Chapitre 227
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————
Chapitre 226
La conversation avec Ham Ort se poursuivit un bon moment.
Elle en savait plus que prévu sur Odd Grad.
« C’est normal, après avoir été sa compagne si longtemps ? »
Quoi qu’il en soit, les informations que j’avais obtenues se résumaient à deux points essentiels.
« Une bague qui manipule les émotions et permet de voir l’avenir. »
Elle m’avait dit qu’Odd Grad portait une mystérieuse bague. Elle ne se souvenait pas exactement quand il l’avait obtenue, mais il était certain qu’il l’avait acquise après être devenu le chef.
C’était aussi à cause de cette bague que Ham Ort avait tardé à remarquer qu’Odd Grad changeait de façon étrange.
« Les Gallagons ne peuvent pas mentir. »
Comme ils communiquaient par ondes émotionnelles, le concept même du mensonge n’existait pas pour eux. Ils pouvaient transmettre des informations erronées par ignorance ou à la suite d’un malentendu, mais pas mentir délibérément.
Les Gallagons faisaient donc naturellement confiance aux membres de leur clan.
Ham Ort m’avait dit qu’au début, elle n’avait rien remarqué d’anormal chez lui. Même s’il était devenu plus violent, elle avait cru que c’était le poids des responsabilités de chef qui le rendait ainsi.
Mais ce n’était pas ça.
Elle avait surpris Odd Grad en train de tuer un autre Gallagon.
La victime était sa première compagne, et la plus vieille femelle Gallagon blanc du clan. Odd Grad avait froidement éliminé celle qui avait partagé sa vie le plus longtemps.
Avant de mourir, la vieille compagne lui avait sectionné la queue, faisant brièvement tomber la bague qu’elle y portait. Ham Ort, qui l’observait en secret, avait aperçu ses émotions au moment où la bague avait chuté.
Il n’était plus maître de lui-même, submergé par une rage et un désespoir inconnus. Le splendide dragon noir qu’elle avait connu avait disparu ; il ne restait qu’un tyran fou.
Après avoir déplacé la bague sur sa patte avant, puisqu’il avait perdu sa queue, il avait menti calmement au clan dès le lendemain. Il avait prétendu que la vieille Gallagon blanc avait péri lors d’une attaque de Baleine céleste.
« Une bague qui déforme les émotions, hein ? »
Ce n’était pas un objet qui existait dans le jeu. À quoi servirait une bague permettant de dissimuler ses émotions ?
Et puis, elle serait peu utile à des êtres comme les Gallagons, pour qui l’expression des émotions était essentielle. Un tel outil n’avait aucune raison d’exister chez un peuple qui faisait profondément confiance aux siens.
« Sauf pour ceux qui peuvent lire l’avenir. »
Le cas d’Adhai le prouvait : pour dépasser le stade de Gallagon blanc, il fallait en dévorer un autre.
Ainsi, l’évolution du Gallagon blanc vers le stade suivant menait naturellement à un combat contre le chef du clan ou à une guerre contre un autre clan. Le Gallagon blanc qui survivait devenait un Gallagon noir, puis se disputait le pouvoir ou fondait un nouveau clan.
Voilà le cycle de vie des Gallagons.
En réalité, le jeu n’expliquait pas clairement leur processus de croissance. Ce n’est qu’après être arrivé sur cette planète et avoir assisté de mes propres yeux à la transformation d’Adhai que j’en eus la certitude.
« Puisqu’il peut voir loin dans l’avenir, il a dû prévoir aussi la lutte pour le pouvoir. »
À part celui d’Odd Grad, il n’y avait aucun autre clan de Gallagons sur cette planète. Pour qu’un Gallagon blanc grandisse, il ne lui restait donc qu’une solution : tuer le chef.
« Un Gallagon blanc ordinaire ne peut pas vaincre un Gallagon noir. »
Seuls ceux qui avaient le potentiel de devenir des Gallagons rouges pouvaient vaincre un Gallagon noir.
« Il s’est servi de sa prescience pour éliminer à l’avance toute menace contre sa position. »
En réalité, il tuait régulièrement les nouveau-nés et abandonnait les œufs à l’extérieur du nid. Il prétendait vouloir réduire le nombre d’individus faibles, sous prétexte que le clan manquait de nourriture. C’était peut-être aussi pour cette raison qu’Adhai avait été rejetée.
« Sans la bague, il n’aurait pas pu aller aussi loin. »
Que se passerait-il si les autres membres du clan apprenaient qu’il avait tué les siens pour assurer sa survie ? Et si l’une de ses victimes était une mère qui avait perdu son enfant à cause de lui, comme Ham Ort ?
« Elle ne lui pardonnerait jamais. »
À ce stade, la bague était la seule chose qui assurait son emprise sur le clan. Si elle disparaissait, la chute de son clan ne serait plus qu’une question de temps.
« Assez parlé de la bague. »
Passons à la prescience. Notre conversation m’avait permis de recueillir des informations intéressantes sur son pouvoir.
Odd Grad dormait toujours avant de prendre une décision importante pour le clan. À son réveil, il tranchait aussitôt. Aucune de ses compagnes ne pouvait ignorer cette habitude.
« Le sommeil serait-il le catalyseur qui déclenche sa capacité à voir loin dans l’avenir ? »
Je ne savais pas si le sommeil était précisément le moyen d’activer son pouvoir, mais on pouvait supposer que la prescience n’était possible que lorsque son corps se trouvait dans un état stable.
« Il ne peut pas voir loin dans l’avenir quand il n’est pas au repos. »
Même s’il agissait en fonction d’un avenir aperçu dans un rêve, il ne pouvait pas savoir comment cet avenir évoluerait entre-temps. Il essaierait naturellement d’agir de manière à éviter ce qu’il avait vu, mais, pour en être sûr, il lui faudrait observer de nouveau l’avenir.
Imaginons, par exemple, que j’entrevoie un avenir où je meurs, renversé par une voiture.
Je m’éloignerais de la route pour l’éviter, mais si un bâtiment, juste à côté du trottoir, s’effondrait soudain, je ne pourrais pas échapper à la mort. Pour empêcher cela, je devrais observer de nouveau l’avenir où je meurs sous les décombres après avoir évité la voiture.
« En gros, il me suffit de réussir à l’attirer dans un piège. »
Autrement dit, il ne pourrait pas voir l’avenir pendant qu’il se battait contre moi.
« Pour l’attirer, je devrais m’affaiblir. »
Ce n’était pas impossible, mais ce ne serait certainement pas facile. Et les variables dangereuses ne manquaient pas.
« … Il faut que je me prépare. »
Après avoir rapidement mis de l’ordre dans mes pensées, je posai une autre question à Ham Ort.
[ZZ ZZZ ZZZZ ZZZ (Quelque chose t’a paru étrange quand tu l’as affronté ?)]
« Je n’ai pas compris. Explique en détail. »
[ZZ ZZZ ZZ ZZ ZZZZZ ZZZ (Par exemple, il esquivait tes attaques comme s’il savait à l’avance ce que tu allais faire ?)]
« Il m’a complètement dominée. Impossible de le menacer. »
[ZZZ (Je vois.)]
En vérité, empêcher Odd Grad de voir loin dans l’avenir constituait déjà un gain considérable. Comme le « Sens du prédateur », ce pouvoir aidait à atténuer les dangers immédiats, mais ne changeait pas la nature des dangers eux-mêmes.
« Il me faudra vérifier le reste en l’affrontant directement. »
[ZZZZ ZZZ (Une dernière chose.)]
« Demande. »
[ZZZZ ZZZ ZZZ (Ce n’est pas une question.)]
« ? »
Avant de mettre mon plan à exécution, il me restait une dernière chose à confirmer.
[ZZZZ ZZZZ ZZZ ZZZ ZZZZ ZZZZ (J’emploierai tous les moyens nécessaires pour tuer Odd Grad.)]
« D’accord. »
[ZZZ ZZZZ (Risquerais-tu ta vie pour ça ?)]
« Fille du Météore. Pour sauver les nôtres. J’ai décidé. Ma vie n’a pas d’importance. »
Elle répondit aussitôt. Ses ondes émotionnelles ne trahissaient pas la moindre hésitation.
Au vu de sa réponse et de notre conversation jusqu’ici, elle semblait profondément attachée aux siens, même selon les critères des Gallagons.
« Elle n’est pas du genre à abandonner facilement ses petits. »
Je n’étais pas un Gallagon, mais je comprenais parfaitement ce qu’elle éprouvait pour Adhai. Ses sentiments envers sa fille étaient peut-être ambigus, mais elle n’était pas assez cruelle pour la tuer simplement parce qu’elle était née avec un corps faible.
« Il y a sûrement autre chose derrière cette histoire. »
Ce n’était pas à moi de creuser la question. C’était à Adhai et à elle de régler ça entre elles.
« J’ai vérifié tout ce que je devais savoir. »
[ZZZ ZZ ZZZ Z ZZZZ ZZZ (C’est tout ce que je voulais te demander. Rentre te reposer.)]
Ham Ort hocha la tête et s’éloigna. Avant d’entrer dans le nid, elle jeta un dernier regard dans la direction où Adhai avait disparu.
Les autres n’étaient pas encore revenus. Elle resta un instant à contempler la forêt au loin, puis rentra dans le nid.
[ZZ ZZZZ ZZZ (Tu pourrais me préparer quelques morceaux à manger ?)]
« Compris. »
[ZZZ ZZZZ ZZ ZZ ZZ ZZZZ ZZZZ (Et tant que tu y es, apporte aussi le sac à dos avec mon équipement.)]
« … J’ai l’air d’être ta mère ? »
La Mère du Ciel grommela, mais accéda tout de même à ma demande. Elle entra dans la grotte, puis revint me tendre le sac à dos.
« Je crois que tu as recueilli assez d’informations. Alors, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »
Elle avait dû écouter ma conversation avec Ham Ort, puisqu’elle semblait être arrivée à la même conclusion que moi : la prochaine étape consistait à combattre Odd Grad.
« Mais on dirait que nous n’avons pas la même idée de la façon de le combattre. »
D’habitude, je lui aurais expliqué, mais pas cette fois. Cela risquait d’influencer l’avenir qu’Odd Grad pouvait voir.
« Le combat contre lui a déjà commencé. »
[ZZ ZZZ ZZ ZZZ ZZZ ZZZZ (Tu ne seras pas déçue, je te le promets.)]
« … Hein ? »
Elle pencha la tête, perplexe. Comme je gardai le silence sans rien expliquer de plus, elle ne me posa pas d’autres questions.
Les Gallagons mangèrent à l’extérieur du nid, tandis que la Mère du Ciel entrait et sortait de la grotte pour s’occuper de Ham Ort.
Tout le monde finit par rentrer dans le nid, mais je restai dehors à les attendre.
Pendant ce temps, mon esprit débordait de plans et de stratégies, toujours plus complexes les uns que les autres.
Je n’avais jamais tenté un tel plan, ni dans ce monde ni dans le monde réel. Je devais procéder avec la plus grande prudence.
Le temps passa, et ils finirent par revenir.
« Grand Ancien, je suis de retour. »
« Pourquoi tu es tout seul dehors, Grand ? »
[ZZZZ ZZZ ZZ ZZZ ZZ ZZZ (Parce que nous attendions votre retour.)]
« On dirait qu’elles ont réussi à la convaincre. »
Adhai avait l’air bien moins abattue qu’avant. Ses ailes semblaient aussi plus vigoureuses. Je supposai qu’elle devait ça aux paroles réconfortantes de Numéro 26.
« Elle est attentionnée. »
Malgré sa façon de parler enfantine, ses paroles et ses actes me touchaient parfois profondément. Avec le recul, j’étais reconnaissant de ne pas l’avoir dévorée quand nous nous étions rencontrés sur le vaisseau de recherche.
C’était une brave fille, mais j’allais maintenant lui faire quelque chose d’horrible. À elle, mais aussi à Adhai, PS-111, la Mère du Ciel et à tous ceux qui se trouvaient ici.
[ZZZZ ZZZ (Ham Ort, sors.)]
« Grand Ancien ? »
« Grand, tu essaies de jouer les médiateurs ? »
Au lieu de répondre à leurs questions, j’appelai de nouveau Ham Ort. Peu après, elle et la Mère du Ciel sortirent du nid.
[ZZZZ ZZ ZZZZ ZZZ ZZZZ (Ham Ort a semé la discorde dans mon groupe.)]
« Quoi ? »
« Grand Ancien, qu’est-ce que tu racontes ? »
« Grand ? »
Tout le monde fut stupéfait par mes paroles inattendues. Ham Ort, elle, ne broncha pas.
Elle jeta un bref regard à Adhai. Dans ce fugace instant, ses yeux couleur d’améthyste capturèrent l’image de la petite Gallagon née parmi les étoiles.
Après avoir contemplé une dernière fois sa fille, Ham Ort reporta son regard sur moi. Ses yeux étaient vides de toute émotion.
Elle s’était déjà préparée. Je tendis mon bras ailé et la saisis à la gorge.
« Hé ! Attends une minu… »
[ZZZ ZZ ZZZ ZZZ ZZZ (Je vais donc te tuer et dévorer ta chair.)]
Comprenant que je comptais vraiment dévorer Ham Ort, la Mère du Ciel tendit la main pour m’arrêter. Mais avant qu’elle en ait le temps, j’ouvris grand la gueule.
Alors que mes mâchoires fendues en deux allaient engloutir la tête de Ham Ort…
« Grand Ancien, arrête ! »
Un puissant choc me projeta sur le côté. La force de l’impact résonna dans tout mon corps et je lâchai Ham Ort.
« Fille du Météore ? »
« Grand Ancien, j’ai quelque chose à dire. S’il te plaît, attends. »
C’était Adhai qui m’avait attaqué.
Les marques rouges sur sa tête indiquaient qu’elle utilisait le pouvoir du Gallagon rouge : l’« Armure rouge ».
« Je comptais lui apprendre plus tard. »
J’avais prévu de lui montrer comment utiliser efficacement l’Armure rouge, en attaque comme en défense, mais elle avait été assez intelligente pour le comprendre toute seule.
Adhai s’était interposée entre Ham Ort et moi. La Mère du Ciel, elle aussi, bondit pour se placer devant moi.
« Qu’est-ce que tu fabriques ?! »
[Z ZZZ ZZZZ ZZZZ ZZZZ (Je ne fais que protéger mon groupe. Ne t’en mêle pas.)]
« Tu es sérieux ? »
[ZZ ZZZZ ZZZZ (Si tu me gênes, je t’éliminerai.)]
Sans hésiter, je fouettai l’air de ma queue avec une force terrible. Surprise, elle planta fermement les pieds au sol. Ma queue s’abattit juste à côté et fracassa la terre.
« Espèce de malade ! Amorph débile et complètement cinglé ! »
Comme elle ne pouvait pas utiliser l’« Esprit de glace », je ramenai ma queue et ouvris grand la gueule. Une boule de matière fongique acide jaillit du fond de ma gorge, droit sur elle.
Mais la masse se figea en plein vol.
« Grand, qu’est-ce qui te prend ? »
Numéro 26, qui avait immobilisé la matière fongique grâce à son pouvoir de contention, me demanda d’une voix inquiète.
Je ne répondis pas et me tournai vers PS-111.
[ZZ ZZ ZZZZ ZZZZ (Aide-moi à les attaquer.)]
« Ordre d’attaque rejeté. Impossible de nuire au Contrôleur principal. »
[ZZZ ZZ ZZZZZ (Alors, commence par les autres.)]
PS-111, d’ordinaire impassible, avait l’air étrangement troublé. Il secoua lentement la tête.
« Impossible. L’« Amorph » actuel présente un état manifeste de dérèglement mental et de jugement altéré. Je vous conseille de vous stabiliser. »
Debout à côté de Numéro 26, PS-111 ouvrit la bouche, prêt à tirer avec son canon de démolition si nécessaire.
« Machines stupides, toujours à prendre les choses au pied de la lettre. »
Malgré son analyse, mon esprit était parfaitement clair. Je choisissais délibérément de me retourner contre tout le monde.
Ce plan, fondé sur un jugement rationnel, découlait de la confiance absolue que j’accordais à ceux qui m’avaient accompagné jusque-là.
« Au moins, j’ai fait le bon choix. »
Je regardai tous ceux qui étaient présents. Personne ne se rangea de mon côté après mon éclat soudain.
C’était normal. Mes actes étaient indéniablement une trahison envers le groupe.
« Bien. »
[ZZZ ZZZ ZZ ZZZZZ ZZ ZZZZ (Puisque vous m’avez tous trahi, je m’en vais.)]
« Attends ! »
[ZZZ ZZZ ZZ ZZZZ ZZZZ (Je vais aussi retirer le parasite de ta tête.)]
« Attends… ah ! »
À mon ordre, le parasite logé dans la tête de la Mère du Ciel commença à sortir par son orbite. Sous sa forme de Wendigo, il n’avait pas de narines ; il ressortit donc par une autre ouverture.
Elle chancela, secouée par la sensation désagréable du parasite qui quittait son corps. Je récupérai celui-ci et ramassai le sac contenant mon équipement.
« Grand, tu es sérieux ? Tu vas vraiment partir ? »
« Grand Ancien, c’est une blague, pas vrai ? »
[ZZ ZZZ ZZZ ZZ ZZZZ ZZ ZZ ZZ ZZ ZZZ (Je ne vous ai jamais menti depuis notre première rencontre.)]
Ils devraient comprendre la gravité de mes paroles.
« S’ils ne la comprennent pas, ce serait problématique. »
Tout étant en ordre, j’écartai les bras ailés. La membrane, aussi vaste que le ciel nocturne au-dessus de moi, se déploya et me souleva dans les airs.
Je m’envolai au loin. Personne ne me suivit.
Un faible soulagement, mêlé d’amertume, monta en moi.
« Non. Il faut que ça se passe ainsi. »
Je secouai la tête en traversant les nuages d’orage.
La scène qu’Odd Grad souhaitait était désormais entièrement dressée.
À présent, il était temps de l’attirer dans le piège.
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————