Chapitre 513
Frontières de Zestella
La bataille aux frontières de Zestella faisait rage depuis des semaines, un affrontement violent déclenché par les armées Teraquin. Elles avaient été envoyées par Kendel qui, après avoir détrôné sa mère et conquis Vanadias, avait jeté son dévolu sur Zestella. Il y a trois semaines, Kendel lui-même avait rejoint la mêlée, prenant le commandement direct de ses forces.
Avec l'arrivée de Kendel, les combats s'étaient intensifiés, devenant un conflit bien plus brutal. L'armée de Zestella, déjà sous tension, se retrouvait à perdre du terrain face à l'assaut de Kendel.
Evan Indi Zestella, seul héritier de la lignée Zestella, était contraint de rester dans la capitale de Zestel. Son rôle de futur dirigeant le liait à la ville, l'empêchant de prendre le commandement sur le champ de bataille. Le sort de son père restait incertain ; des rumeurs sur sa mort circulaient, mais aucune confirmation n'était parvenue à la capitale. La grand-mère d'Evan, Melfina, après sa défaite écrasante contre Kleines Falkrona à Edenis Raphiel, ne s'était toujours pas remise, tant mentalement que physiquement.
Malgré son insistance à vouloir gérer l'effort de guerre, Evan refusait de risquer sa santé fragile. En tant qu'héritier, il comprenait l'importance de préserver le peu de stabilité qu'il restait à la famille. Il ne rejoindrait le champ de bataille que si cela s'avérait absolument nécessaire. C'était aussi son devoir de rester en vie, car il pourrait bien être le dernier héritier du Royaume de Zestella.
De son côté, sa sœur, Celeste, avait d'autres projets. Ignorant ses ordres, elle était partie pour le front, déterminée à se battre pour leur peuple.
Evan, après d'innombrables tentatives infructueuses pour l'en dissuader, avait trouvé un compromis. Elle avait accepté de rester aux frontières et d'éviter les lignes de front les plus dangereuses. Bien que cette décision ait été désapprouvée lors du conseil des Chefs, le choix d'Evan était fait. Permettre à Celeste de rester à la frontière offrait un semblant de contrôle sur ses mouvements tout en remontant le moral des soldats.
Pour assurer sa sécurité, Evan l'avait placée sous la protection de leur fidèle commandant, August.
August n'était pas un chef ordinaire. Guerrier aguerri au sommet de la 8e Ascension, il avait supervisé l'entraînement d'Evan et de Celeste depuis leur enfance. Pour eux, il était plus qu'un mentor : c'était de la famille, un grand-père de cœur. Son dévouement à leur bien-être ne pouvait être remis en question, et il avait juré de ne pas quitter Celeste des yeux sur le champ de bataille.
Depuis son arrivée, peu avant celle de Kendel, le conflit n'avait pas encore vu Kendel intervenir directement sur le front. Pour l'instant, son absence physique tenait la menace directe pesant sur Celeste à distance.
Même en son absence, Kendel Teraquin restait une menace dangereuse. Sa réputation suffisait à faire trembler les soldats les plus aguerris. Durant ses années à l'Académie, il avait rivalisé avec des prodiges comme Aerinwyn Elaryon et Connor Olphean, gagnant sa place parmi les plus talentueux de sa génération.
À présent, sur le champ de bataille, son influence était bien visible.
« C'est elle ! La Prophétesse ! Capturez-la ! »
« Ouais ! Attrapez-la ! »
« Venez avec nous, Princesse ! »
Aujourd'hui, alors que la bataille faisait rage de plus belle, Celeste était redevenue la cible principale des forces de Teraquin.
Kendel avait promis la Prophétesse à Durathiel. Mais ses motivations n'étaient pas entièrement altruistes. Celeste était bien plus qu'une monnaie d'échange : elle était une police d'assurance. Si Durathiel osait un jour le trahir, Kendel comptait bien l'utiliser comme levier.
« Ne souillez pas les oreilles de la Princesse avec vos langues perfides ! »
-BOUM !
Avant que les soldats ennemis ne puissent approcher Celeste, un puissant coup d'épée résonna sur le champ de bataille. Vingt chevaliers de Teraquin furent projetés au loin, leurs corps en armure s'écrasant bruyamment sur le sol.
August se tenait en première ligne, le regard noir, avant que son expression ne s'adoucisse. « Restez en retrait, Princesse. »
« Grand-père, je ne suis plus une enfant », soupira Celeste, bien que ses lèvres se soient étirées en un léger sourire. « Que dites-vous là, Votre Altesse ? C'est mon devoir sacré de vous protéger ! » répondit August.
Pour August, cela dépassait le simple devoir. Il avait autrefois servi Sara Oceania, la mère de Celeste, la femme la plus bienveillante qu'il ait jamais connue. Il avait juré de protéger ses enfants au péril de sa vie, et ce serment restait intact.
Celeste secoua la tête et raffermit sa prise sur son épée. Même si elle n'était pas en première ligne, le fait d'être ainsi prise pour cible ne rendait pas sa position moins dangereuse.
Derrière, un autre groupe de guerriers elfes émergea, leurs intentions aussi claires que leurs armes dégainées. August s'était déjà tendu, se préparant à les intercepter, mais cette fois, Celeste bougea la première.
D'un geste gracieux, elle leva sa longue lame. Puis, dans un flou, elle disparut.
« Quoi ?! »
Les elfes eurent à peine le temps de réaliser son absence que Celeste réapparut derrière eux. Sa lame avait déjà frappé, les laissant figés sur place comme si le temps lui-même avait vacillé.
Levant sa main libre, Celeste invoqua un cercle de mana à trois couches qui brilla dans les airs. Des flammes jaillirent du cercle dans un crépitement assourdissant, consumant le groupe dans une vague de chaleur brûlante.
-BOUM !
Les elfes furent projetés en arrière par la force de l'impact, leurs corps s'effondrant peu après, vaincus.
Celeste abaissa sa lame, expirant doucement.
« Rends-toi, princesse humaine ! »
Un autre elfe chargea Celeste, à cet instant précis.
Celeste raffermit sa prise, prête à parer l'attaque. Mais avant que sa lame ne puisse rencontrer celle de son adversaire, une vague de chaleur cuisante mêlée de sang déferla devant elle, engloutissant l'elfe dans une tempête
incandescente.
« ARGHH ! » Le cri d'agonie de l'elfe résonna alors que son corps était projeté en arrière, sans vie.
Celeste se tourna vers la source de cette intervention soudaine.
Au milieu du champ de bataille se tenait Alicia, sa rapière levée et scintillante de sang. Sa robe d'armure était abîmée et maculée, mais sa posture restait parfaitement calme.
Celeste adressa un doux sourire à Alicia avant de jeter un regard sur le champ de bataille.
La bataille était terminée. Les derniers soldats de Kendel avaient été neutralisés ou avaient battu en retraite. L'horizon se teintait des nuances du soleil couchant, signalant la fin d'une nouvelle journée de combat. Kendel avait dû rappeler ses forces pour la nuit.
--
...
La nuit tomba rapidement, enveloppant la terre de sa brise fraîche.
Les soldats de Zestella se reposaient au sein d'un vaste campement, stratégiquement positionné derrière le champ de bataille. Aucun terrain ne pouvait rester sans défense, même sous le couvert de l'obscurité.
La tente de Celeste était installée un peu plus loin du camp principal, une structure plus grande et plus sécurisée, conforme à son rang. À proximité, August avait établi ses propres quartiers pour protéger sa Princesse. Récemment, la tente royale d'Alicia avait été ajoutée à cette petite enclave, sur la suggestion — ou plutôt l'insistance — de Celeste.
Celeste était assise sur un banc en bois de fortune devant un feu de camp crépitant. Quelques volutes de fumée s'élevaient par intermittence, se mêlant à la brise fraîche de la nuit.
« Tenez, Princesse. »
Lera, la femme de chambre personnelle de Celeste, s'approcha avec une tasse de thé fumante à la main.
Bien qu'elle portât une armure, Lera n'était pas une combattante. Elle avait insisté pour accompagner Celeste sur le champ de bataille. Elle s'occupait de la Princesse depuis l'enfance, un lien que ni la guerre ni les ordres royaux ne pouvaient briser.
« Merci, Lera. » Celeste sourit en acceptant le thé.
Lera fit une légère révérence et se dirigea vers Alicia, qui était assise en face de Celeste sur un autre banc de fortune. Alicia tendait timidement les mains vers le feu,
pour chasser la fraîcheur du soir.
« Votre Altesse », dit doucement Lera en lui tendant la seconde tasse.
« Merci. » Alicia accepta d'un signe de tête et prit une petite gorgée. La chaleur du thé se diffusa
en elle, chassant le froid persistant.
« Est-ce que ça va, Alicia ? » demanda Celeste, sa voix brisant le silence.
« Oui. » Alicia hocha brièvement la tête.
Celeste soupira après un instant. Elle était restée silencieuse jusqu'à présent, mais elle devait le dire : « Tu n'avais pas »
besoin de venir jusqu'ici, Alicia. »
« Je le voulais », répondit simplement Alicia, ses yeux rencontrant ceux de Celeste.
Il n'avait pas fallu longtemps à Celeste pour apprendre qu'Alicia avait bravé les ordres stricts de sa famille pour rejoindre
la guerre. Malgré son éducation noble, Alicia n'avait montré aucune hésitation à abandonner son confort pour se tenir sur le champ de bataille.
Le soupir de Celeste s'accentua. Elle ne pouvait pas réprimander Alicia pour avoir désobéi aux ordres familiaux, pas alors qu'elle avait fait la même chose en étant ici.
« Eh bien, si ton frère t'embête, appelle-moi. Je le remettrai à sa place ! » lança Celes avec un
sourire confiant.
« Merci, aînée », répondit Alicia avec un léger signe de tête, bien qu'au fond d'elle, elle doutât que quiconque puisse la protéger de la colère de sa famille.
Son grand-père était probablement furieux, et son frère aîné serait sans aucun doute contrarié. Quant à son père... il devait être inquiet, en supposant qu'il sache même ce qui s'était passé.
La pensée de son père assombrit l'expression d'Alicia.
Dire qu'elle ne s'inquiétait pas pour lui serait un mensonge.
Depuis l'attaque à Vanadias, il avait disparu sans laisser de trace. Personne ne savait où il se trouvait. Il n'était pas retourné à Ravenia, et Utopie n'avait pas revendiqué la responsabilité. S'ils l'avaient, ils auraient déjà envoyé un message, tout comme ils l'avaient fait lorsqu'ils avaient capturé Harvey Indi Zestella.
La prise d'Alicia sur sa tasse se resserra.
Pourquoi se souciait-elle de cet homme qui avait si profondément trahi sa mère ? Il avait mené une double vie, engendrant Victor à la même période où Sirius était né. L'audace pure et simple de tout cela l'exaspérait. Leur famille s'était brisée à cause de ses actes, et pourtant... elle s'inquiétait encore
pour sa sécurité.
Pourquoi ?
Elle ne se comprenait pas elle-même. Pourquoi son bien-être lui importait-il ?
Ce qui la frustrait encore plus, c'était la façon dont il se comportait, comme si rien ne s'était passé. Il acceptait
les insultes sans protester, n'offrait aucune explication, aucune justification. Lorsqu'elle le confrontait, il se contentait de sourire — un sourire triste qui perçait ses défenses et la laissait encore plus
confuse.
C'était exaspérant.
« Ne t'en fais pas, Alicia. Je suis sûre que nos deux pères reviendront », l'interrompit Celeste, devinant ses pensées et lui offrant un sourire chaleureux et rassurant.
Alicia détourna le regard, refusant de croiser les yeux de Celeste. « Je... je ne m'inquiète pas », murmura-t-elle,
d'une voix à peine audible. Admettre le contraire donnerait l'impression qu'elle avait pardonné à son père.
Désireuse de changer de sujet, Alicia s'accrocha à un autre fil de conversation.
« Est-ce qu'on a retrouvé le Senior ? » demanda-t-elle.
« Le Senior ? » Celeste cligna des yeux, déconcertée par ce titre vague qui la laissa un instant perplexe.
« Le Senior Amael », précisa Alicia.
« Ah... » L'expression de Celeste s'assombrit à l'évocation d'Amael.
Alicia comprit immédiatement le changement dans son attitude. Aucune bonne nouvelle n'était arrivée concernant Amael.
Alicia ne pouvait pas dire qu'elle était particulièrement proche d'Amael, mais elle lui était redevable, malgré tout. Il était intervenu pour elle à deux reprises importantes : une fois dans les couloirs de l'Académie face à Adrian, et une autre fois durant l'examen à Dolphis pour l'aider à rompre ses fiançailles. Ces moments restaient gravés dans sa mémoire.
Parfois, il faisait irruption dans la bibliothèque alors qu'elle s'y trouvait, semblant bien plus intéressé par l'étude de vieux ouvrages sur la Guerre de la Lune de Sang ou la rébellion de Deborah Dolphis que par le monde qui l'entourait. Sa passion pour des sujets aussi obscurs et précis l'avait
toujours intriguée, voire touchée à sa manière.
Alors, oui, peut-être s'inquiétait-elle un peu pour lui.
« Cet idiot... » murmura Celeste, brisant enfin le silence. « Il est probablement en train de faire
quelque chose d'imprudent dans son coin. »
Il y avait une pointe d'exaspération dans sa voix, mais Alicia perçut le sous-entendu de
quelque chose de plus profond.
Celeste s'enorgueillissait de connaître Amael — ou du moins, c'était le cas autrefois. Ces derniers temps, cependant, elle avait l'impression que
Il lui cachait de plus en plus de choses. Et elle détestait ça. Ce qui agaçait Celeste encore davantage, c'était le mystère entourant la réhabilitation d'Amael à Sancta Vedelia. Les rumeurs prétendaient qu'il avait tué le frère du Roi Celesta ; une révélation scandaleuse qui l'avait profondément choquée lorsqu'elle l'avait apprise pour la première fois.
La seule raison pour laquelle Amael n'avait pas été exécuté était son sang. En tant qu'Olphean et Falkrona, sa lignée lui offrait des protections dont les autres ne bénéficieraient jamais. Mais pourquoi avait-il fait ça ? Celeste avait appris la vérité de la bouche de John il y a des mois, pourtant, cela ne lui semblait toujours pas juste.
elle.
Peu importait que ce soit le cas.
Ce qui comptait, c'était qu'il lui cachait quelque chose, et elle était bien déterminée à le découvrir.
La prochaine fois qu'elle le verrait, se jura-t-elle en silence, elle obtiendrait ses réponses, d'une manière ou d'une autre.
un autre.
""
Alicia observa l'expression de Celeste, remarquant l'irritation subtile qui assombrissait les traits de son aînée. Puis, sans prévenir, elle demanda : « Est-ce que tu aimes notre aîné ? »
Les yeux de Celeste s'écarquillèrent sous le choc. Pendant un instant, on aurait dit que son cerveau avait cessé de fonctionner.
entièrement.
« Q-Quoiii ?! » finit-elle par balbutier, les joues s'empourprant d'un rouge vif.
Alicia prit une gorgée dans sa tasse.
Cette réaction était toute la confirmation dont elle avait besoin.
À proximité, Lera observait l'échange avec un sourire chaleureux, ravie de voir sa Princesse goûter aux joies et aux rougissements d'une romance adolescente. Pour elle, Celeste n'aurait pas pu mieux choisir. Amael était un royal et un Haut Humain, ce qui signifiait que tout avenir entre eux serait exempt des complications qui gâchaient souvent les amours interdites.