Chapitre 871
« Je crois que c’est tout », dit Jeanne.
Elle déposa le dernier lot de vêtements dans le chariot à roulettes d’Orlin.
Le chariot était plein.
Plus que plein, à vrai dire.
Des vestes, des pantalons, des chemises, des chaussures et plusieurs accessoires soigneusement pliés s’y entassaient, si bien que le personnel avait dû apporter un second compartiment pour les articles qui ne rentraient plus.
Eric contempla le tout et grimaça.
« J’espère bien que c’est tout, dit-il. Tu lui as acheté assez de vêtements pour tenir au moins cinq ans. »
Jeanne jeta un coup d’œil au chariot.
Puis elle regarda Orlin.
Ses joues rosirent légèrement.
« Tu n’es pas obligé de tout prendre, dit-elle avec gêne. Tu peux choisir uniquement ce qui te plaît. »
Elle hésita.
« Et si tu veux tout garder, je peux tout payer. »
Olga la regarda, perplexe.
« Pourquoi est-ce que tu paierais pour des inconnus ? »
Jeanne détourna les yeux.
« Eh bien… Je dépense rarement mon propre argent. »
C’était vrai.
Jeanne s’achetait rarement des choses. Elle disposait de fonds grâce à Celesta, mais elle dépensait la plupart du temps son argent pour les autres : des cadeaux, de la nourriture, des provisions, toutes sortes de petites choses qui faisaient plaisir à quelqu’un.
Elle avait failli se dire que c’était pareil, cette fois.
Si Orlin et Olga n’avaient pas les moyens de s’acheter ces vêtements, elle pouvait peut-être les aider.
« Non, répondit rapidement Orlin.
Il sourit en baissant les yeux vers les vêtements que Jeanne avait choisis pour lui.
« Mon père paiera. Et j’aime vraiment tout ce que tu as choisi pour moi. »
Jeanne cligna des yeux.
Puis son expression s’adoucit.
« Alors, tant mieux. »
« J’espère que je n’en demande pas trop, reprit Orlin après un instant, mais tu pourrais aussi choisir quelques vêtements pour Olga ? »
Olga fronça aussitôt les sourcils.
« Orlin, je n’ai pas besoin de… »
« Juste quelques-uns », insista Orlin.
Olga le regarda.
Il n’avait pas l’air de vouloir la forcer. Il semblait simplement souhaiter qu’elle ait, elle aussi, quelque chose qui lui plaise.
« Ça ne me dérange pas, dit Jeanne. On monte au rayon femme ? »
« Non, répondit Orlin. Elle aime les modèles d’ici. »
Jeanne se tourna vers Olga, surprise.
Les joues d’Olga rosirent légèrement.
Elle hocha la tête.
Jeanne ne posa pas de questions.
Elle se mit plutôt à fouiller les portants voisins avec Olga. Le rayon décontracté pour hommes ne se limitait pas aux manteaux et aux pantalons. Plusieurs sections proposaient des modèles unisexes : chemises cintrées, vestes ajustées, longues surchemises, simples pulls sombres et vêtements pratiques qui n’étaient ni trop masculins ni trop féminins.
Ça convenait mieux à Olga.
Pendant la demi-heure qui suivit, Jeanne l’aida à choisir plusieurs tenues.
Olga préférait les couleurs sombres, les coupes simples et les vêtements qui lui permettaient de bouger facilement. Jeanne comprit vite qu’elle n’aimait ni les tenues trop décorées, ni les épaules dénudées, ni les jupes dans lesquelles elle ne se sentait pas à l’aise.
Elle lui choisit plusieurs pantalons sombres, une veste noire ajustée, une chemise rouge foncé et un long manteau gris à la doublure argentée discrète, qui faisait ressortir la couleur de ses yeux.
Olga essaya chaque tenue en silence.
Et, à sa grande surprise, elle aima les choix de Jeanne.
« Merci », dit Olga quand elles eurent terminé.
Sa voix était douce.
Elle ne s’était pas attendue à ce que Jeanne passe autant de temps à l’aider. Elle avait imaginé que le Héros de Celesta serait distante, orgueilleuse ou trop importante pour s’intéresser aux vêtements choisis par deux enfants.
Mais Jeanne l’avait prise au sérieux.
« Ce n’est rien, répondit Jeanne. J’étais contente de pouvoir t’aider. »
« Jeanne, dit Eric en les observant d’un air blasé, maintenant que tu as joué les mères pour tous les deux, je pense qu’on devrait rejoindre les princesses. »
« O-Oui », répondit Jeanne.
Elle avait l’air un peu gênée.
Elle s’était peut-être trop investie.
Elle regarda Orlin et Olga une dernière fois et leur adressa un petit sourire.
« Si vous avez besoin d’aide pour payer, je serai à l’étage. »
« Merci », répondit Orlin avec reconnaissance.
Jeanne hocha la tête.
Puis elle repartit avec Eric, en direction de l’ascenseur.
Dès qu’ils furent hors de portée des oreilles des enfants, Eric la regarda.
« Tout ça, c’était vraiment nécessaire ? »
« Je ne faisais qu’aider les enfants », répondit Jeanne.
« Même si tu détestes qu’on t’appelle le Héros de Celesta, tu agis vraiment comme tel, parfois. »
« Pas besoin d’être un héros pour aider des enfants qui en ont peut-être besoin », répliqua Jeanne.
Eric lui lança un regard peu convaincu.
« Ils ont l’air en difficulté ? Le simple fait qu’ils fassent leurs achats chez Crown and Silk en dit assez long sur leur famille et leur statut. »
« Je sais, dit Jeanne. Mais je ne pouvais quand même pas les laisser seuls. »
Eric soupira.
« Tu sais, dit-il, j’ai l’impression que tu serais plus heureuse à travailler comme une sorte de gardienne d’enfants qu’à poursuivre toutes ces études supérieures dont tu parlais. »
Jeanne lui lança un regard noir.
« Ta mère te tuerait si tu choisissais cette voie », ajouta-t-il.
Jeanne détourna les yeux.
Il avait sans doute raison.
Sa mère avait toujours eu de grandes attentes à son égard : une carrière stable, de bonnes études, un avenir à la hauteur des efforts que Jeanne avait fournis à l’école.
Jeanne ne répondit pas.
Ils arrivèrent à l’étage où Aurora et Sylvia étaient censées se trouver.
Du moins, Jeanne espérait qu’elles y étaient encore.
Les deux princesses étaient peut-être déjà montées dans les salons d’essayage privés du dernier étage, où le personnel leur avait réservé des espaces. Jeanne n’avait pas non plus aperçu Rubina, même si Eric espérait la croiser à nouveau.
Puis Jeanne s’arrêta.
« Je les vois. »
Elle désigna l’avant.
Aurora et Sylvia se tenaient près d’un présentoir.
Mais elles n’étaient pas seules.
Un garçon aux cheveux dorés se tenait près d’Aurora et promenait autour de lui un regard agité.
Eric fronça légèrement les sourcils.
« C’est le familier d’Aurora ? demanda-t-il. Pourquoi est-il sorti ? »
Jeanne ne répondit pas à sa question.
Elle se dirigea plutôt vers Aurora, Sylvia et Ruma.
« Je vais chercher Ruby », dit Eric.
Il balaya l’étage du regard, espérant manifestement retrouver sa petite sœur quelque part parmi les présentoirs.
Puis il s’éloigna seul.
Quand Jeanne s’approcha des frères et sœurs royaux, la voix de Sylvia lui parvint en premier.
« Je me demande qui elles sont, dit Sylvia. Ce ne peut pas être un groupe de filles ordinaire, si ? Et elles n’ont pas l’air de faire partie de la même famille. »
« Nous sommes à Edenis Raphiel, répondit calmement Aurora. On y trouve toutes sortes de gens. Rien d’étonnant. »
Contrairement à Sylvia, Aurora examinait bel et bien les vêtements.
Elle passait soigneusement d’un portant à l’autre, observant les robes au lieu de fixer ostensiblement le groupe de Samara. Sylvia, elle, semblait bien plus intéressée par les filles que par les vêtements.
« Vous cherchez quelqu’un ? »
« Hya ! »
Sylvia sursauta légèrement.
Elle se couvrit vite la bouche pour étouffer le petit cri qui lui avait échappé. Lorsqu’elle se retourna et vit Jeanne à côté d’elles, son visage s’empourpra de gêne.
« Tu m’as fait peur, Jeanne. »
« Il y a un problème ? demanda Jeanne.
Aurora eut l’air embarrassée.
Pendant un instant, elle ne sembla pas savoir comment expliquer ce qu’elles étaient en train de faire.
Sylvia, elle, n’avait aucune honte.
« On espionne la fille qui a tapé dans l’œil de Ruma », dit-elle avec un petit rire.
« Espionner ? » répéta Jeanne, stupéfaite.
Elle baissa les yeux vers Ruma.
Puis suivit son regard.
Ruma fixait le groupe de Samara, ses yeux saphir rivés sur la jolie fille aux cheveux gris bleuté qui se tenait parmi elles.
Tihana.
Jeanne comprit aussitôt.
La fille était belle, c’était certain. Mais elle n’était pas la seule. Tout le groupe était assez beau pour attirer l’attention, même dans un endroit rempli de gens riches et élégants.
« Vous les connaissez ? » demanda Jeanne.
« Non », répondit Aurora.
Puis elle regarda de nouveau le groupe et soupira.
« Ça a assez duré. Maintenant que tu es là, partons et cessons de perdre notre temps. »
« Attends, Aura, protesta Sylvia. On ne sait même pas comment elle s’appelle. »
« Nous n’avons pas le temps pour ça, répondit Aurora. Et elles ont probablement remarqué qu’on les suivait. Évitons de créer des problèmes pour rien. »
Elle posa une main sur les cheveux dorés de Ruma et lui caressa doucement la tête.
Ruma eut l’air déçu.
Mais au bout d’un instant, il hocha la tête.
« D’accord. »
« Très bien, dit Sylvia d’un ton théâtral en dépassant Aurora avec un soupir. J’avais oublié que ma sœur détestait tout ce qui avait le moindre rapport avec la romance. »
Aurora secoua légèrement la tête.
Au lieu de répondre, elle se tourna vers Jeanne.
« Où est Eric ? »
« Il est parti chercher Rubina, répondit Jeanne. On peut y aller. Désolée de vous avoir fait attendre. »
Elles étaient chez Crown and Silk depuis près de deux heures, et Jeanne commençait à peine à choisir des vêtements pour elle-même. Tout ce temps avait été consacré à aider Eric, Orlin et Olga.
« Ce n’est rien, répondit Aurora avec un sourire chaleureux. Tu as l’air d’avoir passé un bon moment. »
Jeanne cligna des yeux.
Puis elle esquissa un sourire.
« Oui. Un peu. »
Elle promena son regard dans le magasin.
« Je suppose que sortir ainsi sans être constamment reconnue, ça facilite les choses. »
Comme elles se trouvaient à Edenis Raphiel, Jeanne était beaucoup moins connue qu’à Celesta. Certains reconnaissaient peut-être son visage grâce aux émissions ou aux photos officielles, mais elle ne recevait pas la même attention écrasante que dans la Capitale de Dorian.
Aurora hocha la tête.
« Je dois avouer que c’est mieux ici aussi. On attire encore l’attention, mais rien de comparable à Celesta. »
« À Celesta, on ne peut même pas sortir sans être entourées de plusieurs dizaines de chevaliers », dit Jeanne.
« C’est vrai », acquiesça Aurora.
« L’Académie sera plus simple pour nous toutes, dit Sylvia. Là-bas, le statut ne compte pas. Tout le monde est censé être traité à égalité. »
« Je ne pense pas que le statut va disparaître si facilement, répondit Aurora. Mais on cessera peut-être de nous observer d’aussi près. »
« Jeanne, en tout cas, on continuera à la surveiller », dit Sylvia avec un sourire malicieux.
Elle se tourna vers Jeanne.
« J’ai entendu dire qu’il y aurait une réception officielle et une présentation de tous les Héros convoqués par Eden. Tout le monde te verra, Jeanne. »
« Oui », répondit Jeanne à voix basse.
Elle savait déjà qu’elle ne pouvait pas y échapper.
Elle commençait à comprendre l’importance réelle de son statut, même si elle avait encore du mal à l’accepter. Elle avait sous-estimé ce que signifiait être convoquée par Eden. À ses yeux, elle restait Jeanne, une fille d’Earth qu’on avait arrachée à sa vie sans prévenir.
Mais pour ce monde, elle était une Héroïne.
Un symbole.
Quelqu’un vers qui les gens se tourneraient avec espoir.
Convoquée par nul autre que le Dieu suprême qui régnait sur ce monde.
Elle se demandait comment Sharon et les autres avaient vécu tout cela ces dernières années.
Elles avaient eu la chance d’être convoquées à Edenis Raphiel, même si elles dépendaient de Maisons royales différentes. Jeanne supposait qu’elles avaient déjà fait connaissance. Elles venaient du même monde, portaient le même fardeau et comprenaient probablement des sentiments qu’elle n’avait pu confier à personne d’autre.
« Le Héros d’Arvatra est-il aussi arrivé ? » demanda Jeanne.
Aurora hocha la tête.
« Oh oui. Elle assistera à la cérémonie d’entrée. En fait, tous les Héros devraient y être. »
Aurora sourit.
« Tu pourras la rencontrer à ce moment-là. C’est quelqu’un de bien. Elle a l’air très jeune, mais j’ai été étonnée par sa maturité. »
« Pourquoi ? » demanda Sylvia.
« Eh bien, répondit Aurora, on m’a dit que peu après sa convocation, elle avait causé tout un remue-ménage. »
Jeanne l’écouta attentivement.
« Elle a paniqué et pleuré. Elle n’arrêtait pas de demander des nouvelles de sa famille et exigeait qu’on la renvoie chez elle. Au début, personne n’arrivait à la calmer. »
L’expression d’Aurora s’adoucit.
Elle s’était sentie vraiment mal pour elle en l’apprenant.
« Mais heureusement, elle a fini par se calmer. »
« Contrairement à Jeanne, j’imagine, dit Sylvia en lui jetant un coup d’œil. Tu semblais plutôt calme à ton arrivée. »
« Oui », répondit Jeanne.
Puis elle baissa les yeux.
« Mais j’étais profondément bouleversée, moi aussi. »
Elle ne l’avait simplement pas montré aussi ouvertement.
Jeanne avait appris à maîtriser ses émotions, à garder son calme même quand elle avait peur ou se sentait dépassée. Elle n’avait pas crié. Elle n’avait pas pleuré devant ceux qui l’avaient convoquée.
Mais au fond d’elle, elle était terrifiée.
Elle se demandait si le Héros d’Arvatra avait vécu autre chose qui l’avait fait paniquer à ce point. Ou si elle avait simplement davantage laissé paraître à quel point sa famille lui manquait, contrairement à Jeanne.
« Quoi qu’il en soit, reprit Aurora, quand je l’ai rencontrée, elle semblait aller bien. Elle m’a aussi posé des questions sur toi. »
Jeanne releva la tête.
« Elle m’a dit qu’elle avait hâte de rencontrer d’autres personnes de son monde », ajouta Aurora.
Jeanne hocha lentement la tête.
Elle ressentait la même chose.
Elles venaient d’Earth.
Elles avaient été convoquées dans ce monde étrange.
Et elles portaient le même lourd titre.
Jeanne voulait, elle aussi, les rencontrer.
Encadrées par les chevaliers de Celesta, Aurora, Sylvia et Jeanne suivirent une employée vers l’ascenseur privé.
La femme les guidait avec un professionnalisme attentif, même si ses mains étaient serrées un peu trop fort devant elle.
Elle avait derrière elle deux princesses royales de Celesta et le Héros convoqué par Eden.
Même avec toute son expérience, elle ne pouvait guider un tel groupe dans une boutique de luxe sans ressentir de pression.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent dans un léger tintement.
Tout le monde entra.
Quelques instants plus tard, les portes s’ouvrirent de nouveau sur le dernier étage de Crown and Silk.
De l’autre côté s’étendait un long couloir silencieux, bordé d’élégants salons privés. Chaque porte menait à une cabine d’essayage distincte, aménagée avec soin pour les invités de haut rang souhaitant choisir des robes, faire retoucher des tenues de cérémonie ou éviter les regards du public aux étages inférieurs.
Ces salons étaient réservés aux clients VIP.
Aux nobles, aux familles royales et à tous ceux qui avaient les moyens d’exiger une intimité absolue.
« Par ici », dit l’employée.
Elle s’efforça de garder son calme.
Aurora, Sylvia et Jeanne la suivirent, tandis que deux chevaliers de Celesta marchaient quelques pas derrière elles.
Elles venaient à peine de s’engager dans le couloir qu’Aurora s’arrêta brusquement.
« Ma sœur ? » demanda Sylvia.
Elle cligna des yeux et se tourna vers Aurora.
Aurora fixait le bout du couloir.
Son expression s’était figée.
Sylvia et Jeanne suivirent son regard.
Un homme venait vers elles depuis l’autre extrémité du couloir.
Il se trouvait à quelques dizaines de pieds d’elles.
Ses cheveux étaient argentés.
Ses yeux, d’un argent glacial et perçant.
Sa peau était pâle au point de sembler presque irréelle et, même à distance, il se dégageait de lui quelque chose d’inhumain. Pas forcément monstrueux ; simplement trop parfait, trop distant, trop irréel pour être un homme ordinaire.
Sylvia retint son souffle.
« C-C’est… »
Elle avait vu son visage trop de fois au cours de la dernière journée pour ne pas le reconnaître.
Les cheveux argentés.
Les yeux argentés.
Les boucles d’oreilles dorées si particulières.
Edward Falkrona.
L’homme qui avait récemment été révélé au monde entier comme le vingt-cinquième Roi utopien.
Edward les remarqua presque au même instant.
Son regard se posa sur Aurora, Sylvia et Jeanne.
Il s’arrêta brièvement, puis reprit sa marche.
Mais quelqu’un le suivait.
Un homme marchait derrière Edward dans le couloir et parlait assez fort pour qu’il soit évident qu’il cherchait à attirer son attention depuis un moment.
« Hé, je te parle, espèce d’idiot… »
Il n’acheva pas sa phrase.
Dans un mouvement soudain, l’homme fut plaqué au sol sans qu’Edward ait eu à lever le petit doigt.
Son corps bascula en avant et s’écrasa contre le sol. Avant que quiconque comprenne ce qui s’était passé, Edward s’écarta et abattit son pied sur la joue de l’homme, lui fracassant le visage contre le sol avant même que la gravité ne s’en charge.
« Arghh !! »
Le choc résonna dans le couloir.
Du sang éclaboussa le sol pâle.
L’homme hurla de douleur ; la force du coup lui avait déchaussé les dents de devant.
Tout le monde se figea.
L’employée le regarda avec horreur.
Par réflexe, les chevaliers portèrent la main à leurs armes, mais se retinrent en reconnaissant celui qui se tenait devant eux.
Edward n’avait pas l’air furieux, pas au sens habituel du terme.
Son visage était froid, légèrement agacé à présent.
Il baissa les yeux vers l’homme sous son pied et appuya plus fort.
Puis Edward ouvrit la bouche.
Un seul mot en sortit.
« À genoux. »