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◈ Je suis devenu un ingénieur de génie dont les mégacorporations raffolent ◈
Chapitre 015
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Garage Titan (2)
Gordon parcourut le rapport que Vivian lui avait remis.
L’état du corps de Dex qui y était décrit dépassait tout ce que le mot « pitoyable » pouvait exprimer.
Outre le cœur et le dantian broyés, dont Gordon connaissait déjà l’existence, son corps avait subi une mutation qui empêchait ses muscles de se développer, ainsi qu’une autre, malveillante, qui avait rendu son métabolisme de base grotesquement élevé.
On aurait dit que quelqu’un l’avait délibérément remodelé par pure méchanceté, dans le seul but de lui rendre la vie misérable.
Avec un corps pareil, survivre tout en bas, dans un endroit comme Ground Zero, ne laissait guère le choix : il fallait faire le mort, se tenir tranquille et ramper au ras du sol pour gagner de quoi vivre.
Normalement, quiconque se retrouve dans cet état dans les quartiers inférieurs finit par sombrer dans le désespoir ou par crever dans une ruelle.
Un corps maudit qui avait non seulement perdu toute chance de remonter vers les quartiers supérieurs, mais ne pourrait jamais devenir une puissance absolue à Ground Zero, où seule la force faisait loi.
Pour quelqu’un qui avait connu le confort des quartiers supérieurs, pouvait-on imaginer pire châtiment ?
Après avoir goûté à un ciel éblouissant, se voir condamné à tomber à Ground Zero et à y pourrir jusqu’à la fin de ses jours, c’était une torture pire que la mort.
Mais en tournant la page suivante, Gordon sentit son intérêt s’éveiller.
Les traces de magie de quatre systèmes — Émission, Détection, Récupération et Précepte — étaient gravées tant bien que mal dans le cœur brisé.
Avec son dantian réduit en miettes et le développement de son corps bloqué, le gamin avait appris à la hâte des sorts de bas niveau et les avait fourrés dans son cœur, tout ça pour survivre et se frayer un chemin vers le haut.
Malgré ce lourd carcan, il cherchait encore un moyen de percer le ciel par ses propres forces.
Intéressant. Ce gamin… mérite bien plus que je ne le pensais qu’on le surveille.
Il rappela à Gordon de vieux souvenirs, ceux de sa propre chute depuis les sommets jusqu’au fond du gouffre, longtemps auparavant.
C’était pour cela qu’il allait voir le gamin. Pour découvrir ce qu’il avait fait entre-temps et comment il s’en était sorti.
Il l’aimait bien, alors il comptait l’aider à vivre un peu plus en sécurité.
Au bout d’une ruelle de Ground Zero, là où s’amassait un épais smog.
Quand Gordon arriva devant le refuge, il n’eut d’autre choix que de s’arrêter.
Le gamin qu’il était venu chercher sortait justement du refuge et s’affairait à quelque chose.
« Hé, gamin. Qu’est-ce que tu fabriques ? »
C’est alors qu’il l’interpella.
Une vieille enseigne au néon était accrochée au mur extérieur du refuge. Elle grésillait en diffusant une lueur rouge.
[ Garage Titan ]
C’était le nom que Gordon avait choisi pour son garage, très longtemps auparavant, quand il avait commencé à remonter les échelons depuis cette fosse à purin.
Le gamin avait déterré cette vieille enseigne, enfouie sous la poussière dans un coin de la réserve, et l’avait accrochée au mur du bâtiment.
« Ha, hahahaha ! »
Gordon éclata de rire.
Un nom beaucoup trop lourd et prestigieux pour un gringalet qui semblait prêt à s’envoler au moindre coup de vent.
Mais pour ce petit salaud coriace, qui s’acharnait à percer le ciel malgré un carcan maudit qui ne le laisserait jamais remonter, ce nom était peut-être plus approprié que n’importe quel autre au monde.
En entendant le rire soudain de Gordon, Dex se retourna, l’air perplexe.
« … Monsieur ? Pourquoi vous vous marrez comme un fou dès que vous débarquez ? »
Un sourire se dessina au coin des lèvres de Gordon.
Ce cinglé me traite de grand ponte et se permet quand même de me parler comme ça. Même ça, je trouve ça drôle.
« Rien. J’ai ri parce que cette enseigne semble avoir trouvé son propriétaire idéal. »
* * *
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Le vieux Gordon avait débarqué de nulle part, gloussé dans son coin, puis sorti une phrase que je ne comprenais pas.
« Tu as accroché ça parce que tu comptes te servir de cet endroit comme d’un garage, non ? »
Ce n’est qu’alors que je compris ce qu’il voulait dire.
« Ah. Ça ? Ouais. Enfin, je ne trouvais pas de nom, et en inventer un autre, ça aurait été pénible… Je n’ai pas le droit ? »
À bien y réfléchir, le propriétaire ne m’avait jamais vraiment dit que je pouvais m’en servir comme atelier… Est-ce que j’avais le droit de modifier l’endroit comme bon me semblait ?
« Si. Je t’ai dit que je te le prêtais, alors fais-en ce que tu veux. »
Waouh. Fidèle à lui-même, le vieux Gordon était généreux.
C’est ce que je me disais quand il reprit la parole.
« Mais… tu as bien fait le travail que je t’ai confié ? »
Je gardai la bouche fermée.
À vrai dire, j’avais plein d’excuses.
Il y avait eu tant de clients tout à coup que je n’avais presque pas eu le temps de travailler, ou alors j’avais eu tellement de choses à nettoyer que ça m’avait pris deux jours à lui seul…
Mais mon instinct me disait de m’abstenir.
Le vieux Gordon n’était pas du genre à se laisser berner par une excuse bâclée.
Avant, je m’étais dit que je pourrais peut-être m’en tirer en lui parlant de la batterie de mana quand il viendrait, mais maintenant qu’il était juste devant moi, je sentais que je ne devais pas le faire non plus.
Le vieux voulait des résultats concrets, pas des excuses ni un récit de mes efforts.
Alors je choisis une troisième option.
« Vous m’avez dit de fabriquer quelque chose qui pourrait rapporter de l’argent. »
« C’est exact. »
« Et si je vous donnais directement de l’argent ? »
« Quoi ? »
D’un geste du poignet, je transférai sur le compte du vieux Gordon les 200 000 crédits que Vivian venait de me verser comme honoraires de consultation. La totalité.
« Hum ? Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est ce que j’ai gagné en restant ici ces deux derniers jours. Prenez-les, pour l’instant. »
« Je t’ai demandé un produit qui rapporterait de l’argent, pas de l’argent. »
À la remarque cinglante du vieux Gordon, je déglutis malgré moi.
C’était là que tout se jouait. La façon dont je présenterais les choses pouvait complètement changer l’opinion qu’il avait de moi.
« Bien sûr, j’ai aussi fabriqué quelque chose. C’est juste que ça ne se voit pas. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Aujourd’hui, j’ai réparé la prothèse de la doctoresse que vous m’avez envoyée. Et elle m’a dit que, puisque le produit de la mégacorporation était clairement défectueux, elle allait la poursuivre en justice. »
Mes paroles firent briller une étincelle d’intérêt dans les yeux du vieux Gordon.
« Quoi ? Tu as trouvé un défaut dans un produit d’une mégacorporation ? »
Bien. J’y étais presque.
« Oui. Alors j’ai rédigé un avis technique sur ce produit défectueux. Et les 200 000 crédits que je viens de vous donner, ce sont les honoraires que j’ai reçus pour ce document. On peut bien dire que j’ai fabriqué quelque chose qui rapporte, non ? »
À mon culot, le visage qui s’était figé se fendit de nouveau d’un rire tonitruant.
« Hahaha ! Tu ne manques pas d’aplomb, ça, je te l’accorde. Il n’y a que toi pour présenter aussi brillamment le fait de n’avoir rien fait. »
Ça faisait mal.
Comme prévu, le grand ponte n’avait pas avalé ce petit numéro mal ficelé.
« Mais si tu es capable de couvrir tes excuses d’autant d’aplomb et d’habileté, je ne peux pas m’empêcher de reconnaître ton mérite. Très bien. Vu les efforts que tu as fournis, je vais te laisser un peu plus de temps. Et j’aime bien ce que tu as réussi à faire. Tu as ridiculisé ces salauds de mégacorporation, alors je peux bien t’accorder ça. »
Clic. Fsss…
Il se mit un cigare dans la bouche, l’alluma, puis souffla un long nuage de fumée dans l’air en faisant « Haaah ».
« Cette fois, je te donne une semaine. D’ici là, tu me rapportes au moins les mêmes 200 000 crédits, ou tu me prépares quelque chose qui me plaira. »
Bon. Cette fois, je m’en étais sorti, d’une manière ou d’une autre.
« Et pour le garage… »
Le vieux Gordon jeta un coup d’œil à l’intérieur que j’avais remis en ordre, puis sourit.
« Je vais te donner un coup de main. »
« Hein ? Comment ça ? »
« Tu le découvriras bien assez tôt. »
Sur ces mots, il s’éloigna d’un pas tranquille.
« Hein ? Vieux… Vieux monsieur ? Hé ? »
Il restait encore quelques portes verrouillées à l’intérieur, et celle du deuxième étage l’était aussi. Je voulais lui demander ce que je devais en faire.
Je pouvais les forcer si je voulais, mais le propriétaire les avait verrouillées pour une raison, non ? Il valait mieux demander avant de les ouvrir.
Mais en le voyant partir comme s’il avait terminé ce qu’il avait à faire, je me dis que je lui poserais la question une prochaine fois.
De toute façon, je n’avais pas besoin des portes intérieures ni du deuxième étage pour le moment.
Et puis, il y avait un avertissement à peine voilé dans son ton : le vieux était de bonne humeur et me laissait une marge de manœuvre, mais je n’avais pas vraiment accompli la tâche qu’il m’avait confiée. Inutile de chercher les ennuis dans ces conditions.
Quand la tension retomba, il devait être presque l’heure du dîner. J’eus la tête qui tournait et mon ventre gronda bruyamment.
« Voyons voir. Je crois que je vais manger de la gelée avec du sirop épicé. »
Je me demandai quel goût auraient les épices que le propriétaire de l’épicerie m’avait offertes en prime.
Pour l’instant, je fermai la porte d’entrée et rentrai.
Clac.
Mais qu’est-ce qu’il avait voulu dire par « coup de main », au juste ? Il allait m’envoyer des clients ?
Ou peut-être du matériel utilisable ?
À bien y réfléchir, n’avait-il pas dit quelque chose de ce genre à Vivian aussi, qu’il l’aiderait à lancer sa boîte ? Il voulait sans doute m’aider de la même façon.
* * *
Quand le lendemain arriva, je compris tout de suite quel genre de coup de main le vieux Gordon avait voulu m’offrir la veille.
Bam ! Bam ! Bam ! Bam !
« Le patron du Garage Titan est là ?! »
Car le lendemain matin, quelqu’un envoyé par le vieux Gordon se présenta juste devant ma porte.
« Enchantée, patron ! Sur ordre de Gordon, je commence à travailler dans ce garage aujourd’hui. Je m’appelle Rita ! Je compte sur vous ! »
Une voix enjouée retentit dès que j’ouvris la porte.
… Le coup de main qu’il m’avait promis, c’était de m’envoyer quelqu’un ?
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