Chapitre 826
Les quais de débarquement d’Edenis Raphiel, flottant au milieu du vaste océan, auraient difficilement pu être plus animés ce matin-là.
Durant chaque période d’admission à l’Académie, les opérations commençaient exceptionnellement tôt et se poursuivaient jusque tard dans la nuit. Les plateformes de transfert dormaient rarement durant ces semaines.
Dès que les premiers rayons du soleil perçaient l’horizon, les ports débordaient déjà d’activité.
Aujourd’hui, cependant...
Aujourd’hui était différent.
Dès l’aube, il semblait qu’une armada entière eût émergé de la brume matinale.
Des navires de toutes tailles s’étendaient sur la mer, leurs voiles captant la lumière dorée tandis qu’ils avançaient régulièrement vers les colossales plateformes flottantes.
C’était exactement ce à quoi tout le monde s’attendait.
La Sainte d’Eden allait se révéler au monde aujourd’hui.
Personne, parmi ceux ayant eu la chance de recevoir une invitation, ne manquerait volontairement une occasion aussi historique.
Certains s’étaient plaints au préalable que tout le monde semblait avoir choisi le même jour pour arriver, créant un encombrement inévitable malgré la planification minutieuse d’Edenis Raphiel.
Pourtant...
Aucun d’entre eux n’avait vraiment le droit de se plaindre.
Aujourd’hui avait été spécifiquement réservé aux nouveaux étudiants admis à la Sainte Académie et à leurs familles accompagnatrices.
En théorie, séparer les arrivées par date aurait dû réduire considérablement le trafic.
Au lieu de cela, tout le monde était arrivé à la même conclusion.
Si aujourd’hui était le jour de la première apparition publique de la Sainte...
Alors aujourd’hui était le jour pour entrer à Edenis Raphiel.
En conséquence, les plateformes étaient plus bondées que quiconque ne l’avait anticipé.
Il n’y avait plus rien à y faire maintenant.
Les navires étaient déjà arrivés.
Les Chevaliers d’Edenis Raphiel maintenaient un ordre parfait malgré le nombre écrasant de visiteurs.
Des milliers d’entre eux étaient postés à travers l’immense port.
Leur armure scintillait sous le soleil matinal, forgée dans un acier blanc immaculé rehaussé d’or élégant. Chaque chevalier portait un casque assorti orné d’une paire d’ailes blanches majestueuses attachées de chaque côté, le symbole des Chevaliers d’Edenis Raphiel.
Ils ressemblaient moins à des soldats ordinaires...
...et davantage à des gardiens célestes.
Chaque escouade avait été assignée à un quai, un point de contrôle ou un secteur de transfert différent, garantissant que le flux constant des arrivées ne sombre jamais dans le désordre.
Bien que chaque navire eût déjà subi une inspection approfondie avant même d’entrer dans le périmètre de sécurité entourant les plateformes, un second examen, encore plus rigoureux, attendait les navires une fois arrivés à leurs postes d’amarrage assignés.
Aucune exception n’était jamais faite.
Pas même pour la royauté.
Edenis Raphiel ne faisait confiance à personne plus qu’à ses propres protocoles.
Pour réduire davantage l’encombrement, l’administration avait également fortement encouragé les visiteurs à regrouper leurs voyages autant que possible.
Plutôt que des dizaines de familles nobles affrétant chacune leur propre navire, il était conseillé aux parents et aux maisons alliées de voyager ensemble à bord de vaisseaux plus grands.
La recommandation avait été bien accueillie.
L’un de ces vaisseaux approchait maintenant lentement du port.
Le qualifier de navire semblait presque inadéquat.
Il ressemblait à l’un de ces grands paquebots construits pour transporter des milliers de passagers à travers des continents entiers, bien que celui-ci fût nettement plus luxueux. Chaque surface reflétait la lumière du soleil. Sa coque blanche scintillait contre la mer tandis que des décorations dorées ornaient ses balcons et ses rambardes.
Même de loin, on pouvait immédiatement dire qu’il s’agissait d’un vaisseau réservé aux plus hauts rangs de la noblesse.
Le navire avait quitté l’Empire de New Celesta seulement quelques jours plus tôt.
À son bord voyageaient plusieurs des maisons nobles les plus influentes de l’Empire.
Lentement, escorté par des guides portuaires, il s’approcha de l’une des zones d’amarrage les plus prestigieuses.
Les Quais Royaux.
Réservés exclusivement aux familles royales et aux dignitaires de haut rang.
L’un des chevaliers en poste laissa échapper un sifflement bas.
« Ça, c’est un navire. »
Son compagnon jeta un coup d’œil vers lui avant d’acquiescer.
« Tu m’étonnes. »
« Je me demande combien d’Eden ce truc coûte. »
Le second chevalier fixa le vaisseau qui approchait pendant quelques instants avant de répondre.
« Des millions. »
Il fit une pause.
« Enfer... certainement des centaines de millions. »
« Tu crois vraiment ? » rit son compagnon. « N’oublie pas, on parle du monde d’en bas. Comparé à Edenis Raphiel, tout là-bas est pratiquement bon marché. »
Le premier chevalier gloussa.
« Je suppose que tu as raison. »
Il croisa les bras.
« J’imagine que ça fait de nous les personnes les plus riches ici, simplement en étant citoyens d’Edenis Raphiel. »
« Oh, absolument. »
Son ami sourit sous son casque.
« Tu aurais probablement des femmes qui feraient la queue pour toi dès que tu leur dirais que tu viens d’Edenis Raphiel. »
« Tu crois ? »
Le premier chevalier rit.
« Bon sang... peut-être que je devrais prendre ma retraite là-bas. Les femmes chez nous sont toutes fières, impossibles à impressionner et arrogantes au possible. »
Son compagnon renifla.
« Tu peux les blâmer ? La compétition là-haut est ridicule. »
Les deux hommes éclatèrent de rire.
Leur conversation se poursuivit nonchalamment jusqu’à ce que le navire massif s’aligne enfin avec le poste d’amarrage désigné.
Les mécanismes d’amarrage s’étendirent.
De lourdes chaînes se verrouillèrent en place.
L’énorme navire se stabilisa progressivement contre la plateforme.
Puis, l’un des chevaliers leva soudain les yeux.
« ...Hé. »
« Quoi ? »
« Regarde. »
Tous deux levèrent instinctivement la tête vers l’un des ponts d’observation supérieurs.
Une jeune femme solitaire se tenait tranquillement contre la rambarde.
Ses coudes y reposaient légèrement tandis qu’elle contemplait l’immense plateforme portuaire en contrebas, une structure flottante si vaste qu’un quartier commerçant entier aurait pu s’y installer confortablement.
La brise matinale portait doucement des mèches de ses longs cheveux roses et brillants derrière elle. Ses cils roses délicats encadraient une paire de magnifiques yeux roses qui semblaient scintiller sous le soleil levant.
Même d’une telle distance...
Elle était à couper le souffle.
Il y avait chez elle une élégance qui attirait naturellement l’attention sans qu’elle ne fasse le moindre effort.
L’un des chevaliers cligna des yeux.
« ...Bon sang. »
« Ouais... »
Son compagnon ne pouvait détacher ses yeux d’elle.
« Elle est magnifique. »
« Tu m’étonnes. »
Il laissa échapper un autre sifflement.
« Genre... incroyablement magnifique. »
« J’imagine que même les gens d’en bas produisent quelqu’un comme ça de temps en temps. »
Le premier chevalier lui donna immédiatement un coup de coude.
« Surveille ton langage. »
« Hein ? »
« Elle a l’air de venir de l’une des familles royales ou peut-être d’une maison ducale. »
Il baissa la voix.
« Montre un peu de respect. Ou mieux encore, tais-toi. »
Le second chevalier leva les yeux au ciel.
« Oh, allez. »
« Sérieusement. »
« Si quelqu’un d’important t’entend insulter l’une de leurs dames, on aura de la chance si on perd seulement notre boulot. »
L’autre chevalier se contenta de ricaner.
« Oh, détends-toi. »
Un sourire suffisant s’étala sur son visage.
« Personne n’est assez stupide pour lever la main sur les Chevaliers d’Edenis Raphiel. »
« Ouais, c’est ça. »
Le premier chevalier croisa les bras, son regard s’attardant toujours sur les navires qui arrivaient.
« Je n’ai entendu que des choses horribles sur les royaumes là-bas. Une histoire sur deux parle d’une nouvelle guerre, d’un nouvel assassinat, d’un royaume essayant d’en anéantir un autre. C’est comme s’ils ne savaient que s’entretuer. »
Il secoua la tête.
« Il n’y a même pas un an ou deux, il y a eu toute cette Guerre Utopienne. »
Son expression devint légèrement plus sérieuse.
« J’ai entendu parler de millions de victimes. »
Son compagnon claqua la langue avant de laisser échapper un petit rire.
« Ouais... »
« Ils ne se débarrasseront jamais de leur réputation de nations sauvages, n’est-ce pas ? »
Le premier chevalier gloussa également avant d’expirer doucement.
« ...Peux-tu vraiment les blâmer, cependant ? »
Son compagnon le regarda.
« Ils vivent tout en bas. »
Il fit un geste vers l’horizon lointain sous les plateformes flottantes.
« Les gens les plus éloignés des Dieux. »
« Pendant ce temps... »
Il leva les yeux vers le ciel infini au-dessus. L’archipel pouvait être vu juste au-dessus d’eux.
« Nous sommes pratiquement sous Leurs pieds. »
« Nous recevons Leurs bénédictions chaque jour. »
L’autre chevalier sourit fièrement.
« Tu as bien raison. »
Une voix sévère les interrompit soudainement.
« Assez discuté. »
Les deux chevaliers redressèrent immédiatement leur posture.
« Préparez-vous à accueillir les passagers. »
« Oui, Commandant ! »
Sans un mot de plus, les deux se précipitèrent vers leurs positions assignées alors que le massif vaisseau impérial terminait enfin ses procédures d’amarrage.
***
« Tu n’arrêtes pas de me rappeler que tu me tueras à la fin de l’année si je fais foirer les choses. »
Edward soupira pour ce qui semblait être la centième fois.
« Sérieusement... tu n’as rien de mieux à faire ? »
Marchant à ses côtés, John se contenta de renifler.
« Je m’assure juste que le message passe. »
Il lança un regard sévère à Edward.
« Alors comporte-toi bien. »
Edward leva les yeux au ciel.
« Qu’est-ce que tu es, ma nounou ? »
Il fit une pause avant de claquer des doigts.
« Oh, c’est vrai. »
« Layla t’a envoyé pour me surveiller. »
Un sourire s’étala lentement sur son visage.
« Bien que... »
Il dévisagea John de haut en bas.
« Si tu portais une tenue de soubrette, je t’écouterais probablement beaucoup plus. »
Le sourcil de John tressaillit.
« ...Tu veux mourir ? »
Edward rit.
« Si tu me tues, Layla ne te pardonnera jamais. »
« Qu’il en soit ainsi. »
John répondit sans hésitation.
« Je préférerais perdre ma sœur plutôt que de la laisser épouser un futur meurtrier de masse. »
Edward fit la grimace.
« Tu penses sérieusement que je vais devenir l’Edward du jeu ? C’était un foutu jeu. Grandis un peu. »
John renifla.
« Qui sait ? »
Edward le fixa.
« Quoi ? Je suis littéralement la raison pour laquelle Celesta est encore debout. »
« Conneries. »
John répondit immédiatement.
« Si tu avais gardé ta bouche fermée et arrêté d’interférer, tout se serait passé exactement comme dans le jeu. Jayden aurait tout géré. »
Edward ricana.
« C’est la plus grosse connerie que tu aies dite de toute la semaine. »
Il croisa les bras.
« Je ne sais pas pour toi, mais cette version de Jayden est bien pire que celle du jeu. Il est plus chaud, plus distrait et, d’une certaine manière, encore plus inutile. »
John le regarda avec une incrédulité totale.
« C’est toi qui l’as rendu inutile. »
Edward cligna des yeux.
« ...D’accord, ma faute, bien sûr. »
« Tu as continué à essayer de jouer les entremetteurs à chaque occasion. En traitant ça comme un jeu, en pensant que tu étais toujours assis sur ton cul dans ton canapé avec une télécommande entre les mains. Tu l’as pratiquement encouragé. »
Il regarda Edward droit dans les yeux.
« D’ailleurs, tu n’as pas honte ? Si j’étais toi, je me serais déjà suicidé. »
« Oh, va te faire foutre. »
Edward lui lança un regard agacé.
Le silence s’installa progressivement entre eux tandis qu’ils continuaient à marcher dans les rues de Vedelia Centrale.
Edward finit par lever le regard vers le ciel bleu brillant au-dessus.
Pendant quelques instants...
Il observa simplement les nuages dériver.
Puis son sourire s’effaça lentement.
« ...Tu sais. »
Sa voix devint plus calme.
« Si je finis vraiment par suivre le mauvais chemin... »
Il continua de fixer le ciel.
« ...Alors ouais, tu devrais me tuer. »
John tourna la tête.
« Si ce jour arrive un jour... » continua Edward doucement. « Je préférerais que ce soit toi. »
Ses yeux restèrent fixés sur le ciel.
« Pas l’une de mes petites amies. »
John le regarda sans expression.
« ...Ta seule petite amie est Layla. Et Miranda va probablement te gifler la prochaine fois qu’elle te verra. »
« Tais-toi. »
Un autre silence s’étira entre eux.
Celui-ci dura plus longtemps.
Quand Edward parla à nouveau, il y avait un calme étrange dans sa voix.
« ...Non, je suis sérieux. Si je dois vraiment mourir... je préférerais être tué par quelqu’un de proche. »
Il baissa la tête et jeta un coup d’œil à John.
« Un ami, un frère. Quelqu’un en qui j’ai confiance. »
John le fixa une seconde avant de frissonner de manière exagérée.
« Ne redis plus jamais ça. »
Edward claqua instantanément la langue.
« Layla va être ma femme. Ce qui signifie que tu es coincé en tant que mon beau-frère pour toute l’éternité, espèce d’idiot. »
« Je préférerais mourir. »
« Alors meurs. »
Sans le moindre avertissement, Edward le poussa sur le côté.
John perdit complètement l’équilibre.
Une éclaboussure bruyante résonna sur la place alors qu’il tombait droit dans la grande fontaine à côté d’eux, envoyant de l’eau voler dans toutes les directions.
***
« Hein— ! »
John se réveilla en sursaut avec un halètement, son corps se redressant brusquement.
Sa respiration se faisait par petits à-coups tandis qu’il portait instinctivement la main à sa gorge, ses doigts effleurant frénétiquement son cou avant de passer à son visage. Pendant un bref instant, il put presque goûter l’eau qui persistait dans sa bouche.
Sa tête tournait.
La sensation de vertige l’envahit par vagues avant de s’estomper lentement, ne laissant que les battements lourds de son cœur.
« ...John ? »
La voix douce à côté de lui brisa ses pensées.
Amelia s’était réveillée dès qu’elle l’avait entendu. Encore à moitié endormie, elle tira le drap de soie pour se couvrir avant de se tourner vers lui, l’inquiétude remplissant immédiatement ses yeux.
« Est-ce que ça va ? »
Elle posa doucement sa main sur sa joue, son pouce caressant lentement sa peau.
John resta silencieux une seconde avant de faire un léger signe de tête.
« ...Ouais. »
Il força un faible sourire.
« Juste un mauvais rêve. »
Sous la couverture, cependant, ses poings se serrèrent autour des draps jusqu’à ce que le tissu se froisse sous sa prise.
Amelia continua de caresser son visage avant de poser sa tête contre son épaule.
« Tout ira bien. »
Sa voix était assez chaleureuse pour calmer presque n’importe qui.
« Nous arriverons bientôt. »
Elle sourit.
« Et ensuite, tu n’auras plus jamais à rester sur un bateau. »
Elle le regarda avec taquinerie.
« La mer n’essaiera plus de t’avaler. »
John fit la grimace.
« Je n’ai pas peur de l’eau. »
Amelia haussa un sourcil.
« Vraiment ? Tu dis ça depuis des années. »
Elle lui donna un coup de coude sur le côté.
« Je t’ai proposé de t’apprendre à nager correctement plus de fois que je ne peux en compter. Et à chaque fois, tu trouves une excuse. »
John haussa les épaules.
« Je n’aime juste pas être trempé. »
« Quel couple terrible. »
Elle rit.
« Mon Affinité est littéralement l’eau. »
John ne put s’empêcher de sourire.
« Ouais. J’ai remarqué. »
Elle continua de sourire malicieusement.
Avant qu’elle ne puisse le taquiner à nouveau, John se pencha et l’embrassa.
Amelia rendit immédiatement le baiser, enroulant ses deux bras autour de son cou tandis que ses joues devenaient progressivement roses.
Leurs lèvres ne se séparèrent que brièvement avant que John ne l’embrasse à nouveau, plus longuement cette fois.
« Mmh... »
Un son doux s’échappa d’Amelia alors qu’il abaissait ses lèvres sur le côté de son cou.
« Ah... »
Ses doigts se resserrèrent légèrement derrière sa nuque.
« J-John... »
Elle respira doucement.
« On est presque arrivés... »
« Ça ne prendra pas longtemps. »
Murmura John contre sa peau avant de continuer à embrasser son cou.
Sa main atteignit lentement le bord du drap—
-Toc ! Toc ! Toc !
Un martèlement bruyant résonna soudainement à travers la porte de la cabine.
Tous deux sursautèrent presque.
« HÉ ! »
« JOHN ! »
« AMELIA ! »
La voix tonitruante de Tyler résonna dans la pièce sans la moindre subtilité.
« ON EST ARRIVÉS ! »
« DÉPÊCHEZ-VOUS !! »
Le silence qui suivit ne dura qu’une seconde.
John ferma les yeux.
« ... »
Amelia le regarda.
« ... »
Aucun des deux n’avait besoin de dire quoi que ce soit.
Ce niveau de bruit avait été totalement inutile.
D’un autre côté...
C’était Tyler.
Aucun des deux ne s’attendait à quelque chose de vaguement civilisé de sa part.
John laissa échapper un long soupir.
« Je vais le tuer un jour. »
Amelia ne put s’empêcher de rire.
Une nouvelle série de coups bruyants secoua la porte.
« VOUS ÊTES LÀ, LES GARS ?! »
« Oui, Tyler ! »
Amelia répondit cette fois.
« On est là ! »
« Maintenant, pourrais-tu nous laisser une minute ? »
« Okaaay !! MAIS NE TRAÎNEZ PAS TROP !! »
Ses pas finirent par s’éloigner dans le couloir.
John se frotta le front.
« ...On aurait dû voyager plus tôt avec Alfred et les autres. »
La famille royale de l’Empire de New Celesta était partie plusieurs jours auparavant à bord de leur propre vaisseau privé, probablement comme la plupart des familles royales. Il aurait pu le faire aussi s’il l’avait souhaité, mais c’était inutile, et maintenant il le regrettait un peu.
Cela aurait été beaucoup moins bondé.
Beaucoup plus calme.
Et surtout...
Pas de Tyler.
Amelia sourit en se penchant confortablement contre lui.
« C’est sympa de voyager avec nos amis aussi. »
John la regarda.
« Quand tu dis "amis"... tu n’inclues pas cet idiot à tête de muscle, n’est-ce pas ? »
Amelia gloussa.
« C’est méchant. Tu sais que Tyler te considère sincèrement comme l’un de ses amis les plus proches. » John renifla.
« Dans son imagination, peut-être. »
« Il peut être... envahissant. »
Admit-elle avec un petit sourire.
« Mais c’est une bonne personne. »
Elle heurta légèrement son épaule.
« Tu devrais vraiment essayer de t’entendre avec tout le monde pour une fois. »
John regarda dans ses yeux verts un instant avant de sourire.
« ...Peut-être. »
Il se pencha à nouveau et embrassa ses lèvres doucement.
« Vas-y. Tu devrais te doucher en premier. »
Amelia inclina la tête innocemment.
« Tu ne veux pas me rejoindre ? »
John rit immédiatement.
« Si je fais ça... on sera définitivement en retard. »
Elle rit également avant de sortir du lit.
Après avoir rassemblé ses vêtements, elle se dirigea vers la salle de bain spacieuse reliée à leur cabine luxueuse, fredonnant doucement pour elle-même avant de disparaître derrière la porte.
Le bruit de l’eau courante remplit la pièce peu après.
John resta assis.
Ses yeux dérivèrent vers le plafond.
Pendant un long moment...
Il fixa simplement le vide.
Finalement, il tendit la main vers l’étagère de chevet et prit son téléphone.
Comme prévu, son écran de verrouillage affichait une photo de lui et Amelia ensemble.
L’une de leurs photos préférées.
Elle avait été prise lors d’un rendez-vous il y a des mois.
Il déverrouilla l’écran.
Plusieurs messages non lus apparurent immédiatement.
Un de son père.
Une relation qui était devenue étonnamment proche au cours de l’année passée.
Un autre de la famille d’Amelia à Sancta Vedelia.
Sa mère.
Et Adrian Dolphis.
John sourit faiblement.
L’homme l’avait autrefois méprisé.
La vie les avait changés tous les deux.
Maintenant, Adrian était quelqu’un que John respectait sincèrement.
En faisant défiler plus loin, un contact se distinguait au-dessus de tous les autres.
Eric Scarlett.
Le dernier message avait été envoyé à peine vingt minutes plus tôt.
[Réveille-toi, putain.]
Il vérifia le reste de sa boîte de réception.
Rien d’autre ne nécessitait une attention immédiate.
Alors qu’il continuait à faire défiler...
Son pouce s’arrêta soudainement.
Edward.
Son contact était toujours là.
John le fixa pendant plusieurs longues secondes avant d’ouvrir la conversation.
Seule une poignée de messages restait.
Les tout derniers qu’ils avaient jamais échangés.
[Où es-tu ?! Cyril a utilisé ce foutu sort !]
[J’arrive bientôt. Ne combats pas Cyril de front. Il est dangereux.]
[Faire l’ami inquiet ne te va pas. Viens juste ici. Je ne laisserai pas ce bâtard faire tout ce qu’il veut.]
[Je suis sérieux, John. Le Sort de la Lune de Sang le nourrit. Ne le combats pas avant que j’arrive.]
[Qu’est-ce que tu connais même à ce sort ?]
[Ne t’engage juste pas seul. Ce sera moi qui devrai consoler Layla s’il t’arrive quelque chose.]
Il y a 22 mois.
C’étaient leurs derniers messages.
Rien après cela.
John fixa silencieusement l’écran.
Son pouce se déplaça lentement vers l’option en bas.
Supprimer la conversation.
Une fenêtre de confirmation apparut.
Voulez-vous supprimer cette conversation ?
Son pouce plana au-dessus de Oui.
Il y resta.
Pendant plusieurs longs moments...
Il ne bougea pas.
Puis...
Sans rien presser...
Il verrouilla simplement le téléphone.
L’écran devint noir.
John le reposa sur la table de chevet.
Appuyant sa tête contre la tête de lit, il fixa silencieusement le plafond une fois de plus.
Après un autre long moment de silence, il laissa échapper un souffle calme, se poussa hors du lit et se leva.