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◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations raffolent ◈
Chapitre 003
──────
Survivre à un étal de rue
[Tout réparer ou améliorer.]
L’étal de fortune était installé, mais les clients ne se bousculaient pas vraiment.
À bien y réfléchir, moi non plus, je n’aurais pas trouvé facile de confier un objet quelconque à un étal branlant comme celui-là pour le faire réparer. J’aurais déjà été soulagé qu’on ne me prenne pas pour un escroc.
Je n’avais pourtant pas monté tout ça sans réfléchir. J’étais à Ground Zero, tout en bas de la Mégapole Gaon, dans le pire des bidonvilles.
Presque tout ce qui circulait dans le quartier devait être défectueux ou cassé. Et parmi ceux qui possédaient ce genre de ferraille, certains ne pouvaient forcément pas payer le prix exorbitant des réparations.
… Mais rester là sans rien faire me rendait un peu nerveux. J’ajoutai donc une ligne sous l’enseigne.
[Matériel que les garages n’ont pas pu réparer ou ont déclaré bon pour la casse : bienvenue]
* * *
Dans la rue du marché nocturne de Ground Zero, le pire bidonville de la Mégapole Gaon, Jack, un mercenaire de troisième ordre, était furieux jusqu’à la racine des cheveux.
« Putain de salauds, vendre une merde pareille en prétendant que c’est une arme ? »
Il tenait un fusil cassé à la main.
Et il fallait que ça tombe aujourd’hui : il avait décroché un boulot d’escorte, pour protéger le véhicule de transport de drogue d’un gang local. Or, quelques instants plus tôt, en vérifiant son arme, il avait découvert une panne fatale à l’intérieur.
Il s’était précipité chez un technicien du coin, mais sa réponse avait été sans appel.
« Pour réparer ça, il faudrait remplacer presque toutes les pièces internes. Rien que la réparation coûterait au moins trente mille crédits, et il faudrait compter trois jours de plus. Tu ferais peut-être mieux d’en acheter un neuf, non ? »
Jack n’avait donc pas eu d’autre choix que de repartir avec son arme.
Il n’avait pas les moyens de payer la réparation, et le fusil devait être prêt pour ce soir. Le gang qui l’avait engagé ne laissait jamais en paix les mercenaires qui abandonnaient une mission. S’il se les mettait à dos, il pouvait faire une croix sur son gagne-pain : on le retrouverait mort dès le lendemain.
Alors qu’il arpentait la rue, les nerfs à vif, Jack aperçut un étal.
Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
Dans un coin de la rue du marché se dressait un étal qui semblait construit en carton. Des lettres avaient été brûlées à sa surface, comme si on les avait gravées au fer chaud.
[Tout réparer ou améliorer.]
Le propriétaire de cette boîte en carton était un jeune punk tout seul, un joli minois décharné, à deux doigts de mourir de faim.
Ce type est ingénieur ?
En général, devenir ingénieur exigeait pas mal de matériel et de savoir-faire. Plus ses travaux étaient minutieux, plus il était naturel qu’un ingénieur soit pratiquement couvert de prothèses.
Mais celui qui se tenait devant lui n’avait ni bras artificiel, ni boîte à outils, rien que ses mains vides. C’était probablement un drogué aux produits bon marché, à moitié cinglé.
Il n’avait pas fini de se faire cette réflexion que le gringalet bondit sur ses pieds et ajouta une ligne à l’enseigne.
[Matériel que les garages n’ont pas pu réparer ou ont déclaré bon pour la casse : bienvenue]
Jack eut alors une brillante idée.
De toute façon, ce fusil est foutu et inutilisable.
Il allait confier le fusil irréparable au gamin, puis, quand celui-ci échouerait à le réparer, l’accuser de l’avoir cassé et lui extorquer de l’argent.
Le gamin n’avait pas l’air d’avoir un sou, mais même s’il n’en avait pas, Jack pourrait au moins passer ses nerfs sur lui.
Jack s’approcha de l’étal en carton et jeta le fusil sur le comptoir, devant le garçon.
« Hé, le gringalet. Répare ça. »
* * *
Enfin, mon premier client.
Un Occidental à l’allure patibulaire, aux cheveux bruns, s’avança vers moi et lança un fusil sur le comptoir en carton.
« Hé, le gringalet. Répare ça. »
Un géant terrifiant, qui devait mesurer au moins un mètre quatre-vingt-dix. Ses yeux jaunes étaient imbibés de drogue ou d’alcool, son corps portait des cicatrices chirurgicales çà et là, et une prothèse bas de gamme dépassait de sa veste en cuir.
Le mercenaire mécanisé classique, équipé de prothèses mécaniques, le genre qu’on croisait tout le temps dans Fupunkalypse aussi.
Un mercenaire doté d’une prothèse bon marché comme la sienne était le plus souvent un membre de bas niveau d’un gang ou d’une bande de mercenaires. Autrement dit, une brute.
À la dérobée, je vis dans ses yeux plus de méfiance et de malveillance que de confiance, évidemment. Il avait probablement apporté un objet cassé juste pour voir ce que j’allais faire.
Je commençai par examiner l’arme.
Une pièce de Kawaguchi Heavy Industries, hein.
Même dans Fupunkalypse, trois cents ans plus tard, les mercenaires de bas étage usaient jusqu’à la corde les armes de cette société. Elle en avait inondé le marché à tel point qu’on en remplaçait encore les pièces et qu’on les utilisait toujours, trois siècles après.
J’avais donc affaire à un modèle familier, que j’avais manipulé un nombre incalculable de fois.
<Magie de détection> Œil magique du brise-sorts (-15 Pt)
À l’origine, les mages de combat s’en servaient pour examiner la structure du cercle magique ou de la barrière défensive d’un ennemi.
Mais aucun mage de combat n’aurait dépensé 15 points juste pour inspecter et démanteler un cercle ou une barrière déjà invoqués. Cette fonction était donc inutile, et la classe de mage ne l’utilisait jamais.
Pour un ingénieur, en revanche, l’Œil magique du brise-sorts était d’une efficacité redoutable. Il permettait d’observer l’intérieur d’un équipement sans le démonter.
Je soulevai le fusil et fis semblant de l’examiner sous toutes les coutures, tout en y glissant des fils de mana neutres.
Frrt.
Je sentis les fils de mana qui se trouvaient dans ma main se faufiler à l’intérieur du fusil et s’y déployer.
À cet instant, je tirai le mana de mon cœur et le rassemblai dans mes yeux.
Une sensation de picotement derrière les globes oculaires, et l’intérieur du fusil se déploya dans mon esprit comme s’il avait été démonté.
Ouah, quel chef-d’œuvre de bazar.
Des résidus s’étaient accumulés et avaient durci dans la chambre et le tube d’emprunt des gaz, sans doute à cause d’un usage prolongé de munitions de piètre qualité, et les rayures du canon étaient usées.
En plus, on avait forcé des pièces récupérées sur une autre arme, aux spécifications incompatibles. Elles s’emboîtaient mal, et le recul devait être bien pire que celui du modèle d’origine.
Après avoir rapidement évalué l’état du fusil, je pris un ton détaché.
« Tu devais avoir l’épaule en compote, pas vrai ? Tu as déjà remarqué que le recul était beaucoup trop fort par rapport aux autres fusils ? »
Le mercenaire ouvrit de grands yeux.
« Hein ? Ouais. Le mien donne des coups bien plus violents que celui de mon pote, alors qu’il a le même. Comment tu le sais ? »
« Comment je le sais ? Parce que je suis ingénieur. Donne-moi 3 000 crédits et je le répare pour qu’il tire à nouveau correctement. Pour 5 000, je peux supprimer complètement le recul. Alors, tu choisis quoi ? »
À ces mots, le mercenaire fronça les sourcils et se mit aussitôt à faire le gros bras.
« Quoi ? C’est quoi, ce prix pour une réparation ? T’es malade ? Divise-le par deux. »
Franchement, je n’en menais pas large. Rien à voir avec le fait de regarder ça sur un écran de jeu. Combien de gens, en Corée moderne, avaient déjà dû affronter un regard débordant de soif de sang ?
Mais si cet endroit appartenait bel et bien au même monde que Fupunkalypse, alors ce que j’avais appris dans le jeu devait aussi fonctionner ici.
Je ne pouvais pas montrer la moindre faiblesse, pas une seconde.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Je plissai volontairement le visage et repoussai le fusil vers le mercenaire.
« Alors pas de réparation. Dégage. »
Le plus important, c’était de donner l’impression que je n’avais absolument rien à perdre. C’était précisément ce qui rendait l’autre nerveux.
Comme prévu, les sourcils froncés du mercenaire se détendirent un peu devant ma réaction.
« Petit con. Tu peux vraiment en répondre ? Si t’arrives pas à le réparer et que ce fusil est encore plus abîmé après ton passage, tu ferais mieux de savoir que tu me paieras le prix d’un neuf. Prépare-toi à ça ! Hein ? »
À sa manière, je compris que c’était lui qui était pressé. Il parlait durement, mais son ton s’était considérablement adouci.
Le fait que j’aie remarqué le recul violent devait y être pour beaucoup.
Je tendis d’abord la main, paume ouverte.
« Paiement d’avance. »
« … Petit con. T’as du cran, pour un type comme toi. »
Le mercenaire sortit quelque chose et le jeta sur le comptoir. De vrais billets, pour une valeur de 5 000 crédits.
Je ramassai l’argent en vitesse et le glissai dans mes vêtements.
« Oh, waouh. Merci, cher client. Je vais le réparer à votre convenance. »
Mon ton était devenu aimable, lui aussi. Une fois payé d’avance, le type en face de moi était un vrai client.
Je posai une main sur le fusil, sur le comptoir, et fermai les yeux. À partir de là, il fallait travailler avec précision ; sans concentration, je n’y arriverais pas.
Quelques fils de mana jaillirent du bout de mes doigts et s’engouffrèrent par les interstices de la chambre du fusil.
Je leur appliquai d’abord la propriété <Chaleur>.
Lentement, ils se mirent à faire fondre les résidus de métal de mauvaise qualité qui tapissaient le tube d’emprunt des gaz et la chambre. J’extrayais d’un seul coup les résidus fondus, grâce à la télékinésie de précision.
Ensuite, j’appliquai aux fils les propriétés <Rotation> et <Chaleur> pour restaurer les rayures à l’intérieur du canon. Le remettre dans son état d’usine était hors de question, mais je pouvais au moins le rendre assez fiable pour un usage quotidien.
Enfin, j’affinai les pièces incompatibles à l’aide des propriétés <Chaleur> et <Découpe> des fils, afin de corriger leur jeu.
« Voilà, c’est fait. »
Le mercenaire, qui avait observé tout ça d’un air hébété, récupéra son arme comme en transe et la reprit en main.
« Tu veux vérifier que c’est bien réparé ? Ah, avec un fusil, c’est difficile de tester ça ici. »
Même dans un bidonville sans foi ni loi, personne ne pouvait se mettre à tirer en l’air au milieu d’un marché nocturne bondé.
Et s’il se révèle pénible, qu’il prétend ne pas pouvoir vérifier la réparation et exige d’être remboursé ?
C’est ce que je me demandais quand…
« … Oh, waouh. T-tu n’as même pas besoin de tirer pour le savoir. Je le sens. C’est parfait. »
La voix du mercenaire tremblait légèrement. Non, ça s’entendait clairement. Un instant plus tôt, il me menaçait encore de me faire payer si je cassais son arme ; voilà qu’il s’inclinait profondément.
« M-merci beaucoup pour la réparation ! Je vais en prendre soin ! »
… Quoi ?
Je clignai des yeux, abasourdi, en regardant le mercenaire s’éloigner.
Ce n’était pas un casse-pieds, mais un gentleman ? Comme quoi, il ne faut vraiment pas juger les gens sur leur apparence.
Je souris, satisfait, en regardant mon client s’éloigner.
Peut-être parce que ce premier client était reparti sans encombre, deux autres vinrent ensuite.
Et, incroyable mais vrai, ils réagirent exactement comme le premier mercenaire mécanisé.
Ils se montraient d’abord méfiants, parfois même menaçants, puis changeaient soudain d’attitude dès que j’avais réparé leurs affaires, avant de s’éloigner en s’inclinant poliment.
En contemplant la belle pile de crédits, je souris pour moi-même. Avec tout cet argent, je n’aurais pas à avoir faim pendant quelques jours ni à dormir dans la rue.
Mais vers ce moment-là, une légère douleur picotante se manifesta près de mon cœur.
C’était forcément à cause de la [Carence en mana du cœur], qui limitait encore la quantité de mana que je pouvais utiliser.
Il existait un moyen de dépasser bientôt cette limite, mais tant que je n’aurais pas fabriqué l’objet en question, je n’aurais pas d’autre choix que d’utiliser mon mana avec parcimonie.
Je pensais arrêter là et plier boutique quand…
« T’es qui, putain ? De quelle putain de faction de mages tu viens pour faire du commerce ici ? »
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