Chapitre 195
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]
Chapitre 194
Après avoir émergé d’une agonie atroce, je retrouvai rapidement mes esprits. Une fois mon esprit stabilisé, les poils hérissés par la tension retombèrent calmement.
La douleur persistait, ma queue griffue ayant été arrachée à vif, mais elle n’était rien comparée à cette souffrance traumatisante.
Ce n’est qu’une fois mon corps rétabli que je pus évaluer objectivement l’étendue de mes capacités.
« Le risque est peut-être mortel, mais… »
Comment décrire ça ? Risque élevé, récompense élevée ? Malgré la douleur, j’avais obtenu quelque chose de considérable.
Le Souffle psychique renforcé et l’Observateur de la peur. Le premier consumait l’adversaire jusqu’à faire disparaître son corps, tandis que le second réveillait la pire douleur enfouie dans ses souvenirs.
Pourtant, les effets des attributs appliqués passaient au second plan. Tout dépendait de ma maîtrise dans leur utilisation.
La véritable importance résidait dans la Teinte abyssale.
« Le grand avantage, c’est de pouvoir l’activer à volonté. »
Je pouvais choisir quand l’utiliser. Autrement dit, un seul attribut m’offrait deux effets.
Par exemple, je pouvais tirer sur mes ennemis avec le Souffle psychique comme d’habitude, puis passer à une mousse qui les dévorerait jusqu’à leur mort, lorsqu’ils baisseraient leur garde. C’était tout à fait viable sur le terrain.
L’Observateur de la peur fonctionnait de la même façon. Contrairement à l’original, sa version abyssale touchait plusieurs cibles. Le répandre dans un espace bondé où les ennemis étaient regroupés serait très efficace.
Si j’obtenais d’autres Traits de superpouvoir à l’avenir et que j’y appliquais l’essence abyssale, ce serait comme en obtenir deux d’un coup.
« Est-ce que ça pourrait aussi se répercuter sur les nouvelles capacités ? »
D’après la fenêtre de texte, seuls trois Traits étaient actuellement affectés par la « Teinte abyssale ».
Les Traits sans rapport avec le combat, comme l’humanité ou le Sens du prédateur, n’étaient pas concernés. Les « Gants de réflexion des superpouvoirs » l’étaient, mais je ne les avais pas encore testés, faute d’avoir rempli les conditions d’activation.
Si les nouveaux Traits de superpouvoir que j’acquerrais étaient eux aussi concernés par l’essence abyssale, cela renforcerait considérablement mes faibles capacités de combat liées aux superpouvoirs.
« Il faudra que je tire ça au clair en chassant. »
Je pourrais probablement confirmer l’application de l’essence abyssale en obtenant de nouveaux Traits de pouvoir psychique.
Par chance, je me trouvais sur une planète où se situait le Nid des Gallagons. C’était l’un des endroits où il était facile d’obtenir des Traits liés aux superpouvoirs.
« C’est décidé. Je dois partir d’ici sans attendre. »
Le propriétaire de la forêt était mort, mais le danger persistait.
Des centaines de cocons de tailles diverses s’y trouvaient encore. À l’intérieur, les esclaves de la substance rouge attendaient de se réveiller.
Le Démon des glaces, qui leur fournissait la drogue, était mort. Leur réveil n’allait donc pas tarder.
« Mais avant de partir… »
Je baissai les yeux vers le corps décapité du Démon des glaces.
Sa chair fraîche s’étalait sur le sol. En comptant la moitié inférieure enfouie sous terre, il mesurait près de quinze mètres.
À l’état de « Faible rusé », mon corps ne pouvait pas dépasser cinq mètres. Impossible donc d’emporter la dépouille entière, mais ce n’était pas grave. Grâce à la « Mâchoire de récolteur d’essence », il me suffisait de manger sa tête pour obtenir son essence génétique.
Je saisis la tête du Démon des glaces, qui ressemblait à celle d’un lucane.
Je l’assurai fermement avec l’un de mes bras de combat, puis tirai brusquement de toutes mes forces. La chair qui tenait encore à peine autour du cou se déchira, et la tête se détacha.
Depuis que j’étais devenu un juvénile, la « Mâchoire de récolteur d’essence » me permettait d’obtenir le même effet digestif en mangeant seulement la tête qu’en dévorant le corps entier. Vu la différence de taille, emporter toute la dépouille était compliqué. Je comptais donc me contenter de lui couper la tête et de l’emporter.
« Je ne peux pas laisser les dealers s’en tirer comme ça. »
Le Démon des glaces possédait de nombreux Traits utiles. Comme il chassait ses proies sur un territoire immense, on n’en croisait pas souvent. Si je laissais passer cette occasion, qui sait quand j’en retrouverais une ? Je devais au moins emporter sa tête.
Alors que je m’apprêtais à prendre la tête de la créature pour partir, les cocons alentour commencèrent à remuer.
Le plus proche éclata, et une créature en émergea. Un monstre aux longues pattes, semblable à un dragon élancé, fonça sur moi.
Il s’agissait d’une Banshee des neiges.
Cette petite créature carnivore avait la peau presque blafarde et une langue rouge vif. Elle se dissimulait dans la neige, puis attrapait les proies qui s’approchaient à l’aide de sa langue épaisse.
« Mais son véritable atout, c’est son camouflage parfait… »
Celle qui me faisait face était droguée et n’avait plus toute sa tête. Au lieu de se cacher pour combattre, elle projeta sa langue vers moi sans réfléchir.
Je saisis au vol la langue qui fonçait sur moi avec le bras près de ma poitrine.
À l’état de Faible intelligent, mon corps rapetissait, mais les muscles autour de mon bras thoracique se développaient de façon remarquable. Même s’il n’était pas aussi puissant que mes bras de combat, il pouvait se révéler utile contre des ennemis de taille comparable.
« Comme ça. »
Gloups ?
Je contractai le bras qui tenait sa langue et attirai la créature vers moi de toutes mes forces. Elle ne s’attendait sans doute pas à être tirée en avant et s’écroula mollement.
Je me précipitai sur elle et lui mordis la nuque, juste derrière la tête. Un craquement sinistre retentit ; le corps de la créature se relâcha.
« J’emporte celle-là aussi. »
Je posai la créature, qui mesurait un mètre cinquante, sur la tête du Démon des glaces que je portais sur mon dos. Pendant ce temps, les autres cocons commencèrent à éclater les uns après les autres.
Les monstres qui s’éveillaient dans les cocons se mirent eux aussi à dévorer le cadavre du Démon des glaces.
Maintenant que je savais d’où venait la substance rouge, je comprenais ce qu’ils cherchaient.
« Partons d’ici au plus vite. »
Tandis que les autres étaient occupés ailleurs, je m’éloignai rapidement du centre. La périphérie était dégagée, puisque j’avais détruit tous les cocons avec le Souffle psychique un peu plus tôt.
À l’exception d’un seul.
« Grrr… »
Il mesurait quatre mètres et avait un corps décharné, avec des bras et des jambes démesurément longs. Son visage noir contrastait avec son corps blanc.
Le Marcheur des neiges surgit brusquement de la forêt et me barra la route.
« C’est celui de tout à l’heure. »
C’était le Marcheur des neiges que j’avais rencontré précédemment.
Son regard était fixé sur mon dos, et plus précisément sur la tête du Démon des glaces.
Il avait l’air prêt à me poursuivre jusqu’à la mort si je fuyais. Autant régler son compte ici et maintenant.
« Tant mieux. »
Il me fallait le cœur du Marcheur des neiges pour la Mère du ciel.
Je déposai ce que je portais sur mon dos. Comme je n’avais pas l’air de vouloir reculer, la créature gronda d’un ton menaçant.
Le Marcheur des neiges s’approcha de moi pas à pas. Il était plutôt intimidant, maintenant qu’il faisait près du double de ma taille.
Je bondis sur lui en prenant appui sur mes quatre pattes.
Au moment opportun, la créature balança ses bras anormalement longs. Mon bras de combat heurta l’un d’eux.
« Grooo… »
Le Marcheur des neiges avait bien plus d’articulations aux coudes que les animaux ordinaires. Ses bras pouvaient ainsi bouger avec tant de souplesse qu’ils semblaient fouetter l’air.
Ils glissèrent autour de mon bras de combat comme des serpents. Les griffes acérées de la créature visaient une seule cible : mes yeux. Elle cherchait à me neutraliser en s’attaquant à ma vision.
Fidèle à son surnom de chasseur des neiges, elle avait d’emblée lancé une attaque sournoise.
Mais je m’y attendais.
Je pris appui sur mes pattes arrière et levai une patte avant. Comme un cheval qui rue, je frappai violemment le bas-ventre de la créature.
« Beurk ?! »
Le coup reçu à l’entrejambe, elle chancela et relâcha ses bras. Je reposai ma patte avant et fis pivoter mon corps sur place. Puis je lançai ma queue de toutes mes forces.
Mes pinces n’avaient pas encore repoussé, mais ma queue, semblable à une bûche, constituait une arme suffisante. Son extrémité émoussée frappa les jambes de la créature comme un gourdin.
« Grooo… »
La créature bondit. Ma queue, qui volait à ras du sol, passa sous ses pieds.
Elle était plus agile qu’elle en avait l’air, mais je m’y attendais aussi. Mon véritable objectif n’était pas la queue, mais l’attaque qui suivait.
À demi tourné, je présentais mon dos à la créature. Or les visages des êtres à faces multiples s’y trouvaient.
Cinq visages surgirent rapidement et ouvrirent grand la bouche. Des ultrasons paralysants s’abattirent sur leur cible.
« ! »
Paralysé, le Marcheur des neiges retomba des airs avec un bruit sourd. Mes mâchoires s’ouvrirent en un sourire et se refermèrent sur sa tête.
Mes dents transpercèrent sans relâche le visage noir de la créature. Puis, tandis que je serrais les mâchoires, sa tête se redressa lentement.
« …… »
Même écrasée dans d’atroces souffrances, la créature ne bougea pas le petit doigt. Elle ne put que pousser un cri muet.
Peu après, j’entendis un craquement de coquille de noix, puis un liquide sucré coula dans ma bouche. Épais, mais onctueux, il me rappela un pudding au chocolat.
« Hmm, j’en reprendrais bien, mais… »
À présent, je n’étais plus le seul à avoir une bouche, et je résistai de justesse. La Mère du ciel n’avait besoin que du cœur, mais lui donner le cœur tout seul aurait paru étrange.
Je rassemblai donc soigneusement mes prises et quittai la Forêt rouge. À la lisière, je vis que la mousse rouge se flétrissait déjà.
Privée de son propriétaire, la forêt reprenait son état d’origine. Même les bêtes qui se battaient à l’intérieur finiraient par partir, et l’endroit retrouverait son calme d’antan.
Je me concentrai sur mes Organes auxiliaires et repris le chemin que j’avais emprunté. Si je retournais là où j’avais passé la nuit, les traces du passage des créatures devaient encore être visibles.
Je courus pendant des heures dans la forêt sombre, sans me reposer, après avoir quitté la Forêt rouge.
Les branches bloquaient presque toute la lumière du soleil et les arbres se ressemblaient tant qu’il était facile de se perdre, mais pas pour moi. Mon hypervigilance innée me guidait.
Je sentis plusieurs fois des créatures sauvages, dont des Banshees des neiges, mais elles m’évitèrent toutes. Aucune ne s’approcha, peut-être à cause de l’odeur du sang du Marcheur des neiges qui imprégnait mon corps.
Je poursuivis mon chemin et finis par arriver à la fosse que j’avais creusée la veille. Je m’arrêtai à proximité, me penchai et approchai mes Organes auxiliaires du sol.
Je détectai une faible odeur laissée par les petits. Les traces suivaient sporadiquement une direction.
Je suivis ces traces ténues. En chemin, j’en trouvai d’autres, disposées exprès : de petits empilements de pierres ou des marques de griffes sur les arbres. Elles semblaient avoir été placées de façon si discrète que, sans mes Organes auxiliaires, je ne les aurais pas remarquées.
« Hmm. »
L’entrée était étroite et les arbres qui l’entouraient la dissimulaient. L’endroit était si bien caché que même moi, je ne l’aurais pas remarqué sans mes Organes auxiliaires.
« Ça a l’air convenable. »
Avec tout ce que je transportais, impossible d’entrer ainsi. Je jetai les objets à l’intérieur un à un, puis pénétrai dans le terrier.
L’intérieur sentait le renfermé et donnait la nausée. Il avait probablement servi de repaire à d’autres animaux, d’où cette odeur, au lieu de la senteur habituelle de terre.
Alors que j’inspectais l’entrée, quelqu’un apparut au fond.
« Plus tôt que prévu, hein ? »
Un griffon au corps de lion recouvert d’une fourrure dorée et à la tête d’aigle : la Mère du ciel. Ses yeux ambrés brillèrent lorsqu’elle m’accueillit.
「Je pensais que ça prendrait toute la journée.」
[ZZZZ ZZZ ZZZ ZZ (J’ai obtenu toutes les informations nécessaires.)]
Je lui tendis le torse du Marcheur des neiges.
「Qu’est-ce que c’est ? Un Marcheur des neiges ?」
[ZZZ ZZZZ ZZ ZZZ (Ouais. Il te faut son cœur, non ?)]
「Oh ? Ah, oui. Merci.」
[ZZZ ZZZZ ZZ ZZZZ ZZ (Tu as réussi à trouver un endroit aussi bien caché.)]
「Eh bien, je n’ai pas vraiment fait grand-chose…」
[ZZ (Hein ?)]
「Tu verras en entrant.」
Je partageai les bagages avec elle, puis entrai dans le terrier.
L’intérieur était plutôt spacieux. On aurait dit une galerie : étroit près de l’entrée, le passage s’élargissait à mesure qu’il s’enfonçait.
「Grand gaillard !」
À cet instant, le Numéro 26 vola vers moi. Il avait attendu dans la pièce commune et s’approcha, auréolé d’une lueur rose. Le petit bondit sur ma tête.
[Hé, comment ça va ?]
[ZZZZ ZZ ZZZ ZZ ZZZ (Bien. C’était amusant de me balader.)]
En voyant la créature m’accueillir, je ne pus m’empêcher de me sentir heureux. Tandis que je la caressais, quelque chose d’étrange attira mon regard dans la pénombre de la caverne.
« Hein ? »
Une créature dont j’ignorais l’identité gisait dans un coin de la pièce commune. Je croyais que la caverne était ancienne et nauséabonde, mais ce n’était pas le cas. La source de l’odeur, c’était cette créature.
Comme elle ne montrait aucun signe de battement de cœur ni de mouvement musculaire, c’était sans aucun doute un cadavre. PS-111 se tenait près du corps de la grande créature.
[Amorph sous-contrôleur. Tu es arrivé ?]
[ZZZZ ZZ ZZZ (Qu’est-ce qu’il y a à côté ?)]
「C’est un Ours-requin. Je croyais que la caverne était inoccupée, mais ce n’était pas le cas.」
Les paroles de la Mère du ciel me surprirent un peu. Sans être classé parmi les Apex, l’Ours-requin restait une créature redoutable.
C’était un combattant redoutable, aux talents de combat exceptionnels, avec une tête de requin et un corps d’ours. Sa faiblesse, toutefois, était sa résistance aux pouvoirs psychiques.
[ZZZ ZZ ZZZ (Ah bon ?)]
À bien y réfléchir, quelque chose clochait avec le cadavre de l’Ours-requin. À ma connaissance, il était assez imposant. Debout, il aurait fait à peu près la taille du Marcheur des neiges.
Pourtant, le corps détecté par mes Organes auxiliaires n’était pas aussi gros. On aurait dit qu’il avait été comprimé, écrasé dans un étau.
「Je me reposais dans la caverne quand il est entré. C’est là que le Numéro 26 l’a attrapé.」
「C’est un fauteur de troubles qui est entré chez les petits. J’ai bien fait, pas vrai ?」
Le coupable derrière ce steak haché cubique, préparé à partir d’un ours à tête de requin.
Le Démon marin Numéro 26 sourit de toutes ses dents, perché sur ma tête.
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]