Chapitre 193
[Traducteur – Serpah]
[Relectrice – Thala]
Chapitre 192
« Il y a quelque chose de différent. »
déclara Numéro 26 en se réveillant au matin.
Comme d’habitude, Numéro 26 remarqua aussitôt les changements chez moi, sans doute parce qu’il me considérait comme quelqu’un qu’il devait protéger. À vrai dire, nous nous protégions plutôt mutuellement, mais cela ne me dérangeait pas vraiment.
Dans la réalité comme dans le jeu, il était rare de rencontrer quelqu’un comme Numéro 26, capable d’aimer quelqu’un sans condition.
Tout en cueillant les plantes qui poussaient au pied d’un arbre, je lui expliquai brièvement ma croissance.
[ZZZZ ZZZZZ ZZZZ (J’ai grandi en mangeant un méchant)]
« Grand Bébé grandit si bien ! »
[ZZZZ ZZZ ZZZ (Merci. Tiens, prends ça)]
« D’accord ! »
Numéro 26 tendit ses tentacules et ramassa d’un seul coup les plantes ressemblant à des champignons.
« Grandis vite, comme ça on pourra ramener le petit. »
[ZZZ (D’accord)]
Quand je caressai la créature si docile, son corps rose se mit à briller.
À ce moment-là, PS-111 sortit de sa dormance pour refaire ses réserves. Je créai des Fées des dents et les offris à la Mère du ciel et à PS-111.
« Oh, euh… ça ira pour moi. »
La Mère du ciel frissonna à la vue des Fées des dents et secoua la tête. PS-111, en revanche, les prit toutes, y compris la part de la Mère du ciel.
[Est-ce un nouvel état de transformation ?]
Peut-être à cause du pouvoir psychique insufflé par Numéro 26, PS-111 semblait lui aussi intrigué par l’apparition de mes tentacules.
« Non, c’est un changement permanent. »
[Une énergie non répertoriée dans la base de données déforme la lumière par sa longueur d’onde.]
Après avoir englouti les Fées des dents d’un coup, PS-111 fixa mes tentacules avec intérêt.
[Si tu pouvais me fournir un échantillon…]
« Non. »
J’ignorais de quel genre de capacité il s’agissait, cette « Teinte abyssale ». Je ne pouvais pas la donner à PS-111 : elle risquait d’avoir des effets néfastes sur lui ou sur nous. Ce serait ennuyeux s’il devenait incontrôlable.
« Si ça tourne mal et qu’il devient incontrôlable, ça va être un vrai casse-tête. »
Après mon refus catégorique, PS-111 croqua d’un air boudeur dans une Fée des dents.
Après ce petit-déjeuner, j’expliquai au groupe le programme de la journée. Je leur dis que je devrais partir seul pour tester le nouveau trophée obtenu sur un adversaire redoutable.
« Je veux accompagner Grand Bébé. »
[ZZZZ ZZZ ZZZ ZZ (Désolé, mais pas cette fois)]
J’ignorais encore comment fonctionnait ce Trait. Impossible de savoir si un Trait aussi incontrôlable était sans danger sans l’avoir d’abord testé. Je ne voulais pas mettre qui que ce soit en danger pour rien.
[ZZZZ ZZZ ZZ ZZZ (À la place, aide la cadette)]
« Pourquoi la cadette ? »
[ZZZZ ZZZ ZZZ ZZZ (Elle devra trouver un nid et de la nourriture pendant mon absence)]
La veille, j’avais brièvement discuté avec la Mère du ciel de ce que nous ferions le matin. Elle avait proposé de chercher un endroit propice pour faire notre nid pendant que je mènerais mon expérience. Comme elle avait la meilleure vue du groupe, elle pensait être la mieux placée pour cette tâche.
« Elle a raison. »
pensai-je.
La Mère du ciel avait une grande expérience des combats menés à mes côtés dans le jeu. Elle connaissait bien les endroits où les Amorph faisaient leur nid. Si quelqu’un pouvait nous trouver une bonne cachette, c’était bien elle. Même si des Gallagons rôdaient dans les environs, Numéro 26 et PS-111 pourraient facilement les éviter, car tous deux étaient capables de sentir leur pouvoir psychique.
[ZZZZ ZZZ ZZ (Sois prudente)]
lui dis-je.
« Ne t’inquiète pas. Je ferai très attention. »
répondit-elle.
[ZZZ ZZ ZZZ (Je compte sur toi)]
« Et, euh… fais attention à toi aussi. »
ajouta-t-elle d’un ton hésitant, en détournant le regard. Elle semblait toujours mal à l’aise avec moi, sans doute à cause de ce qui s’était passé la veille.
Lui dire de ne pas s’inquiéter ne ferait probablement qu’aggraver les choses. Je me contentai donc de hocher la tête.
Sur ces mots, nous nous séparâmes pour nous occuper chacun de nos tâches.
Je courus entre les arbres, qui devenaient plus hauts et plus espacés à mesure que je grimpais. Leurs branches étaient si nombreuses et si entremêlées qu’elles bloquaient presque toute la lumière. Je n’entendais que le vent siffler dans les ramures, comme le grondement d’une bête.
La forêt sombre et le blizzard incessant qui sévissait à l’extérieur formaient un décor des plus sinistres. Je traversai longtemps cette forêt désolée, non seulement pour m’éloigner des autres, mais aussi parce que je cherchais les traces d’une créature en particulier.
« Elle doit être quelque part par ici. »
Dans le jeu, les nids de Gallagons étaient considérés comme des terrains de chasse difficiles. On les trouvait généralement sur des planètes aux températures extrêmes, glaciales comme celle-ci ou brûlantes, avec des coulées de lave, ce qui les rendait difficiles d’accès. Et même après s’être bien préparé et avoir réussi à entrer, il restait encore bien des épreuves à surmonter.
« Parce que les alentours d’un Nid des Gallagons forment un labyrinthe. »
De nombreuses créatures puissantes, d’une force égale ou supérieure à celle des Gallagons, rôdaient près de leurs nids. Elles servaient soit de proies aux Gallagons, soit à réguler leur population. En bref, une planète abritant un Nid des Gallagons regorgeait de créatures au sommet de la chaîne alimentaire.
« Avec les Horreurs des glaces et les Marcheurs des neiges, il doit y avoir d’autres créatures dans le coin. »
Je connaissais bien les monstres qui peuplaient les planètes glacées abritant des nids de dragons : j’en avais affronté un grand nombre dans le jeu.
Mes quatre pattes avançaient sans relâche tandis que les organes sensoriels sous ma mâchoire s’appliquaient à repérer des traces. Bientôt, je perçus un mouvement au loin. Je baissai le corps et ralentis.
Comme je n’avais pas désactivé l’état de Faible intelligent, mon corps, queue comprise, était petit : il ne mesurait même pas cinq mètres. Je pouvais facilement me cacher derrière un gros rocher ou un arbre épais.
En prenant soin de rester à couvert, je m’approchai prudemment de la source du mouvement.
Au bout d’un moment, je l’aperçus entre les arbres.
Haut de quatre mètres, décharné, doté de bras et de jambes démesurément longs, il avait le visage noir qui contrastait avec son corps blanc. C’était un chasseur des étendues enneigées : un Marcheur des neiges.
Malgré sa réputation de chasseur, il se comportait avec une insouciance remarquable. Ses yeux blancs étaient voilés comme par un brouillard, et il ne prêtait aucune attention à ma présence, pourtant toute proche.
Les Marcheurs des neiges se situaient assez bas dans la chaîne alimentaire de cette planète. D’ordinaire, ils surveillaient constamment les alentours ; son comportement étrange était donc d’autant plus surprenant.
Je perçus une odeur particulière.
Un parfum délicieux flottait dans l’air, aussi alléchant que celui des crêpes d’un voisin par un jour de pluie. La créature suivait cette odeur enivrante.
« Parfait. »
Je gardai une distance de sécurité et suivis le Marcheur des neiges. Il avançait d’un pas hypnotisé, les yeux rivés droit devant lui.
« D’une certaine façon, il est peut-être vraiment hypnotisé. »
À mesure que je le suivais, le paysage changea. La différence la plus frappante était la couleur des arbres, désormais serrés les uns contre les autres. Leurs troncs brun foncé étaient recouverts d’une mousse rouge qui évoquait des veines gonflées. La neige au sol avait elle aussi pris une teinte rouge, comme si du sirop s’y était répandu, et dégageait une odeur sucrée semblable à celle du véritable sirop.
« Je l’ai trouvée. »
L’odeur terriblement appétissante émanait de la mousse rouge : c’était elle que je cherchais. Attiré par son parfum, le Marcheur des neiges léchait avidement la mousse sur l’arbre. Chaque fois que sa langue la touchait, il frissonnait de plaisir, comme un drogué en plein orgasme après sa dose.
Cette mousse rouge était une substance toxique produite par un puissant monstre au sommet de la chaîne alimentaire. Mais ce n’était pas un poison qui provoquait douleur ou hallucinations.
« Ça ressemble plutôt à une drogue. »
Comme le piège de Vénus qui attire les insectes grâce à son parfum sucré, cette mousse rouge attirait les créatures alentour par son odeur alléchante. Même pour moi, qui possédais le Trait « Immunité parfaite » contre les toxines et les virus, son parfum était presque irrésistible. Un Marcheur des neiges, dépourvu d’immunité aux toxines, n’avait aucune chance d’y résister.
« Ça ne lui suffira pas. »
Comme prévu, la créature, qui avait pressé sa tête contre l’arbre, paraissait encore plus désespérée. La mousse rouge avait un effet narcotique d’une puissance incroyable. Même une petite quantité suffisait à faire de celui qui la consommait l’esclave de cette forêt.
Soudain, le Marcheur des neiges prit un nouvel élan et s’enfonça dans la forêt envahie par la mousse rouge. Je gardai mes distances, juste assez près pour ne pas le perdre de vue.
Je ne pouvais pas m’enfoncer trop loin. Si je me perdais ici, j’étais condamné.
Les sens en alerte, je le suivis lentement jusqu’à ce que d’autres créatures commencent à apparaître.
Il y en avait de toutes sortes : des faibles, comme les Marcheurs des neiges et les Gargouilles des cavernes, mais aussi des plus puissantes, comme les Gallagons verts.
Bien que d’espèces différentes, elles présentaient toutes le même aspect : leurs corps étaient piégés dans le sol et enfermés dans des cocons rouges, seule leur tête dépassant. Les racines qui les reliaient à la terre palpitaient, injectant quelque chose dans leur organisme. À chaque pulsation, les créatures captives bavaient, l’air béat.
C’était un garde-manger. Toutes les créatures prisonnières des racines rouges étaient des proies choisies par la maîtresse de la Forêt rouge.
« Le Démon des glaces. »
Le Démon des glaces possédait un haut du corps semblable à celui d’un lucane et un bas du corps végétal, muni de nombreux tentacules. Avant de s’enraciner, il utilisait les ailes de son dos pour voler à la recherche de zones riches en proies. Une fois un emplacement convenable trouvé, il s’ancrait dans le sol et produisait une substance rouge pour attirer ses proies. Sous le sol gelé où je me tenais, ses racines devaient s’étendre à perte de vue.
[N.D.T. : Je n’aime pas le nom « Démon des glaces », car rien dans son apparence ne rappelle un glacier. N’hésitez pas à proposer un autre nom.]
En somme, toute cette vaste Forêt rouge constituait son territoire.
Une fois bien enraciné, le Démon des glaces devenait un adversaire redoutable. Il pouvait contrôler d’autres créatures à l’aide de sa substance rouge.
« Plus précisément, il manipule leur comportement grâce à une substance semblable à un narcotique. »
Les créatures piégées dans ces cocons savaient très bien qui leur fournissait la drogue. Ainsi, quand le Démon des glaces prenait quelqu’un pour cible, elles lui obéissaient, quitte à mourir.
Si le Démon des glaces décidait de me tuer, toutes les créatures enfermées dans ces cocons m’attaqueraient.
« Ça devrait suffire. »
Je cessai de suivre les Marcheurs des neiges et gagnai une zone où les tentacules rouges étaient moins nombreux. Le maître de ce garde-manger était très lent, contrairement à ses créatures asservies.
Ce que je m’apprêtais à faire déplairait fortement au maître de ce garde-manger. Je devais me ménager une issue de secours au cas où les choses tourneraient mal, afin de pouvoir fuir rapidement.
« Je vais tester le Souffle psychique. »
Je visai les créatures suspendues aux tentacules, qui semblaient éprouver un plaisir orgasmique.
Je me plaçai à un endroit d’où je pourrais facilement m’échapper, puis activai la Teinte abyssale. Les poils qui recouvraient mon corps se hérissèrent comme sous l’effet de l’électricité statique.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
Surpris, je levai mon bras de combat et remarquai d’étranges couleurs dans mes poils. Elles semblaient à la fois violettes et vertes, et ondulaient comme si elles étaient vivantes. Ces lumières mystérieuses parcouraient mon bras, mais aussi tout mon corps.
« Je n’ai pas l’impression que ça fasse partie de moi. Et je ne détecte pas d’énergie non plus. »
Contrairement à la Bête démoniaque, les couleurs qui circulaient dans mon corps me paraissaient profondément étrangères. C’était comme si je portais la peau d’un autre être.
J’étais convaincu qu’il serait dangereux de garder cette forme trop longtemps.
Je concentrai mes sens sur les tentacules qui recouvraient mon cou et l’articulation de ma mâchoire.
Les couleurs ondoyantes s’y concentrèrent rapidement. Les nuances violettes et vertes devinrent beaucoup plus vives. Les tentacules, qui pendaient jusque-là, défièrent la gravité et flottèrent dans les airs, leurs couleurs se répandant autour d’eux comme de l’encre dans l’eau.
Si la sphère formée par un Souffle psychique ordinaire ressemblait à un soleil violet, celle qui se trouvait devant moi était tout autre. C’était un orbe qui contenait à peine une terrifiante profusion de lumières et de couleurs.
Je projetai l’orbe du chaos sur les cocons rouges. Contrairement au rayon violet du Souffle psychique que j’avais utilisé auparavant, cette attaque prit la forme d’une sphère.
Au moment où l’orbe atteignit sa cible, je restai stupéfait.
Les innombrables lumières qu’il contenait jaillirent et engloutirent les cocons rouges. Ceux qu’elles frappèrent perdirent leur forme originelle et se transformèrent en orbes chaotiques identiques à celui que j’avais lancé.
Les nouveaux orbes chaotiques s’attaquèrent ensuite aux proies voisines, et le processus se répéta.
Une réaction en chaîne incontrôlable. Voilà l’effet du Souffle psychique imprégné de Teinte abyssale.
Un grondement guttural emplit l’air.
« Gwooooorrrrrrr ! »
Alors que le Souffle psychique se propageait et dévorait tous les cocons rouges, un rugissement retentit dans les profondeurs. Le maître de la forêt était furieux.
À peine le rugissement s’était-il tu que je perçus les mouvements de nombreuses créatures.
« Je me demande combien d’autres garde-manger se trouvent dans le coin. »
Je changeai d’emplacement pour éviter les séides du Démon des glaces. Malheureusement pour lui, mon expérience n’était pas encore terminée.
[Traducteur – Seraph]
[Relectrice – Thala]