Chapitre 514
Eryon Plaidor
Dans le Royaume d'Elaryon, la guerre faisait rage avec une violence inégalée dans les autres régions de Sancta Vedelia. Le conflit n'était pas seulement une bataille entre royaumes ; c'était une lutte interne acharnée qui déchirait la nation.
La raison ?
Le Royaume d'Elaryon était divisé en deux.
Rolaem, le frère aîné de la Reine Namys, et son ambitieuse épouse, Edea, s'étaient alliés à Utopie et Durathiel, conspirant pour renverser la monarchie en place. Leur objectif était clair : transformer Sancta Vedelia en un domaine dominé par les Elfes, Rolaem s'emparant du trône pour mettre fin au règne matriarcal qui définissait le royaume depuis des siècles.
Traditionnellement, le trône d'Elaryon était toujours transmis à une Reine. Bien qu'il fût l'aîné, Rolaem n'avait aucun droit sur la couronne simplement parce qu'il était un homme. Lorsque la sœur de Rolaem — la mère de Bryelle — était décédée, le manteau du commandement était revenu à leur plus jeune sœur, Namys.
Cette décision avait particulièrement exaspéré Edea. Elle nourrissait depuis longtemps du ressentiment envers les traditions du royaume et avait travaillé sans relâche pour convaincre son mari de se ranger du côté d'Utopie. Lorsque le Royaume d'Elaryon était à son apogée de paix et le moins préparé, ils avaient frappé.
Désormais, la moitié du royaume se trouvait sous leur contrôle, y compris la capitale, Eryon Plaidor.
La Reine Namys et ses loyalistes, dont ses enfants Aerinwyn et Dentiel Elaryon, ainsi que des nobles clés comme Cylien, n'avaient eu d'autre choix que de fuir. Pourtant, leur retraite n'était pas une reddition — c'était un regroupement.
Déterminées à reprendre leur royaume, la Reine légitime et ses forces lancèrent un assaut sur Eryon Plaidor.
Par un cruel retour du destin, ce furent les souverains légitimes qui se retrouvèrent à assiéger leur propre capitale, tandis que les envahisseurs s'étaient fortifiés derrière ses murs.
Namys, Aerinwyn et Dentiel menèrent la charge, ralliant les soldats restés fidèles à leur cause.
De l'autre côté, Rolaem et Edea commandaient l'armée Utopie-Teraquin.
Devant les imposantes portes en bois sculpté d'Eryon Plaidor, Namys et Rolaem s'affrontèrent. Après un nouvel échange de coups, ils firent un bond en arrière.
Namys, le souffle court et le visage marqué par l'épuisement, serra son bâton avec force face à son frère aîné. Malgré sa puissance, la vérité était douloureusement évidente : Rolaem était encore plus fort qu'elle.
Sa voix trembla d'émotion lorsqu'elle prit la parole : « Pourquoi, mon frère ? »
Depuis deux mois, cette question la hantait, sans réponse. Elle ne parvenait pas à comprendre comment Rolaem avait pu trahir son sang, sa famille, pour quelque chose d'aussi éphémère qu'un trône.
L'expression de Rolaem s'assombrit tandis que Namys insistait : « Avant de monter sur le trône, je t'ai posé la question, n'est-ce pas ? Je t'ai demandé si tu voulais être Roi. Et tu m'as répondu que non. »
Les poings de Rolaem se serrèrent à ses mots. Il avait effectivement refusé son offre à l'époque.
« Alors pourquoi ? » demanda Namys, la voix plus haute. « Pourquoi maintenant ? Pourquoi attaquer ta propre famille, ta nièce, ton neveu ? » Elle fit un geste vers le côté, là où Dentiel et Aerinwyn combattaient Edea, leur tante.
Avant que Rolaem ne puisse répondre, Edea atterrit avec grâce à ses côtés, son regard fixé sur Namys. « Ne la laisse pas te monter la tête, mon mari », dit-elle froidement.
« Edea... » murmura Namys. Elle avait toujours senti le dédain de sa belle-sœur, mais le voir affiché si ouvertement maintenant la blessait. Même si elle avait toujours fait de son mieux pour s'entendre avec elle.
Les lèvres d'Edea se courbèrent en un sourire moqueur. « S'il avait accepté ton offre, crois-tu vraiment que les nobles l'auraient accepté ? » Elle laissa échapper un rire amer. « Des traditions vieilles de plusieurs siècles ne s'effondreraient pas simplement parce que tu l'as décidé. »
Namys hésita, incapable de la contredire. Au fond d'elle, elle savait qu'Edea avait raison. Sa proposition, née de l'amour qu'elle portait à son frère, avait été naïve. La Maison Elaryon avait été fondée par une femme — la première Reine Elaryon — et depuis, la couronne était toujours passée à ses descendantes. L'identité du royaume, son héritage, était indissociable de cette lignée ininterrompue de règne matriarcal.
« Tu vois ? Même s'il l'avait voulu, ton offre ne signifiait rien. » Elle fit un pas de plus vers Rolaem.
« Même ainsi... était-ce vraiment la seule solution ? » demanda Namys, la voix s'éteignant. « Nous aurions pu en discuter. Si cela te dérangeait vraiment, tu aurais pu m'en parler, nous aurions pu trouver une solution ensemble. »
Edea ricana avec dédain. « Dans quel monde vis-tu, Namys ? C'est ce genre de naïveté qui a conduit à ta pathétique défaite à Edenis Raphiel. Les gens changent. Kleines te considérait aussi comme une sœur, mais il n'a pas hésité à lever la main sur toi. Les gens changent. Ces jours-là sont révolus depuis longtemps. Tu dois l'accepter. »
Namys se mordit la lèvre, les mains tremblantes, tout en secouant la tête. « Si tu veux vraiment le trône, mon frère, je suis prête à te le céder. Mais s'il te plaît, mettons fin à cette bataille insensée entre membres d'une même famille. »
« ... ! » Les yeux de Rolaem s'écarquillèrent sous le choc face à ses paroles.
« Non », l'interrompit froidement Edea en secouant la tête. « Le peuple d'Elaryon ne cessera jamais de se révolter tant que tu resteras sous leurs yeux, Namys. Pour eux, tu n'es rien d'autre qu'un symbole de leur souffrance. »
« Q-Quoi ? »
Le regard d'Edea se durcit tandis qu'elle poursuivait : « Tu dois faire une déclaration officielle renonçant au trône en faveur de Rolaem. Après cela, tu quitteras Sancta Vedelia avec tes enfants et tu ne reviendras jamais. »
« ... ! » Namys était stupéfaite. « Q-Qu'est-ce que tu racontes ? Eryon Plaidor est ma maison ! La maison de mes enfants ! »
« Je savais que tu résisterais », dit Edea en secouant la tête, comme si Namys venait de confirmer ses pires soupçons. « Dans ce cas, nous réglerons cela à l'ancienne : par le sang. Battons-nous jusqu'à la
mort. »
Namys se tourna vers Rolaem, les yeux suppliants, mais l'homme ne dit rien. Son expression tourmentée en disait long, bien que ce ne fût pas le réconfort qu'elle recherchait.
« Pourquoi perdre ton souffle avec ces misérables traîtres, Mère ? »
La voix railleuse d'Aerinwyn résonna. Elle fit un pas en avant, son regard moqueur fixé droit sur Edea. « Pleure autant que tu voudras, Edea, cela ne changera rien. Ma mère restera Reine, et quand son règne prendra fin, ce sera mon tour. Quant à toi et ton mari, vous pourrirez en prison, à contempler les terres magnifiques d'Eryon Plaidor depuis votre cellule. »
Aerinwyn avait toujours soupçonné et détesté Edea, et désormais, elle ne voyait aucune raison de se retenir.
« Espèce de petite insolente ! »
-BAM !
Edea disparut en un instant, sa silhouette réapparaissant dangereusement près d'Aerinwyn. Avant que la jeune femme ne puisse réagir, Edea frappa, l'envoyant vaciller en arrière.
Pendant ce temps, Dentiel se plaça de manière protectrice aux côtés de sa mère. Il savait que Namys n'aurait aucune chance face à Rolaem dans un combat direct. S'il voulait qu'elle survive, il allait devoir l'assister.
Quant à Aerinwyn, il jeta un coup d'œil vers sa sœur. Elle se tenait au sommet de la 8e Ascension. Il était certain qu'elle saurait gérer Edea.
***
À quelques kilomètres d'Eryon Plaidor, nichée dans une petite ville épargnée par la guerre et protégée par Namys et ses forces, une silhouette solitaire avançait silencieusement sur la route pavée. Le jeune homme avait une capuche rabattue sur le visage, et sa main reposait sur la garde d'une épée qui pendait à son
côté.
L'atmosphère de la ville était morne malgré sa sécurité relative. Bien qu'épargnés par les ravages immédiats de la guerre, ses habitants en portaient tout le poids. Les rues étaient peuplées de femmes, d'enfants et de personnes âgées. Les hommes capables de porter une épée étaient partis au front, laissant leurs familles se débrouiller seules.
Au milieu de tout cela, Allen Teraquin marchait en silence. Il était arrivé dans le Royaume d'Elaryon quelques semaines plus tôt, poussé par un objectif singulier.
De temps à autre, Allen jetait un coup d'œil par-dessus son épaule, son regard scrutant les rues. Bien que personne ne semblait le suivre, un sentiment de malaise persistant le rongeait. Il ne prenait aucun risque, se faufilant dans les ruelles de la ville, visitant des boutiques au hasard et s'adonnant à des tâches banales, tout cela pour semer d'éventuels poursuivants.
Après près d'une heure de ce manège, Allen se sentit enfin en sécurité. Il accéléra le pas et continua pendant une demi-heure supplémentaire jusqu'à atteindre une maison modeste en périphérie de la ville. La porte était fermée hermétiquement et des cercles de mana luisaient faiblement autour de son cadre, une barrière conçue pour tenir les intrus à distance. Allen fouilla dans sa cape et en sortit un petit livre usé. C'était celui qu'Alvara lui avait donné, et entre ses pages, une clé imprégnée de mana était dissimulée.
Il retira précautionneusement la clé lumineuse et la pressa contre le centre de la porte. Les cercles de mana vacillèrent avant de se dissiper dans le néant. La porte se déverrouilla avec un léger déclic, et Allen se glissa à l'intérieur, refermant rapidement la porte derrière lui et réactivant la barrière
protectrice.
« Grand frère ? » appela une voix douce et familière depuis les profondeurs de la maison.
« C'est moi, Bryelle », répondit Allen en s'avançant davantage.
Quelques instants plus tard, une jeune fille entra depuis le salon, son fauteuil roulant glissant avec fluidité sur le sol. Son visage s'illumina d'un sourire radieux alors qu'elle l'accueillait.
« Bonjour, grand frère », dit joyeusement Bryelle.
Allen lui rendit un faible sourire en soulevant le sac qu'il portait. « Ouais... bonjour. Je t'ai apporté quelques trucs à manger. Ce n'est pas exactement de la cuisine royale, par contre. »
Les yeux de Bryelle pétillèrent lorsqu'elle lui prit le sac. « Ça n'a pas d'importance ! Tout ce que tu m'apportes est parfait, grand frère », dit-elle, son sourire plus éclatant que jamais.