Chapitre 227
Le Sénat du Royaume de Rinse.
Un groupe composé de vieux nobles ayant servi au moins trois rois.
Bien que le nombre de nobles affiliés fût très restreint, on ne pouvait pour autant sous-estimer le pouvoir qu'ils détenaient.
Mais comme ils n'avaient aucun désir particulier concernant les affaires du monde, il n'y avait presque aucun cas où ils exerçaient réellement leur autorité.
En fait, bien que beaucoup, au sein de la famille royale, des maisons nobles et parmi les citoyens ordinaires, eussent prédit que le Sénat rejetterait l'héritage du titre de comte par Roan, ils ne prirent en réalité aucune mesure.
De plus, ils ne montrèrent aucun mouvement particulier lors de la guerre de succession au trône, de la mort du second prince Tommy qui suivit, de la conspiration de Simon et des sorciers, ni même lors de l'alliance entre Kallum et Lukan.
« Ce Sénat m'a envoyé son insigne ? »
Roan fronça légèrement les sourcils.
Non, l'insigne n'était pas le problème.
L'identité de l'objet, ou peut-être l'ordre qu'ils avaient envoyé avec l'insigne, revêtait une importance capitale.
C'était un événement si inattendu qu'il était difficile de deviner leurs intentions.
« Au bout du compte, je ne peux qu'y faire face. »
Roan se mordit légèrement les lèvres et regarda le commandant de mille hommes.
— Faites-les entrer.
— Oui. Bien reçu, mon seigneur.
Le commandant de mille hommes répondit brièvement, puis sortit de la baraque.
— Mon seigneur. Qu'est-ce que cela peut bien être ?
— Le Sénat…
— Je me souviens que les 12 Jeunes Pousses du parti de la jeunesse et le Sénat n'entretenaient pas de très bonnes relations, mais…
De nombreux doutes s'élevèrent.
Un instant plus tard, la porte de la baraque s'ouvrit et le commandant de mille hommes réapparut.
— Je les ai amenés, mon seigneur.
Aussitôt ses mots prononcés, un groupe de jeunes hommes et femmes entra dans la baraque.
Il s'agissait des nobles survivants parmi les 12 Jeunes Pousses, avec Sith Wiggins à leur tête.
Ils étaient six au total, Sith inclus.
Ils se présentèrent avec un insigne de tissu bleu sur lequel étaient brodés trois lions.
C'était l'insigne du Sénat, qui révélait ouvertement la fierté d'avoir servi au minimum trois rois.
Devant l'insigne du Sénat, Roan et les vassaux de la maison du Comte Lancephil se levèrent tous de leurs sièges.
« C'est l'insigne du Sénat. »
« Le Sénat a vraiment envoyé des gens. »
« Et les 12 Jeunes Pousses du parti de la jeunesse, qui plus est… »
Des regards tendus circulèrent parmi les vassaux.
Pendant ce temps, Sith, qui était entré dans la baraque, s'inclina avec une expression émue.
— Le Baron Sith Wiggins du Royaume de Rinse salue le Comte Roan Lancephil.
Après cela, les autres nobles suivirent et s'inclinèrent à leur tour.
Peut-être à cause d'un voyage éprouvant, ils avaient tous une apparence déguenillée et tourmentée.
Mais, sans doute parce qu'ils avaient retrouvé Roan, un air de soulagement était visible sur tous leurs visages.
— Ravi de vous voir.
Roan serra la main de Sith et le fixa longuement sans dire un mot.
Roan et Sith entretenaient une relation considérable.
À l'époque où il avait réprimé la rébellion d'Elton Coat, c'était Sith qui avait recommandé Roan comme représentant du camp de Simon.
De plus, Sith avait envoyé la Baronne Elva Dionell et s'était efforcé d'enrôler Roan parmi les 12 Jeunes Pousses bien avant cela.
« À bien y réfléchir, la Baronne Elva Dionell suit-elle toujours le Prince Kallum ? »
Elva, qui dans sa vie passée était appelée la Vierge de Fer et de Sang, avait accompli de grands exploits lors de l'ascension de Kallum au trône.
Dans cette vie aussi, elle gardait le côté de Kallum.
« Elle devrait bientôt reprendre ses esprits si elle a un tant soit peu de jugeote. »
Roan sourit faiblement et offrit des sièges à Sith et aux autres nobles.
— Asseyons-nous d'abord pour discuter, messieurs.
— Oui. Merci beaucoup.
Sith et les jeunes nobles s'assirent et poussèrent un long soupir.
Leur nervosité s'était enfin dissipée.
Roan regarda alternativement ces 12 Jeunes Pousses et l'insigne du Sénat, puis demanda d'une voix calme :
— Les 12 Jeunes Pousses du parti de la jeunesse se sont-elles alliées au Sénat ?
À ces mots, de nombreux nobles, dont Sith, esquissèrent des sourires amers.
Cependant, il n'y eut aucune hésitation dans leur réponse.
— Puisque nous, les 12 Jeunes Pousses, et le Sénat sommes tous des nobles du Royaume de Rinse, mon seigneur.
Les autres nobles hochèrent doucement la tête aux paroles de Sith.
En premier lieu, l'objectif fondateur des 12 Jeunes Pousses était la prospérité du Royaume de Rinse.
À présent que le royaume s'était effondré, il n'y avait aucune raison de se diviser et de se battre contre le Sénat.
Sith fixa droit dans les yeux Roan et se leva de son siège.
— Avant de transmettre la volonté du Sénat, il y a une chose que nous devons dire, mon seigneur.
— Dites-la.
Roan hocha légèrement la tête.
Sith reprit son souffle un instant, puis parla d'une voix puissante :
— Nous, les six membres des 12 Jeunes Pousses, souhaitons rejoindre le Comte Roan Lancephil.
— Je vous en prie.
Les autres nobles, comme s'ils n'attendaient que cela, se levèrent et baissèrent la tête.
— Hhm.
Les vassaux de la maison du Comte Lancephil qui observaient la scène laissèrent échapper des murmures discrets.
Les jeunes nobles qui représentaient le royaume inclinaient tous la tête devant Roan.
C'était le moment où Roan, qui n'était qu'un simple lancier d'un village de montagne il y a quelques années à peine, plaçait les nobles du royaume sous son commandement.
Roan hocha légèrement la tête.
— Je n'ai aucune raison de refuser. Mais,
Sa voix devint grave.
— Vous devrez vous rabaisser par vous-mêmes si vous souhaitez me suivre.
À ces mots, Sith et les cinq nobles baissèrent à nouveau la tête.
Car ils comprenaient parfaitement le sens des paroles de Roan.
— Les paroles du Comte, nous les graverons, et les graverons encore dans nos esprits, mon seigneur.
Une réponse formulée avec une politesse exemplaire.
Ainsi, Sith et les nobles survivants des 12 Jeunes Pousses se mirent à suivre Roan.
Bien sûr, ils gardaient toujours pour objectif la reconstruction et la prospérité du Royaume de Rinse.
Les événements à venir restaient à surveiller.
Sith, avec une expression un peu plus radieuse, aborda le sujet principal.
— Je vais vous expliquer la raison pour laquelle nous avons apporté l'insigne du Sénat, mon seigneur.
Et peu après, il sortit un long objet de sa poche.
L'objet, enveloppé dans de la soie fine, était long comme un avant-bras.
Instantanément, les expressions de nombreux nobles devinrent solennelles.
Sith s'avança sur le côté et s'agenouilla devant Roan, puis présenta l'objet à deux mains.
Les autres nobles qui observaient la scène s'agenouillèrent tous à leur tour, suivant Sith, et baissèrent la tête.
— C'est la volonté du Sénat.
Sith parla d'une voix sérieuse.
Roan, l'air perplexe, fixa le long objet enveloppé dans le tissu.
« Qu'est-ce que cela peut bien être pour que ce soit si… »
Il tendit prudemment la main vers l'objet.
Étincelle.
Au moment où son doigt toucha l'objet, il ressentit un choc inconnu.
« Quoi ? »
Roan souleva prudemment l'objet et retira délicatement le tissu fin.
L'objet qui apparut à cet instant était un long bâton de couleur noire.
C'était un bâton plutôt ordinaire au premier coup d'œil, mais une gemme dorée était fixée à son extrémité.
— Qu'est-ce que c'est ?
— J'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part…
De nombreux vassaux froncèrent les sourcils et penchèrent la tête.
D'un autre côté, Roan écarquillait les yeux.
Il connaissait l'identité de ce bâton solide et ordinaire qu'il tenait maintenant entre ses mains.
— Ceci…
Il laissa ses mots en suspens, inconsciemment.
Sith sourit faiblement et hocha la tête.
— Oui. C'est en fait…
Un très court silence.
— Le bâton de commandement du Grand Commandant.
À l'instant où ses mots furent terminés.
— G, Grand Commandant ?!
— Grand Commandant, dites-vous ?
De nombreux vassaux s'écrièrent, choqués.
Sith ne leur prêta aucune attention et ajouta :
— Le seul qui puisse surmonter et résoudre la crise du royaume en ce moment est le Comte Lancephil.
Le bout de sa voix trembla légèrement.
Sith, en transmettant la décision du Sénat, était tendu, même à son insu.
— Le Sénat a nommé le Comte Roan Lancephil au poste de Grand Commandant.
Grand Commandant.
Le rang spécial qui n'était utilisé que pour une durée limitée lorsque le royaume était en danger.
Il n'y avait que le roi au-dessus de lui, et il avait le pouvoir de diriger, contrôler et commander tous les nobles, quel que fût leur rang.
C'était une position puissante qui recevait temporairement tout le commandement administratif et militaire du royaume.
Surtout dans le Royaume de Rinse actuel, dans une situation où il n'y avait pas de roi, le poids de la position de Grand Commandant pouvait vraiment être considéré comme immense.
Alors que tout le monde restait sans voix, choqué, Ian parla d'une voix calme, comme pour se plaindre :
— La seule armée qui puisse être correctement utilisée dans le Royaume de Rinse en ce moment est la Légion Lancephil et la Légion Tale, alors à quoi bon donner le rang de Grand Commandant maintenant ?
C'était vrai.
Bien sûr, bien que de nombreux nobles fissent encore entendre leur propre voix depuis leurs fiefs, la majorité étaient des néophytes sans la moindre expérience de combat réelle.
Actuellement, la seule armée du Royaume de Rinse capable de mener la guerre contre le Royaume de Rinse du Nord et le Royaume de Rinse du Sud était la Légion Lancephil et la Légion Tale, en somme, uniquement l'armée du fief Lancephil.
À ce moment-là, Sith sourit joyeusement et prit la parole.
— Ce sera d'une aide plus grande que vous ne le pensez.
Une voix pleine de confiance.
Son regard se dirigea vers le bâton du Grand Commandant.
— Car les choses que le bâton du Grand Commandant peut offrir ne se limitent pas à de tels pouvoirs.
Le sourire sur ses lèvres s'élargit encore.
*****
— Bloquez !
— Mourez !
— Percez !
Des cris si incroyables qu'ils en donnaient la chair de poule éclatèrent de toutes parts.
Des voix pleines de venin.
Bientôt, le bruit du fer et de l'air déchiré perça les cris et frappa les oreilles.
Chang ! Chajang ! Chang ! Ssweaaaaak !
Des étincelles jaillirent et le sang gicla.
La forêt d'Arpeau, à environ une demi-journée au sud de la capitale, Miller.
La magnifique forêt et les champs, célèbres pour être le lieu de pique-nique de la royauté et des nobles, s'étaient transformés en un champ de bataille horrible et macabre.
— Aile gauche, ajustez la vitesse d'avancée ! Envoyez le signal !
— Oui, mon seigneur !
Un ordre bruyant fut rapidement transmis.
Dum ! Dum ! Dum !
Bientôt, un drapeau géant s'agita frénétiquement au son des tambours.
Instantanément, comme par miracle, l'aile gauche s'arrêta et réorganisa sa formation.
— Troupe Richard, Troupe Neumann ! Frappez l'armée centrale et déployez-vous à gauche et à droite !
— Oui, mon seigneur !
L'ordre continua de pleuvoir.
Chaque fois, les tambours et les cors résonnaient bruyamment et de nombreux drapeaux volaient follement.
Ce qui était choquant, c'est qu'à chaque fois, les troupes qui recevaient l'ordre se déplaçaient sans la moindre erreur.
Uddk.
L'homme qui envoyait divers ordres devant l'armée centrale serra les dents.
« Nous les avons arrêtés d'une manière ou d'une autre jusqu'à présent, mais la différence de nombre est, comme prévu, trop grande. »
L'homme qui fixait le champ de bataille du côté opposé, le visage complètement crispé, était le vice-commandant de la Légion Tale et commandant de trois mille hommes, Semi.
Semi, qui avait reçu l'ordre de Roan et dirigeait séparément la Légion Tale tout en gérant la défense de chaque région, avait appris la nouvelle que l'armée alliée de Kallum Rinse et Lukan Diez avançait vers la capitale, Miller, et avait établi une ligne de défense dans la région de la forêt d'Arpeau.
« Nous sommes au maximum dix mille. En face, ils sont plus de cinquante mille. »
Uddk.
Ses dents grinçaient une fois de plus.
« Alors nous devons battre en retraite vers la capitale, Miller, au bout du compte ? »
Il souhaitait au moins résister jusqu'au bout, transformant le château de Miller en champ de bataille.
Avec la capitale au centre, de grands et petits châteaux et villes étaient dispersés aux alentours.
Si la capitale, Miller, devenait un champ de bataille, ils ne pourraient pas protéger les châteaux et les villes voisins.
« En observant les actions de Kallum et Lukan jusqu'à présent, la possibilité d'horribles pillages et d'actes ignobles et épouvantables est élevée. »
Pour cette raison, Semi avait choisi non pas une bataille de défense de château, mais une bataille rangée, essayant tant bien que mal d'arrêter l'armée alliée de Kallum et Lukan.
Dans ce processus, Semi avait surmonté une différence numérique de plus de cinq contre un et stoppait leur avancée depuis près de dix jours.
Tout cela était possible grâce à une formation de troupe et un système d'ordre efficaces, ainsi qu'à des soldats d'une compétence exceptionnelle.
Bien sûr, cela était aussi possible parce que le commandement de Semi, qui pouvait parfaitement utiliser tout cela, était présent.
— Vice-Commandant ! L'aile droite s'effondre !
Un commandant de mille hommes accourut et cria.
— Ils ne nous laissent même pas un moment pour respirer.
Semi sourit amèrement et analysa le champ de bataille.
Certes, la formation de l'aile droite s'effondrait rapidement.
Mais même ainsi, ils ne pouvaient pas envoyer les soldats de l'aile gauche et de l'armée centrale.
« Replions-nous. »
Seuls les soldats seraient perdus même s'ils tenaient bon de force.
« Même les gens autour de la capitale devraient avoir fui maintenant. »
Il voulait le croire.
— Retraite de l'aile droite. L'armée de réserve de l'armée centrale prendra l'arrière-garde de l'aile droite.
— Eh ?! Ça, ça veut dire… ?
Les commandants à proximité demandèrent, choqués.
Semi hocha la tête.
— Nous battons en retraite vers la capitale, Miller.
Une décision difficile.
— Kuuk.
De nombreux commandants serrèrent les dents et ravalèrent leurs gémissements.
La rage leur montait à la gorge.
La situation où ils devaient battre en retraite ainsi était regrettable.
— Re… traite.
— Retraite… retraite !
Les commandants de rang de mille hommes et plus parvinrent à peine à prononcer le mot de retraite.
Vvuuuuuuu !
Bientôt, le son du cor résonna dans toutes les directions.
Les commandants de troupe qui représentaient les adjudants de Semi se rassemblèrent à ses côtés.
— Je prendrai la troupe de l'arrière-garde, mon seigneur.
— Non, mon seigneur. Je la prendrai.
Des loyautés qui se déversaient.
Mais Semi sourit faiblement et secoua la tête.
— La plus grande troupe d'élite de la Légion Tale est Impasse.
La troupe Impasse était la troupe de trois mille hommes avec Semi comme commandant de troupe.
— Je prendrai l'arrière-garde. Vous tous, battez en retraite !
Semi parla avec une expression et une voix résolues.
— Vice-Commandant de la Légion !
— Vous ne pouvez pas !
De nombreux commandants de troupe secouèrent la tête et restèrent à leur place.
Les yeux de Semi devinrent féroces.
— Ignorer les ordres est une grave violation de la loi militaire ! Je ne pourrai que vous couper la tête si vous ne battez pas en retraite immédiatement.
Une intention meurtrière aiguë se déchaîna.
— Vice-Commandant de la Légion…
Les commandants de troupe fixèrent Semi avec des yeux ardents.
Semi, qui affichait une expression sévère, laissa échapper un rire moqueur.
— J'ai dit que je prendrais l'arrière-garde, pas que je mourrais. Je remplirai la mission et je reviendrai, alors dépêchez-vous de battre en retraite. La probabilité que je meure augmente à mesure que vous tergiversez comme ça.
À ces mots, les nombreux commandants ne purent plus être obstinés.
— Vice-Commandant de la Légion. Vous devez revenir, mon seigneur.
— Nous vous attendrons à la capitale, Miller.
Semi hocha la tête en guise de réponse.
Bientôt, les nombreux commandants menèrent les troupes et commencèrent à battre en retraite rapidement.
Vvuuuuuu !
Le son du cor signalant la retraite résonna encore plus fort.
Semi regarda les membres de la troupe Impasse qui restaient avec lui et sourit.
— Je suis désolé de vous pousser à la mort.
À ces mots, les soldats sourirent joyeusement et secouèrent la tête.
— Qui d'autre pourrait accomplir une mission aussi importante que nous, mon seigneur ?
— N'est-ce pas parce que nous sommes des éléments exceptionnels ?
— C'est un honneur de combattre ensemble, jusqu'au bout, mon seigneur.
La troupe Impasse était certainement une force puissante.
Semi hocha la tête et tira son épée longue.
Un nombre incroyable de soldats de l'armée alliée de Kallum et Lukan surgit devant ses yeux.
— Nous nous accrocherons à la forêt et à la colline, nous attaquerons rapidement et nous nous retirerons rapidement.
C'était un plan pour répéter le harcèlement et ralentir la vitesse de poursuite de l'ennemi.
— Oui, mon seigneur !
Les soldats de la troupe saluèrent tous et répondirent d'une seule voix.
Semi regarda les alliés en retraite et hurla à pleins poumons.
— Chargez !
— Chargez !
Les soldats de la troupe firent écho et éperonnèrent leurs chevaux.
Semi et les soldats de la troupe Impasse pensèrent aux saumons.
La vision de remonter à contre-courant contre des soldats affluant violemment dans une seule direction.
C'était vraiment une charge héroïque et téméraire.
— Abattez-moi d'abord si vous souhaitez aller à la capitale, Miller !
Semi rugit et fit tournoyer son épée.
Sssguk ! Sssck !
De multiples soldats ennemis qui se précipitaient férocement tombèrent avec des bruits horribles.
Chang ! Chajang ! Sssguk ! Ssskuk !
Des étincelles jaillirent avec un fracas métallique.
Des têtes furent tranchées et des membres tombèrent.
— Bon sang ! Percez !
— Contournez !
— Chassez ! Chassez !
Quelques troupes tournèrent la tête de leurs chevaux pour éviter Semi et la troupe Impasse.
Bien sûr, il n'y avait aucune chance que Semi voie cela et reste immobile.
— Interceptez ! Interceptez le chemin de la poursuite !
Il y avait une forêt et une colline à gauche et à droite.
S'ils pouvaient juste pousser, l'ennemi n'avait plus d'espace pour avancer.
S'ils pouvaient bloquer l'endroit où la cavalerie pouvait courir librement, ils pourraient ralentir la vitesse de poursuite pour le moment.
— Bon sang ! Sales bâtards !
— Percez ! Tuez-les !
— Poussez avec le nombre !
Les soldats de l'armée alliée de Kallum et Lukan crièrent avec des expressions complètement crispées.
Semi et les soldats de la troupe Impasse qui bloquaient le chemin de l'armée géante avec un petit nombre semblaient irritants.
Leurs attaques devinrent féroces.
Ssskuk !
— Kuuk.
Une épée transperça l'estomac d'un soldat de la troupe Impasse.
Une situation où il ne serait pas étrange qu'il expire directement.
Mais le soldat saisit l'épée qui lui transperçait l'estomac avec sa main gauche.
— Kuuk. Je te couperai la tête même si je meurs maintenant.
— Eh ?! Eh ! T, ce bâtard… !
Le soldat ennemi qui avait joyeusement enfoncé l'épée paniqua et essaya de retirer l'épée.
Mais l'épée du soldat de la troupe Impasse fut plus rapide.
Ssskuk !
La lame trancha instantanément la tête de l'ennemi.
Cependant, le soldat dont l'estomac était transpercé ne put non plus échapper à la mort.
Il regarda le courageux Semi massacrer l'ennemi à ses côtés et esquissa un faible sourire.
— Vi, Vice-Commandant de la Légion. Kuuk. Je pars le premier. Vice-Commandant de la Légion, venez très lentement, mon seigneur.
Ce fut la fin.
Le soldat tomba directement et perdit la vie.
Ce n'était pas seulement lui.
Les soldats de la troupe Impasse, dont le nombre était insuffisant, perdaient la vie les uns après les autres partout.
Mais comme il sied à une force puissante, même lorsqu'ils mouraient à leur heure, ils coupaient encore une tête ennemie de plus et mouraient.
— A, affreux bâtards !
— C'est quoi ces types !
Les soldats de l'armée alliée de Kallum et Lukan qui avaient férocement poussé tremblaient avec des visages blanchis.
Semi regarda fièrement ces membres de la troupe.
— Je ne laisserai pas vos morts être vaines.
Il puisa le mana dans son corps et poussa plus férocement l'armée ennemie.
— Kuuk !
— Kuguk !
Les soldats de l'armée ennemie tombèrent impuissants.
Mais Semi avait aussi une limite.
Sa force s'épuisa lentement face aux ennemis qui pullulaient sans fin.
Une limite physique.
Pire encore, le mana dans son corps touchait aussi à sa fin.
— Très bien ! Même ce type doit être lentement fatigué !
— Bâtard monstrueux ! Combien de temps tient-il !
Les soldats de l'armée alliée de Kallum et Lukan claquèrent de la langue.
Le soleil qui était au-dessus de leurs têtes glissa légèrement vers l'ouest.
Un combat désespéré.
Menant simplement une seule troupe, Semi avait stoppé la poursuite de la grande armée de cinquante mille hommes pendant un temps assez long.
« En arrière, nous devons reculer. »
Semi serra les dents.
Ils devaient se cacher entre les collines, ou peut-être dans la forêt, puis préparer une contre-attaque une fois de plus.
— Repliez-vous ! Repliez-vous !
Il donna l'ordre.
Mais personne n'écoutait.
Non, ils ne pouvaient pas écouter même s'ils le souhaitaient.
Les attaques qui pleuvaient de face étaient si féroces qu'ils n'avaient pas d'espace pour reculer.
— Kuuk.
— Kuk !
Les soldats de la troupe Impasse tombèrent par deux ou trois.
Maintenant, le nombre restant n'atteignait pas tout à fait mille.
— Repliez-vous ! J'ai dit repliez-vous !
Semi s'avança seul pour protéger les soldats qui mouraient.
Instantanément, les attaques de l'ennemi se déversèrent vers Semi.
Pendant ce temps, quelques membres de la troupe purent battre en retraite vers l'arrière.
Mais.
— Vice-Commandant de la Légion !
— Attention !
La vie de Semi fut mise en péril en guise de prix pour sauver ses soldats.
« Kuuk. »
Semi serra les dents.
Spat !
Sous les attaques qui pleuvaient de partout comme des essaims d'abeilles, son armure s'enfonça et sa peau se déchira.
Heureusement, il n'y avait pas de grandes blessures, mais du sang rouge coulait le long de son visage et de ses membres.
« Est-ce la fin comme ça ? »
Semi poussa un long soupir.
Pour une raison quelconque, le bout de ses lèvres se releva doucement au moment où il sentit sa fin.
« Je n'ai aucun regret. »
Juste.
« Ne pas pouvoir soutenir mon seigneur jusqu'au bout est regrettable. »
Il pensait que si c'était Roan, il irait vers un endroit beaucoup plus haut, beaucoup plus vaste.
Semi souhaitait regarder cette vue à ses côtés.
Un regard regrettable flotta pleinement sur son visage.
Ssweaaaaak !
À ce moment-là, de nombreuses épées et lances volèrent devant ses yeux.
Il pouvait en parer environ deux s'il faisait tournoyer son épée, mais c'était la limite.
Tout son corps serait transpercé par les épées et lances restantes.
Semi respira profondément.
Même quand il mourait, il ne souhaitait pas mourir servilement.
Il ouvrit grand les yeux et fit plutôt un sourire encore plus brillant.
« Mon seigneur. Je vais maintenant… »
Il envoya son dernier adieu à l'intérieur.
Non, il essaya de l'envoyer.
L'adieu ne put pas tout à fait atteindre sa fin.
Booooooom !
Avec un rugissement incroyable, un mur cramoisi, un mur de feu éclata devant ses yeux.
— Hum ?
Semi fronça les sourcils devant l'anomalie survenue brusquement.
Les épées et les lances qui avaient volé vers lui étaient toutes devenues des tas de cendres et avaient disparu.
— Mur de feu ?
Il se demanda si c'était une magie mais secoua bientôt la tête.
Parce que le mana unique de la magie ne se faisait pas sentir.
— Ah !
Soudain, Semi ouvrit grand les yeux avec une exclamation calme.
Simultanément, la chair de poule monta sur tout son corps.
La personne qui avait fait le mur de feu, il avait réalisé qui c'était.
Le sourire qui s'étala pleinement sur son visage devint encore plus épais.
Pendant ce temps, le mur de feu qui s'élevait haut disparut.
— Quoi, qu'est-ce que c'est ?
— Qu'est-ce que c'était que ça tout à l'heure ?
Les soldats de l'armée alliée de Kallum et Lukan avaient des expressions stupéfaites devant l'événement qui venait de se produire.
Semi regarda ces apparences et parla d'une voix légèrement exaltée.
— Vous les bâtards, vous feriez mieux de courir maintenant au moins.
À ces mots, les soldats reniflèrent.
— Hmph ! Quelle absurdité dites-vous tout à coup ?
— Êtes-vous devenu fou avant la mort ?
Des ricanements pleuvèrent.
Semi ne leur prêta aucune attention et recula d'un pas.
Les membres survivants de la troupe Impasse firent de même.
Eux aussi avaient réalisé qui était celui qui avait fait le mur de feu géant qui avait éclaté tout à l'heure.
Des sourires accompagnés de soulagement flottèrent pleinement sur leurs visages.
Semi ouvrit grand les bras.
— Ce monsieur est venu.
Les soldats ennemis froncèrent les sourcils devant les mots incompréhensibles.
— Ce monsieur ?
Semi sourit doucement et ajouta :
— Le Dieu de la Guerre Cramoisi…
Le moment où ses mots atteignirent ce point.
Booooooom !
Avec un son tonitruant, une boule de flammes rouge foncé tomba du ciel.
— Huuk !
— Kuph !
Une pression de vent incroyable se déchaîna partout.
La boule de flammes qui atterrit sur le sol, de manière choquante, était un jeune homme portant une armure cramoisie.
Le jeune homme tenant une lance noire dans une main et dégageant une flamme rouge foncé.
Semi regarda son dos et hurla à pleins poumons.
— C'est le Comte Roan Lancephil !
La boule de flammes qui tomba du ciel.
Il était, tout comme les mots de Semi, le Dieu de la Guerre Cramoisi Roan Lancephil.
Roan sourit faiblement et fit tournoyer légèrement la Lance de Travias.
— Je vais vous incinérer tous.
Sa voix calme chevaucha le vent et remplit le champ de bataille.
< Amaranth (26) > Fin.
Traducteur : CSV
Correcteur : Fujimaru