Chapitre 858
À cette voix empreinte de stupeur et d’incrédulité, Ian lâcha un ricanement sourd et répondit : « Je commence à en avoir vraiment marre de ce nom. »
La seule raison pour laquelle il ne s’était pas rué sur son adversaire, c’était l’apparition d’une fenêtre de quête sous ses yeux.
[Prêtre des Abysses bleus, Rimuta.]
Rimuta s’écria, les yeux écarquillés : « Ne te moque pas de moi ! Le Tueur de dragons a abattu l’Archidémon il y a longtemps et est déjà parti pour le continent ! »
Son ton trahissait son refus de croire ce qu’il entendait. Cela dit, puisqu’il savait déjà qu’Ian avait tué Bukikia, sa réaction était compréhensible.
« Il devrait se trouver dans le Nord ou dans la région centrale. Pourquoi viendrait-il jusqu’à ces îles sans importance… »
« Officiellement ? Pour mettre un terme à vos conneries, bande d’enfoirés. » Ian referma la fenêtre de quête en coupant Rimuta, et son sourire s’élargit. « Mais en vrai, je suis là pour gagner des niveaux. »
« Des niveaux ? » Alors que Rimuta répétait ces mots, perplexe, Ian prit appui de toutes ses forces sur le sol et s’élança.
Les ailes de magie dorée qui flottaient derrière lui se rabattirent d’un seul coup.
Fffou—
Même avec sa Concentration et son Intuition activées, Ian vit Rimuta fondre sur lui en un instant. Il pivota aussitôt violemment du bassin, tout en déversant du chaos dans la garde de l’épée qu’il tenait serrée.
Boum, boum, boum !
La brume de chaleur qui flamboyait le long de la lame explosa et traça dans les airs un arc meurtrier. Elle visait avec précision le cou de Rimuta, dont l’imposante silhouette dépassait facilement les trois mètres.
Crac !
Un avant-bras massif, couvert d’écailles bleu-noir, bloqua le coup une fraction de seconde plus tard. Rimuta avait levé le bras gauche par réflexe.
À son expression médusée, il était évident que sa réaction avait été instinctive.
Crac ! Crac !
Pourtant, aussi puissant que fût ce démon, il ne pouvait pas parer les Crocs du Défieur des Cieux avec son seul bras.
Le coup violet trancha net son avant-bras gauche, puis entailla profondément le cou juste derrière.
Pas assez profond.
Comprenant d’instinct que la blessure était trop superficielle, Ian claqua intérieurement la langue.
L’Avatar du Dragon de Platine, la flotte de bêtes démoniaques qui approchait par le côté et même les navires de contrebande : il fallait en finir vite.
C’était pour cela qu’il avait opté dès le départ pour une attaque-surprise, et qu’il avait visé le cou sans hésiter.
Malgré tout, Rimuta avait tordu son corps à la dernière seconde. Ian le percuta de l’épaule en plein torse.
Crac—
Au moment même où l’impact l’ébranla, Ian sentit la protection d’épaule, le brassard et les anneaux de jonction au bord de sa cuirasse, déjà endommagés, finir de voler en éclats.
Putain !
Voilà ce qui arrivait après avoir subi la malédiction de corrosion et combattu sans relâche en passant d’un navire démoniaque à l’autre.
La magie draconique et le chaos bleu jaillirent ensemble dans un éclat éblouissant.
Boum !
Dans une détonation, le torse de Rimuta s’enfonça et la créature fut projetée au loin comme un boulet de canon. Ses membres et les tentacules qui lui sortaient du dos s’étirèrent violemment vers l’avant.
Un arc de fluide corporel bleu mêlé de chaos jaillit de son bras gauche tranché. L’avant-bras détaché lui-même partit en vrille sur le côté, emporté par l’explosion.
Ffou—
Ian fut lui aussi projeté en arrière, avec les débris de son équipement fracassé.
Alors qu’il tournoyait dans les airs et activait la Barrière de platine, le rire grave de Yog résonna dans son esprit.
— Tiens bon encore un peu, mon ami… Je vais bientôt récupérer et pouvoir t’aider…
Ian jeta un coup d’œil sous l’épaisse fumée qui se répandait après l’explosion.
Des fissures bleues s’étendaient en toile d’araignée sur la peau rugueuse de Yog. Elles portaient la marque de la corruption de Rimuta, transmise par la lame de corail qu’il avait plantée plus tôt.
À présent encore, les extrémités des fissures viraient au violet, puis s’effaçaient peu à peu.
Ce sera fini avant ça.
Ian se stabilisa, puis abattit la Barrière de platine qu’il venait de reformer.
Boum, boum, boum !
De la magie dorée jaillit du bord du bouclier comme des étincelles tandis qu’Ian glissait à reculons à sa surface. Autour de lui, les morceaux de son équipement détruit cliquetèrent bruyamment sur le dos de Yog.
« Ainsi, tu es bel et bien le Surhumain du Nord. Le Tueur de dragons, Ian Hope », résonna la voix de Rimuta, semblable au grincement du métal.
Relevant la tête, Ian regarda droit devant lui.
La fumée tourbillonnante se dissipa et la silhouette de Rimuta se dessina peu à peu près de la gueule de Yog.
« Maintenant que j’y pense, tout s’explique enfin. Même ce chaos que tu manies. »
La créature, dont tout le corps irradiait un chaos bleu-noir, flottait en diagonale dans les airs, comme suspendue là.
Les tentacules qui lui sortaient du dos s’étaient ancrés vers le bas pour la maintenir en place.
Crac… crac…
Son cou à moitié tranché se ressouda dans un bouillonnement visqueux, tandis que son torse enfoncé reprenait lentement sa forme. Son bras gauche tranché repoussait lui aussi, dans un bouillonnement grotesque.
Mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle Ian fronçait les sourcils.
Fffou—
Bien qu’elle se dissipât lentement, la brume qui recouvrait toujours la mer se mit à tourbillonner vers le ciel des deux côtés. Elle convergeait même vers Rimuta, comme aspirée par lui.
« Les rumeurs selon lesquelles le Dragon de Platine poursuivait d’autres desseins étaient donc fondées. Alors peut-être que ton véritable objectif, Tueur de dragons, n’a jamais été de nous détruire, mais plutôt… Quoi, encore ? » Rimuta, qui se redressait en plein vol, soutenu par ses tentacules, s’interrompit brusquement.
Ian fonçait de nouveau sur lui comme une balle, ses ailes magiques violemment rabattues vers l’arrière.
Les sourcils froncés, Rimuta cria en levant les deux bras, comme s’il saisissait l’air lui-même : « Sale lâche ! C’est comme ça que tu as bâti toute ta réputation ? »
Presque au même instant, les tourbillons de brume qui convergeaient des deux côtés se contorsionnèrent comme des créatures vivantes et changèrent de direction.
Les yeux brillants de Rimuta brûlaient tandis qu’il fixait Ian, qui approchait à toute vitesse.
« Mais je ne me laisserai pas avoir deux fois par la même ruse ! Contemple mon véritable pouv— » La tête de Rimuta fut brusquement rejetée en arrière. Un trait bleu avait surgi de nulle part et transpercé sa gueule.
Des éclats de dents brisées volèrent dans les airs, révélant entre elles la poignée d’un poignard. C’était celui qu’Ian avait lancé grâce à la Saisie volontaire.
Bien sûr, il ne cherchait pas seulement à faire taire la créature.
Zzzt !
Un éclair bleu éclatant jaillit dans la gueule de Rimuta. La décharge le fit convulser violemment, les quatre membres écartés.
Les tourbillons de brume convergents tressaillirent et se dispersèrent.
Crac.
Le bord du bouclier de la Barrière de platine s’enfonça dans le cou tout juste régénéré de Rimuta.
Ian percuta la créature en se recroquevillant, agrippé à la Barrière de platine comme à une attelle, et lâcha : « Les créatures comme toi, qui viennent de devenir des démons, parlent toujours beaucoup trop. »
La tête de Rimuta se renversa jusqu’à presque toucher sa colonne vertébrale. Ian lui-même vit la panique vaciller dans ses yeux lumineux.
Bien sûr, c’était tout ce que la créature pouvait faire.
Ian avait déjà inversé sa prise sur l’épée noire et l’abattait sur la poitrine du démon.
Crac !
Enveloppée d’une brume violette semblable aux dents d’une scie, la lame noire fendit la chair et les os de Rimuta comme de l’argile.
Le murmure moqueur de Yog résonna sans hâte dans l’esprit d’Ian.
— Même pour un truc à moitié fini, je ne pensais pas qu’il serait aussi pitoyable.
Ian l’ignora complètement et déversa davantage de chaos dans la garde de l’épée. La lame noire poussa un grondement sinistre en libérant les Crocs du Défieur des Cieux.
« ——— ! » Le cri de Rimuta éclata avec une telle force qu’il ébranla Ian. Il ne venait pas de sa gueule, mais de l’épaisse brume qui les entourait.
La poignée du poignard dépassait toujours de ses mâchoires, tandis que la Barrière de platine avait déjà fendu son cou à plus de moitié.
Je me demande si ceux qui s’enfuient l’ont entendu aussi.
Ian ne cessa pas un instant d’insuffler du chaos dans la lame.
Le cri se transforma bientôt en rugissement tonitruant. « Je t’ai attiré ici avec la relique pour te piéger ! Mais je comprends maintenant… C’est moi qui suis tombé dans le piège. »
Malgré tout, Rimuta tenta désespérément de lever son poing droit serré, comme pour repousser Ian d’un coup.
« Mais je refuse… de devenir ta proie ainsi ! Je préfère m’offrir à mon maître ! »
Malgré cette déclaration grandiloquente, la créature ne parvint pas à balancer le bras. Une force invisible venait de lui saisir l’avant-bras en plein mouvement.
Encore… un peu… !
Une douleur atroce lui labourait le crâne, comme si des ongles lui raclaient le cerveau, mais Ian serra les dents et força davantage sur sa Saisie volontaire. En même temps, il continua de déverser du chaos dans l’épée noire.
Des fissures violettes s’étaient déjà répandues sur Rimuta.
« Merde ! C’est impossible ! Pas comme ça ! »
Une lumière bleue jaillit soudain de son torse déchiré et Rimuta fut secoué de violentes convulsions.
À l’instant où son cri d’agonie retentit, une explosion mêlée de chaos violet engloutit Ian tout entier.
Boum !
Sa vision blanchit, puis toutes ses sensations disparurent complètement l’instant d’après. Bien sûr, Ian ne fut pas particulièrement surpris.
Alors, c’est comme ça que ça continue.
Une autre vision venait manifestement de commencer. Puisque l’Avatar de Platine était toujours actif, l’explosion ne l’avait probablement pas beaucoup affecté.
Fffou—
La lumière qui remplissait sa vision se transforma soudain en écume de mer dispersée sur les vagues qui déferlaient.
À mesure que la marée se retirait au loin, une profonde vallée rocheuse qui menait vers l’intérieur des terres apparut. Des flaques d’eau de mer s’y attardaient çà et là.
Elle n’apparaît qu’à marée basse, hein ?
À contrecœur, il s’engagea dans la vallée sombre, semblable à l’entrée d’une grotte. Pour l’heure, il observait les souvenirs de Rimuta comme des scènes qui défilaient dans un rêve d’agonie.
« Tu es en retard, Rimuta. »
L’instant suivant, une voix grave résonna tandis qu’un espace entouré de pierres sombres se dévoilait.
Quelqu’un l’attendait sur une estrade surélevée au centre et baissait les yeux vers lui. C’était un insulaire à la peau cuivrée, dont le visage sévère était marqué de tatouages inquiétants.
« Ne sois pas si coincé, Gunhir… Après tout, c’est moi qui suis ton invité, pour l’instant. »
Une voix grave poursuivit tandis qu’il approchait de l’estrade. Ces seuls mots suffirent à rassurer Ian.
J’étais donc bien sur la bonne voie.
Il venait de confirmer que le sanctuaire de Kalinso, placé sous la garde de Gunhir, était le véritable.
L’autel dissimulé derrière Gunhir se révéla l’instant suivant.
Fffou—
Le corail bleu sombre était bien plus grand que celui qu’Ian avait vu à bord du navire de commandement. Non seulement l’eau de mer s’accumulait autour de lui, mais il semblait même vivant.
Peut-être que le fragment à bord du navire de commandement de Rimuta avait simplement été arraché à cette énorme structure.
On dirait ce que j’ai vu dans un musée quand j’étais gamin.
Mais ce n’était pas le corail sinistre qui attirait le plus l’attention d’Ian. Posé sur ses branches se trouvait un gigantesque fossile noir, en forme d’immense croc.
Des fissures où brillait une lueur bleue inquiétante s’étendaient à sa surface.
Est-ce le lien avec le sceau des profondeurs marines ?
Il n’était pas difficile de deviner qu’il s’agissait probablement des restes de Raskagin. Et à cet instant, tout ce qu’Ian devait faire lui apparut avec une clarté parfaite : rejoindre Kalinso, trouver le sanctuaire et détruire le fossile ainsi que l’autel.
Crac, crac—
À cet instant, les fissures creusées dans le fossile commencèrent à s’élargir. Une lueur bleue sinistre envahit aussitôt la vision d’Ian.
L’instant d’après, il sentit une obscurité immense et, au-delà, un regard posé sur lui. Cette présence se rapprochait à chaque seconde, jusqu’à en devenir suffocante.
Un rire grave lui chatouilla aussitôt le fond de l’esprit.
— Allons, allons… se laisser entraîner aussi loin, c’est dangereux, mon ami…
La conscience d’Ian fut violemment tirée en arrière, comme si quelque chose l’avait saisi pour l’arracher à cet endroit.