Chapitre 19
« Beurk, qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Les soldats arrivés en retard furent horrifiés en découvrant le carnage qui avait transformé la salle de réunion. Ceux qui avaient peu d’expérience du combat vomirent sur place, tandis que les officiers contemplaient, consternés, le corps sans vie d’Arnold.
« Bande d’incapables ! Pourquoi vous n’arrivez que maintenant ? »
« P-pardon, capitaine ! »
Samuel les rabroua avec colère. Il ne restait rien du personnage tremblant qui, quelques instants plus tôt, se cachait dans un coin. Chargé de protéger l’équipage, Samuel faisait maintenant comme si de rien n’était, sans la moindre honte.
« Nettoyez-moi ce bazar, tout de suite ! »
« … Compris. »
Les soldats affichaient leur mécontentement, mais leur supérieur était le capitaine — et, qui plus est, celui du vaisseau. Sans le moindre cérémonial militaire, ils se mirent au travail et ramassèrent les corps qui jonchaient la pièce.
« Bon sang, combien d’entre eux sont morts ? »
Il avait fallu que l’attaque survienne au moment où les membres essentiels de l’équipage étaient réunis pour préparer la navigation. Et pour ne rien arranger, la créature avait délibérément visé les personnes les plus importantes.
« *L’officier de recherche, l’officier technique, l’officier cuisinier, l’officier de navigation, l’officier de la gestion de crise… Ils sont tous morts !* »
La mort de l’officier technique et de l’officier de la gestion de crise était particulièrement pénible. Le premier était chargé de l’entretien et des réparations du vaisseau, tandis que le second gérait les situations de combat. Tous deux étaient indispensables face à des pirates.
Il mourrait sans jamais savoir que le monstre les avait éliminés en priorité, de manière délibérée.
« *Dans l’état où nous sommes, impossible de survivre à une rencontre avec les pirates.* »
Samuel n’avait absolument aucune expérience du combat. Ce vaisseau de recherche avait beau avoir été transformé en navire de guerre, il n’était pas soldat. Ce n’était qu’un homme fortuné qui avait acheté un vaisseau spatial d’occasion. Il n’avait pratiquement aucune chance de diriger efficacement l’équipage contre les pirates aguerris qui les attendaient.
Dans ce cas, mieux valait nommer un nouvel officier de la gestion de crise pour prendre les soldats en charge.
« … Qui, parmi les soldats, a le grade le plus élevé ? »
« Moi, capitaine. »
« À partir de maintenant, vous êtes l’officier de la gestion de crise. J’espère que vous commanderez les soldats et protégerez le vaisseau. »
Bien qu’il eût gravi les échelons pour gagner quelques grades, l’homme était loin d’avoir l’air réjoui. Il savait que l’affrontement avec les pirates approchait.
Mais nommer quelqu’un officier ne réglait rien sur le fond. La créature rôdait toujours quelque part dans le vaisseau, et la rencontre avec les pirates était prévue dans deux jours.
Devait-il rompre l’accord et s’enfuir ? Il y songea, puis se rappela que l’officier de navigation, qui aurait calculé la trajectoire, était lui aussi mort.
En tant que capitaine, Samuel pouvait certes définir lui-même la trajectoire, mais il n’était pas capable d’en régler les détails. De plus, l’ennemi connaissait parfaitement leur position. Peu importe à quel point ils tenteraient de fuir, les pirates les rattraperaient vite.
« *Bon sang, je devrais tout abandonner et me tirer ?* »
En réalité, s’enfuir dans une capsule de sauvetage ne ferait que le mener à un sort déjà tout tracé : devenir esclave pour dettes ou être traqué par Noble Capital. Aucun de ces scénarios n’avait quoi que ce soit d’agréable, mais mieux valait être vivant que mort.
Tandis qu’il réfléchissait à cette échappatoire, les voix des soldats lui parvinrent.
« Ça ne ressemble pas à un pistolet ordinaire, si ? »
« On dirait une arme, chef d’équipe. »
En voyant ce qu’ils tenaient, Samuel écarquilla les yeux.
« Hé, vous là-bas ! »
« Oui ? »
« Apportez-moi ce que vous avez dans les mains. »
Les objets que les soldats transportaient étaient des pistolets à plasma. Samuel en prit un et vérifia l’énergie restante.
« *Soixante pour cent. Parfait.* »
Il en restait plus de la moitié, ce qui suffisait pour se défendre. L’arme était un peu usée, mais Samuel n’était pas soldat et n’en comprenait pas l’importance.
Il renvoya les soldats, puis fixa d’un air absent la passerelle en désordre.
À cet instant, l’officier médical s’approcha. Ses mains étaient couvertes de sang : il avait aidé les soldats à déplacer les corps.
« Y a-t-il des survivants ? »
« À part l’officier de recherche temporaire, qui a été attaqué le premier, tout le monde est mort. »
« Quoi ? Le chercheur principal Wei a survécu ? »
« Nous l’avons installé dans la salle de réveil. Par chance, il semble immunisé contre la neurotoxine de la créature. Mais sa vue, son odorat et son goût sont irrémédiablement endommagés. Même s’il survit, il devra vivre avec des tubes pour le restant de ses jours. »
« … ! »
Malgré cette mention de chance, l’état de Wei était si atroce que la mort aurait peut-être été préférable.
La simple description suffit à faire secouer la tête à Samuel, horrifié.
« Officier médical, il n’y a vraiment rien à faire ? »
« Que voulez-vous dire ? »
« Nous devons nous occuper de la créature, mais aussi des pirates. »
L’officier médical avait l’habitude de soigner les gens, pas de les tuer. Samuel le savait, mais il était tellement à bout qu’il posa quand même la question.
« … Et si nous nous rendions aux Chiens spatiaux ? »
« Quoi ? Ha ha ! Vous avez de l’humour. Vous croyez que MegaCorp nous laisserait tranquilles ? »
Samuel eut un rire sec. La plaisanterie n’avait rien de drôle, mais l’officier médical affichait un air sérieux.
Les Chiens spatiaux étaient un groupe de pirates réputé pour ses pillages, et ils avaient peu de sympathisants. Toujours en guerre contre diverses races, ils considéraient la vie de leurs membres comme moins précieuse que celle des puces.
Par conséquent, ils manquaient toujours de professionnels hautement qualifiés, en particulier de ceux indispensables à la navigation et au combat, comme les médecins. Or l’officier médical était le meilleur médecin du vaisseau.
« Ces types fortunés ne pensent qu’à sauver leur peau. »
Les Chiens spatiaux avaient la réputation d’écorcher les chefs de cartel qu’ils capturaient. Samuel, l’homme le plus riche du vaisseau, ne tenait pas à devenir un nouveau masque dans la collection du chef de cartel.
« Assez de bavardages inutiles. Occupez-vous des membres d’équipage de rang inférieur. Compris ? »
« Hum. »
Samuel jeta un regard glacial à l’officier médical, qui se racla la gorge.
La crise était imminente, et il ne restait personne de fiable. Les soldats s’affairaient à remettre la salle de contrôle en ordre, les officiers réfléchissaient à des mesures de riposte, et l’officier médical semblait perdu dans ses pensées.
La seule personne en qui il avait eu un semblant de confiance était maintenant emportée comme un cadavre décapité.
« Qu’est-ce que je vais faire, maintenant… ? »
Samuel quitta le centre de commandement dans un soupir.
Ils traversaient tous une journée éprouvante, mais ils ne savaient pas encore que l’enfer ne faisait que commencer.
***
« *J’ai éliminé la plupart des personnes importantes.* »
Samuel m’avait laissé un adversaire redoutable, même s’il était encore loin de m’arriver à la cheville.
Avec la mort d’Arnold, le plus brillant d’entre eux, le sort de l’équipage était scellé.
De plus, le technicien en chef du vaisseau était lui aussi tombé entre mes griffes. Autrement dit, le moindre problème touchant aux systèmes de fonctionnement du vaisseau deviendrait difficile à réparer. Même si l’IA signalait un problème, il faudrait du temps pour le résoudre.
En attendant, j’avais autre chose à faire.
« *Étendre la ruche.* »
Le moment était venu d’infiltrer non seulement les conduits d’aération, mais aussi les installations clés du vaisseau. Je devais neutraliser les endroits protégés par une IA de sécurité de haut niveau, comme l’armurerie et le laboratoire, avant que les ennemis ne s’organisent.
Je ne comptais pas détruire ces installations moi-même. J’allais plutôt y créer de nouveaux nids pour les contaminer.
« *Le mucus des spores est toxique pour les humains.* »
Je caressai tendrement une jolie spore. Elle réagit en libérant un liquide visqueux. Une fois solidifié, le mucus était difficile à briser avec des outils ordinaires. En outre, même si on n’en détruisait qu’une partie, il se régénérait aussitôt. Pour l’éliminer complètement, il fallait détruire les racines avec une arme comme un lance-flammes.
Je n’avais gardé qu’un seul nid jusque-là, car le nombre que je pouvais créer était limité. À l’état de Nouveau-né, je ne pouvais en avoir qu’un, mais sous ma forme de Métamorphe, je pouvais en ajouter deux autres.
Je pouvais donc avoir trois nids en tout, pour l’instant. Comme il y en avait déjà un dans la chambre froide, il me restait deux emplacements à choisir.
« *Où les installer ?* »
La priorité absolue était le réfectoire. Manger était essentiel à la survie des humains. En y installant un nid, je contaminerais les réserves de nourriture et perturberais le ravitaillement de l’ennemi.
Restait à choisir l’emplacement du second nid.
« *L’armurerie ou le laboratoire ?* »
L’armurerie contenait des lanceurs à plasma. Il fallait les éliminer au plus vite : c’était une arme capable de me tuer. Si j’avais été un Amorph ordinaire, j’aurais agi ainsi.
« *Mais moi, je vais voler le lanceur.* »
Le lanceur à plasma était extrêmement lourd ; un humain ordinaire ne pouvait pas le soulever seul. Mais j’étais un Amorph doté de quatre bras puissants, et le transporter ne me poserait aucun problème.
À cause de ma morphologie, je ne pourrais pas le manier aussi habilement qu’un humain. Mais je savais m’en servir, donc ça ne devrait pas poser de gros problèmes.
« *Ce n’était pas prévu, mais…* »
Les paroles d’Arnold me trottaient dans la tête.
La personne qu’il servait, Si-hyun Yujin, était une énigme. J’ignorais quel genre de personne c’était, mais il était évident qu’elle avait un lien avec les pirates. Peut-être s’était-elle infiltrée ici avec eux.
Rien n’était plus effrayant qu’un ennemi inconnu. Je devais réunir autant d’atouts utiles que possible.
« *Je ne prendrai que le lanceur de l’armurerie et j’installerai le nid dans le laboratoire.* »
La raison pour laquelle je visais le laboratoire était simple : il abritait une grande quantité d’échantillons génétiques.
Plusieurs races, dont MegaCorp, maîtrisaient la technique de raffinage génétique. Même si je n’absorbais que l’essence des organismes et que je l’avalais, l’Effet de prédation se déclencherait quand même.
À première vue, on aurait pu croire qu’il serait plus simple de ne s’en prendre qu’aux échantillons génétiques. Mais cette méthode présentait un inconvénient majeur.
« *La probabilité est bien plus faible.* »
Par rapport aux chances d’obtenir des Traits en mangeant des organismes vivants, elles étaient inférieures à dix pour cent. Les chances de déclencher l’Effet de prédation en mangeant un cadavre n’étaient déjà pas très élevées ; dans ce cas, elles le seraient encore moins. Autant dire qu’il serait difficile d’obtenir des Traits de cette manière.
« *Même si je mange tous les échantillons du labo, je n’en obtiendrai pas plus de cinq, pas vrai ?* »
Malgré tout, si je pouvais obtenir deux Traits liés au physique, je pourrais devenir un Type d’amélioration physique.
Pour devenir un Type d’amélioration psychique, il ne me fallait plus qu’un Trait lié aux pouvoirs psychiques, mais il y avait peu de chances d’en trouver un sur ce vaisseau.
« *Et puis, il y a aussi le psyonium.* »
Le psyonium me serait indispensable pour combattre les pirates, car il me permettrait d’exploiter les capacités d’un Ascendant.
« *Maintenant que j’ai un objectif, autant me mettre en route.* »
L’équipage était probablement en train de prendre son repas. Je décidai de commencer par installer un nid dans le laboratoire.
Je pris directement le chemin du laboratoire.
Il y régnait un désordre bien plus grand qu’auparavant. Tous les soldats avaient été déployés pour les recherches, et personne ne gardait les lieux. Les mesures de sécurité strictes étaient toujours en place, mais l’équipe technique, tout comme les soldats, était trop occupée pour prêter attention à ce secteur.
Je trouvai un coin un peu à l’écart du laboratoire.
「Bonjour !」
« *Hein ?* »
J’étais sur le point de sécréter du mucus par la bouche quand quelqu’un m’interpella. C’était le sujet d’expérience numéro 26, l’Amibe-bulle du laboratoire.
« *Tu as l’air de bonne humeur.* »
Ses vibrations dégageaient une énergie débordante. Je lui répondis grâce à l’organe psychique à l’arrière de ma tête.
[ZZZZ ZZZZZZ (Tu as l’air de bonne humeur)]
「Oui ! Pas blessée !」
« *Il n’y a pas eu d’expérience aujourd’hui ?* »
À bien y réfléchir, dans l’état où se trouvait le vaisseau, les chercheurs ne risquaient pas d’aller et venir librement. Ils étaient probablement tous terrés dans leurs quartiers.
« *Dans ce cas, je peux peut-être me montrer un peu plus audacieux.* »
Je m’enfonçai peu à peu dans le laboratoire. L’IA interne qui y était installée détecta les vibrations et émit une lumière rouge. À présent, l’IA du vaisseau devait avoir repéré l’anomalie et averti les équipes technique et de sécurité.
「Quoi ?」
[ZZZ (Attends)]
「?」
J’attendis environ trente minutes, mais je ne vis pas âme qui vive. Je vérifiai les alentours avec mes capteurs auxiliaires, sans détecter la moindre approche humaine.
C’était évident.
Le système de sécurité du vaisseau n’avait pas encore été rétabli. Plus besoin de me déplacer en douce. Je fracassai le conduit d’aération et posai le pied sur le sol du laboratoire.
[ZZZZZZ (Ça fait longtemps)]
「Oui.」
Le sujet 26, que je n’avais pas vu depuis un moment, avait l’air en pleine forme. Je ne l’avais vu que d’un blanc pâle jusqu’ici, mais aujourd’hui, la teinte rose caractéristique des Amibes-bulles était éclatante.
En la voyant s’ébattre joyeusement, une idée me traversa soudain l’esprit.
« *Et si je l’emmenais avec moi ?* »
Le sujet 26 était le seul être vivant du vaisseau avec lequel j’avais noué une relation amicale.
Si elle avait possédé des gènes précieux, je l’aurais capturée sans hésiter. Mais ce n’était qu’une Amibe-bulle. À moins d’être au bord de la famine et de devoir manger n’importe quoi, je n’avais aucune raison de la tuer.
« *Si elle reste ici, elle mourra de faim.* »
On ignorait quand les chercheurs reviendraient. Comme les Amibes-bulles étaient immunisées contre les substances toxiques, à l’instar des méduses spatiales, je pouvais la laisser dans un nid ou l’emmener avec moi. Si elle avait faim, je pourrais lui donner des barres caloriques, voire de la chair humaine.
[ZZZZZZZZ (Tu veux sortir ?)]
「Sortir ? Où ?」
[ZZZ ZZZZZZZ (Du laboratoire.)]
「Oui ! Veux sortir.」
Sa réponse était limpide. Le sort du sujet 26 était réglé.
Je lui fis signe de faire attention, puis brisai le récipient en verre. Je tendis la main et attrapai la créature, qui allait être emportée par le liquide qu’il contenait.
Après avoir passé si longtemps immergée, elle eut l’air déconcertée de respirer soudain de l’air frais. Elle se rétracta et se gonfla à plusieurs reprises, avant de retrouver enfin sa forme normale.
「Merci ! Merci ! Merci !」
Elle semblait apprécier la liberté. Ravie, elle s’accrocha à mon bras. Je la caressai doucement avec mes petits bras, puis la déposai un instant au sol.
[ZZZZZZZZ (Attends.)]
「Tu fais quoi ?」
[ZZ ZZZZZZZ (Faire un nid.)]
Pendant qu’elle m’observait, je répandis du mucus dans tout le laboratoire.
Le sujet 26 me suivit avec curiosité et, prise à son tour par la curiosité, en avala un peu.
Mais elle était immunisée contre les substances toxiques et ne sembla pas en souffrir.
Le laboratoire, autrefois impeccable, devint en quelques heures l’endroit le plus contaminé du vaisseau. Le mucus translucide se solidifia en traînées brunes grotesques, tandis que des fluides répugnants suintaient des nombreuses spores disséminées partout. On aurait dit un marécage maudit en pleine décomposition, et non plus un laboratoire.
« *Le laboratoire est fichu.* »
Comme il n’y avait personne dans les parages, je pus étendre mon territoire rapidement. Je créai des nids bien plus grands que ceux des conduits d’aération. Mais la faim me prit soudain. Je fracassai les éprouvettes et en sortis les cerveaux et les organes.
« *Ce n’est pas vraiment délicieux.* »
Comparé à la chair humaine, ce n’était pas bon. Plutôt que de savourer le goût, je devais penser à me nourrir.
Je me dis que je mangeais un hamburger sans goût et mordis dans le cerveau. Tandis que je mastiquais, le sujet 26 grimpa sur mon épaule. Elle aussi semblait avoir faim ; j’en arrachai donc un petit morceau et le lui tendis. Elle l’accepta avec joie et l’engloutit.
Après m’être rempli l’estomac à la va-vite, je vérifiai le congélateur. Il contenait de grandes quantités d’échantillons génétiques.
Je les balayai et les enfournai directement dans ma bouche. L’alarme de sécurité accrochée au mur hurlait à tout rompre, mais je l’ignorai.
Une fenêtre de texte semi-transparente apparut devant moi à plusieurs reprises, mais je continuai de l’ignorer et me concentrai sur mon repas. Alors que j’en étais à peu près à la moitié, mes capteurs auxiliaires détectèrent quelqu’un qui approchait.
« *Les voilà enfin.* »
Deux silhouettes approchaient. L’une avait une démarche assurée, sans doute celle d’un soldat ; l’autre était un civil, probablement un chercheur. Même si tout un peloton débarquait, ils ne seraient pas assez nombreux. J’aurais voulu ricaner, mais malheureusement, les Amorph n’ont pas de nez.
J’interrompis mon repas et quittai le congélateur.
« Oh !? »
« Qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Les deux personnes qui se tenaient à l’entrée restaient bouche bée devant le laboratoire contaminé. Elles demeurèrent figées de stupeur, alors même qu’elles appelaient des renforts.
Le prix de leur stupidité, c’était la mort.
Je me dissimulai parmi les tentacules bruns et bondis d’abord sur le soldat. Surpris, il pointa son fusil laser vers moi, mais je le savais déjà. Mon système auxiliaire calcula en un instant ses mouvements et la direction de son canon.
Comme prévu, le tir laser le manqua et frappa un endroit qui n’était pas visé. Ma queue, elle, ne manqua pas sa cible. Son aiguillon empoisonné lui écrasa la cage thoracique et lui déchira les poumons.
« Beurk ! »
Le soldat cracha du sang et baissa la tête. Un liquide jaune coulait du bas de son corps, et mon système auxiliaire détecta une forte odeur d’ammoniaque.
Je m’approchai du chercheur, qui était maintenant au sol, les jambes incapables de le porter.
« Hiii… hiii… hiii ! Épargnez-moi ! »
Il se tordait sur le sol. Un liquide jaune suintait du bas de son corps, et mes capteurs auxiliaires détectaient une puanteur d’ammoniaque.
J’étais sur le point de l’achever quand je sentis l’excitation du sujet 26 sur mon épaule.
[ZZ (Pourquoi tu fais ça ?)]
「Ça fait mal ! Ça fait mal !」
« *Ah, elle souffre ?* »
Le vocabulaire du sujet 26 était limité ; je fus donc un instant perplexe. Cet homme semblait avoir participé à l’expérience sur les Amibes-bulles. La personne qui l’avait tourmentée se trouvait juste devant elle : elle devait être en colère.
« *Les Amibes-bulles aussi peuvent tuer des humains.* »
Le sujet 26 avait à peu près la taille d’un ballon de basket. Elle pouvait donc facilement dissoudre une tête humaine.
Je piquai légèrement le chercheur avec le bout de ma queue. Le poison se répandit dans son corps et le paralysa presque complètement. Je déposai le sujet 26 sur sa tête.
« ! »
Comprenant ce que j’attendais d’elle, le sujet 26 s’étala et recouvrit la tête du chercheur.
Qui souffrirait le plus ? Le pauvre soldat, tué sur le coup, ou le chercheur, qui endurait l’agonie de voir sa tête fondre avant de mourir ? Au fond, qu’importait la façon dont ils mouraient ?
Pendant que le sujet 26 savourait son repas, je dévorai moi aussi le cadavre du soldat. Personne d’autre ne vint. J’avais accompli ma première vengeance et, avec le sujet 26, je retournai au nid du laboratoire.
Derrière nous, il ne restait que les os du crâne d’un chercheur.
Après avoir terminé toutes mes tâches dans le laboratoire, une nouvelle fenêtre de texte translucide apparut devant moi.
[Type spécialisé potentiellement disponible : 1.]
[Voulez-vous débloquer le « Type d’amélioration physique » ?]
J’avais atteint mon objectif. Je souris.