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◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations raffolent ◈
Chapitre 002
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Chaque atout a un prix
Fusion Punk 2333 Apocalypse fonctionnait avec un système d’atouts et de défauts.
Par défaut, on disposait de trente points à dépenser dans les atouts de son choix. Pour en obtenir davantage, il fallait prendre des défauts. C’était le système du jeu.
La fameuse loi de l’échange équivalent.
Créer son build dans ce jeu était la partie la plus éprouvante, car certains atouts disponibles dès le début étaient complètement abusés.
Mais avoir besoin de points ne signifiait pas qu’on pouvait accumuler les défauts sans limite. Le personnage risquait fort de s’effondrer avant même d’avoir survécu au début du jeu.
Vous vous demandez pourquoi je pensais soudain à tout ça ?
« Putain… »
En passant dans une ruelle à l’écart de l’avenue principale, j’aperçus mon reflet dans la vitrine d’un magasin. À l’instant où je compris l’état du type dans le miroir, un carillon retentit devant mes yeux et une fenêtre apparut.
[Utilisateur Seol Gye-hyeon : statut des atouts et défauts]
Points disponibles : 30 pts (base) + 70 pts (défauts) = 100 pts au total
『Total des défauts adoptés : +70 pts』
[Atrophie musculaire extrême] +15 pts
[Carence en mana du cœur] +15 pts
[Rejet du mana par le dantian] +20 pts
[Constitution de la Famine] +20 pts
『Total des atouts adoptés : -100 pts』
<Psionique> [Télékinésie de précision] (-25 pts)
<Magie d’émission> [Contrôle des fils de mana] (-25 pts)
<Magie de détection> [Œil magique du brise-sorts] (-15 pts)
<Magie de récupération> [Suture Heal] (-15 pts)
<Magie des préceptes> [Ordre d’interdiction] (-20 pts)
« Haa… Tout ça ne sert à rien. »
Après ma rupture, j’avais consacré tout mon temps libre et tout mon stress à soulever de la fonte à la salle. Tous les muscles que j’avais bâtis avec tant d’acharnement avaient disparu sans laisser de trace. Non, c’était pire que ça : j’étais si maigre qu’il ne me restait pratiquement que la peau et les os.
Le défaut [Atrophie musculaire extrême].
Il bloquait définitivement l’efficacité de ma statistique de force à son niveau le plus bas. Les armes lourdes étaient évidemment hors de question et, si je tirais avec une arme à feu au fort recul, je risquais même de me blesser à l’épaule.
Ce défaut abominable s’était appliqué à mon véritable corps.
La seule bonne chose, c’était que, malgré ma silhouette décharnée, je n’avais pas une sale tête. J’avais même un petit air de joli garçon.
« Ouais~ Plus jamais de muscu~ De toute façon, l’efficacité est nulle~ »
Tout en marmonnant comme un fou, je passai lentement en revue les autres atouts et défauts. Dans ce monde, les bases étaient simples : on stockait dans le cœur le mana nécessaire à la magie, et dans le dantian l’énergie des arts du corps.
[Carence en mana du cœur] faisait constamment fuir le mana de mon cœur. J’aurais beau m’acharner, je ne dépasserais jamais le rang un. Quant au [Rejet du mana par le dantian], il empêchait mon dantian de retenir la moindre énergie et me condamnait à renoncer complètement aux arts du corps.
Bon, jusque-là, ça allait.
Dans Fupunkalypse, la magie et les arts du corps coûtaient cher et étaient de toute façon difficiles à apprendre. Ces défauts ne m’empêcheraient pas de mener une vie ordinaire.
Et si je devenais plus fort un jour, il existait des moyens de supprimer un défaut.
Mais le dernier défaut que j’avais choisi, [Constitution de la Famine], était différent.
Dans le jeu, la jauge de satiété, dans un coin de l’écran, se vidait simplement trois fois plus vite que celle des autres. Une pénalité agaçante et inutile : il suffisait de cliquer sur une boîte de conserve ou un tube nutritif dans son inventaire pour le manger, et le tour était joué. Mon personnage s’enfermait pour ne faire que de l’artisanat ; la nourriture était donc une ressource dont je ne manquais jamais.
Mais si tout ça devenait réel, c’était une autre histoire.
Grrrrou !
« Beuh… »
Avant même que j’aie fini d’y penser, une douleur aiguë me tordit l’estomac et le monde se mit à tourner devant mes yeux.
Contrairement aux autres défauts, [Constitution de la Famine] pouvait me coûter la vie dès maintenant.
Ça craint…
La pression commença à monter : j’avais l’impression que je ne survivrais que si je me mettais quelque chose dans la bouche immédiatement. Il fallait que je trouve à manger.
C’est alors qu’une odeur me chatouilla les narines. L’odeur puissante de viande grillée, généreusement enduite d’assaisonnement.
Mon corps réagit avant mon cerveau. Prenant appui sur mes jambes vacillantes, je me dirigeai vers la source de l’odeur.
Elle provenait d’un stand installé au bord de l’avenue principale.
Un vendeur à l’air bourru, muni d’une prothèse en plastique bon marché à l’avant-bras, faisait griller des brochettes de viande mystérieuse sur un grill à pierre de mana.
Une pancarte toute simple indiquait : [Viande synthétique grillée, 1 brochette – 500 crédits].
Ding.
À la vue de ces mots, comme si le système avait attendu ce moment, je sus comment consulter le solde de mon compte dans ce monde. On aurait dit un tutoriel de jeu.
Je tapotai deux fois l’endroit derrière mon oreille avec mon poignet.
[Carte d’identité électronique intégrée de la Mégapole Gaon]
Nom : Seol Gye-hyeon (SEOL GYE-HYEON)
Date de naissance : 2013.03.03 (âge : 20 ans)
Classe de citoyenneté : E
Résidence : Mégapole Gaon, Ground Zero
[Solde du compte financier] > 5 000 crédits
Une carte d’identité apparut devant mes yeux sous forme d’hologramme. Le nom inscrit dessus était Seol Gye-hyeon. Dès que mes yeux se posèrent sur ce nom, la vie d’un certain Seol Gye-hyeon se déversa dans ma tête.
Abandonné par ses parents alors qu’il était enfant, il avait erré d’un foyer pour démunis à l’autre. Peu de temps auparavant, il avait eu vingt ans et avait été forcé de quitter son foyer pour se débrouiller seul.
Ha. Ce gamin était un vrai mendiant.
Il semblait avoir reçu environ 100 000 crédits d’indemnité en quittant le foyer, mais, avec sa naïveté, il s’était fait arnaquer et trimballer partout au lieu de s’installer quelque part. Un souvenir lui revint même : quelques jours plus tôt, on lui avait volé son sac, avec ses vêtements et toutes ses affaires.
Une brochette coûtait environ 500 crédits, et toute ma fortune s’élevait à 5 000 crédits.
De quoi acheter une dizaine de brochettes.
Mais qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? J’avais tellement faim que j’en avais la tête qui tournait et que j’étais sur le point de m’effondrer… Si j’essayais d’économiser, je mourrais de faim avant la fin de la nuit.
« Monsieur, une brochette ! »
Le vendeur détailla ma mine pitoyable et me répondit d’un ton bourru.
« 500 crédits. D’abord, tu paies. Si tu ne manges pas, dégage. »
J’étais un client, et il me parlait comme ça ? Il n’avait donc pas envie de vendre ?
Pourtant, l’odeur de viande juste sous mon nez embrouillait ma raison, alors je me préparai à payer aussitôt.
[Envoyer 500 crédits ?]
Deux doigts glissèrent sur mon poignet et mes 500 crédits, gagnés à la sueur de mon front, s’envolèrent.
[Solde du compte : 4 500 crédits]
« Voilà. »
Je pris sans réfléchir la brochette qu’il me tendait avec sa prothèse en plastique. Je la mâchai et l’avalai en un éclair, sans même avoir le temps d’en goûter la saveur.
Mais [Constitution de la Famine] ne se contenta pas d’une simple brochette. Non, dès que quelque chose arriva dans mon estomac, ma patience vola en éclats.
Il me fallait plus de calories.
« Monsieur. Vite. Encore une. »
« Hein ? Ah, d’accord. »
Surpris de me voir tendre la main avec autant d’empressement, le vendeur tressaillit et posa une nouvelle brochette sur le grill.
Deux, trois, cinq…
Ce ne fut qu’après en avoir englouti neuf autres à la suite que je repris enfin mes esprits.
« Eh ben, client ! Vous avez un sacré appétit. Alors, je vous en grille une autre ? »
Où était passé le type qui m’avait dit de dégager ? Le vendeur avait complètement changé d’attitude et se frottait les mains en me regardant.
À vrai dire, je n’avais pas encore tout à fait l’estomac plein, mais je ne pouvais pas en acheter davantage, pour une bonne raison.
[Solde du compte : 0 crédit]
Toute ma fortune, envolée d’un coup.
« Monsieur, j’en ai mangé dix. Vous pourriez m’en offrir une en cadeau ? »
« Quoi ? Un cadeau ? Ne me porte pas la poisse pendant que je travaille. Dégage, tu veux ? »
Le vendeur me lança un regard furieux, les yeux exorbités, puis jeta un coup d’œil sur le côté.
En apercevant une arme à feu posée là, je reculai prudemment loin du stand.
Sérieusement, dix brochettes, ça ne suffisait pas pour en avoir une gratuite ? Quel radin. Ce monde…
Sur cette pensée, je m’éloignai jusqu’au bord de la route et compris peu à peu que tout le quartier était une rue de stands. Il y en avait partout, et ils hélaient les clients à qui mieux mieux.
« Ah. J’aurais dû goûter autre chose au lieu d’en acheter dix. »
Regretter maintenant ne changerait rien. Les brochettes pour lesquelles j’avais dépensé 5 000 crédits étaient déjà dans mon estomac.
Ce qui était mangé était mangé. Le plus important, c’était de savoir où et comment j’allais dormir cette nuit. Je marchais dans la rue en réfléchissant à la suite.
Maintenant que j’y prêtais attention, les stands ne vendaient pas que de la nourriture. On en trouvait aussi pour les vêtements, les vieilleries comme les disques, et même les armes.
Le quartier n’est pas riche, alors les marchandises ne sont pas en très bon état.
Ground Zero, où vivait Seol Gye-hyeon, ressemblait davantage à un bidonville en périphérie de la ville, où s’entassaient les plus pauvres. C’était sans doute pour ça que tout ce qui se vendait était d’occasion et abîmé.
De la camelote du genre de celle qu’on était forcé de récupérer et d’utiliser dans Fupunkalypse.
Une idée me traversa alors l’esprit.
Si c’était une rue de stands, je pouvais bien installer le mien à l’arrache.
Si tous les défauts que j’avais choisis s’étaient appliqués à mon corps, mes atouts abusés avaient dû suivre, non ? Je pouvais donc me faire passer pour un ingénieur, comme mon personnage dans le jeu.
Ding.
Au moment même où j’en eus la certitude, de nouvelles connaissances me picotèrent l’esprit. C’était le manuel d’activation des capacités. Suivant les instructions, je me concentrai pour faire remonter quelque chose du fond de ma tête et levai lentement la main droite.
Puis je fixai un déchet : un mégot qui roulait sur le sol.
Hmmm…
Incroyablement, le mégot se mit à flotter lentement dans les airs, défiant la gravité et suivant le mouvement de ma main.
<Psionique> Télékinésie de précision (-25 pts)
Ça marche vraiment ?
C’était l’un des atouts psioniques de mon build.
Je l’avais choisi pour compenser le malus d’efficacité de la force dû à l’Atrophie musculaire extrême. Faible au début, il devenait de plus en plus puissant au fil de la progression : c’était un atout à maturation tardive.
Ingénieur ou pas, je ne pouvais pas faire le boulot en comptant sur une force qui ne progresserait jamais. Plus la technologie était avancée, plus on devait souvent utiliser de l’équipement lourd.
Et contrairement aux arts du corps, qui nécessitaient du mana stocké dans le dantian, ou à la magie, qui en exigeait dans le cœur, les pouvoirs psioniques fonctionnaient grâce à l’énergie des cellules mutantes, et non au mana. Mes défauts n’avaient donc aucune incidence.
Mais puisque cette énergie venait de mes cellules, j’aurais faim si je l’utilisais trop. Avec un corps affligé de [Constitution de la Famine], je devais tout de même faire attention.
Une fois certain que la capacité fonctionnait, je promenai fébrilement le regard autour de moi.
Avec les atouts que j’avais choisis, je pouvais cesser de m’inquiéter à l’idée de dormir dehors cette nuit. En regardant un peu autour de moi, j’aperçus un point de collecte des déchets où s’entassaient, comme une montagne, les gros cartons jetés par les stands.
<Magie d’émission> Contrôle des fils de mana (-25 pts)
Le Contrôle des fils de mana avait été le sort principal de mon ancien build de mage de combat. Il était si polyvalent, même dans ce build-là, que je l’avais repris dans l’arbre d’ingénieur. Et il s’avérait que c’était un outil à tout faire incroyablement pratique.
Avoir [Carence en mana du cœur] ne signifiait pas que je ne pouvais pas du tout utiliser la magie. Je ne pouvais simplement pas devenir un mage de haut rang. Utiliser faiblement le Contrôle des fils de mana en guise d’outils ne posait aucun problème.
Et même le manque de mana dû à la Carence en mana du cœur pouvait être largement compensé, à condition que je fabrique des outils auxiliaires avec mes propres compétences.
Le Contrôle des fils de mana était un sort utilitaire que j’avais choisi pour travailler à mains nues, au début, quand je n’aurais aucun outil correct. Il me permettait de tirer de fins fils de mana du bout des doigts.
On pouvait leur donner trois propriétés : la coupe, la rotation et une chaleur intense. Des caractéristiques parfaites pour les outils d’un ingénieur.
Cette fois, je puisai de l’énergie autour de mon cœur et commençai à la libérer par les mains. Un fil de mana long comme une phalange jaillit du bout de mes doigts.
Quand je l’appliquai contre un carton, il le trancha sans difficulté et y perça des trous.
« Parfait. Essayons ça. »
Je rassemblai les cartons et commençai à construire un stand dans un coin. Je les découpai et les assemblai avec les fils de mana qui jaillissaient du bout de mes doigts.
Peut-être grâce à ma statistique de dextérité élevée, je parvins en un rien de temps à bâtir un stand assez présentable avec de simples cartons.
Ça devrait suffire pour commencer à travailler, non ?
Des lettres commencèrent à apparaître sur l’enseigne, gravées au fil de mana.
[Réparations et améliorations en tout genre.]
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