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◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations s’arrachent les services ◈
Chapitre 001
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J’ai survécu cent ans dans le jeu de ma vie, et puis…
Le jeu auquel je jouais s’appelait « Punk Fusion 2333 Apocalypse », ou Fupunkalypse, pour faire court.
Un jeu indépendant qui poussait d’innombrables joueurs dans leurs derniers retranchements depuis sa sortie.
Alors que tout le monde jetait sa manette et désinstallait le jeu dès le tutoriel, moi, je m’y accrochai pendant plusieurs années.
« Il doit être sacrément bien, ce jeu, non ? Ces derniers temps, chaque fois que je te vois, tu y joues. »
« Alors, tu veux dire que tu as encore disparu parce que tu jouais ? »
« Qu’est-ce qui compte le plus pour toi : un événement dans un jeu ou notre anniversaire ? »
« Laisse tomber. Si tu ne fais que jouer, je rentre chez moi. »
« C’est fini entre nous. »
Le jeu m’avait tellement happé que j’avais rompu avec ma copine, avec qui j’étais sorti pendant trois ans, mais ça ne m’avait pas beaucoup affecté. C’était le jeu de ma vie, si bon que le temps que j’aurais consacré à une petite amie m’aurait semblé perdu.
C’était un roguelike hardcore qui se déroulait dans un monde postapocalyptique, plusieurs centaines d’années après qu’une catastrophe eut détruit les villes du futur.
Dans cet étrange dépotoir où arts martiaux et magie, créatures mutantes et robots, pouvoirs psychiques et technologies futuristes se côtoyaient, j’avais choisi une classe d’artisanat : ingénieur.
Au départ, je n’avais pas prévu de choisir une classe d’artisanat.
« C’est putain de dur de trouver de l’équipement pour améliorer mes stats. »
J’avais commencé avec une classe de combat, mais j’avais compris en avançant que, dans ce monde, tout dépendait au bout du compte de l’équipement.
Les guerriers et les mages avaient besoin d’équipements cybernétiques d’amélioration haut de gamme, tandis que les psychiques incontrôlables avaient besoin de pièces suppressives pour éviter de perdre les pédales.
Mais trouver de l’équipement vraiment performant relevait du parcours du combattant. Impossible d’en dénicher sans connaître un bon technicien.
« Attends, ils vendent un équipement pareil à ce prix-là ? Bande de salauds sans scrupules. »
Et trouver un bon technicien dans ce monde, c’était comme décrocher la lune.
« Ah, merde. Ça me dégoûte. Je vais le fabriquer moi-même. »
Je créai un nouveau personnage en me disant : « Bon, allez, je vais essayer », et c’est comme ça que tout commença. Plus je m’immergeais dans la classe d’artisanat, plus je lui découvrais de charme.
Le monde avait été balayé par l’apocalypse. Y trouver de l’équipement et des technologies en état de marche relevait presque de l’impossible. Tout le matériel éparpillé aux quatre coins était à moitié cassé et complètement défoncé.
« Waouh. Je l’ai à peine retapé alors qu’il était presque bon pour la casse, et il fonctionne déjà aussi bien. Qu’est-ce que ça donnerait une fois entièrement restauré ? »
Fidèle à sa technologie futuriste, l’équipement continuait de fonctionner par la seule force de sa volonté, même à moitié détruit. Mais, à mes yeux, c’était du gâchis, et je voulais voir cette technologie sous sa forme complète.
L’arbre technologique que j’explorais était aussi vaste que détaillé. Le système d’artisanat était si profond et si abouti qu’on ne pouvait pas le réduire à un simple jeu. Sa richesse me captiva aussitôt.
Puis je compris qu’avec la classe d’ingénieur, il était réellement possible de restaurer les anciennes technologies.
« C’était à ça que servait cet outil, à l’origine ? »
Ça me procurait une joie immense. J’avais vraiment l’impression de restaurer la technologie d’une civilisation qui avait bel et bien disparu.
Mais un gros problème se posait.
La classe d’artisanat n’avait aucune capacité de combat.
Me faire abattre par un voleur qui entrait dans mon atelier était monnaie courante. Comme me faire tuer sur-le-champ parce que j’avais refusé de céder aux caprices d’un client qui trouvait les frais de réparation trop élevés. Il m’était même arrivé de mourir sur le coup pendant une fusillade déclenchée par un client qui avait tiré avec son arme pour « tester les performances » du produit que je venais de réparer.
« Ne tirez pas dans mon atelier !!! Espèces de putains d’abrutis !! »
Dans un roguelike, mourir signifie repartir de zéro. Mais à force de jouer, je m’étais vite habitué à la menace que représentaient ces petits poissons. Le vrai problème venait après.
Devenir l’ingénieur attitré d’un gros bonnet.
C’est là que les ennuis commençaient vraiment.
On pourrait croire qu’être l’ingénieur attitré d’un gros bonnet vous vaudrait un traitement de faveur. Eh bien, non.
Quand on devient l’ingénieur attitré de quelqu’un, les ennemis de cette personne deviennent aussi les nôtres.
Quand une guerre éclatait entre gros bonnets, un ingénieur comme moi devenait la cible numéro un, éliminé avant même la chair à canon.
Parce qu’on était, en gros, une base de ravitaillement stratégique pour l’ennemi.
Et même si l’on travaillait pour quelqu’un de si puissant qu’il n’avait aucun ennemi, ça finissait pareil.
« Du poison, cette fois, et sans laisser de traces ? Quelle bande d’obstinés. Vous étiez si jaloux de la faveur que j’avais reçue ? »
« Putain… cette fois, vous mettez le feu à l’atelier pendant que je dors, et moi avec ? »
Mon cent trentième personnage cracha du sang et mourut après avoir bu le poison glissé dans son verre par un subordonné de gros bonnet. Quant à mon deux centième personnage, son atelier partit en fumée, sans qu’il en reste la moindre trace.
Et ainsi de suite, trois cents fois.
Je mourus, renaquis, puis mourus encore, encore et encore, jusqu’à comprendre enfin comment survivre en tant qu’ingénieur dans ce jeu.
Ne pas trop faire confiance aux autres.
Ne pas avoir l’air faible.
Et se méfier des gros bonnets.
Ce ne fut qu’après avoir compris ça que je pus survivre longtemps dans ce jeu dément.
Au début, je tenais un an dans le jeu. Puis trois ans, cinq ans, dix ans… et enfin, aujourd’hui, j’allais atteindre les cent ans.
« Enfin… »
C’était un exploit miraculeux qu’aucun vétéran de la communauté Fupunkalypse n’avait jamais accompli.
Le jeu laissait entendre depuis longtemps que quelque chose arriverait si l’on survivait cent ans, mais il n’était pas assez facile pour que quiconque parvienne à tenir jusque-là.
Déjà, vivre plus de cent ans n’a rien de simple, même dans le monde réel et paisible. Alors survivre cent ans dans ce jeu hardcore, au milieu d’une civilisation à moitié détruite et de toutes les saloperies imaginables ?
C’était un cap qu’aucun des vétérans célèbres, qui débattaient sans relâche sur la communauté et peaufinaient leurs configurations de combat, n’avait atteint.
Mais contre toute attente, j’avais remonté le mécanisme de cette horloge jusqu’au bout et tenu cent ans dans ce monde apocalyptique complètement dingue.
Les spéculations allaient bon train sur ce qui arriverait une fois les cent ans écoulés.
On évoquait aussi bien l’apparition d’un objet rare que l’ascension de la ville dans les airs ou la découverte de l’emplacement d’un bunker souterrain secret.
Toutes sortes de théories sur des easter eggs avaient circulé, mais la plus probable concernait une fin. Certains supposaient qu’une conclusion allait apparaître.
Ils imaginaient que si Fupunkalypse, un roguelike offrant une grande liberté et dépourvu de véritable histoire principale, devait avoir une fin, ce serait forcément à cet endroit.
Et j’avais sous les yeux le résultat de toutes ces spéculations.
[Calcul en cours…]
[Suivant : ENTRÉE]
Alors que j’avalais ma salive avec difficulté, j’appuyai sur la touche ENTRÉE.
Un message système que je n’avais jamais vu dans la moindre capture d’écran de la communauté s’afficha sur mon écran.
[Le projet Punk Fusion 2333 Apocalypse est terminé.]
[Temps de survie de 100 ans atteint. Déblocage du scénario caché.]
[Suivant : ENTRÉE]
« Quoi ? Un scénario caché ? Il y a encore du contenu après ça ? C’est réel ? Ce jeu est divin ! »
J’appuyai de nouveau sur la touche ENTRÉE.
[Transférer les données utilisateur en 2033, point de départ de l’effondrement de l’humanité ?]
[Appuyer sur ENTRÉE signifie que vous acceptez.]
« Putain de merde. Alors, c’est un contenu où l’on retourne trois cents ans dans le passé pour empêcher l’apocalypse ? C’est carrément un autre jeu à l’intérieur du jeu ! Pourquoi ils n’en ont pas fait la promotion ? Ou alors, c’est un teaser pour la suite ? »
J’appuyai frénétiquement sur le bouton de capture d’écran, impatient de voir ce que la communauté dirait quand je publierais ce que je venais de découvrir.
Tout en y pensant, j’appuyai sur la dernière touche ENTRÉE.
« Qu’est-ce que… où est-ce que je suis ? »
J’ouvris les yeux dans une ruelle que je n’avais jamais vue de ma vie.
* * *
Au début, je crus m’être simplement réveillé dans une ruelle inconnue, quelque part en Corée. Il y avait une quantité franchement excessive de crasse poisseuse et de déchets impossibles à identifier par terre, mais il devait bien exister, quelque part en République de Corée, une ruelle aussi sinistre.
« J’ai bu hier soir ? Non, attends, merde. C’est pas ça. J’étais bien en train de jouer. »
En doutant de mon propre état mental, je fouillai mes poches pour essayer de comprendre ce qui se passait.
Mais elles étaient vides. Pas de smartphone, pas de portefeuille. J’étais complètement fauché.
« Quelqu’un m’a vraiment dépouillé en plein Séoul, à notre époque… ? »
Je laissai ma perplexité derrière moi et me mis en route pour trouver une artère principale, histoire de découvrir où je me trouvais à Séoul.
Mais plus j’avançais, plus les choses me semblaient étranges. Les bâtiments avaient parfois cet aspect coréen familier, puis, l’instant d’après, ils paraissaient bizarres et étrangers.
Les gens que je croisais n’avaient rien de banal non plus. Des Occidentaux vêtus de fringues crasseuses et maculées, des Asiatiques de l’Est avec des couleurs de cheveux étrangement singulières… Même si j’avais voulu leur poser une question, aucun mot ne me serait venu.
Et puis, quand je finis par sortir du dédale de ruelles pour déboucher sur une artère principale…
« … Putain de merde. »
Je ne m’étais pas simplement retrouvé dans un endroit inconnu. J’avais atterri dans un monde totalement différent de celui où j’avais vécu.
Des enseignes au néon, mêlant pêle-mêle anglais, coréen, caractères chinois et signes géométriques impossibles à identifier, illuminaient la rue plongée dans la nuit.
Et les gens qui déambulaient parmi elles étaient encore plus étranges. Des cyborgs aux bras et aux jambes artificiels en métal brillant, des mutants à la peau reptilienne qui bavaient en marchant… Ils se promenaient comme si tout cela était parfaitement normal.
Alors que je fixais la scène d’un air hébété, mon regard finit par se lever vers le ciel de cette ville.
Un smog bariolé et criard, que je n’avais jamais vu dans le ciel de la Corée d’où je venais et qui semblait malsain rien qu’à le regarder, voilait le ciel comme une broderie.
Ce ne fut qu’après avoir vu ça que je me rappelai le nom de cette ville.
« Gaon. La Mégapole Gaon. »
C’était exactement comme dans la description de la ville, réputée avoir été détruite trois cents ans plus tôt, dans le jeu auquel j’avais joué : « Punk Fusion 2333 Apocalypse ».
Oui. J’étais entré dans le monde du jeu.
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