WeTried Translations
Traducteur : [IncomeElastic]
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations raffolent ◈
Chapitre 27
──────
Rex (1)
Parmi le matériel que Serena avait laissé, il y avait aussi des médicaments.
Il suffisait de les charger dans la table d’opération pour prothèses : celle-ci calculait automatiquement le poids du patient et la proportion de prothèses, puis ajustait la dose. Autrement dit, l’ingénieur n’avait pas à s’en soucier.
Je poussai une ampoule du placard de rangement dans l’orifice de dosage de la table.
Clac.
Glouglou…
Le médicament se mit à couler dans le tuyau fixé au bras de Rex.
« Ça risque d’être un peu désagréable. C’est juste le médicament qui passe, alors n’y fais pas attention. »
Pour ce qui était du médicament… Ce n’était pas un grand hôpital, et cette table n’était pas équipée pour plonger quelqu’un dans un sommeil anesthésique. Elle ne faisait qu’engourdir légèrement la zone autour de l’opération.
Ensuite, je manipulai l’interface et désactivai la fonction de douleur de la colonne vertébrale. Une prothèse n’avait pas vraiment besoin de ressentir la douleur, mais sans elle, on ne pouvait pas savoir jusqu’où on poussait son propre corps. C’était donc une fonction intégrée exprès.
Mais quand même… Ça va probablement faire mal.
Les membres pouvaient être complètement séparés du torse, alors ils faisaient moins mal. Le châssis de la colonne, c’était différent. Une fois opéré, il se raccordait entièrement au système nerveux du corps ; impossible donc d’éliminer toute la douleur.
Comment le savais-je ? Dans le jeu, tous les PNJ à qui j’avais fait ça hurlaient à plein poumons.
C’est ainsi que je me préparai pour l’opération.
« … Au fait. »
« Oui ? Vas-y. »
« Avec toutes mes prothèses éteintes, comment je suis censé lever la main ? »
« Ah. C’est vrai. Si tu as mal, dis-le-moi. »
Sur ces mots, je glissai une serviette entre les dents de Rex.
« Mmph ? Comment tu veux que je dise que j’ai mal, avec la bouche bourrée… »
« Silence, s’il te plaît. On commence l’opération. »
Je n’avais dit ça que pour le rassurer. Ce n’était pas une opération que je pouvais interrompre à mi-chemin sous prétexte qu’il avait mal.
À ces mots, Rex ferma les yeux, comme un homme qui avait renoncé à tout.
Vzzzzing.
Lorsque le boîtier du châssis de la colonne s’ouvrit, mes mains s’immobilisèrent malgré moi.
La colonne principale Type 3, fabriquée par Baekdu Precision.
À vrai dire, je ne l’avais pas beaucoup manipulée.
Même parmi les PNJ du jeu, il était rare de voir quelqu’un équipé d’une colonne d’entrée de gamme.
Je ne connaissais cette pièce que parce que Flawless All-Metal l’avait utilisée comme noyau de son build, sur le forum.
┗ « Flawless All-Metal » : La colonne principale Type 3 de Baekdu Precision est le cœur du build tout-métal. Commencez par l’installer, puis lancez-vous.
┗ Tu me dis de commencer par installer une colonne bas de gamme ?
┗ « Flawless All-Metal » : Essaie et tu comprendras. Elle est conçue pour l’entrée de gamme, mais ce n’est pas une pièce bas de gamme. Elle est foutrement bien fabriquée, cette chose.
À l’époque, je m’étais demandé ce qu’il voulait dire. Jusqu’à ce que j’en ouvre une moi-même, avec mon personnage ingénieur.
Je regardai l’intérieur du châssis.
… Ouais, on sent la main d’un maître rien qu’à la conception.
La structure interne était étonnamment spacieuse.
En général, les prothèses d’entrée de gamme étaient conçues pour correspondre exactement à leur catégorie. C’était comme ça qu’on les rendait bon marché. Pas besoin de laisser de la marge dans un appareil qui ne recevrait jamais davantage de puissance.
Celle-ci était différente. Les conduits où circulait le mana étaient bien plus larges que ce que Rex y faisait passer pour l’instant.
Ils l’ont conçue pour durer. Surtout pour une colonne vertébrale.
Baekdu Precision travaillait avec des artistes martiaux d’entrée de gamme. Quand le niveau d’un combattant augmentait, son corps changeait ; et quand son corps changeait, il fallait remplacer ses prothèses.
Mais cette pièce avait été conçue dès le départ en tenant compte de cette évolution. Installée à bas niveau, elle pouvait tenir un bon moment, même si son propriétaire continuait à progresser au-delà du niveau intermédiaire.
Le seul problème, c’était que Rex n’avait jamais vu son niveau augmenter.
… Alors, tout ça est resté inutilisé depuis tout ce temps.
Le mana n’avait jamais rempli ces conduits généreusement dimensionnés. Depuis des années, cette colonne était restée inactive, sans même exploiter la moitié de ses capacités.
Je contemplai un instant cet espace vide.
Il suffisait d’y fixer un module d’aspiration pour que ces conduits soient enfin utilisés sur toute leur largeur.
Et s’il pouvait faire circuler du mana dans toute cette colonne…
Il pourrait produire une puissance supérieure à celle que son niveau lui permet.
Et peut-être que, s’il s’habituait à une puissance qui dépassait son niveau…
Un jour, il pourrait briser ses limites et progresser.
Après avoir poussé mes réflexions jusque-là, je laissai échapper un lourd soupir devant la colonne ouverte.
Modifier les membres avait été facile. Découper le boîtier, installer le port d’aspiration à sa place. Rien de compliqué.
Mais la colonne principale Type 3 ne pouvait pas être traitée de cette façon.
Les conduits de mana étaient si serrés que fixer un port d’aspiration réduirait d’autant l’espace disponible.
Alors, que faire ? Relier un tube au port d’aspiration et créer un conduit supplémentaire pour le mana.
Et comment l’insérer ? Eh bien…
Le plan consistait à tout tirer vers l’extérieur et à le réinstaller proprement.
Au total, huit modules d’aspiration devaient trouver leur place dans son dos.
Mon Fil de mana pouvait techniquement s’occuper de ce travail, mais il allait forcément être long, et ni ma maigre réserve de mana ni ma batterie de mana ne suffiraient.
Et pour être honnête, je n’avais pas le courage de faire ça de mes propres mains. Découper la chair de quelqu’un pour lui insérer une machine, ce n’était pas quelque chose que je voulais faire moi-même si je pouvais l’éviter. Et ce n’était pas comme s’il n’y avait pas d’autre solution.
La seule consolation, c’était que le travail ne demandait pas une précision exceptionnelle.
« Ouf… Maintenant, on passe à la vraie opération. Essaie de supporter la douleur, s’il te plaît. »
Je mis la table d’opération en marche.
* * *
En entendant la voix de l’ingénieur, Rex ferma les yeux.
Un grondement sourd qui lui glaça le sang s’éleva dans son dos.
Quand la lame le toucha pour la première fois, Rex serra les dents, assailli par une sensation qu’il n’avait pas éprouvée depuis longtemps.
Ça faisait un bail que je n’avais pas vécu ça.
Une lame qui pénétrait son corps, déchirait sa chair à vif, cette sensation d’être blessé… Cela faisait vraiment longtemps.
Depuis qu’il avait plus de prothèses que de chair, il n’y avait plus aucune raison qu’une lame le touche.
Les ingénieurs qui acceptaient d’opérer son corps avaient eux aussi disparu.
Sentant sa chair se faire déchirer, Rex se remémora le passé.
* * *
Rex savait bien qu’il n’avait rien d’un grand homme.
Il n’était ni intelligent ni fort. Il ne pouvait se vanter d’aucun talent particulier.
Alors, à la place, Rex avait appris à serrer les dents.
Quand une bagarre éclatait avec les gamins du quartier, il encaissait quatre fois plus de coups sans jamais abandonner.
Il fonçait le nez cassé, les dents en moins. Il tombait, se relevait, retombait, se relevait encore.
Tôt ou tard, l’autre finissait toujours par s’épuiser le premier, et Rex pouvait alors gagner.
Endurer, endurer, continuer à endurer, et gagner un jour. C’était ainsi que Rex avait appris à vivre depuis l’enfance.
Il avait cru qu’en vivant comme ça, il gagnerait toujours…
Mais Rex avait fini par rencontrer, pour la première fois, quelque chose qu’il ne pouvait pas vaincre en endurant.
Il avait dix-neuf ans, peut-être ?
Pour la première fois, Rex avait affronté un adversaire qu’il ne pouvait pas battre, quelle que soit la durée du combat.
C’était un membre de bas rang du Chien Noir, et Rex se souvenait à peine, aujourd’hui, de la raison de leur bagarre.
Même si ce n’était qu’une rixe banale contre un membre de bas rang, Rex avait senti un mur infranchissable se dresser devant lui.
Ce jour-là, Rex avait compris pour la première fois qu’il y avait des choses, dans ce monde, qui ne cédaient pas, même quand on serrait les dents de toutes ses forces.
On l’avait réduit en bouillie, le visage dans la poussière.
« Ça suffit. Arrête. »
À la voix d’une femme, le pied qui n’arrêtait pas de le piétiner se souleva.
Quand Rex releva la tête, il vit une femme.
Une femme d’une beauté qu’il n’avait encore jamais vue de sa vie.
Des cheveux noirs, des yeux noirs. Il croyait que de telles couleurs n’existaient que sur les écrans.
Et puis, elle était incomparable aux femmes du quartier rouge qu’il avait aperçues dans les ruelles… Comment dire ?
De la grâce. Oui, une grâce que les femmes du quartier rouge ne pourraient jamais imiter, et qu’il découvrait pour la première fois.
Rex fixa ce visage, hébété. Il en oublia même qu’il avait la bouche pleine de sang.
« Tu pourrais bien me servir. Si tu me suis maintenant et que tu promets de travailler pour moi toute ta vie, je laisserai passer ça. Alors ? »
Rex ne parvint pas à répondre.
Ce n’était pas qu’il n’avait pas compris ce qu’elle disait. Il ne pouvait tout simplement pas détacher les yeux de son visage.
La femme pencha légèrement la tête.
« Si tu ne veux pas, tant pis. »
Ces mots ramenèrent Rex à lui.
« Je le ferai. »
Il avait à peine réussi à prononcer ces mots, d’une voix rauque à cause des coups.
À sa réponse, la patronne tourna les talons sans réagir. Elle ne lui dit pas qu’il avait fait le bon choix, ne lui demanda même pas son nom.
Il apprit plus tard que la patronne ne se souvenait même pas de ce moment.
Ça n’avait aucune importance.
À partir de ce jour, Rex vécut pour cette personne.
* * *
« Grrrrrrr… »
… Putain, il tient sacrément bien le coup.
J’étais franchement un peu impressionné.
Ce que je faisais, là, c’était découper de la chair vive pour y enfoncer une machine. L’anesthésiant que je lui avais administré n’avait fait qu’atténuer légèrement la sensation.
Et pourtant, depuis un moment, cet homme n’avait pas bougé d’un pouce. Il serrait les dents et supportait la douleur. De temps à autre, j’entendais ses dents grincer, mais c’était déjà miraculeux, à vrai dire.
N’importe qui d’autre aurait pu s’évanouir.
C’est peut-être parce qu’il a déjà subi beaucoup d’opérations pour ses prothèses…
Je jetai un œil à l’interface.
Le quatrième module était à moitié installé. Il n’en restait plus que quatre.
« … On a presque fini. Encore un peu, tiens bon. »
* * *
Une fois entré au Chien Noir, Rex avait de nouveau pu constater à quel point il ne valait rien.
Il se heurtait toujours au même mur.
Mais dans ce monde, endurer ne suffisait pas.
Alors que ses camarades, entrés au même moment que lui, gravissaient les échelons, Rex, lui, restait sur place.
Malgré tout, il avait tenu bon. À force de serrer les dents, on finissait par endurer.
Il avait obtenu sa première prothèse après avoir, par un heureux hasard, réussi une grosse mission pour l’organisation.
La première prothèse que la patronne lui avait donnée, ce jour-là, était un bras gauche.
Et grâce à ce bras, Rex avait tué le membre qui lui avait fait découvrir ce mur.
Ce jour-là, Rex avait compris quelque chose.
Ah. Quand on n’a pas de talent, on n’a qu’à l’acheter.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>