Chapitre 203
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]
Chapitre 202
Dans les mythologies, le ciel a toujours fasciné les hommes. L’immensité céleste endosse souvent le rôle divin du Père ou de la Mère, étroitement lié aux mythes de la création. Même dépourvu d’attributs divins, le ciel était considéré comme la demeure des dieux ou comme un lieu où les âmes trouvaient le salut, parfois assimilé au paradis, parfois au royaume d’êtres dépassant l’humanité.
Même après la fin de l’âge de l’ignorance et l’avènement de la raison et de la technologie, le ciel demeure envoûtant. C’est également vrai dans « Survie spatiale ». Comme le jeu se déroule dans l’immensité de l’univers, le ciel devient inévitablement une cible à défier et à conquérir. Mais mieux vaut rester prudent : qui sait ce qui se cache dans son étendue inconnue ?
Neige, pluie, grêle et tempête : mes ailes se frayaient un chemin dans la symphonie de la nature. Un éclair déchira le ciel, suivi du tonnerre. À chaque décharge, mon ombre vacillait sur les nuages cendrés. Mes épaules se tendaient, et les muscles couverts d’écailles et d’armure tremblaient. La membrane qui s’étirait entre les extrémités de mes longs doigts fendait les nuages. Mes ailes déployées s’étendaient sur plus de quarante mètres de chaque côté, dépassant la longueur de mon corps.
« Vu ma taille et mon poids, il me fallait des ailes aussi grandes pour voler. »
Les cultistes que j’attaquais ne devaient pas apprécier la situation. Mon corps était bien plus petit que les croiseurs de plusieurs centaines de mètres, mais les cultistes qui m’observaient par leurs caméras ne devaient pas être de cet avis.
« Les faire tomber, ce serait peut-être un peu trop. »
À l’instant, j’avais percuté de tout mon corps la section avant, où se trouvait leur centre de commandement. Le but était de les désorienter. Comme prévu, l’équipage du croiseur n’avait pas réussi à prendre une décision sensée. Au lieu de fuir à toute vitesse, ils avaient riposté avec leur artillerie.
Au milieu du vacarme inquiétant du blizzard et des éclairs, le bruit des tourelles psychiques s’était mêlé au reste. Je réajustai mes bras ailés et piquai brusquement. L’attaque ennemie frôla à peine le bout de ma queue.
「Fais attention en volant ! Si on tombe, c’est fini pour nous !」
[Je suis conçu pour les missions de descente atmosphérique, donc cela ne devrait pas poser problème…]
「La ferme !」
「Youhou ! On bat des ailes ! C’est amusant !」
Les petits étaient installés sur mon dos tandis que je filais à une vitesse incroyable. Craignant qu’ils ne tombent, je les enveloppai délicatement de mes tentacules d’infiltration. Comme l’avait dit Mère du Ciel, leur chute tournerait mal.
« Étonnamment… »
Contrairement à ce que son nom laissait croire, Mère du Ciel ne semblait pas apprécier les vols à grande vitesse. Depuis tout à l’heure, elle s’agrippait à mes tentacules comme à une barre de sécurité de montagnes russes.
Comme Mère du Ciel était une griffonne, elle pouvait planer temporairement. J’avais pensé qu’elle s’en sortirait, mais je m’étais trompé.
« Numéro 26, lui, a l’air d’aimer ça. »
Comme d’habitude, Numéro 26, qui aimait tout ce que je faisais, semblait s’amuser énormément. À l’inverse, PS-111, qui était en grande partie mécanique, ne laissait paraître aucune émotion.
« Je devrais peut-être commencer par détruire leurs moteurs. »
C’était peu probable, mais si leur capitaine activait le moteur supraluminique, ce serait problématique. Qu’ils réussissent à se téléporter dans une étoile, passe encore, mais les laisser s’échapper d’ici ne m’arrangerait pas.
« Ils pourraient ramener des renforts de l’Empire du Culte. »
Cette planète n’étant pas désignée comme sanctuaire, la situation différait de la dernière fois. Si je n’y prenais pas garde, je risquais de me retrouver face à l’empire tout entier. Je l’affronterais quand je serais adulte, mais ce n’était pas encore le moment. Je devais les empêcher de fuir.
« Commençons par les propulseurs. »
Je glissai parmi les nuages en battant doucement des bras ailés. L’artillerie du croiseur ennemi continuait de tirer sur moi, et de gros obus d’énergie violette traversaient les nuages à ma poursuite. Même synchronisées avec un vaisseau spatial, de telles attaques ne me posaient aucun problème. Je pénétrai dans les nuages d’orage et esquivai sans effort les tirs ennemis.
« Ils n’utiliseront probablement pas leur canon principal. »
Les croiseurs du Culte étaient équipés de puissants canons principaux. Autrefois, la flotte pirate de Muriel, qui possédait un croiseur du Cartel Humanity, m’avait pris pour cible de très loin. J’avais beau contrôler un cargo de l’Union stellaire, un seul tir du canon principal avait fendu le gigantesque vaisseau en deux.
Sa puissance destructrice était immense, mais ils ne l’utiliseraient sans doute pas maintenant. L’activation du canon principal concentrait une quantité phénoménale d’énergie psychique, ce qui revenait à signaler leur présence aux Gallagons des environs.
« Bien sûr, ils pourraient perdre leur sang-froid et tirer quand même, mais… »
Je devais en finir vite avant que ça n’arrive.
Caché dans les nuages, je m’approchai rapidement du flanc du croiseur. Dès que je jaillis des nuages et qu’ils m’aperçurent, les canons d’artillerie pivotèrent précipitamment. Quelques canons à tir rapide réussirent à me toucher, mais cela n’eut guère d’importance. J’étais déjà tout près du croiseur.
J’estimai être à bonne distance, puis déployai largement mes bras ailés et tendis les membranes. Mon corps, qui fonçait à toute allure, s’immobilisa brusquement en plein ciel. Dans le même temps, je répercutai l’élan dans ma queue. Tel un pendule, ma longue queue se balança vers l’avant. La pince à son extrémité frappa le flanc du croiseur en forme de losange comme une masse.
Dans un fracas de tonnerre, des flammes jaillirent et le vaisseau des cultistes bascula violemment sur le côté. Le propulseur de ce flanc fut détruit, déséquilibrant le croiseur.
Au milieu de la confusion, je me posai sur le croiseur. Les canons, gênés par les secousses qui agitaient tout le vaisseau, ne parvinrent pas à me toucher correctement.
Avant que le vaisseau ne se stabilise, j’avais du travail. J’activai pour la première fois mon Trait « Glande mycotique acide ». Un mucus acide s’écoula sans pitié sous mes mâchoires bifides. Le revêtement extérieur lisse, couleur ivoire, du croiseur se mit à fondre dans une odeur âcre. Les champignons pénétrèrent rapidement la paroi extérieure et envahirent les compartiments intérieurs.
« Ça devrait suffire. »
J’élargis le trou avec mon bras de combat et y enfonçai la tête. Dans le couloir, un cultiste me fixait, pétrifié. Avant qu’il ait le temps de réagir, j’ouvris grand la gueule et le happai.
« Hii ! »
« Un monstre a pénétré dans le vaisseau ! »
Les membres d’équipage cultistes poussèrent des cris en voyant leur camarade disparaître dans mon estomac, dont seules les chevilles dépassaient encore.
« C’est trop étroit, ici. »
Mon corps avait trop grandi pour que je puisse me déplacer facilement dans les couloirs. À moins de reprendre une forme plus compacte, il m’était presque impossible d’y entrer, et encore plus d’y circuler.
« Je devrais peut-être m’en prendre à la piste d’atterrissage. »
Après avoir craché quelques champignons sur les cultistes en fuite, je retirai la tête du vaisseau.
[ZZZZ ZZZ ZZ ZZZZ (Je vais de l’autre côté.)]
「Compris. Occupons-nous d’abord du centre de commandement et de la salle des machines.」
[ZZZ (Oui.)]
「À plus tard, Grand Bébé.」
« Voilà l’occasion de mettre à jour la base de données sur les croiseurs du Culte. »
Avec précaution, je déposai à l’intérieur du vaisseau les petits que j’avais retenus avec mes tentacules d’infiltration. Je sentis leur présence s’éloigner, puis déployai de nouveau mes ailes.
***
« Faites-moi le bilan des dégâts ! »
Le capitaine cria avec désespoir. Il s’était blessé à la tête lors du récent impact, mais ce n’était pas important.
[Le blindage extérieur est endommagé à 9 % ! Vingt-trois pour cent des compartiments intérieurs sont endommagés !]
« Qu’en est-il de l’équipage ? »
[Le statut du personnel est inconnu ! Une créature psychique non identifiée se dirige vers la salle des machines ! L’escouade de défense a été anéantie !]
« Bon sang ! Qu’est-ce que font les Templiers ?! »
« Ils… ils tentent d’arrêter le monstre apparu sur la piste d’atterrissage… »
Malgré ses paroles, le capitaine connaissait la vérité. Il ne pouvait pas l’ignorer. Les nombreux flux vidéo qui flottaient au centre de la salle de commandement montraient sans détour l’ampleur de la catastrophe.
Les douze Templiers se trouvaient tous sur la piste d’atterrissage. Ils étaient en ce moment submergés par une créature volante gigantesque, bien plus grande que tous les Gallagons qu’ils avaient affrontés jusque-là.
Dire qu’ils lui tenaient tête serait inexact. C’était plutôt un massacre.
Les longs tentacules épais qui lui sortaient du dos étaient aussi rapides et meurtriers que des obus d’énergie. Même les Armures en écailles de Gallagon portées par les membres ne leur servaient à rien s’ils se faisaient attraper par ces tentacules : une fois engloutis, leurs corps se dissolvaient complètement. À quoi bon porter une armure face à une telle défense ?
Et ce n’était pas tout. Cette créature, avec son immense stature, était incontestablement résistante.
« Bon sang ! La créature renvoie les pouvoirs psychiques ! »
« Qu’est-ce qu’on fait, alors ? »
« Utilisez les Démolisseurs — aaaargh ! »
Un autre membre tomba, distrait un instant. Une écume d’une luminosité dérangeante lui recouvrait la tête, et son corps se pliait en arrière.
Il faisait partie de ceux qui avaient protégé les cultistes à bord avant le départ. Mais ils n’avaient pas l’avantage.
Le monstre volant était beaucoup trop puissant.
Le capitaine tourna la tête en voyant les membres d’un autre homme arrachés.
Ils représentaient leur dernier espoir, et même celui-ci s’évanouissait. Il leur fallait trouver un autre plan.
« On devrait abandonner le vaisseau ? »
Les capsules de sauvetage leur permettraient peut-être d’échapper à ces monstres.
Le problème, c’était qu’une fuite n’améliorerait pas forcément leur sort. Abandonner le vaisseau dans un endroit peuplé de monstres terrifiants et soumis à des conditions météorologiques extrêmes rendait leur survie impossible. Au mieux, ils ne feraient que prolonger leur vie de quelques jours.
« Préparez l’activation des moteurs supraluminiques. »
« Capitaine ! C’est de la folie ! »
Malgré les protestations de l’équipage dans la salle de situation, le capitaine secoua la tête. C’était leur seule option.
Le vaisseau était déjà gravement endommagé et risquait fort de se désintégrer en plein trajet. Mais, de toute façon, qu’ils restent ou qu’ils partent, la mort était presque certaine.
De plus, l’un des monstres se dirigeait vers la salle des machines. Cette option risquait donc de leur échapper d’ici quelques minutes.
« Une fois sur une planète voisine grâce à la navigation supraluminique, nous pourrons fuir. »
Ils ignoraient l’identité des monstres qui les attaquaient, mais il s’agissait probablement de créatures indigènes. Rien ne garantissait qu’elles puissent survivre dans un environnement complètement différent.
« Je le répète. Préparez l’activation des moteurs supraluminiques. »
Alors que le capitaine s’apprêtait à donner de nouveau l’ordre, le sol trembla violemment.
« Non. »
Ce n’était pas le vaisseau qui tremblait. À cet instant, il maintenait son équilibre en vol grâce aux propulseurs d’urgence. La créature volante capable de le détruire combattait toujours les Templiers sur la piste d’atterrissage.
« Ce n’est pas le vaisseau qui tremble… »
Son regard se fixa sur la porte étanche, fermée. Si la salle de situation était attaquée, toutes les zones intermédiaires qui y menaient avaient été verrouillées.
« C’est impossible… »
Comme pour répondre à sa question, la salle de situation trembla de nouveau. Cette fois, il ne fut pas le seul à sentir le choc.
Les membres d’équipage qui s’affairaient à régler l’état du vaisseau s’immobilisèrent. Comme le capitaine, ils fixaient la porte étanche.
« … Vérifiez l’état des secteurs voisins. »
« Ah, entendu… »
Un grondement retentit alors. Un bruit tout proche, semblable à celui d’un canon tirant des obus d’énergie, résonna dans les environs. Il semblait provenir juste derrière la porte étanche.
Et le capitaine avait vu juste.
La porte étanche trembla sous un violent impact. Après quelques secousses supplémentaires, le silence retomba.
« … »
Bien que l’attaque eût cessé, aucun des cultistes présents ne crut que l’ennemi s’était retiré comme ça. Certains membres d’équipage, suivant le geste du capitaine, récupérèrent les armes rangées sur la passerelle.
Alors qu’ils s’armaient, la porte étanche changea soudainement. Un point rouge apparut à sa surface. Il s’agrandit rapidement et devint bientôt un trou béant, tandis qu’une énergie intensément concentrée désintégrait le matériau de la porte.
Tous les occupants de la salle de situation regardèrent par le trou. Les cris étouffés des membres d’équipage leur parvenaient faiblement.
Et, au cœur des ténèbres, « elle » se montra.
Des yeux rouge sang, un visage si pâle qu’il semblait sans égal.
Si ses yeux avaient été fermés, on aurait pu dire que son visage, comme celui d’une femme, était d’une grande beauté. Mais elle fixait la salle de situation.
« Une… femme ? »
Quelqu’un laissa échapper ces mots, incrédule. Mais il dut bientôt se rétracter.
Le visage blanc qui flottait dans l’obscurité n’avait rien d’un visage de femme.
Bien sûr que non. Qu’elle soit humaine ou cultiste, aucune femme n’ouvrait la bouche aussi grand.
Sa bouche était aussi large que le visage d’un cultiste. Au moment où une flamme bleu violacé jaillit de l’intérieur, le capitaine tenta de donner un ordre.
« Ouvrez immédiatement le feu sur ce monstre ! »
Mais il n’en eut pas le temps.
Soudain, le monde bascula et le sol lisse, couleur ivoire, se précipita vers lui. Il vit alors un spectacle familier, celui qu’il contemplait chaque matin dans le miroir.
Son torse soigneusement vêtu.
Ce fut à cet instant que le capitaine comprit que sa tête avait été tranchée.
Peu à peu, d’innombrables bras déchirèrent le trou, et les cris silencieux des membres d’équipage devinrent son dernier souvenir.
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]