Chapitre 148
Un talent inné.
Bien que Pichio lui-même n’en eût pas conscience, il possédait un talent brillant, sans commune mesure avec celui des autres.
Bien entendu, il ne s’agissait là que du jugement de Clay.
« Ce regard perçant. Et…… »
C’était différent de la manière dont Roan utilisait les larmes de Kalian pour saisir une multitude d’informations visuelles à la fois.
Même en observant la même chose, Pichio parvenait à y déceler une différence.
La raison en était simple.
« L’instinct. »
Clay estimait que le sixième sens de Pichio, qui lui permettait de détecter ce qui était étrange, dangereux ou inhabituel, était extrêmement développé.
« Que son instinct soit développé ou non, il est suffisamment précieux pour que nous l’emmenions avec nous. »
Rien que pour la finesse et la vivacité de son regard, il valait la peine de l’avoir à leurs côtés.
« Rien que le nombre de dépendants des plus grandes maisons du continent se compte par milliers. »
Les gens étaient une richesse.
Même pour un talent ou une capacité mineure, il existait toujours un lieu et un moment où ils étaient nécessaires.
« Pichio a été roué de coups par Dose. De plus, il semble que ses relations avec les autres gardes n’aient jamais été très bonnes. Je vais donner des ordres à certains hommes et mettre en scène une situation, mon seigneur. »
Clay esquissa un léger sourire en organisant les stratagèmes qui germaient dans son esprit pour employer Pichio.
Bien sûr, il serait difficile de le débaucher en un mois ou deux.
Il fallait un plan à long terme pour le lier parfaitement à eux.
Roan hocha la tête et confia la mission à Clay.
À cet instant.
« Nous pouvons voir la porte de la frontière ! »
Un homme en tête de la caravane cria à pleine voix.
Ici et là, des éclats de rire retentirent.
Ayant mis fin à cette vie sous haute tension dans les royaumes étrangers, ils étaient enfin rentrés chez eux.
*****
Roan envoya Harrison, Brian, Clay et la caravane vers la baronnie de Tale, et se dirigea seul vers la capitale, Miller.
Se tenant devant le roi Deni III, les trois princes et les nobles, il révéla avoir noué une amitié avec le royaume de Pershion en présentant la lettre correspondante.
Deni III émit des critiques sur le fait qu’il eût noué une amitié avec un royaume étranger sur l’ordre d’un prince sans la permission du roi.
Mais d’un autre côté, n’ayant lui-même aucun intérêt pour la politique, il se réjouit que la porte du commerce, fermée depuis des décennies, se fût ouverte.
Une chose était certaine : Simon venait de faire un pas de plus dans la course à la succession au trône.
C’est du moins ce que pensaient les nobles du royaume de Rinse.
« Vous repartez déjà ? »
« Oui, Votre Altesse. J’ai laissé mon fief bien trop longtemps. »
Lorsque Simon parla avec une expression mélancolique, Roan baissa légèrement la tête.
Bien qu’il eût confié son fief à des subordonnés capables et loyaux, le temps qu’il avait passé dans la baronnie de Tale après l’Exode de Poskein était quasi inexistant.
Il souhaitait rentrer au plus vite.
« Eh bien, vous avez été bien occupé. »
Simon se lécha les lèvres et hocha la tête.
Il savait, lui aussi, que la situation ne permettait pas de garder Roan auprès de lui très longtemps.
Il fit un signe des yeux au vicomte Tio Ruin, qui se tenait à proximité.
Tio rapporta alors deux coffrets en bois depuis le fond du bureau.
Il les posa sur la table.
« C’est mon cadeau pour vous. Ouvrez-les. »
Simon sourit joyeusement en regardant Roan.
Roan baissa légèrement la tête, puis souleva le couvercle du plus grand des deux coffrets.
« Hmm ? »
Son expression trahit une légère surprise.
À l’intérieur se trouvaient des objets auxquels il ne s’attendait absolument pas.
Il entendit la voix de Simon.
« Ce sont des racines de Dion déterrées dans les montagnes Grain. »
« Ces choses si précieuses…… »
Roan n’osait même pas toucher au contenu du coffret.
Des racines violacées.
« Si ce sont des racines de Dion, ce doivent être les herbes les plus sacrées, celles que l’on dit touchées par le souffle d’un dragon. »
Consommer des racines de Dion permettait d’augmenter rapidement son mana.
« Chaque racine permet d’obtenir une quantité de mana qui nécessiterait une année d’entraînement acharné. »
Bien que ce ne fût pas une quantité incroyable, c’était déjà un apport prodigieux.
De plus, le coffret en contenait cinq, soigneusement disposées.
Voyant la joie de Roan, Simon sourit avec malice et désigna le petit coffret à côté.
« Allez-y, ouvrez celui-là aussi. »
« Oui ? Ah, très bien. »
Toujours un peu hébété, Roan ouvrit le couvercle du petit coffret.
« Ceci est…… »
Roan afficha de nouveau un air surpris.
À l’intérieur se trouvait un livre à la couverture immaculée.
« C’est un manuel de maniement de la lance trouvé dans la salle de référence du palais. »
Contrairement à la bibliothèque, ouverte à beaucoup, la salle de référence du palais était un lieu secret, semblable à un coffre-fort, où personne ne pouvait entrer.
Actuellement, seules quatre personnes étaient autorisées à y pénétrer.
Le roi Deni III et les trois princes : Simon, Tommy et Kallum.
« J’aurais voulu vous trouver un livre de maniement de la lance vraiment incroyable, mais comparé à l’escrime ou aux sorts, il ne semblait rien y avoir de digne de ce nom. Ce que j’ai fini par trouver, c’est ceci : le Maniement de la lance de Flepsse. »
« Le Maniement de la lance de Flepsse…… »
murmura Roan en observant l’ouvrage.
À voir la propreté de la couverture, il était certain que Simon l’avait recopié lui-même.
« S’il s’agit du Maniement de la lance de Flepsse, c’est la technique du comte Natus Flepsse, actif il y a cent ans. Bien qu’elle soit certainement impressionnante, il est difficile de la considérer comme une technique incroyable pour autant. »
Bien sûr, il ne pouvait en être certain, n’ayant jamais pu l’étudier personnellement.
Mais une chose était sûre : son niveau n’était pas comparable à celui de Pierce.
« Mais quand même, cela me sera d’une aide incroyable. »
Roan n’avait jamais appris de technique de lance standardisée et raffinée.
Il avait seulement accumulé d’innombrables techniques au fil des batailles réelles et entraînait sa propre manière de manier la lance.
« Si j’étudie le Maniement de la lance de Flepsse, je pourrai peut-être combiner plus facilement les nombreuses techniques issues de mes combats. »
C’était littéralement comme obtenir un manuel scolaire.
Roan referma soigneusement les coffrets contenant le livre et les racines de Dion, puis se tourna vers Simon.
« Vraiment, merci infiniment. »
« C’est plutôt à moi de vous remercier. »
Simon sourit radieusement et hocha la tête.
C’étaient des paroles sincères.
« Je me suis rapproché du trône grâce au baron Tale. »
Parce qu’il était là, il avait pu prendre de l’avance sur ses jeunes frères dans la compétition pour la succession.
Simon observa Roan en silence, puis lui adressa un sourire éclatant.
« Baron Roan Tale. »
« Oui, Prince. »
Roan baissa légèrement la tête.
Simon inspira profondément avant de poursuivre.
« Je continuerai à compter sur vous désormais. »
Sa voix était empreinte de force.
Il planifiait déjà les événements qui suivraient la compétition pour le trône.
Roan était une existence absolument nécessaire à ce processus.
« Oui. Je ferai de mon mieux. »
Roan inclina profondément la tête et répondit d’une voix assurée.
Ainsi, les deux hommes partagèrent une conversation agréable pendant un moment.
« Dans ce cas, je vais prendre congé, mon seigneur. »
Roan ne put quitter le manoir de Simon qu’une fois la nuit tombée.
L’heure était bien avancée.
Pourtant, il se dirigea vers un endroit qui n’était pas sa résidence.
Après un laps de temps indéterminé.
Roan réapparut.
« Pour l’instant, il ne pourra pas bouger aussi facilement qu’il le souhaite. Non, du moins…… »
D’un pas rapide, il traversa la rue vers sa résidence.
« Je tiendrai le manche du couteau. »
L’endroit où Roan s’était brièvement arrêté.
C’était, en fait, le manoir de Kallum Rinse.
*Swooosh.*
Juste à temps, un vent froid du nord souffla. 1
*****
Roan ne souhaitait pas particulièrement faire une entrée fracassante dans son fief.
Choisissant intentionnellement une heure matinale, il traversa le village de Mediasis et se présenta à l’entrée du château du seigneur.
Non, ce n’était un château que de nom ; il s’agissait toujours d’un bâtiment simple composé de bureaux et de salles de réunion.
Roan venait tout juste de pénétrer dans le hall central.
« Merci beaucoup pour votre travail. »
Il entendit une voix familière.
« Nous sommes heureux que vous soyez revenu sain et sauf, mon seigneur. »
Derrière, des voix résonnèrent en chœur.
Dans le hall central, de nombreux subordonnés, dont Austin, étaient alignés.
« Saviez-vous que je revenais ? »
Lorsque Roan sourit timidement, Austin afficha un sourire radieux.
« Les agents d’Agens sont actifs dans toute la baronnie de Tale. Nous le savions dès que vous avez franchi la frontière du fief. »
Roan hocha lentement la tête à ces mots.
Comme il ne s’était pas déplacé en cherchant à dissimuler son identité, il n’aurait pas dû être très difficile pour les agents d’Agens de le trouver.
Mais.
« Le système de communication est bien organisé. »
Bien qu’il eût voyagé assez rapidement, la nouvelle avait déjà atteint le château du seigneur avant son arrivée.
« Brillant. Comme on pouvait s’y attendre de la part de Chris. »
À ce niveau, il ne devrait plus y avoir de problème pour traquer et espionner les autres nobles, voire les espions d’une nation étrangère.
« Vous avez bien travaillé jusqu’ici. »
Sa voix portait une certaine autorité.
Aux mots de Roan, tous les subordonnés tendirent l’oreille.
« Mais il reste encore beaucoup à faire. Notre baronnie de Tale…… »
Roan esquissa un léger sourire.
« Commence maintenant. »
« Oui ! Compris ! »
Tout le monde, y compris Austin, répondit d’une seule voix.
Leurs visages et leurs voix étaient résolus.
Leurs cœurs battaient la chamade.
De l’ambition.
Ils étaient prêts à suivre Roan et à faire grandir un rêve immense.
Roan sourit doucement en observant cette scène.
« Je dois moi aussi travailler plus dur qu’avant. »
Il prit cette résolution en son for intérieur.
Il se déplaçait un peu plus vite, allait un peu plus loin que ses subordonnés.
Il n’était pas question de se laisser aller sous prétexte qu’il était noble et seigneur d’un fief.
De plus, Roan connaissait très bien ses propres lacunes.
C’est pourquoi il réunit les érudits et les officiers militaires pour ouvrir diverses réunions avant de poursuivre les travaux.
« Qu’est-il arrivé à la guilde des mercenaires du Sud de Rinse recommandée par Arnold ? »
Roan regarda Keep, assis au bout de la table de réunion.
« Nous avons déguisé les membres de la troupe Tenebra et les avons infiltrés. »
« La situation ? »
« Ils ont gagné la confiance du maître de guilde et agissent en tant que mercenaires officiels. »
Une brève conversation s’engagea entre Roan et Keep.
Grâce à cette infiltration réussie, ils avaient pu saisir méticuleusement les informations concernant la guilde des mercenaires du Sud de Rinse.
« Bien. Construisez le quartier général de la guilde des mercenaires à la périphérie du village de Mediasis. J’autorise leur relocalisation. Mais…… »
Roan fixa Keep droit dans les yeux.
« Gardez le secret sur les membres de la troupe Tenebra infiltrés dans la guilde jusqu’au bout. »
« Oui. Compris. »
Keep baissa la tête et répondit.
Ensuite, Roan se tourna vers Clay.
Clay jeta un coup d’œil aux documents préparés, puis parla d’une voix posée.
« Pendant notre absence dans le royaume de Pershion, le nombre d’ingénieurs, incluant alchimistes, forgerons, charpentiers, et ainsi de suite, a augmenté. Même maintenant, bien qu’en petit nombre, ils continuent d’affluer. »
À ces mots, Roan esquissa un léger sourire.
Les alchimistes et les ingénieurs étaient des organisations incontournables dans le plan de développement du fief que Roan avait imaginé.
« Comme la taille de la guilde des alchimistes et du syndicat des ingénieurs a augmenté, il est nécessaire de les gérer de manière un peu plus systématique. »
« Très bien. Nous procéderons à cela après avoir consulté les responsables. »
« Et…… »
Les paroles de Clay n’étaient pas terminées.
Contrairement à juste avant, il parla d’une voix prudente.
« Plusieurs druides ont demandé à être nommés. »
« Des druides ? »
demanda Roan avec une expression légèrement surprise.
Clay sourit doucement en répondant.
« J’ai envoyé des lettres aux druides qui me sont liés. Car ce sont des talents trop précieux pour être gaspillés. »
« Hmm. »
Avec un grognement silencieux, Roan hocha la tête.
« S’ils travaillent avec nous, ils seront d’un grand renfort. »
« Alors, nous allons…… ? »
« Acceptez-les. »
Ce fut une réponse courte et une décision directe.
Clay baissa immédiatement la tête.
« Merci beaucoup. »
On ne savait pas exactement de quoi il le remerciait.
Roan tourna la tête et regarda Chris.
« Avez-vous dit que les diplômés de l’académie ayant reçu les recommandations du directeur Fred Brown étaient arrivés ? »
« Oui. Nous avons vérifié les recommandations et les avons déployés aux tâches administratives pour le moment. »
Chris répondit rapidement en consultant son mémo.
Le nombre de diplômés de l’académie recommandés par le directeur Fred Brown était plus élevé qu’ils ne l’avaient pensé.
Même en excluant ceux qui, après avoir visité Roan, avaient réalisé quelque chose et étaient repartis brusquement, un nombre assez important de diplômés était venu à la baronnie de Tale.
La plupart d’entre eux, après avoir vu la petite baronnie de Tale, si délabrée, furent grandement déçus et repartirent sans regret.
Mais parmi eux, des dizaines de talents distingués restèrent et s’occupaient désormais des tâches administratives.
« Je devrais aller les rencontrer personnellement. »
Il était nécessaire de discuter méticuleusement du plan concernant l’établissement d’une académie.
Roan inspira profondément et balaya la salle de réunion du regard.
« Alors, les questions urgentes sont-elles toutes réglées ? »
À ces mots, Clay leva à nouveau la main droite.
« Il y a une chose de plus. »
Il vérifia le contenu d’un mémo pendant un instant, puis continua de parler.
« Des mages sont venus d’un endroit appelé l’école de Reno. »
Au moment où ses mots prirent fin, les personnes présentes penchèrent la tête.
« L’école de Reno ? »
« Il existe une école comme celle-là ? »
« C’est la première fois que j’en entends parler…… ? »
Même l’expression de Chris était pleine d’interrogations.
En revanche, l’expression de Roan était extrêmement calme.
« Si c’est l’école de Reno, c’était une école qui étudiait divers sujets plutôt qu’un seul. Ils étaient davantage portés sur la fabrication d’outils magiques que sur l’utilisation personnelle de la magie. »
Il s’en souvenait clairement.
Il y avait une raison valable à cela.
« Même dans ma vie passée, ils ont tenté toutes sortes d’efforts pour apporter la prospérité à l’école. »
Ces efforts avaient porté leurs fruits.
Ils avaient reçu le mécénat de nombreux nobles et grands marchands.
Mais.
« Après le début de l’Ère des Grandes Guerres, ils furent méprisés. »
Personne ne voulait accorder son patronage à l’école de Reno, qui ne pouvait être d’aucune aide dans la guerre.
Non, il n’y avait même plus de place pour cela.
« Dans une telle situation, le dernier maître de l’école de Reno, McCrum, dont le talent était reconnu comme le meilleur, devint trop avide dans ses efforts pour faire prospérer l’école. »
Il avait tenté de transformer les technologies magiques de l’école de Reno en armes de guerre.
Le résultat fut……
« Une grande explosion. »
Les dizaines et centaines de réseaux magiques gravés pour les armes de guerre commencèrent à s’emballer d’eux-mêmes.
Une quantité énorme de mana ondula de manière instable, et une grande explosion se produisit bientôt.
Les conséquences de cette explosion furent colossales.
La totalité d’une petite ville où se trouvait le laboratoire de recherche de McCrum fut complètement évaporée.
« McCrum mourut également à ce moment-là, et la vie de l’école de Reno prit fin. »
Roan laissa échapper un bref soupir.
« L’école de Reno…… »
Des pensées et des plans complexes surgirent dans son esprit comme une vague.
Il secoua bientôt la tête et regarda Clay.
« Guidez-les vers le salon de réception. J’irai les rencontrer directement. »
« Oui. Compris. »
Clay baissa légèrement la tête en répondant.
Sur ce, la réunion prit fin.
Les subordonnés, pour mener à bien les missions qu’ils avaient entreprises, pressèrent le pas.
Roan se dirigea également vers le salon de réception.
Lorsqu’il ouvrit la porte, il vit le décor simple de la pièce.
À la table centrale, un vieil homme aux cheveux blancs et un jeune adolescent étaient assis.
« Alors, c’est eux. »
L’actuel maître de l’école de Reno, Lemming Ade, et celui qui avait fait disparaître une petite ville dans sa vie passée, McCrum.
Affichant un sourire enjoué, Roan les regarda.
« Ravi de vous rencontrer. Je suis Roan Tale. »
< La baronnie de Tale (2) > Fin.
1. Pour ceux qui seraient confus : Roan a d’abord quitté le manoir de Simon, puis s’est dirigé vers le manoir de Kallum et a disparu de la vue, avant de réapparaître depuis le manoir de Kallum pour se diriger vers sa propre maison.