Chapitre 744
« Ugh ! »
Rodolf grogna de douleur alors qu'un coup de pied imprégné de prana s'écrasait directement dans son abdomen. L'impact résonna, le souffle lui fut coupé et il recracha une gerbe de sang. Son corps fut projeté à travers la cour en ruines, traversant des décombres avant qu'il ne se retourne en plein vol pour réussir à se stabiliser.
À peine ses bottes eurent-elles touché le sol qu'une autre silhouette bondit vers lui : un loup-garou massif, le poil hérissé, les yeux luisants. Les mains de Rodolf jaillirent.
-BAM !
Son coup de paume atteignit le museau de la créature. Le choc brisa la barrière de prana protégeant son visage, et le crâne de la bête pivota avec un craquement humide avant qu'elle ne soit projetée dans la poussière.
-BOOOOM !
Le sol se fendit sous son corps à l'impact, soulevant un nuage de poussière et de sang.
Rodolf atterrit lourdement, ses bottes creusant des sillons dans les dalles fissurées. Sa poitrine se soulevait alors qu'il aspirait de l'air, chaque muscle hurlant de douleur. Ses vêtements étaient déchirés et trempés de sang — le sien et celui de ses ennemis. Sa fourrure était désormais emmêlée de pourpre, et de profondes griffures marquaient ses épaules et ses côtes.
Autour de lui, la scène était un carnage. Dix loups-garous, tous abattus. Leurs corps imposants gisaient dans la cour, membres tordus, yeux vitreux. L'odeur de fourrure brûlée et de fer imprégnait l'air.
Chacun d'eux avait utilisé sa Forme Bestiale, poussant son corps au-delà des limites mortelles, et pourtant, Rodolf les avait tous vaincus. De justesse.
Il n'en restait plus que deux. Ils respiraient bruyamment, les yeux fous, la fourrure terne et clairsemée — les effets secondaires des pilules qu'ils avaient ingérées pour forcer leur transformation. Leur puissance s'épuisait, mais pas leur folie.
Ils grognèrent sourdement, la salive coulant de leurs crocs, et se jetèrent sur lui.
Rodolf grogna entre ses dents. Ses yeux jaunes vacillèrent faiblement — l'éclat faiblissait, mais il était toujours là. Puis, son regard se déplaça.
Derrière les deux bêtes en pleine charge, une silhouette restait immobile : Percy.
Il n'avait pas bougé une seule fois durant la bataille. Il se contentait de regarder.
Rodolf laissa échapper un grognement, un son mêlant rage et épuisement. « Tu vas juste continuer à regarder, hein ? »
Puis il bougea.
Dans un rugissement, il chargea à la rencontre des loups-garous — son corps se métamorphosant en pleine course. Sa Forme Alpha scintilla, ses os craquèrent, sa fourrure se rétracta légèrement jusqu'à ce qu'il retrouve sa Forme Bêta. Plus petit, plus svelte, mais plus rapide.
Le sol se fissura sous ses pieds alors qu'il disparaissait de la vue.
Dans un flou de mouvement, Rodolf se glissa entre les deux loups-garous, son corps se faufilant à travers leurs attaques comme de la fumée. Il apparut derrière eux, la jambe déjà levée — le prana enrobant son tibia d'une lueur jaune aveuglante.
-CRAC !
Son coup de pied s'enfonça directement dans l'abdomen du premier loup-garou. Le bruit fut sec — des côtes brisées, le souffle coupé, et les yeux de la créature se révulsèrent avant que son corps inerte ne soit projeté dans les airs.
Le second rugit, pivotant par instinct, ses griffes blanches étincelant alors qu'il tailladait la poitrine de Rodolf.
« Ughhh ! »
Les griffes déchirèrent profondément, tranchant muscle et fourrure. Le sang éclaboussa le sol. L'impact projeta Rodolf en arrière dans le terrain dévasté, le faisant fracasser des pierres brisées et s'écraser contre la terre avec assez de force pour laisser un cratère juste à côté des racines lumineuses de l'Arbre Sacré d'Eden.
Il haleta, la douleur irradiant ses côtes, mais son esprit restait vif.
La bête survivante hurla et bondit haut dans les airs, visant à l'écraser depuis le ciel. Ses griffes brillaient d'un Prana sauvage, prêtes à le mettre en pièces.
Les lèvres de Rodolf se retroussèrent en un sourire ensanglanté. « Je t'ai eu. »
Sa bouche s'ouvrit largement, le prana tourbillonnant violemment dans sa gorge. L'air autour de lui se mit à vibrer tandis que l'énergie dorée se condensait en une sphère rugissante.
Les yeux du loup-garou s'écarquillèrent en plein saut — trop tard.
-BOOOOOOM !!
Un souffle de Prana massif jaillit de la bouche de Rodolf, engloutissant la créature dans un torrent de feu et de lumière dorée. L'explosion fit trembler le sol, dispersant poussière, flammes et fourrure dans toutes les directions.
Quand la fumée se dissipa, le corps du loup-garou tomba du ciel, carbonisé et brisé, s'écrasant au sol avec un bruit sourd.
Le silence qui suivit fut presque un soulagement pour Rodolf. L'odeur de prana brûlé persistait dans l'air.
« Ah… ahh… »
Rodolf chercha son souffle, son corps tremblant alors que les derniers vestiges de sa Forme Bestiale s'estompaient. Sa fourrure se rétracta, ses griffes s'émoussèrent et sa carrure rétrécit pour reprendre sa forme humaine. Il s'effondra sur un genou, le sang coulant le long de son menton. Chaque inspiration brûlait comme du feu dans ses poumons.
De l'autre côté du champ dévasté, Percy s'avança vers lui — calme, composé, et visiblement sans la moindre égratignure.
« Tu es vraiment quelque chose, Rodolf », dit Percy d'un ton léger, presque admiratif. « J'ai bien fait d'en amener autant avec moi. »
Rodolf releva la tête, montrant les dents comme un loup acculé. « Espèce de… sale merde… »
Percy s'arrêta à quelques pas de lui, les mains dans les poches, le regardant avec une froide indifférence qui ne fit qu'attiser la colère de Rodolf.
« Pourquoi continues-tu à lutter si bêtement ? » demanda Percy. « Tu ne t'es jamais soucié de la politique, alors il est naturel que tu ne comprennes pas ce que je fais. »
Rodolf cracha une bouchée de sang sur la botte de Percy. « Va… te faire foutre ! Tu as essayé de tuer Jefer… et tu as failli tuer Roda ! »
« Oncle Jefer a tué Connor », dit Percy.
Rodolf se figea. Ses yeux jaunes s'écarquillèrent. « Quoi… ? »
Percy gloussa doucement.
« À en juger par ta réaction, je suppose que tu t'en doutais déjà. Mais tu n'as jamais agi, n'est-ce pas ? Tu t'es convaincu que Jefer n'aurait pas pu faire ça. Après tout, c'était l'enfant prodige de la Maison Moonfang — le plus jeune Chef, un Monarque aimé même par Edenis Raphiel et par ses frères. »
Rodolf serra les poings. « Tu as fait tout ça… par jalousie ?! »
« Je ne suis pas si pathétique », dit Percy en secouant lentement la tête. « Je l'ai fait pour nous. »
Son ton s'assombrit alors qu'il s'approchait, ses yeux brûlant faiblement de prana.
« Tant que Grand-mère et Jefer resteront aux commandes, la Maison Moonfang ne s'élèvera jamais. Nous serons toujours les esclaves de Vedelia Centrale — traités comme des chiens faibles et timorés par le reste d'Edenis Raphiel. Tu l'as vu toi-même. Si Sancta Vedelia avait un véritable ordre, la Guerre Utopique n'aurait jamais eu lieu. Et en ce moment… » son regard glissa vers Rodolf, « tu ne serais pas en train de ramper dans la terre, battu et en sang. »
Rodolf grogna sourdement, se forçant à se lever malgré la douleur.
« Je vais te démolir, Percy — jusqu'à ce que tu te réveilles et que tu arrêtes de débiter ces conneries de méchant de troisième zone ! »
Percy soupira en levant la main. « Comme prévu, venant de quelqu'un qui ne sait que se battre. Un bourrin jusqu'au bout. Tu n'as jamais pu comprendre quoi que ce soit au-delà de tes poings. »
Le prana commença à luire autour de sa paume, s'accumulant rapidement.
« Merde… ! » Rodolf essaya de bouger, mais ses membres refusèrent de répondre. Son corps avait atteint ses limites.
Puis —
-BOOOOM !
Une rafale de vent percuta Percy, le forçant à bondir en arrière. Ses bottes dérapèrent sur la terre avant qu'il ne se stabilise, les yeux plissés vers le nouvel arrivant.
« C'est peut-être un bourrin », dit une voix de femme calmement, « un gros, en plus de ça. »
Des cheveux argentés scintillèrent dans l'air alors qu'elle descendait avec grâce, ses yeux vert émeraude se fixant intensément sur Percy. « Mais au moins, il ne trahit pas sa propre famille. »
Les yeux de Rodolf s'écarquillèrent d'incrédulité. « C… Cylien ?! »
Cylien se tourna vers lui, sa moue n'étant qu'à moitié sérieuse. « Tu pensais vraiment pouvoir me cacher quoi que ce soit, Rodolf ? »
L'expression de Rodolf se crispa. « Idiote ! Qu'est-ce que tu fous là ?! Pars tout de suite ! Percy a perdu la tête ! »
« Alors aide-moi », dit simplement Cylien. Elle lui lança une petite fiole — brillant d'un bleu pâle. « Bois ça. »
Rodolf l'attrapa, la déboucha avec ses dents et l'avala sans hésiter. Le liquide lui brûla la gorge, mais il sentit déjà son énergie revenir. Pas grand-chose — juste assez pour se tenir debout et se battre.
« T'avais pas une fiole de prana plutôt ? » marmonna-t-il en s'essuyant la bouche et en crachant un autre filet de sang sur le sol.
« Pourquoi aurais-je ce genre de chose sur moi ? » demanda Cylien sèchement.
« J'en sais rien — peut-être pour moi ? Je suis ton petit ami, tu te souviens ? » Rodolf sourit à travers le sang.
Cylien haussa un sourcil. « Je me pose la question. »
Rodolf cligna des yeux. « C… Cylien ? »
Elle soupira théâtralement. « Je ne sais pas si ma sœur acceptera un jour que j'épouse l'oncle d'un neveu traître », dit-elle en pointant paresseusement Percy.
« Oublie cette merde ! » aboya Rodolf. « Une fois que j'aurai fini de lui casser la gueule, je le ferai supplier Aerin de lui pardonner ! »
« Je préférerais mourir plutôt que de supplier cette femme », rétorqua Percy, presque en grimaçant.
Il savait mieux que quiconque qu'il ne fallait pas flatter l'ego de l'arrogante et fière Aerinwyn.
« Tu n'as pas ton mot à dire, bordel ! » grogna Rodolf, son prana scintillant à nouveau faiblement autour de lui.
Le sourire de Percy s'effaça. Il jeta un regard entre les deux, puis ferma les yeux. Son Prana explosa vers l'extérieur comme une onde de choc.
-BOOOOOM !!!
L'air vibra violemment, des cailloux se soulevant du sol sous la pression. Une aura jaunâtre aveuglante tourbillonna autour du corps de Percy, chargée d'une intention meurtrière.
Rodolf se protégea le visage du vent. « Ce bâtard… depuis quand est-il devenu aussi fort ?! »
Cylien soupira à ses côtés, sa voix dégoulinant d'exaspération. « Peut-être que si tu faisais un peu plus attention à ton neveu, tu le saurais. »
« Je l'aurais fait s'il n'était pas un gamin prétentieux et sombre qui essaie de jouer les héros tragiques ! » répliqua Rodolf. « Il me rappelle beaucoup trop Nyr ! »
« Ce n'est pas parce que Nyr te bat toujours sur tout que tu dois projeter tes complexes sur chaque homme émotionnellement distant que tu rencontres », dit Cylien gentiment.
« Q… quoi ?! »
Cylien haussa simplement les épaules, ses yeux brillant d'un vert pâle alors qu'elle reportait son attention sur Percy. Ses cheveux argentés se soulevèrent dans le vent, et du mana commença à tourbillonner autour de ses paumes.
Rodolf grogna et la suivit.
***
« Selene !! »
La voix de Victor déchira sa gorge alors qu'il sprintait vers elle.
Quelques instants plus tôt, lui et Priscilla étaient engagés dans un combat acharné contre Selene — non pas parce qu'ils voulaient lui faire du mal, mais parce qu'ils le devaient. Priscilla lui avait fait comprendre une chose douloureuse : s'il voulait vraiment sauver Selene, la pitié seule ne suffirait pas. Parfois, il faut combattre quelqu'un pour le ramener à la raison.
Selene était forte. Depuis que Cyril l'avait infusée avec le sang de la Sorcière Originelle, son comportement et son mana avaient changé. Chaque sort de sang qu'elle lançait ondulait dans l'air avec un mana assez tordu. Pourtant, d'une manière ou d'une autre, Victor et Priscilla avaient réussi à la repousser. Il ne se souvenait même plus du moment où son corps avait cessé de trembler face à ses attaques — seulement que ses instincts avaient pris le dessus.
À la fin, Victor avait réussi à l'immobiliser. Il avait verrouillé ses bras autour d'elle dans une étreinte désespérée, et Priscilla n'avait pas perdu de temps — son mana cramoisi avait jailli en un tourbillon de sang, liant le corps de Selene comme des chaînes.
« Reste en arrière, Victor ! » lança Priscilla avant qu'il ne puisse s'approcher.
Selene était prise au milieu d'une formation lumineuse — des dizaines de cercles de mana tournant lentement autour d'elle, pulsant comme un cœur vivant. Ses cheveux sombres flottaient légèrement dans l'air, et ses yeux, ternes et sans mise au point, ne reflétaient aucune conscience.
La gorge de Victor se noua. « Est-ce qu'elle ira bien ? » demanda-t-il, inquiet, son regard fixé sur l'expression vide de Selene.
« Elle ira », répondit Priscilla sans le regarder. Sa voix était calme, mais la sueur perlait sur ses tempes alors qu'elle tendait la paume. « Ne t'inquiète pas. Juste… laisse-la moi. »
Victor hésita. Il avait déjà vu cette technique — la Contrainte de Sang. Ce n'était pas doux, mais ça fonctionnait. Pourtant, voir Selene piégée comme ça, immobile, faisait se tordre quelque chose en lui.
Priscilla avait dû remarquer son inquiétude, car elle ajouta rapidement : « Je l'ai déjà utilisée une fois — sur Elizabeth. C'est le même processus. Elle s'en sortira, mais j'ai besoin de me concentrer. C'est Cyril qui est derrière tout ça, n'est-ce pas ? Tu devrais plutôt l'arrêter, lui. »
À la mention de ce nom, les dents de Victor se serrèrent. Cyril. Le bâtard responsable de tout cela. Ses mains se crispèrent jusqu'à ce que ses articulations blanchissent, les veines saillantes sous sa peau.
« Ouais », marmonna-t-il. « Ouais. Laisse-moi Selene. Je m'occupe de lui. »
Il pivota brusquement, ses cheveux fouettant l'air derrière lui alors qu'il fonçait vers l'Arbre Sacré. Il avait été entraîné assez loin de l'Arbre lors de son combat contre Selene.
Mais à ce moment-là…
Un pilier massif de mana blanc jaillit dans le ciel devant lui. Victor se protégea les yeux, et quand l'éclat s'estompa, il le reconnut instantanément.
« Celeste… » Son souffle se coupa. « Celeste !! »
Sans hésiter, il sprintait vers l'explosion. La poussière et les débris fouettaient son visage alors qu'il avançait, son sang bouillonnant d'adrénaline.
Mais avant même qu'il puisse arriver à mi-chemin —
-BOOOM !
Le sol devant lui explosa, et quelque chose s'écrasa sur la terre. L'onde de choc fit déraper Victor en arrière. Il leva son épée par instinct, les yeux plissés.
Une voix appela à travers la fumée : « Victor ! Ne la laisse pas bouger !! »
C'était Alector.
Le regard de Victor se porta vers l'avant — et alors, il la vit.
Hors du cratère, une silhouette s'éleva lentement. La faible brume rouge tourbillonnant autour de son corps sentait le sang et la mort.
C'était Elizabeth — ou plutôt, ce qu'il en restait.
Ses yeux sans vie luisaient d'un rouge faible, et ses mouvements étaient saccadés, contre-nature — comme une marionnette tirée par des fils invisibles. La fumée rouge sombre s'échappait de sa peau, s'enroulant autour d'elle comme une seconde aura.
L'estomac de Victor se noua. Il n'hésita pas une seconde et invoqua sa massive épée à deux mains dans un éclat de lumière cramoisie, son sang répondant instantanément à son appel.
La tête d'Elizabeth pivota vers lui avec un craquement effroyable, puis elle se jeta sur lui.
« Merde — elle est rapide ! » lâcha Victor en levant sa lame juste à temps.
Leurs armes s'entrechoquèrent avec un impact tonitruant.
-BOOOM !
L'onde de choc déchira le sol derrière lui, pulvérisant la pierre. Les doigts allongés d'Elizabeth, désormais semblables à des griffes noircies, pressaient contre son épée alors qu'elle poussait avec une force monstrueuse.
« Cyril… » grogna Victor entre ses dents serrées. « Comment a-t-il pu oser faire une chose pareille ? »
Il n'était pas proche d'Elizabeth — pas vraiment. Il avait toujours gardé ses distances avec elle, tout comme avec Alvara. Les deux femmes étaient puissantes, dangereuses et bien trop impitoyables à son goût. Mais elle restait quelqu'un aux côtés de qui il s'était battu, quelqu'un qu'il connaissait. Quelqu'un qui avait changé, même si ce n'était qu'un peu grâce à Connor.
Et maintenant, la voir ainsi — son corps profané, transformé en une arme tordue — cela le remplissait de dégoût et de rage.
« Cyril », cracha-t-il en pressant plus fort contre la force de la morte, « tu es allé trop loin cette fois… »
-BOOOOM !
Des flammes jaillirent du corps de Victor dans un éclat aveuglant, son mana cramoisi explosant comme une tempête déchaînée. Ses yeux brillaient de la même teinte rouge sang, la marque de sa lignée éveillée brûlant férocement en lui. Le sol sous ses pieds se fissura et fuma sous la chaleur irradiant de son mana.
Elizabeth chancela en arrière avec des mouvements saccadés, mais Victor ne la laissa pas battre en retraite. Il chargea, plus rapide qu'avant, son épée massive laissant des traînées de feu dans l'air alors qu'il l'abattait avec une force terrifiante.
-BOOOOOM !
L'impact fendit la terre. Le poids pur de son coup creusa une tranchée massive dans le sol, envoyant des vagues de débris et de terre en fusion dans toutes les directions. Elizabeth fut projetée en arrière comme une poupée de chiffon, son bras gauche arraché net dans l'explosion.
Mais avant même que Victor puisse reprendre son souffle, ce même bras se dissipa en une masse tourbillonnante de brume rouge sombre — et puis, de façon grotesque, il se reforma. La brume se solidifia à nouveau en un nouveau bras, plus fin, plus tranchant, semblable à une griffe.
Victor grinça des dents. « Elle régénère encore… bon sang ! »
Mais avant qu'il ne puisse charger à nouveau, l'air autour d'Elizabeth scintilla — et dix énormes cercles de mana blancs apparurent dans les airs, l'enveloppant complètement. Ils l'entouraient de tous les côtés — gauche, droite, devant, derrière, au-dessus, et même en dessous — comme une cage sainte parfaite.
C'était l'œuvre d'Alector.
Le vieil homme s'avança depuis la fumée, sa robe déchirée et sa respiration irrégulière, son bâton tremblant légèrement dans sa poigne. Mais ses yeux n'avaient pas perdu leur feu.
« Ça suffit maintenant », dit-il.
Il combattait Elizabeth depuis plus longtemps que Victor ne l'avait réalisé. La sorcière morte-vivante avait été un cauchemar absolu — sa vitalité semblait infinie, son corps alimenté par le sortilège infect que Cyril lui avait injecté, nourri par le sang versé. Alector avait été contraint de prendre son mal en patience, attendant le bon moment, préparant quelque chose de dévastateur en silence.
Et ce moment était arrivé.
Il leva son bâton. « J'invoque la bénédiction de l'Arbre Sacré d'Eden ! »
Les cercles de mana autour d'Elizabeth pulsèrent d'une lumière blanche. L'énergie sacrée se répandit vers l'extérieur, baignant le champ de bataille d'une radiance si pure qu'elle semblait repousser les ombres elles-mêmes.
Victor tressaillit par instinct — une chaleur soudaine et brûlante se propagea sur son bras droit. Il baissa les yeux et vit l'emblème de l'Apôtre de Nihil luire faiblement sous sa peau, une lumière blanche pâle brûlant au rythme du sort d'Alector.
« … Qu'est-ce que… » Il se figea, sentant quelque chose s'agiter en lui — pas de la douleur, pas de la peur, mais une résonance. Une connexion. Même si l'Apôtre de Nihil n'était pas directement lié à l'Arbre Sacré, il restait un fragment de ce fil divin qui le reliait à lui.
Suivant ses instincts, Victor leva sa main droite vers la lumière. Un rayon brillant en jaillit, s'entremêlant avec le sort d'Alector. Les cercles de mana brillèrent plus intensément — le blanc et l'or fusionnant — et toute la formation fut décuplée.
Elizabeth hurla.
Le son était perçant, inhumain et absolument horrible. Son corps convulsa alors que la fumée sombre autour d'elle commençait à se désintégrer, purifiée par la lumière convergente. Ses veines noircies brillèrent en rouge, puis en blanc, avant de s'effacer totalement.
Victor gémit doucement, ses muscles tremblant sous l'afflux inconnu d'énergie sainte. Il n'était pas habitué à ce genre de sort, mais d'une manière ou d'une autre, il savait exactement comment le guider, comme si l'Arbre lui-même lui murmurait quoi faire.
Alector insista, la sueur perlant sur ses tempes. Les cercles commencèrent à rétrécir lentement, se repliant vers l'intérieur, leur lumière se condensant de plus en plus jusqu'à envelopper Elizabeth complètement.
Pendant une longue minute sans souffle, le champ de bataille ne fut que lumière et fracas.
Puis —
-BOOOOM !
Un dernier flash jaillit, suivi d'une vague d'énergie blanche qui repoussa Victor de plusieurs pas. Il leva le bras pour se protéger les yeux de l'éclat. Quand la poussière se dissipa enfin… il ne restait plus rien. Pas de fumée. Pas de corps. Même pas de cendres.
Elizabeth avait disparu.
Victor respira lentement, abaissant son épée. « … Wow », marmonna-t-il en fixant l'endroit où elle se tenait. « Je ne sais même pas ce que c'était, mais… bon sang. Impressionnant. »
Alector esquissa un sourire fatigué, s'appuyant légèrement sur son bâton. « Tu as bien fait, gamin. Sans ton aide, ce sort aurait pu échouer. »
« J'ai juste… » Victor se frotta la nuque maladroitement. « … pensé que je pouvais aider. »
Alector hocha la tête avec approbation, son expression passant du soulagement au sérieux. « Malheureusement, nous sommes loin d'en avoir fini. Cyril ne s'arrêtera pas tant que… »
Il ne finit jamais sa phrase.
L'air se déchira au-dessus d'eux, et Alector réagit instantanément. Son bâton s'écrasa au sol, conjurant une barrière massive de lumière autour d'eux.
-BOOOOM !
L'impact frappa comme une météorite. La barrière vola en éclats de verre radiant, forçant Alector à en invoquer une autre — puis une autre — puis une autre, chacune se brisant plus vite que la précédente.
Victor leva le bras contre les ondes de choc, les yeux écarquillés. « Hé, vieux Alector !! »
Quand la dernière explosion s'estompa, Alector était à genoux, agrippant son bâton pour se soutenir. Sa respiration était saccadée, et l'aura autour de lui vacillait faiblement. Cette dernière attaque l'avait presque tué.
Victor se précipita vers lui. « Est-ce que ça va ?! Qu'est-ce que c'était… »
L'expression d'Alector s'assombrit. Il leva le regard vers le ciel, les yeux plissés. « Ça… ce n'était pas une attaque ordinaire », marmonna-t-il.
Et alors, une voix résonna dans l'air.
« Même à l'époque, tu as toujours été une épine dans mon pied… Alector Raonpherys. »
Le son seul figea Victor sur place.
Il se plaça devant Alector, épée levée, scrutant le ciel. De la poussière et des braises flottaient paresseusement autour d'une silhouette sombre descendant dans les airs.
À mesure que la brume s'amincissait, la silhouette devint claire — un homme.
Il flottait au-dessus d'eux, ses cheveux gris rejetés en arrière par le vent froid. Ses yeux brillaient de deux couleurs distinctes : l'un d'un ambre brûlant, l'autre d'un onyx profond. Sa seule présence déformait le mana dans l'air, faisant picoter la peau de Victor.
Victor resserra sa prise sur son épée. « Qui es-tu… ? » demanda-t-il, bien que sa voix trahisse un léger tremblement.
Chaque instinct lui hurlait que cet homme n'était pas normal.
Non, il était quelque chose de pire.
Et pourtant… il y avait quelque chose d'obsédant et de familier dans cette présence, quelque chose qu'il n'arrivait pas à identifier.
L'homme sourit faiblement, comme s'il lisait dans ses pensées.
« … ! » Victor tressaillit sous le regard de l'homme.
Quoi ou qui que ce soit, Victor savait une chose avec une certitude absolue.
Il était dangereux.
Extrêmement dangereux.
« Voyons voir, Victor… » La voix de Leon Grimlock était un grognement sourd, ses lèvres se retroussant en un sourire narquois. « Je compte sur toi pour rendre la chose intéressante cette fois. La dernière ligne temporelle était… décevante. »