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◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations raffolent ◈
Chapitre 007
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La batterie de mana externe
À peine eus-je ouvert les yeux qu’un mal de tête me saisit.
Je tournai le poignet et fis apparaître l’horloge holographique.
[ Heure actuelle : 10 h 18 ]
« J’ai dormi un sacré bout de temps. »
Mon corps, plutôt chétif, avait peut-être simplement besoin d’autant de repos. Dès que je me redressai péniblement, mon ventre poussa un grondement sonore et familier.
Ce corps doté de la [Constitution de la Famine] réclamait déjà à manger.
Je commençai par avaler le tube nutritif et l’eau que le vieil homme m’avait laissés la veille. Ça calma suffisamment ma faim pour que je puisse me mettre en mouvement.
C’était le premier jour, j’avais donc beaucoup à faire.
En tête de liste : inspecter les rebuts et les pièces éparpillés dans le bâtiment.
Le devoir que Gordon m’avait donné — fabriquer quelque chose qui pourrait rapporter de l’argent — était urgent, mais il me fallait d’abord régler un autre problème.
Ce corps dont le mana débordait à la moindre sollicitation.
Dans le jeu, c’était l’un des premiers problèmes à résoudre quand on choisissait la voie de l’ingénieur magitech.
La solution la plus simple et la plus facile consistait à fabriquer une batterie de mana externe.
Mais pour ça, il me fallait d’abord des matériaux.
« J’espère qu’il y a quelque chose d’utilisable, là-dedans. Ce serait génial si je pouvais fabriquer ça avec ce qui traîne. »
Je mis l’[Œil magique du brise-sorts] en marche et me lançai dans la fouille des tas de ferraille. La télékinésie me facilita un peu la tâche.
On dirait que le vieux tenait un genre de garage dans le quartier.
La plupart des objets ici se révélèrent être des pièces pour du matériel bas de gamme. Comme pour confirmer ma théorie, je dénichai une enseigne au néon tombée dans un coin.
「Garage Titan」
Avant de devenir la planque de Gordon, cet endroit avait probablement été un garage, et non un entrepôt. Ce qui s’y trouvait n’était que des pièces qui en provenaient.
Après avoir fouillé un moment le tas de ferraille, je trouvai quelque chose d’utilisable dans un autre coin.
Une batterie électrique pour prothèse, du genre utilisé dans le matériel cybernétique.
Les mages capables de retenir le mana dans leur corps et les pratiquants des arts corporels n’en avaient pas besoin. En revanche, les autres, lorsqu’ils utilisaient du matériel cybernétique à forte puissance, devaient parfois installer une batterie pour l’alimenter.
Et l’équipement sur lequel comptaient le plus ceux qui ne pouvaient pas utiliser le mana, c’était la prothèse électrique rechargeable. Cette batterie était justement destinée à ce type de prothèse.
L’extérieur avait rouillé faute d’entretien, mais il suffisait de réparer quelques circuits endommagés à l’intérieur pour la rendre utilisable.
Ça devrait faire l’affaire pour l’instant.
En vérité, seul un ingénieur aurait su ça. La structure technique d’une batterie électrique pour matériel cybernétique et celle d’une batterie de mana pour le moteur à mana du cœur ou du dantian étaient presque identiques. La seule différence, c’était ce qu’on y injectait : de l’électricité ou du mana.
Il suffisait d’en retirer les circuits électriques restants et la puce de coupure, puis de graver uniquement les circuits fins capables de piéger le mana pour en faire une batterie de mana externe.
J’ouvris une boîte d’un coup sec et y traçai d’abord le plan.
Impossible de démonter la batterie à l’aveuglette.
Même si les deux structures étaient identiques à 99 %, le 1 % restant faisait la différence entre une explosion et un produit fini.
Première étape : retirer toutes les plaques d’électrodes existantes et les impuretés chimiques.
Deuxième étape : graver un circuit de stockage du mana en triple spirale dans l’alliage de la paroi intérieure de la batterie, afin d’y emprisonner le mana.
Troisième étape : ajouter un circuit de contrôle du flux capable de résister à la pression du mana produite pendant la charge.
« Parfait. Le plan est impeccable. »
À peine le plan terminé, un [Fil de mana] jaillit du bout de mon doigt.
Le fil, doté des propriétés de <Chaleur> et de <Découpe>, fit fondre les impuretés, les plaques d’électrodes et la puce bloquant le mana à l’intérieur de la batterie électrique. La télékinésie de précision en retira les scories.
Ensuite, je me servis du fil pour graver dans la paroi d’alliage vide le circuit intégré de mana qui devait le comprimer et l’emprisonner.
Au moment où je terminai de graver les lignes du circuit censées retenir le mana et posai le dernier point,
Bzzzt.
Le mana s’infiltra dans la batterie, qui brilla faiblement un instant.
« Une de faite. Ensuite, le chargeur, hein ? »
Normalement, le mana fonctionnait ainsi : chaque fois qu’un utilisateur inspirait, le mana extérieur entrait avec l’air, était raffiné dans les poumons, puis venait charger le cœur ou le dantian.
Mais à cause de la [Carence en mana du cœur], le mana s’échappait de ce cœur à flots.
J’aurais toujours pu acheter des pierres de mana et m’en servir, mais je n’avais pas les moyens.
J’allais donc fabriquer un chargeur de mana.
Comme tout à l’heure, je commençai par le plan.
Il y avait environ quatre éléments essentiels.
Premièrement, un moteur d’aspiration pour faire entrer l’air.
Deuxièmement, une bobine de mana pour absorber les particules de mana qui flottaient faiblement dans l’air, comme de la brume.
Troisièmement, un filtre pour éliminer tout ce que l’air contenait d’autre que du mana.
Quatrièmement, un compresseur pour comprimer les particules de mana.
J’avais représenté trois de ces éléments sur le schéma ; il me restait à concevoir le circuit de mana qui les relierait étroitement.
Peu après, le plan d’un chargeur de mana capable de recueillir le mana dans l’air et de charger la batterie fut terminé.
« Voyons voir. Comme c’était un garage, il devrait y avoir des matériaux de ce niveau. »
L’[Œil magique du brise-sorts] inspecta les déchets entreposés dans le garage et me permit de mettre la main sur trois pièces essentielles.
Un gros moteur de ventilateur récupéré sur un ventilateur d’aération, le filtre d’un vieux purificateur d’air et un compresseur tiré d’un compresseur à air.
Malheureusement, il n’y avait aucune bobine de mana dans le bâtiment.
« Tant pis. Je vais devoir en fabriquer une. »
Le métal le plus réceptif au mana était le mithril, suivi de près par l’argent. Des métaux précieux aussi chers n’avaient rien à faire dans un endroit pareil.
Mais même ici, il y avait un métal qui pouvait les remplacer.
Le cuivre.
Le cuivre avait une légère réceptivité au mana et conduisait bien l’électricité ; il ferait donc parfaitement l’affaire comme matériau principal de la bobine.
Certes, sa faible conductivité nécessiterait un circuit de focalisation du mana assez précis.
La gravure des circuits de mana était l’élément le plus important du jeu. Même une légère erreur suffisait à mettre instantanément hors service l’équipement qu’on réparait ou fabriquait.
Après être mort plus de trois cents fois et avoir fait progresser un personnage pendant plus de cent ans, j’avais fini par graver les circuits de mana comme si c’était une seconde nature.
Plusieurs fils de cuivre fins s’élevèrent dans les airs grâce à la [Télékinésie de précision], puis se façonnèrent soigneusement en bobine.
On dirait que je vais encore avoir faim.
Un fil de mana jailli du bout de mon doigt se mit ensuite à graver un circuit à la surface de la bobine de cuivre.
« Mieux vaut éviter de le graver trop finement. »
Vu le flux de mana qui m’avait frappé la veille, je devais rester prudent aujourd’hui. Pour l’instant, je ne graverais qu’un circuit simple sur cette bobine de mana ; une fois la batterie complètement chargée, il faudrait sans doute en fabriquer une nouvelle.
Pour éviter un débordement de mana, je vérifiai l’état de mon cœur et fis des pauses de temps à autre.
Gratt, gratt.
Quand la dernière ligne du circuit fut reliée, toute la bobine de cuivre orange absorba le mana et se mit à bourdonner doucement.
Avec des matériaux médiocres et un circuit imparfait, la puissance de sortie ne serait pas élevée, mais ce n’était pas mal pour commencer.
Si je tombais un jour sur de bons matériaux, une amélioration serait bienvenue.
Je disposai les pièces récupérées sur l’établi, puis passai à la véritable transformation.
En alternant les propriétés de <Découpe> et de <Chaleur> sur le fil, je découpai une plaque d’acier abandonnée et la soudai pour en faire un boîtier extérieur conforme au plan. À l’intérieur, j’installai le moteur, le filtre, le compresseur et la bobine, chacun exactement à sa place.
Il ne restait plus qu’à tracer le circuit de mana avec le fil. C’était l’étape la plus difficile, mais pas tant que ça pour moi.
J’en avais tracé un nombre incalculable en jouant.
Un circuit de calcul qui faisait passer l’air aspiré à travers le filtre pour le purifier, puis dans le compresseur et la bobine, avant de l’acheminer jusqu’à la borne de charge sous forme de mana pur traité.
Je branchai un câble électrique au chargeur de mana terminé, puis actionnai l’interrupteur.
Vrrr !
Le chargeur se mit en marche avec un bruit agréable : il fonctionnait normalement.
« Réussi. »
Si je laissais la batterie tranquille quelques heures, elle devrait être complètement chargée.
À vrai dire, quand un utilisateur de mana atteignait un niveau élevé, le mana présent dans l’air ne suffisait plus à couvrir sa consommation. Il devait donc généralement acheter des pierres de mana et d’autres ressources pour se recharger. Mais pour l’instant, à ce niveau, une batterie de mana comme celle-ci suffirait largement.
Le travail terminé, je vérifiai l’état de mon corps.
Mon cœur était un peu raide, mais grâce aux pauses, aucun débordement ne s’était produit pour le moment.
[ Heure actuelle : 15 h 18 ]
Le temps a déjà filé.
Pendant que la batterie chargeait, je devais acheter les choses nécessaires.
Pour commencer, je fis le compte de mes gains de la veille.
Les réparations facturées aux clients, dont Jack le mercenaire, m’avaient rapporté 15 000 crédits. Le Chien Noir m’avait laissé 20 000 crédits en guise de dédommagement, soit un total d’environ 35 000 crédits. Voilà toute ma fortune.
Ce n’était pas grand-chose, mais il fallait répartir cette somme pour acheter ce dont j’avais besoin.
Impossible d’acheter des outils ou des pièces. Pour l’instant, je devrai me contenter de produits de première nécessité et d’articles ménagers.
Je poussai la porte du bâtiment et sortis prendre l’air.
* * *
Le jour, Ground Zero donnait une impression de pénombre. Le smog qui flottait dans l’air bloquait la lumière du soleil, et la journée paraissait donc plus terne encore que la nuit. À côté, la nuit, avec ses enseignes au néon qui luisaient dans l’obscurité, semblait bien plus vive.
Ça ne voulait pas dire qu’il n’y avait rien à voir.
Les hologrammes qui flottaient partout me rappelaient à quel point ce monde était différent de celui d’où je venais.
Peut-être parce qu’il faisait plus clair que la nuit, quantité de gens à l’air bien plus ordinaire se promenaient dans les rues. J’achetai les produits de première nécessité dont j’avais besoin, boutique après boutique.
Des sous-vêtements propres, quelques vêtements passe-partout pour sortir et des habits de travail. Des produits d’hygiène et de nettoyage.
Le plus difficile fut d’acheter de la nourriture et de l’eau.
Les aliments corrects et l’eau en bouteille coûtaient bien plus cher que prévu. Faute de mieux, je dus me rabattre sur les mêmes tubes nutritifs hypercaloriques que la veille, ainsi que sur des pastilles de purification d’eau. Le goût serait infect, mais pour tenir le coup, c’était la meilleure option.
Ce sera peut-être supportable si je me dis que c’est comme manger uniquement du blanc de poulet quand je m’entraînais à la salle.
Je posai mes achats sur le comptoir et tendis les billets. C’est alors que le haut-parleur du magasin se mit à diffuser une musique au son inconnu.
[ « Vous, les rats de Ground Zero ! Bienvenue à tous, bande de veinards, vous qui vous êtes réveillés sans crever cette nuit ! Ici Stan, de “Radio Zero” ! » ]
Crch… crch…
Le haut-parleur devait être en mauvais état, car des parasites coupaient parfois la diffusion. Mais l’animateur avait de la voix, et on comprenait parfaitement ce qu’il disait.
[ « Le bilan des morts de cette semaine s’élève à 152 ! Le double de la semaine dernière ! Sans doute à cause de la fusillade entre gangs qui a éclaté hier soir près des canalisations d’évacuation du District 3 ! L’Équipe Mante a tendu une embuscade à un convoi de drogue du Chien Noir et l’a entièrement dépouillé. » ]
Le commerçant claqua la langue comme s’il avait déjà entendu tout ça mille fois, puis emballa mes achats tandis que je tendais l’oreille.
Comme l’émission parlait de Ground Zero, ça valait le coup de l’écouter.
[ « Maintenant que toute la drogue du véhicule a disparu, le Chien Noir écume de rage et pique une crise. Autrement dit, les enfoirés de ces deux gangs vont se tirer dessus comme s’ils avaient l’intention de s’entretuer. Alors, vous tous qui vivez à Ground Zero, oubliez les virées nocturnes pendant quelques jours et planquez-vous tranquillement chez vous si vous tenez à votre peau ! » ]
Si j’avais dormi dans la rue hier, je me serais retrouvé au milieu de cette fusillade entre gangs et j’aurais fini en chair à trous.
Une émission plutôt utile. Le commerçant finissait encore d’emballer mes achats quand je lui demandai :
« Comment je peux écouter cette émission ? »
Le commerçant tourna vers moi son œil artificiel, terni par les dégâts.
« Quoi ? Tu vis à Ground Zero et tu ne connais pas l’émission de DJ Stan ? »
Tss. C’est comme ça qu’on parle à un client ? Pas très sympa. La prochaine fois, j’irai faire mes courses ailleurs.
À cette pensée, je répondis :
« Non. Aucune des émissions que j’écoutais avant ne ressemblait à ça. »
Ce n’était pas un mensonge, juste la vérité. Seol Gye-hyeon, qui avait grandi dans un établissement, ne l’avait jamais entendue.
« Ça ne passe pas par le réseau officiel des corporations. Active le scanner réseau, entre la chaîne ST-NET-09 et connecte-toi. Si tu viens d’arriver, tu ferais mieux de prendre l’habitude d’écouter Stan. Ça diminue tes chances de crever dans la rue. »
Sur ces mots, le commerçant glissa une gelée nutritive dans le sac avec mes achats.
« Euh… je n’ai pas acheté ça. »
« Les tubes nutritifs que tu as pris, c’est pas mal pour te remplir l’estomac, mais si tu continues à t’enfiler cette cochonnerie huileuse, tes organes vont fondre et on te retrouvera mort dans un mois. »
Le commerçant haussa le menton d’un air désinvolte.
« La gelée que j’ai ajoutée est bon marché, mais elle contient des protecteurs d’organes et des vitamines. Mange-la avec tes tubes et, si ça te convient, reviens en acheter. »
Je retirai aussitôt ce que j’avais pensé sur sa façon de traiter les clients. Avec autant de gentillesse, je pouvais bien tolérer un peu d’attitude.
« … Merci. Je reviendrai faire mes courses ici. »
« Ouais. C’est pour ça que je te l’offre. C’est pas gratuit, c’est un investissement. Crève pas et reviens. »
Si, après l’avoir observé un peu plus, le commerçant se révélait être quelqu’un de bien, je pourrais peut-être lui faire réparer son œil artificiel et son haut-parleur. Moyennant paiement, bien sûr.
Sur cette pensée, je sortis.
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