Chapitre 204
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]
Chapitre 203
La société et les institutions de l’Empire du Culte différaient beaucoup de celles de MegaCorp ou de l’Union stellaire. Leur civilisation s’était développée dans des environnements complètement différents ; il était donc naturel qu’elles soient si dissemblables.
Par exemple, la fonction de Gestionnaire du savoir à bord d’une flotte de l’Empire du Culte n’existait ni chez MegaCorp ni dans l’Union stellaire. Pour le dire par métaphore, on pouvait voir ces Gestionnaires comme un hybride entre les systèmes de stockage d’informations des autres factions et les ingénieurs de bord.
Au cours des voyages, les Gestionnaires du savoir mettaient leur vaste savoir au service des capitaines et s’occupaient des réparations du vaisseau lorsque c’était nécessaire. Leurs fonctions étant si importantes, ils étaient aussi respectés que les commandants militaires à bord de n’importe quel vaisseau.
Pourtant, même leur position prestigieuse ne leur était pas d’une grande aide dans la situation présente.
L’intrus qui avait tué le capitaine se mit à massacrer l’équipage dans la salle de situation.
Ce monstre était une créature inconnue, même du Gestionnaire du savoir. Il avait huit bras, grands et petits, dont les extrémités étaient munies de lames, un visage pâle et féminin, ainsi qu’une queue grotesque : un organisme biomécanique tout droit sorti d’un cauchemar.
Malgré les efforts du Gestionnaire du savoir pour comprendre les factions rivales de l’Empire, identifier cette créature se révéla difficile.
Si l’on devait la comparer à une entité connue d’après son apparence, ce serait probablement l’arme biologique maudite de l’Union stellaire, connue sous le nom de Hurleur.
Cependant, contrairement au Hurleur, qui était censé ne pas pouvoir manier tout un assortiment d’armes comme cet hybride abominable, elle tirait des décharges d’énergie mortelles avec sa queue et sa bouche.
Le Gestionnaire du savoir connaissait bien cette énergie, qui brillait d’un bleu marine froid. C’était l’arme principalement utilisée par les Gardiens du Temple : le « Démolisseur ».
« À couvert !
— Euh, euh ? »
La queue de la créature tournoya. Des décharges d’énergie qui désintégraient la matière au gré de ses mouvements s’abattirent sur les adeptes du Culte.
Certains réussirent à esquiver, mais d’autres n’eurent pas cette chance.
« Mon… mon bras ! Mes jaaambes… !
— … Argh. »
Un membre d’équipage avait perdu tout un bras, désintégré par l’effet de l’attaque. Un adepte du Culte, lui, n’avait plus que le bas du corps après avoir été touché. Leur absence de sang rendait la scène véritablement sinistre.
« Visez sa queue !
— Ça ne sert à rien ! Elle tire aussi avec sa bouche !
— Bon sang ! »
Comme pour confirmer leurs paroles, le responsable de la décapitation du capitaine n’était autre que la décharge d’énergie qui venait de jaillir de la tête de la créature.
Même si sa queue était son seul moyen d’attaque, les chances que la situation s’améliore étaient minces. Elle bougeait trop vite : des non-combattants ne pouvaient presque pas la prendre pour cible.
« Gestionnaire du savoir ! Le capitaine est tombé, c’est vous qui commandez !
— Faites quelque chose ! »
Avant même d’avoir pu examiner la situation plus avant, le Gestionnaire du savoir avait vu périr la majeure partie de l’équipage. Dissimulé, il observa l’ennemi, puis finit par donner un ordre.
« Des entraves, n’importe quoi ! Sortez tout ce qui peut limiter ses mouvements ! »
En peu de temps, il sembla que la créature résistait mal aux pouvoirs psychiques.
Ce qui le lui fit penser, c’était qu’elle cherchait manifestement à esquiver les fusils psychiques des adeptes du Culte.
Le fusil psychique installé sur la passerelle n’était pas particulièrement puissant. Il avait simplement été prévu pour permettre aux non-combattants de se défendre dans les situations désespérées.
Pourtant, la créature avait surtout esquivé les tirs en se concentrant sur les pouvoirs psychiques. Elle aurait dû comprendre bien plus tôt la puissance de feu de ses adversaires.
On pouvait donc en déduire que l’ennemi résistait mal aux capacités psychiques.
À l’exclamation du Gestionnaire du savoir, les adeptes du Culte aux cornes de bouc se mirent à rassembler leur pouvoir psychique. Ils mobilisèrent tout ce qu’ils avaient appris pour tenter d’immobiliser l’ennemi, d’une manière ou d’une autre.
Le puissant flux d’énergie qui emplissait la salle de situation s’enroula autour de la créature. Ses mouvements frénétiques perdirent de leur vigueur.
« Krrk ? »
Sentant que quelque chose clochait dans son corps, la créature esquissa un sourire. Ses mouvements ralentirent, puis finirent par s’arrêter.
Ses yeux rouge vif roulèrent comme du sang. Elle semblait chercher à comprendre l’anomalie qui s’était produite dans son propre corps.
Peu à peu, ses huit bras se mirent à trembler.
« Quelle puissance !
— Il faut en finir vite ! »
La créature émettait des craquements, tandis que les adeptes du Culte qui tentaient de la maîtriser gémissaient bruyamment.
Les cris des victimes de la créature emplirent la salle de situation.
Ils devaient en finir au plus vite. À l’exception des adeptes qui se servaient de leurs capacités, les autres pointèrent leurs fusils vers la tête de la créature.
Alors que leurs canons allaient cracher le feu, le Gestionnaire du savoir crut rêver.
Une silhouette se tenait à l’endroit où il n’y avait rien l’instant d’avant.
Comme les adeptes du Culte, elle avait des cornes sur la tête. Elle était de taille similaire et se tenait sur deux jambes. Pourtant, le Gestionnaire du savoir ne ressentit aucune familiarité en la voyant.
Son instinct le lui disait : cette entité était aussi dangereuse que la créature biomécanique qu’ils avaient capturée.
La silhouette qui se tenait près de la porte tourna les yeux. Ses pupilles, d’un orange vif comme une citrouille, se posèrent sur le Gestionnaire du savoir.
Lorsqu’il croisa son regard, le Gestionnaire du savoir vit ses pupilles briller de bleu. Il s’empressa d’appeler ses camarades.
Mais avant qu’il puisse le faire, une voix s’adressa à lui.
« J’ai faim ! »
« ?! »
Cette voix, qui lui avait murmuré à l’oreille, le fit sursauter. Il tourna la tête, mais il n’y avait personne derrière lui.
« C’était juste… ? »
« Je meurs de faim ! »
« ! »
Jusque-là, la voix n’avait été qu’un murmure ; à présent, elle tonnait dans son cerveau. Le Gestionnaire du savoir se couvrit les oreilles des deux mains.
« J’ai faim ! »
« S’il vous plaît ! »
« Je meurs de faim ! »
« Donnez-moi de la viande ! »
« Je veux déchiqueter quelque chose ! »
« Il y a plein de nourriture par ici ! »
« Vite ! »
« Déchiquetez-les ! »
« Donnez-moi des organes ! »
« Buvez leur sang ! »
« Mangez leurs os ! »
Malgré ses oreilles bouchées, la malédiction emplie de vengeance le transperça. Tuez ceux qui vous entourent. Remplissez votre ventre de leur chair.
Il tenta tant bien que mal de résister, mais les voix le submergèrent rapidement. Son savoir supérieur et sa raison s’évanouirent à une vitesse étonnante. À leur place grandit une folie écrasante.
« Gestionnaire du savoir ! Que devons-nous… ?
— C-cette… ! »
Lorsque ses collègues comprirent que quelque chose n’allait pas, il était déjà trop tard. Le Gestionnaire du savoir n’était plus là.
Il ne restait que des victimes asservies par l’emprise glaciale du démon.
« AAAAAH ! »
« AAH ! »
Alors que le Gestionnaire du savoir devenait l’esclave du démon, un autre monstre entra dans la salle de situation. Couvert d’une fourrure dorée rayée de noir et coiffé de cornes, il attaqua ceux qui retenaient l’organisme biomécanique.
À chaque éclair de ses griffes acérées, le sang des adeptes du Culte jaillissait et ils s’effondraient. Tandis que ses camarades tombaient les uns après les autres, les entraves de l’organisme biomécanique ne résistèrent pas longtemps.
Deux monstres déchiquetèrent sans pitié les adeptes du Culte et le Gestionnaire du savoir, qui avait soudain sombré dans la folie.
Lorsque neuf adeptes du Culte seulement furent encore en vie, le massacre prit fin. Le monstre bipède s’approcha de l’ordinateur d’un adepte et se mit à le manipuler.
Pendant ce temps, la créature aux huit bras absorba les adeptes du Culte tombés au sol.
Ce n’était pas une métaphore. La créature aspirait la force vitale des corps avec ses griffes recourbées. Dès que ses mains touchaient un corps, celui-ci se flétrissait à vue d’œil et finissait bientôt aussi sec qu’une momie.
Le problème, c’était que certains des adeptes du Culte étendus au sol étaient encore en vie. Ceux qui avaient été neutralisés et grièvement blessés finirent eux aussi sacrifiés à la créature.
« A-arrêtez ! N-ne faites pas çaaaa ! »
La main de la créature se dirigea vers un adepte du Culte amputé des jambes. En proie à l’agonie, il hurla tandis que la créature l’aspirait alors qu’il était encore vivant. Il n’était pas nécessaire d’entendre ses cris pour comprendre à quel point il souffrait.
Quand tout fut terminé, son corps avait rétréci jusqu’à ne plus mesurer qu’un tiers de sa taille initiale. La créature retira sa main du corps de l’adepte, désormais réduit à l’état de squelette, puis se lécha les griffes.
Au moment où le type s’apprêtait à s’en prendre à une nouvelle proie, le sol de la salle de situation trembla. À cet instant, celui qui tripotait l’ordinateur comme ceux qui dévoraient les adeptes s’immobilisèrent.
Les vibrations qui secouaient la salle de situation se rapprochaient. Chaque fois que ces types défonçaient une porte, les vibrations étaient bien plus fortes.
Les neuf Cults encore en vie comprirent rapidement l’origine de ces secousses. Une présence approchait, annonciatrice de la fin de leur cauchemar.
« G-g-g-g-g… »
C’était un cauchemar encore pire.
[ZZZZ ZZ ZZZ ZZ (Tu as bien travaillé)]
[Quel travail ? Ce n’est pas comme si je n’avais fait ça qu’une ou deux fois.]
[ZZZ (Eh bien)]
La salle de situation était littéralement un abattoir. Une délicieuse odeur de sang flottait au-dessus des morceaux de chair éparpillés et des flaques qui s’étendaient sur le sol.
Tout cela n’était que des traces du sang versé par les adeptes du Culte. Dans les coins de la salle, neuf d’entre eux tremblaient, désarmés.
[Je pensais que je devrais peut-être cacher mon ventre.]
[ZZZZ ZZZZZ ZZ (Merci. Bien joué)]
Ce vaisseau spatial me serait utile pour quitter la planète. Comme je n’avais pas besoin de le décomposer tout de suite, j’allais le cacher quelque part.
« Mais il me faudra un équipage pour le gérer. »
J’activai l’Organe d’imitation pour la première fois depuis longtemps. L’une des cinq informations génétiques stockées dans mon corps se répandit dans tout mon organisme.
L’organe vocal, situé entre ma bouche et ma gorge, se reconstitua à partir des informations reçues. Les minuscules orifices de mes écailles synthétiques, de mon enveloppe extérieure et de ma carapace étaient prêts à libérer de nouvelles phéromones.
J’ouvris lentement la bouche.
« Approchez. »
Lorsque ma bouche laissa échapper la voix d’un membre de leur espèce, les neuf furent stupéfaits. Les visages qui m’observaient pâlirent peu à peu.
Les phéromones de l’Organe d’imitation leur feraient croire que j’étais un adepte du Culte. Mais ma taille leur inspirerait un profond malaise. Ils n’auraient aucune envie de s’approcher de moi : j’étais un monstre qui s’était soudain transformé en membre de leur espèce tout en exhalant une aura sinistre.
« Mais ils n’ont pas le choix. »
À bord du croiseur au-dessus des nuages, les survivants du Culte n’avaient nulle part où fuir. Tels des prisonniers qu’on menait à la potence, ils vinrent vers moi.
Alors que j’étais étendu dans le couloir, devant la salle de situation, je leur implantai des parasites. La première victime, qui s’était corrompue et avait dévoré les tentacules, fut bientôt suivie des autres, qui obéirent sans résistance.
« Posez ce vaisseau. »
« … Oui. »
Je leur ordonnai d’atterrir près de l’emplacement de mon nid. Les Cults, livides comme un seul homme, commencèrent à piloter le croiseur.
J’avais beaucoup grandi depuis que j’étais devenu un jeune. Ma longueur n’avait pas beaucoup changé, mais la carapace, épaissie par les propriétés de la Bête osseuse, et mes ailes, repliées mais toujours volumineuses, prenaient beaucoup de place.
J’occupais presque tout le couloir, alors que je n’étais même pas entré dans la salle de situation. Si j’essayais de prendre les commandes, j’allais détruire l’ordinateur.
J’appelai donc PS-111 tout en restant allongé.
[ZZZZ ZZ ZZZ ZZZZ ZZ ZZZZ ZZ (J’ai apporté des explosifs au cas où ils seraient nécessaires.)]
[Note du traducteur : C’est confirmé, le protagoniste peut parler avec PS-111 par télépathie. En fait, l’auteur les faisait parfois parler normalement et parfois par télépathie, ce qui prêtait à confusion. Désormais, le protagoniste ne parlera à PS-111 que par télépathie, sauf s’il est précisé qu’il a utilisé l’organe d’imitation.]
[Merci. Plus important, il me faut d’autres outils que transporte l’Amorph.]
[ZZZ (Celui-ci ?)]
PS-111 observa le butin tenu par les petits bras sur ma poitrine. Après avoir chassé les membres de la Garde du Temple, il avait récupéré leur équipement.
L’épée Griffe de Gallagon, une sorte de combinaison renforcée fabriquée à partir d’écailles de Gallagon, ainsi que diverses armes et pièces d’équipement étaient entre mes mains.
Après mon combat contre Muriel, j’avais rangé à part le matériel important dans un sac à dos ou quelque chose de ce genre : le Pilleur de sang, la Lance d’or du Grand Prêtre, entre autres.
Je profitais actuellement beaucoup du Spectre divin, obtenu en me nourrissant de son cerveau.
J’avais pensé emporter l’équipement jusqu’au nid, mais PS-111 semblait intéressé.
[ZZZZ ZZ ZZZ ZZ ZZZ (Tu veux quelque chose ?)]
[Il me faut un outil d’argent qui contienne du pouvoir psychique et les informations génétiques d’une créature en particulier.]
Il choisit l’épée Griffe de Gallagon. Il saisit l’arme entre ses doigts et l’avala tout entière.
Peu après, les bras dont les griffes avaient la forme de faucilles commencèrent à changer. La faucille noire prit rapidement une teinte argentée et s’épaissit. Sa nouvelle forme ressemblait beaucoup à la Griffe du Gallagon blanc.
Il agita une fois le bras, où se trouvait désormais une lame en forme de faucille. Une lame transparente faite de pouvoir psychique transperça le mur de la salle de situation.
[Je peux maintenant manier le pouvoir psychique.]
Il parut satisfait des traces de pouvoir psychique qu’il avait laissées.
« Il avait dit que c’était un nouveau modèle. »
Contrairement à ce qu’il disait avec légèreté, ses capacités n’avaient rien d’anodin. C’était un modèle de terminal intermédiaire de Hurleur mutant. En somme, un prototype d’arme de combat.
Autrement dit, on pouvait le produire en série.
J’avais entendu dire que des joueurs participaient au développement des Hurleurs mutants. Peut-être qu’en les affrontant, je devrais en combattre des centaines, voire des milliers, aussi puissants que PS-111.
« … Peu probable. »
Jusqu’ici, je n’avais vu aucun Hurleur doté d’une puissance égale ou similaire à celle de PS-111. Si d’autres créatures étaient aussi puissantes que lui, les joueurs auraient conquis l’espace et y seraient restés.
« Trouvons son modèle supérieur. »
Lorsque nous avions trouvé PS-111, il était en mauvais état. Grâce à cela, nous avions pu le redémarrer et en faire un compagnon de Numéro 26, mais une grande partie des informations stockées dans sa mémoire avait été endommagée.
Par exemple, il ne se souvenait ni de l’opération menée lors de ma première arrivée sur cette planète, ni de son objectif stratégique ou de quoi que ce soit d’autre. Le modèle supérieur qui commandait les terminaux intermédiaires, lui, devait le savoir.
« Il l’appelait Pira Eleven. »
Commandant en chef des Hurleurs mutants. J’ignorais s’il s’agissait d’un Hurleur ou d’un androïde. Tout en observant PS-111 et en réfléchissant à mes projets, je m’approchai de la mère dans le ciel.
« Je viens de consulter l’ordinateur et j’ai trouvé une information inhabituelle. »
[ZZZZ ZZ ZZZ (Quelle information ?)]
[Je crois qu’une créature que l’on suppose être un Gallagon vert est venue ici, puis repartie.]
[ZZZZ ZZ ZZZ ZZZZ (Repartie ? Elle serait venue en éclaireuse ?)]
[Je ne crois pas. On dirait qu’elle a reculé en s’approchant. Elle devait essayer de chasser.]
Il était rare qu’un Gallagon vert au tempérament agressif recule devant sa proie. Il ne le faisait que lors d’une mission de reconnaissance ou face à un adversaire redoutable qu’il ne pouvait pas vaincre.
« À cause de moi ? »
Avec ma grande carrure, ma carapace noire et mes tentacules, un Gallagon inexpérimenté aurait pu se méprendre. Mon apparence n’était pas tout à fait la même, mais, en me voyant dissimulé dans les nuages, il aurait pu me prendre pour un Gallagon noir.
« Tant mieux si je n’ai pas eu à me battre. »
Dans les environs, la faction des Gallagons blancs menée par Adhai continuait de poursuivre la horde d’Odd Grad, qui était là depuis le début. Impossible de savoir à quelle force appartenait notre visiteur.
« Si une faction apprend mon existence, elle se méfiera énormément de moi. »
Et les Gallagons n’aimaient pas voir un adversaire puissant s’installer sous leur nez. Il allait falloir nous préparer au plus vite à un combat contre un Gallagon.
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]