, enfoiré ?
— C’est déjà assez serré comme ça, ne commencez pas à vous battre. On sera là dans quelques minutes. »
Tandis que les pirates grommelaient, le train poursuivait consciencieusement sa route. Dans quelques minutes à peine, ils arriveraient au port militaire, près de l’entrepôt souterrain.
Alors que tous se réjouissaient à l’idée de respirer l’air frais une fois à destination…
Le train, qui avançait grâce à l’énergie psychique, fut secoué avec violence. La brusque secousse projeta en avant tous les pirates qui étaient debout.
« Aah !?
— Merde ! Qu’est-ce qui se passe ?! »
Certains se fracassèrent les dents contre leur fusil, tandis que d’autres furent écrasés sous le poids de cyborgs massifs ou de pirates insectoïdes. Le wagon sombra dans le chaos, et l’atmosphère déjà nauséabonde devint dangereusement tendue.
« Le train vient de s’arrêter ?
— Mais on n’est pas encore arrivés.
— Qu’est-ce qui se passe ? »
Le métro fabriqué par les Cults fonctionnait automatiquement : sans intervention humaine, il faisait l’aller-retour sur un trajet prédéfini. À moins d’être à court de carburant ou qu’un problème survienne sur les rails, il n’aurait pas dû s’arrêter ainsi.
« Que quelqu’un sorte vérifier. »
Plusieurs pirates forcèrent la porte du wagon et passèrent la tête dehors pour regarder. La lumière du train éclairait doucement la voie qui traversait le tunnel souterrain.
« Ça m’a l’air en ordre.
— Espèce d’idiot, tu crois que tu peux le savoir en regardant ? Sors vérifier.
— …Tss, pourquoi tu n’y vas pas, toi ? »
Un grand pirate cyborg lui lança un regard menaçant. Le pirate humain, qui n’avait pas le choix, sortit à contrecœur du train. Des pirates d’autres wagons, confrontés au même problème, ne tardèrent pas à le rejoindre.
« Alors, tu vois quelque chose ?
— J’en sais rien, je viens juste de sortir.
— C’est la première fois que ce train tombe en panne. »
Dehors, le pirate humain profita de l’occasion pour sortir une cigarette électronique de sa poche. Il inspira profondément, aspirant les drogues de synthèse qui inondèrent ses poumons d’hallucinogènes bruts. L’euphorie vertigineuse ravagea ses cellules cérébrales et fit trembler son corps.
« Le train a l’air en état. C’est peut-être la voie ?
— Hé, maintenant que t’es dehors, viens jeter un coup d’œil.
— Attends que j’aie fini. »
Il comptait tirer une dernière bouffée avant de rejoindre ses camarades. Mais à cet instant, un bruit retentit plus loin.
« Hein ? »
Son regard se tourna vers la voie qui s’étendait devant le train.
« … »
La cigarette toujours au bec, le pirate cligna plusieurs fois des yeux. Sa vue s’adapta rapidement à l’obscurité et les alentours devinrent plus nets.
Une lueur brillait au loin.
Au début, il crut qu’il s’agissait de flammes, car les formes qui vacillaient dans l’ombre étaient d’un noir d’encre.
Pourtant, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que ce n’était pas de la fumée, mais quelque chose de vivant.
Dans ces profondeurs qui évoquaient l’immensité de l’espace, d’innombrables choses s’agitaient et se tortillaient.
On aurait dit une fosse grouillant de serpents, ou des asticots pullulant sur la peau d’un cadavre.
Une masse avide et chaotique, un désordre absolu. Même drogué, il comprit que c’était dangereux.
Les « choses grouillantes » se mirent en mouvement. Un tentacule, qui ondulait comme une algue sous l’eau, se détendit brusquement et happa l’un de ses camarades, posté près de l’avant du train.
« Hein ? »
Les pirates le regardèrent, abasourdis, tandis que leur camarade disparaissait en un instant. Son fusil, équipé d’une lampe torche, heurta le sol à l’endroit où il se tenait.
Au bruit sourd de l’arme sur le sol, les visages des pirates se décomposèrent d’horreur. Leurs bouches s’ouvrirent, prêtes à hurler.
Mais la force malveillante tapie dans l’obscurité ne leur en laissa pas le temps. Des dizaines de tentacules, chacun divisé en trois pointes, jaillirent et saisirent tous les pirates qui se trouvaient dehors.
Il ne leur fallut que quelques secondes pour disparaître dans l’abîme.
« … »
Les jambes du pirate humain tremblaient sans contrôle, comme celles d’une recrue qui se retrouvait au combat pour la première fois. Il recula lentement et remonta dans le train.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu as réparé le train ? C’était quoi, le problème ? »
Il ne répondit pas. À la place, il referma la porte, l’e-cigarette serrée dans ses mains tremblantes, et tira une nouvelle bouffée.
« Qu’est-ce qu’il a, celui-là ?
— Sérieusement, qu’est-ce qui se passe dehors ? »
Grâce à la drogue, le pirate humain parvint à se calmer suffisamment pour parler.
« …Il y a un monstre dehors.
— Quoi ?
— Les gars des autres wagons… ils ont tous disparu. »
Ses paroles firent leur chemin, et les pirates à l’intérieur du train échangèrent des regards perplexes.
« Il est en train de perdre la boule, ou quoi ?
— Des monstres ? On n’est même pas encore à l’entrepôt souterrain.
— Je vous l’avais dit, aucun de ces drogués n’a toute sa tête. »
Les autres pirates se moquèrent de lui, manifestement incrédules. Mais le grand pirate cyborg se mit à crier :
« Hé, arrête de déconner. On n’a qu’à finir le trajet à pied. De toute façon, on n’est plus très loin. »
Sur ces mots, il empoigna la porte à deux mains. Pris de panique, le pirate humain tenta de l’arrêter.
« Ne l’ouvre pas… Hum ! »
Le pirate cyborg l’envoya valser d’un coup de pied et ouvrit la porte en grand. Comme prévu, il n’y avait rien dehors.
Le cyborg afficha un sourire suffisant.
« Tu vois, crétin ? Y a rien… »
Avant qu’il ait pu terminer, quelque chose jaillit de l’obscurité et le frappa.
« Argh ?! »
Une créature humanoïde grotesque attaqua le pirate cyborg. Ses côtes s’allongeaient de façon anormale, lui donnant l’impression d’avoir une bouche au milieu de la poitrine. La créature déchira violemment la taille du cyborg à l’aide de ses os saillants.
Les autres pirates, qui étaient restés figés de stupeur, comprirent enfin que le pirate humain avait dit vrai.
Alors qu’ils s’empressaient de lever leurs armes, les vitres du train éclatèrent et d’innombrables tentacules noirs se déversèrent à l’intérieur.
Des cris, des coups de feu et le vacillement des lumières instables envahirent le wagon.
Au milieu du chaos, le pirate humain se prit la tête entre les mains, priant pour que ce cauchemar prenne fin.
Mais bientôt, les cris qui résonnaient dans le passage souterrain s’éteignirent. À leur place ne subsista que la respiration rauque et bestiale d’une horde affamée.
-
« Oui. On n’est pas encore arrivés. Quoi ? Entrer tout de suite ? Ah, non ! On entre immédiatement ! »
Les mercenaires amenés par les invités de MegaCorp, ainsi que des mutants massifs et de nombreux pirates appartenant aux différents cartels de Kesha Arma, encerclaient l’entrée de l’entrepôt souterrain.
L’un des pirates, chargé de communiquer avec le quartier général, raccrocha et essuya sa sueur froide. Il transmit les nouvelles instructions aux représentants de chaque équipe.
« Le QG nous ordonne de lancer l’opération.
— Nos hommes ne sont pas encore arrivés.
— J’ai entendu dire que l’ennemi était puissant. Si on fonce chacun de notre côté, on ne va pas se faire éliminer un par un ?
— L-Le quartier général a dit que l’évaluation de l’état de la marchandise était prioritaire. On ferait peut-être mieux d’aller vérifier d’abord… »
Les représentants des mercenaires poussèrent un soupir à ses paroles. La décision ne leur plaisait pas, mais ils n’avaient pas le choix.
Si les marchandises mises aux enchères étaient volées, qui les « propriétaires de la marchandise » viendraient-ils chercher ? Certainement ceux qu’ils avaient engagés pour la protéger.
Les mercenaires présents travaillaient pour des agents engagés par l’élite de MegaCorp. Qu’il s’agisse de la Troisième Capitale ou de la Capitale du Milieu, ils ne pouvaient pas se permettre d’offenser ces puissants personnages.
« On n’a pas le choix. Un petit groupe va entrer vérifier la marchandise, puis ressortir rapidement.
— Après ça, on rejoindra les renforts qui arrivent au port militaire et on avancera ensemble.
— Hmm, oui… Il n’y a pas d’autre solution. Faisons comme ça. »
Une fois la décision prise, les représentants retournèrent auprès de leurs équipes. Les éclaireurs de chaque groupe se rassemblèrent et commencèrent à s’enfoncer dans l’entrepôt souterrain.
« Je crois comprendre pourquoi on a perdu le contact… »
À chacun de leurs pas, un bruit de succion visqueux résonnait dans le couloir. Ce n’était pas une fuite d’eau. Le passage tout entier était inondé de sang.
La puanteur suffocante du sang leur engourdissait le nez, et leurs visages s’assombrissaient. Après avoir découvert une telle scène, il était absurde de s’attendre à ce que la marchandise soit intacte.
Ils avancèrent péniblement, se demandant quelles excuses présenter à leurs employeurs, passèrent devant une salle de sécurité fracassée et finirent par atteindre la zone de stockage A.
« La marchandise est intacte !
— Ici aussi !
— Ils n’y ont pas touché ? Au moins, c’est un soulagement. »
Contre toute attente, les conteneurs qui abritaient les produits de luxe et les documents précieux n’avaient pas été endommagés. Soulagés de constater que les biens de leurs employeurs étaient intacts, les mercenaires dispersés poussèrent un soupir de soulagement.
« Pourquoi ils n’ont pas touché à ça ? Ce n’était pas censé être un casse pour voler des objets de valeur ?
— Allons voir plus loin.
— Regroupez-vous ! On avance. »
Les mercenaires se rassemblèrent pour se préparer à rejoindre la zone suivante. Au moment de repartir, un mercenaire-loup leva la main.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
— J’entends quelque chose.
— Un bruit ?
— Quelqu’un approche. »
À ces mots du mercenaire à tête de loup, toute l’équipe d’éclaireurs se mit en position et arma ses fusils. Les grandes oreilles du mercenaire frémirent tandis qu’il se concentrait, puis son regard se fixa dans une direction.
« ?!
— C’est quoi, ce truc ? »
Une chose émergea des ténèbres : une créature qui marchait sur deux jambes. Son bras droit était monstrueusement développé et elle avançait vers l’équipe d’éclaireurs, vêtue d’une combinaison renforcée en lambeaux.
« Un Mutant Hulk raté ?
— Impossible. J’ai déjà vu des rebuts, et ils n’avaient pas cette apparence.
— …Cette chose est immonde. »
Elle n’avait pas l’air du genre de créature avec laquelle on pouvait discuter. L’un des mercenaires lui tira dessus avec un fusil Gauss.
BANG.
La moitié de sa tête fut arrachée et la créature s’effondra sur le dos, sans bouger.
« C’est cette chose qui a saccagé l’endroit ?
— Ça m’étonnerait. Elle est bien trop faible pour ça.
— …Attendez. Restez sur vos gardes », avertit le mercenaire-loup à tête de rat.
« Hein ? »
Avant que quiconque ait pu répondre, la créature à terre se mit à tressaillir, puis se releva lentement.
« Guigigigik. »
La créature décapitée émit un grognement écœurant, tandis qu’un liquide noir et épais suintait de sa bouche. Cette vision grotesque arracha une grimace de dégoût à plusieurs mercenaires.
« Merde. »
Le mercenaire au fusil Gauss le leva de nouveau pour achever la créature. Mais il ajusta aussitôt sa visée lorsqu’une autre silhouette monstrueuse, tout aussi difforme, apparut derrière la première.
« Quoi… ? »
À mesure que d’autres créatures sortaient de l’ombre, les mercenaires se rembrunirent. Il n’y en avait pas seulement une ou deux. Des dizaines, non… des centaines de monstres tout aussi difformes émergeaient des ténèbres.
« Guigigik. »
« Guigigikkikkik. »
« Guigik. »
« Guikkikkikkik. »
« Guikkikikikikkik. »
Ces sons inquiétants et sinistres résonnaient de toutes parts.
Le nombre de ces abominations était écrasant.
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————