Chapitre 183
Dans le tunnel résonnèrent les cris de l’ennemi, pareils à un hurlement. Une seule émotion transparaissait dans sa voix : une rage intense.
« Très bien. »
À cause de ça, les chances que l’ennemi batte en retraite diminuèrent. Le joueur adverse ne songerait jamais à faire demi-tour avant de m’avoir tué.
« Amorphe. »
C’était le troisième joueur que je rencontrais, après Muriel et la Mère du Ciel. Contrairement à ce qui s’était passé face à Muriel, je ne disposais que de peu d’informations sur l’ennemi.
Le combat s’annonçait rude.
« Pas que j’aie l’intention de perdre. »
Je courus sur la glace solide en réévaluant les cartes que j’avais en main.
La Vigne tétanique que j’avais préparée pour tendre une embuscade à l’ennemi venait de servir.
La Vigne tétanique était une infection caractéristique inspirée des plantes carnivores qu’on voyait souvent dans les films d’horreur classiques. Elle se propageait d’une façon semblable à un parasite.
Mon bras de combat abritait un espace où pouvaient vivre des parasites et des graines de Vigne tétanique. Tout comme les parasites pouvaient surgir par de petits orifices dans mon bras quand j’en avais besoin, les graines de Vigne tétanique sortaient par des trous dans ma paume.
La différence, c’était que, contrairement aux parasites qui pénétraient automatiquement dans le corps de l’adversaire, la Vigne tétanique ne le pouvait pas. Comme elle se trouvait sous forme de graines à l’intérieur de mon corps, je devais l’injecter directement dans mon adversaire.
Une fois à l’intérieur de son corps, la Vigne tétanique, qui se nourrissait de nutriments, poussait à une vitesse fulgurante. Elle atteignait sa pleine maturité en cinq minutes à peine, dix tout au plus, puis se préparait à se reproduire.
« Elle se transforme aussitôt en bombe humaine. »
La Vigne tétanique, qui se répandait dans le système sanguin, explosait à l’apparition d’un nouvel hôte à proximité. C’était comme couper une branche et la planter en terre pour qu’elle donne naissance à une nouvelle pousse.
Bien sûr, c’était évident, mais l’hôte mourait dans l’explosion. C’était comme si une grenade détonait à l’intérieur de son corps.
Grâce à ces caractéristiques, j’utilisais souvent les parasites et les Vignes tétaniques ensemble lors d’escarmouches à grande échelle ou d’attaques surprises, peu avant un combat.
Bon nombre des joueurs qui m’avaient affronté auparavant avaient pris l’habitude de tuer par précaution ceux que contrôlaient les parasites.
Les joueurs du Culte qui me poursuivaient ne se laisseraient donc plus avoir.
« Ça a quand même bien servi à les provoquer et à les attirer. »
Outre la Vigne tétanique, parmi les autres cartes cachées que je possédais figuraient la Bête osseuse et l’Organe revenant, acquis récemment.
Ces deux Traits jouaient un rôle essentiel dans les combats d’Amorph. Je les utilisais souvent dans le jeu.
On pouvait voir la Bête osseuse comme une combinaison des effets de Roi des monstres et du Symbole de la Chasse que j’avais obtenus.
Bien sûr, elle ne me rendait pas aussi puissant que lorsque j’utilisais le Roi des monstres ou le Symbole de la Chasse.
Les effets de la Bête osseuse se résumaient à deux aspects majeurs : l’agrandissement et le renforcement de la défense.
Comme ce Trait résultait de la fusion des Traits Créature géante et Hache d’os, il héritait des effets des deux.
Quand j’activais le Trait Bête osseuse, mon corps devenait légèrement plus grand qu’avec le seul Trait Créature géante. À présent, mon corps mesurait environ vingt-huit mètres de long ; il triplerait à partir de là. Bien sûr, ma force augmentait en même temps que ma taille.
Jusque-là, cela ressemblait à un simple agrandissement, mais l’état de Bête osseuse présentait un autre avantage.
Une épaisse armure osseuse venait recouvrir la surface de mon corps. C’était semblable à ce qui se produisait avec le Symbole de la Chasse, quand des plaques d’exosquelette poussaient sur tout mon corps. Mes épais gantelets et les os supplémentaires, hérissés de pointes, me permettaient de foncer sur des adversaires de force comparable et de les frapper.
« Mais ma vitesse n’augmente pas, elle. »
J’étais déçu de constater qu’elle ne progressait pas quand j’utilisais le Symbole de la Chasse, mais qu’elle diminuait plutôt.
« Si c’était aussi puissant que le Symbole de la Chasse, ce serait un problème aussi. »
Attendre d’un simple Trait de « fusion » le même niveau qu’un Trait transcendant obtenu grâce au Système de transcendance relevait de la cupidité pure et simple.
La Bête osseuse n’égalait pas le Symbole de la Chasse, mais elle constituait une solide carte cachée. Je pouvais m’en servir face à des joueurs ennemis. De plus, je possédais actuellement le Trait d’état spécial Roi de l’Évolution organique, qui me permettait de me transformer.
« Grâce à ce que j’ai dévoré de l’Horreur des glaces, j’ai de l’énergie en abondance. »
La créature de plusieurs centaines de mètres qui se trouvait en moi me fournissait suffisamment d’énergie pour maintenir la Bête osseuse. Quant au Roi des monstres, qui en consommait une quantité extrême, je l’utiliserais selon la situation.
« Et l’Organe revenant… »
Comme son nom l’indiquait, l’Organe revenant était un Trait lié à la résurrection.
« Il ne ramène pas vraiment les morts à la vie, cela dit. »
Ce Trait de fusion, créé à partir de l’« État fantôme », fonctionnait différemment des autres.
La plupart des Traits que je possédais étaient soit constamment actifs, comme des Traits passifs, soit capables de produire des effets spéciaux quand je les activais.
L’Organe revenant, en revanche, ne fonctionnait que sous certaines conditions.
Invisible, une minuscule glande sécrétrice était fixée à mon cœur. Lorsque les conditions étaient réunies, elle s’activait d’elle-même et déversait des hormones spéciales dans mon cœur.
Même pour un Amorph comme moi, capable de réguler consciemment les fonctions internes de son corps, l’Organe revenant restait impossible à contrôler. Comme dans le jeu, ce Trait ne s’activait que lorsque les conditions étaient réunies.
Et ce n’était pas tout. L’efficacité de l’Organe revenant variait selon ma puissance et « l’état dans lequel je me trouvais ».
Si je ne remplissais pas correctement ces conditions ? Même activé, il ne servirait à rien.
« En plus, son délai de récupération est incroyablement long. »
À cause de ces conditions difficiles à remplir, presque aucun joueur dans le jeu ne parvenait à bien utiliser ce Trait. Tout au plus, des joueurs comme moi et le quatrième joueur de haut rang Outspacer appréciaient ce Trait.
« Mais quand ils me voient, ils ne s’attendent pas à ce que j’aie une telle carte cachée. »
Correctement activé, l’Organe revenant était une arme redoutable, capable de renverser la situation sur-le-champ. Bien utilisé, il pouvait donner beaucoup de fil à retordre aux joueurs du Culte au combat.
« Alors, préparons la suite à partir du Spectre divin… »
Alors que je passais en revue mes dernières options, une sensation à la fois familière et étrange me saisit droit devant. D’innombrables images apparurent et disparurent sous mes yeux, comme si la vidéo défilait deux fois plus vite.
Au même moment, l’organe auxiliaire sous ma mâchoire se mit à trembler.
« Un danger inconnu approche. »
[■■■■■■ vise mon ■■■■.]
« Sens du prédateur ! »
Je courais dans le couloir quand je plaquai aussitôt mon corps au sol. Une masse d’énergie sinistre frôla mon dos et l’exosquelette qui recouvrait ma nuque. Les projectiles énergétiques frappèrent la paroi du couloir, et l’endroit touché s’évapora dans un bruit sinistre.
« Putain de salope ! Tu crois aller où ?! »
Des voix furieuses retentirent derrière moi. C’étaient des cultistes. Je sentis alors de sinistres projectiles énergétiques fuser dans ma direction.
« Tss ! »
Les cultistes qui protégeaient le joueur m’avaient tiré dessus avec des démolisseurs.
Les projectiles des démolisseurs visaient précisément mes organes auxiliaires. Ils connaissaient mon point faible.
Je tournai la tête sur le côté tout en protégeant rapidement l’organe auxiliaire avec mon bras de combat. La plupart des projectiles énergétiques me manquèrent, mais pas tous : quelques-uns frappèrent mon bras.
[Annulation de la douleur activée !]
Les écailles synthétiques et les exosquelettes autour de mon poignet fondirent comme de la glace sur une plaque brûlante dès qu’ils entrèrent en contact avec la matière tirée par les démolisseurs.
« C’était donc pour ça qu’ils m’avaient tendu une embuscade. »
À cause de ma taille, il n’était pas facile d’éviter de petits projectiles énergétiques. C’était pour cela que j’avais décidé de leur tendre une embuscade avant qu’ils puissent tirer leurs démolisseurs depuis l’autre côté.
Je ne relevai que le haut de mon corps, tournai la tête vers l’arrière et tendis ma queue pour frapper le plafond du couloir. Tandis que le plafond s’effondrait derrière moi, je repartis en courant.
Incapables de tirer leurs démolisseurs à cause de la glace et des rochers qui recouvraient le couloir, les ennemis m’attaquèrent avec des techniques psychiques. Le Contrôle de la gravité et des entraves s’abattirent dans mon dos, mais j’avais une longueur d’avance.
Certaines techniques psychiques touchèrent le bout de ma queue, mais les pinces du Roi des marais y étaient fixées. C’était là que la défense contre les attaques psychiques était la meilleure sur mon corps ; je ne fus donc pas blessé.
« Mais leur coordination est étrange. »
Les cultistes qui avaient pénétré dans le monde souterrain de la plaine glacée s’étaient divisés en trois groupes et m’avaient pris pour cible.
J’avais combattu directement les deux autres groupes, à l’exception de celui qui protégeait les joueurs. Hormis le chef du Culte tué par les Vignes tétaniques, les autres n’avaient rien de particulièrement remarquable.
Pourtant, ceux qui m’attaquaient aux côtés des joueurs ennemis se déplaçaient d’une façon complètement différente. Leur coordination était si fluide qu’on aurait dit que leurs esprits ne faisaient qu’un.
« Mais on dirait pas une technique d’amélioration. »
Vu la situation, une technique me venait à l’esprit.
Parmi les techniques psychiques de haut niveau, il y en avait une qui s’appelait Contrôle absolu. C’était une technique de contrôle mental qui permettait de prendre entièrement possession d’une cible précise.
Son effet ressemblait à celui des parasites, mais elle permettait une manipulation plus fine et la victime ne pouvait pas résister.
« Et elle n’a pas de limite de temps. »
Contrairement à moi, un Amorph, qui devais remplacer régulièrement ses parasites, une fois le Contrôle absolu activé, il ne prenait fin qu’à la mort de son utilisateur ou de sa victime.
Il avait pour inconvénients de mal fonctionner contre les ennemis préparés aux attaques psychiques et de ne permettre de contrôler qu’une seule personne à la fois.
« Alors c’est très improbable… »
À moins qu’il ne s’agisse d’un effet bonus unique dont il disposait. Peut-être possédait-il un Trait qui accordait toute une gamme d’améliorations aux autres cultistes.
J’entendis un grondement derrière moi tandis que je courais.
Les joueurs du Culte étaient en train de se frayer un passage dans le couloir effondré. Puis les pas de nombreux cultistes firent vibrer le tunnel.
Mais peu importait. J’étais arrivé à destination.
Je franchis le couloir à moitié effondré et rétréci, puis débouchai dans une vaste salle.
Devant moi se dressait un crâne blanc de plusieurs centaines de mètres. C’était le tombeau de l’Horreur des glaces, où j’avais autrefois attiré les cultistes pour les combattre.
À peine entré, je tournai vivement la tête et me préparai à la prochaine attaque.
Les longs tentacules qui recouvraient le dos et la nuque du monstre géant se mirent en mouvement. Des rayons d’énergie violette jaillirent de l’extrémité de ma queue, puis convergèrent vers ma tête en parcourant les écailles synthétiques.
Une grande sphère de six mètres de diamètre, plus grosse que ma tête, se forma au bout de mon museau. Embrasée de l’intérieur par des flammes violettes, elle fila vers le couloir où les ennemis se ruaient.
La sphère parfaitement ronde s’étira en une ligne droite comme l’horizon. Elle était plus fine, mais sa puissance destructrice restait la même.
Cette force prodigieuse, capable de résister même à des cuirassés, le Souffle psychique, déchira le couloir de la salle souterraine et poursuivit sa course.
Mais cette fois, le résultat escompté ne se produisit pas.
La lance violette qui filait dans le couloir glacé s’immobilisa brusquement en plein vol. Puis sa trajectoire dévia naturellement, comme si elle avait toujours dû prendre cette direction.
Le Souffle psychique dévié ne visait pas les cultistes, mais moi.
« Merde ! »
Je ramenai aussitôt ma queue devant moi et relevai les pinces. Le redoutable Souffle psychique s’écrasa contre elles.
[Annulation de la douleur activée !]
« Ouf ! »
Le choc était si violent que mon coccyx faillit se briser. Je m’aidai de mes bras de combat pour tenir les pinces comme un bouclier et bloquer le Souffle psychique.
Grâce aux gants de réflexion psychique appliqués sur mes pinces, le Souffle psychique se mit à se réfléchir à son tour. Les réflexions successives désorientèrent les rayons d’énergie violette, qui partirent dans toutes les directions et frappèrent les alentours.
La vaste salle souterraine encaissa un choc énorme et trembla de nouveau. Les fissures du plafond et des murs atteignirent une taille sans précédent.
D’immenses blocs de glace tombèrent du plafond comme des stalactites, révélant les joueurs ennemis et les cultistes.
« Emmerdant. »
Un joueur du Culte en armure intégrale noire, coiffé de bois de cerf, marmonna d’un ton agacé. Une petite baguette d’argent était accrochée à sa taille et il portait sur le dos une hache, Condamnation, que la cheffe du Culte tenait auparavant à mains nues.
À sa vue, je compris aussitôt. C’était le joueur du Culte qui m’avait pris pour cible et retrouvé.
Onze cultistes se tenaient devant lui, tous armés comme les autres Gardiens du Temple. Ils portaient des combinaisons couleur ivoire et brandissaient des Boucliers du champion. Six d’entre eux tenaient des épées Griffe de Gallagon, tandis que les cinq autres portaient des démolisseurs.
À première vue, ils ne semblaient pas différents des autres groupes de Gardiens du Temple, mais je remarquai vite quelque chose d’étrange chez eux. Leurs yeux étaient troubles, comme ceux de fous, et leurs respirations suivaient exactement le même rythme, sans la moindre variation entre les onze.
De plus, comme je pouvais détecter les pouvoirs psychiques grâce à mon appareil auxiliaire, je le vis. Une tige violette était fixée au front de chacun des onze cultistes ; elles étaient toutes reliées aux joueurs et attachées à l’arrière de leur nuque.
« Cet Amorphe de merde, à cause de toi, mon Alia est morte. Putain, ça m’a demandé tant d’efforts de la prendre pour cible… ! »
Le joueur au visage viril et marqué cracha ses injures. Considéré comme un noble dans la société du Culte, le cultiste aux bois de cerf s’exprimait comme un voyou, mais les cultistes devant lui ne réagirent pas.
À leur vue, j’en eus la certitude. Je savais quel était le pouvoir spécial de l’ennemi.
« Il renforce les effets des techniques psychiques. »
La réflexion de mon Souffle psychique, à l’instant, et les tiges violettes fixées au front des cultistes. Ces deux phénomènes semblaient provenir d’un même pouvoir.
« La Réflexion et le Contrôle absolu, c’est évident. »
La capacité de réflexion était probablement la Réflexion. À l’origine, cette technique ne renvoyait que les attaques physiques, mais, pour une raison inconnue, elle pouvait désormais réfléchir les attaques psychiques aussi.
Le Contrôle absolu, lui aussi, ne permettait normalement de contrôler qu’une seule personne à la fois. Pourtant, il en contrôlait onze simultanément.
Tout indiquait donc que le pouvoir spécial de l’ennemi renforçait considérablement les effets des techniques psychiques.
Je le supposais parce que cette capacité m’était familière.
« Bien sûr, je ne peux pas tirer de conclusions trop vite. »
L’important, c’était qu’ils pouvaient aussi renvoyer les attaques fondées sur l’énergie. Si c’était bien le cas, mon plan serait beaucoup plus facile à mettre à exécution.
J’ouvris la bouche pour gagner du temps et préparer mon prochain coup.
« C’est à cause de moi. Je ne comprends pas. »
« Tu ne comprends pas ? Tu lui as implanté des Vignes tétaniques, et elle a fini dans un état lamentable ! »
« J’aurais pu la soigner, mais tu l’as tuée. »
« Quelles autres ruses tu as dans ta manche ? Ou alors tu as posé des pièges ou installé des nids par ici ? Peut-être même que ton esclave, le Loup-griffon, est dans le coin. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Tu crois que je ne le saurais pas ? Tu as mangé ce Loup-griffon, pas vrai ? Ha, peu importe. Occupe-toi déjà de toi-même, après tu réfléchiras. »
À peine eut-il fini de parler que les cultistes devant lui levèrent leurs armes. Le démolisseur, pointé sur mon appareil auxiliaire, semblait prêt à tirer une décharge d’énergie à tout instant.
Mais j’étais prêt, moi aussi. Je m’abaissai au plus près du sol, le haut du corps presque collé au plancher. Les Inmansoos sur mon dos se préparaient à attaquer.
Les Inmansoos* se trouvent sur mon dos lorsque je ne les transforme pas en symboles de la Chasse. À cause de leur morphologie, si je veux attaquer des ennemis plus petits comme ceux-là, je n’ai pas d’autre choix que de me coucher ainsi.
[* NDT — Eh bien, moi non plus, je ne comprends pas ce mot. Il était écrit ainsi dans le texte brut ; je vais demander au réviseur de se renseigner et de le modifier.]
[NDR — « – »]
« Feu. »
Les Inmansoos lancèrent leur attaque sonique. Les petits monstres en forme de tête de cultiste envoyèrent des ondes sonores sur ceux qui tenaient les démolisseurs.
« Tss. »
Le joueur claqua légèrement la langue en observant la scène. Les cultistes qu’il contrôlait esquivèrent rapidement, mais ils ne purent pas tous éviter l’attaque. Trois d’entre eux, qui portaient des démolisseurs, furent paralysés par les ondes sonores et s’écroulèrent au sol comme des poupées de chiffon bouillies.
« On dirait qu’ils ne peuvent pas réfléchir les ondes sonores. »
Je rangeai cette information dans un coin de mon esprit. Pendant ce temps, mon corps s’activait.
Le bout de ma queue visa les cultistes qui avaient esquivé les ondes sonores. J’écartai les pinces à son extrémité et les épines qu’elles dissimulaient jaillirent sur les cultistes.
« Et maintenant. »
Comme ils s’y attendaient, les cultistes armés de Boucliers du champion se déplacèrent avec agilité. Ils s’approchèrent en un instant des tireurs équipés de démolisseurs et se servirent de leurs boucliers pour parer les épines.
Les autres cultistes lancèrent alors un Contrôle de la gravité contre moi. La gravité autour de l’endroit où je me tenais changea brusquement, écrasant toute la salle sous son poids.
On aurait dit qu’ils avaient libéré toutes les limites imposées par le Contrôle absolu, tant la puissance déployée était énorme. Je fus contraint de garder la tête baissée, incapable de faire autre chose que de l’enfoncer dans le sol.
« Tu t’es comporté comme un connard dans la vraie vie, et tu recommences ici. Sache que tu ne t’en tireras jamais comme ça. »
Les larbins lançaient le Contrôle de la gravité, le sang leur dégoulinant des yeux, du nez et de la bouche, mais le joueur ne leur prêtait aucune attention. Le voir se pavaner ainsi me donna du mal à articuler un mot.
« Tu croyais pouvoir te foutre de moi comme ça ? »
« Cet Amorphe de merde, te retrouver a été plus facile que je le pensais, hein ? »
« Ah bon ? »
« Quand même, Alia était pas mal. Rien que d’y penser, ça m’énerve encore. »
D’un geste agacé, il ordonna à un cultiste armé d’un démolisseur de tirer une décharge d’énergie en direction de ma tête. Une partie des tentacules du monstre, frappée par le tir qui désintégrait tout, fut sectionnée.
[Annulation de la douleur activée]
« Argh ! »
« Ça fait mal ? Espèce de petite merde. »
Un cri m’échappa malgré moi sous l’effet de la douleur, au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer. En me voyant, le joueur ricana.
« Tu sais, la plus longue fois où j’ai torturé quelqu’un comme toi, ça a duré un an. Voyons combien de temps tu vas tenir. »
À l’idée de me torturer, le joueur semblait ravi.
Mais il y avait une chose qu’il ignorait encore.
Si je ne bougeais pas, ce n’était pas parce que j’avais peur de lui ou que je ne pouvais pas riposter. Pendant qu’il baissait sa garde, j’avais achevé la préparation de son Trait.
« Oublie… tout ce que j’ai dit. »
« Quoi ? »
Au lieu de répondre, je relevai légèrement la tête.
Puis j’ouvris grand la gueule. Depuis que j’avais tiré les épines, le pouvoir que j’avais accumulé dans mon cerveau remontait de ma poitrine. L’énergie immense, tapie dans mon torse comme une bête enchaînée, reçut le signal et jaillit. Une brillante lance dorée, qui illumina la sombre salle souterraine : le Spectre divin, jaillit de ma gueule.
« Quoi ?! »
À cette vue, le joueur sursauta et écarta les bras. Il semblait vouloir déployer la Réflexion, comme lorsqu’il avait bloqué le Souffle psychique.
Pourtant, la lance divine que je tirai fila vers le mur, bien au-dessus d’eux, au lieu de le viser. Elle creusa un immense trou dans le plafond de glace, assez puissante pour détruire un cuirassé impérial.
L’énergie restante se répandit dans la salle souterraine comme des éclairs dans le ciel nocturne, parcourant les murs et le plafond de glace.
La lance divine fit alors trembler la salle souterraine comme si un séisme venait de la frapper.
« Ha, hahaha ! Espèce de taré ! Tu l’as raté ! »
À mesure que le pouvoir de mon cerveau se dissipait, je sentis mes forces m’abandonner. En me voyant baisser la tête, le joueur sourit de toutes ses dents.
« Raté, c’est ça ? »
Vraiment ?
« De toute façon, tes attaques électriques ne pourront pas bloquer… Hein ? »
Le joueur, qui se moquait de moi, se tut. C’était compréhensible.
Les vibrations qui secouaient la salle étaient anormales.
« Je ne t’ai jamais visé, pour commencer. »
Il ignorait sans doute pourquoi j’avais choisi de me battre ici. Dès mon arrivée, il aurait dû se méfier en voyant le cadavre de l’Horreur des glaces derrière moi.
Le combat contre l’Horreur des glaces avait fragilisé les lieux. Au-dessus de nos têtes s’étendait une immense couche de glace de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur.
La raison pour laquelle ce monde souterrain tenait encore debout était simple : aucun choc assez puissant n’avait encore rompu son équilibre.
Mais depuis que j’avais commencé à combattre l’Horreur des glaces, cet équilibre précaire avait volé en éclats. Les murs de glace, tels l’Atlas mythique soutenant d’immenses masses de glace, étaient tous dans un état lamentable, et le plafond au-dessus de nos têtes était plus fissuré qu’intact.
Dans un état pareil, rien ne pouvait résister à la lance divine.
« D’abord, je vais m’occuper de tes larbins ici, puis je partirai. »
« Espèce de sale bâtard ?! »
Le joueur, stupéfait, cracha ses injures et tenta d’utiliser la Réflexion, mais celle-ci était bien trop faible pour arrêter l’énorme bloc de glace qui lui tombait dessus.
En le regardant déployer toutes ses forces pour bloquer le bloc, je tirai ma prochaine carte.
« C’est le moment. »
La Bête osseuse, qui transformait l’Amorph en monstre géant. Son Trait s’activa.
Au milieu de la salle qui s’effondrait, mon corps se mit à grandir à toute vitesse.