Chapitre 255
Chapitre 255 - [Nyrel Loyster] Flashback [5]
Traduction: Moonkissed
« Comment s'est passée ta journée, Nyrel ? »
La question fendit l'air, et le regard de Nyrel se posa sur Marcel avec une irritation bouillonnante. « Poser la même question ne donnera pas une réponse différente. »
Marcel, imperturbable face au ton de Nyrel, continua avec son calme habituel. « Cela fait un an que tu as rejoint cette Académie. As-tu réussi à te faire des amis ? »
« Non », répondit sèchement Nyrel.
Marcel, qui ne semblait pas affecté, fit défiler les informations sur l'écran de son ordinateur. « J'ai toutefois des informations différentes. Shayna, Emric, Ephera. Ils semblent s'être rapprochés de toi. »
« Le harcèlement des individus est apparemment une profession lucrative aujourd'hui, et plutôt bien rémunérée », rétorqua Nyrel avec sarcasme.
« Surveiller les individus potentiellement dangereux est parfois une nécessité, M. Nyrel Loyster », répondit Marcel calmement, sans changer d'expression.
« Des individus dangereux ? Le véritable danger est toujours en vie, soigné pour retrouver la santé, tandis que je suis coincé dans des séances de thérapie », ricana Nyrel, laissant transparaître sa frustration.
« Je suis là pour t’aider, Nyrel », répondit Marcel, les doigts entrelacés sur la table. « Que ressens-tu actuellement ? Que souhaites-tu faire à l'avenir ? Peut-être pouvons-nous t’aider ? »
S'approchant, Nyrel approcha son visage de celui de Marcel. « Je n'ai pas besoin de votre aide, Marcel. »
Marcel laissa un moment de silence s'installer avant qu'un sourire n'illumine ses lèvres. « Savais-tu que ton amie, Shayna, a suivi un long processus de rééducation ici ? »
La première réaction de Nyrel fut le silence, un soupçon de surprise se cachant derrière son expression stoïque.
Non, cela ne pouvait pas être vrai.
Pourquoi Marcel mentirait-il ?
« Elle a tué ses parents adoptifs sous les yeux de son frère adoptif. Et pourtant, aujourd'hui, elle s'intègre comme une étudiante ordinaire et se fait des amis. N'aspires-tu pas à une vie comme la sienne ? »
« Je mènerai une vie normale comme tout le monde quand Leon Grimlock sera mort », rétorqua Nyrel avant de se lever brusquement et de quitter la pièce.
« Sa mort ne t'apportera pas le réconfort que tu recherches, Nyrel. Elle ne fera que te plonger davantage dans le désespoir », les mots de Marcel résonnèrent dans la pièce vide, un rappel discret alors que Nyrel s'éloignait, sa détermination inébranlable.
…
Alors que la porte se refermait derrière lui...
« Nyr, tu en as mis du temps ! »
Le regard de Nyrel se tourna vers la jeune fille qui attirait pratiquement tous les regards. Vêtue d'un pantalon noir et d'un chemisier blanc, ses cheveux noirs attachés en queue de cheval, ses yeux bleus reflétaient sa perplexité alors qu'ils se posaient sur Nyrel.
« Marcel était occupé à m'enseigner une fois de plus les complexités de l'humanité », répondit Nyrel d'un ton sec, se mettant à marcher à ses côtés.
Le rire d'Ephera résonna comme des clochettes, un son qui pouvait attirer l'attention de n'importe qui. « Toi et tes discussions profondes. Allez, marchons. »
Alors qu'ils marchaient côte à côte, Ephera se rapprocha de Nyrel, un geste qu'il contraria rapidement en ajustant subtilement sa propre position.
Une lueur d'amusement dansait dans les yeux d'Ephera lorsqu'elle fit un pas rapide et donna un petit coup de coude à Nyrel.
Nyrel s'écarta, légèrement déconcerté par cette interaction, et lui lança un regard peu amusé. « Tu trouves ça amusant, n'est-ce pas ? »
Le sourire d'Ephera s'élargit. « Oui, en fait. »
Nyrel détourna le regard, sentant une pointe d'irritation. « Comme je l'ai déjà dit, je ne tomberai pas dans le piège. L'amitié est le maximum que je puisse offrir. »
Au cours de l'année écoulée, Ephera avait persisté à courtiser Nyrel, mais celui-ci était resté inflexible dans son refus. Leur relation peu conventionnelle n'avait pas échappé à Emric, le frère d'Ephera, qui avait également commencé à passer du temps avec Nyrel. Shayna avait également rejoint leur cercle, devenant amie avec Nyrel et Ephera.
« Est-ce parce que tu aimes secrètement Shayna ? » demanda Ephera en penchant la tête sur le côté.
« Pour la neuvième fois, non. »
« Alors pourquoi me rejettes-tu ? »
« Parce que je ne veux pas être le pion de ton père », rétorqua Nyrel.
L'expression d'Ephera changea momentanément, ses yeux reflétant une touche d'espoir. « Veux-tu le rencontrer, Nyr ? »
« Je ne le connais pas et je me fiche de lui. »
« Je comprends... » Une pointe de déception transparaissait dans la voix d'Ephera.
Nyrel changea de sujet. « Où sont Emric et Shayna ? »
« À la maison. Je les ai pratiquement traînés dehors pour pouvoir t'avoir pour moi tout seul », admit Ephera avec franchise.
« Maintenant que ta mission est accomplie, tu peux partir. » La réponse de Nyrel fut laconique.
Ephera fit la moue, adoptant une expression boudeuse attendrissante. « Pourquoi es-tu si dur, Nyr ? »
« Je ne vois aucune raison d'être gentil dans ce monde », murmura Nyrel, le regard fixé sur le ciel nocturne velouté. « Est-ce que j'ai vraiment ma place dans ce monde ? »
« Oui. » La voix d'Ephera était déterminée tandis qu'elle prenait le visage de Nyrel entre ses mains, sa peau chaude contre la sienne. « Tu sens mes mains ? »
Le cœur de Nyrel semblait battre un peu plus vite, mais il garda son sang-froid. « Elles sont froides. »
« Mais tu peux les sentir, n'est-ce pas ? » Le sourire d'Ephera était contagieux.
« Oui, Ephera », répondit Nyrel, son reflet se reflétant dans ses yeux bleus captivants.
« Alors, c'est réglé. Tu appartiens à ce monde. Tu m'appartiens. »
« Tu n'avais pas besoin d'ajouter cette dernière partie », plaisanta Nyrel en s'éloignant, même si un léger sourire se dessinait sur ses lèvres.
Ephera cligna des yeux à cette vue. Au cours de l'année écoulée, elle ne l'avait jamais vu sourire aussi sincèrement, ni à elle ni à personne d'autre. Cela lui donna des frissons dans le dos et lui réchauffa les joues. « Euh… »
« Tu as oublié quelque chose ? » demanda Nyrel, rompant son étourdissement.
« Non », répondit Ephera en secouant la tête. « Je me suis juste sentie un peu étourdie quand tu as souri comme ça. »
« Quoi ? »
Ephera sourit à nouveau, se remettant de ses émotions. « Tu sais, Emric ne s'en soucie pas si c'est toi. »
« Depuis qu'il a rencontré Lucy, il agit bizarrement. Ne crois pas ce qu'il dit », répondit Nyrel.
« Il est amoureux d'elle, tu n'as pas remarqué ? » demanda Ephera, surprise.
« Difficile de ne pas le remarquer. »
« Pourquoi tu ne remarques pas mon amour pour toi ? »
« Il y a une différence entre l'amour et la curiosité obsessionnelle », rétorqua Nyrel.
Alors qu'ils discutaient, une moto lancée à toute vitesse fonça vers eux.
Nyrel fronça les sourcils en regardant à travers ses lunettes, réalisant que le conducteur était clairement ivre. Il jeta un coup d'œil derrière eux et remarqua un virage menant à un pont.
« Bouge ! » Attrapant le bras d'Ephera, il la tira sur le côté, attendant le bon moment avant de donner un coup de pied rapide à la moto.
La moto s'écrasa, le conducteur roula sur le sol et se blessa à la main, sous le regard choqué d'Ephera.
« Était-ce un accident ? Oui. Oui, il est vivant. Oui. Merci. » Nyrel parla dans son téléphone, expliquant brièvement la situation à son interlocuteur. Il s'approcha ensuite du conducteur blessé, le plaçant dans une position plus confortable avant de retourner vers Ephera. « Allons-y maintenant. »
Bien qu'il ait dit qu'il resterait avec l'homme blessé, Nyrel n'avait aucune intention de le faire. Sauver la vie de quelqu'un envers qui il éprouvait du ressentiment, même un ivrogne, était en soi un acte significatif. Il avait même hésité avant de passer à l'action pour le sauver.
« Ta joue ! » La voix d'Ephera était alarmée lorsqu'elle remarqua le sang sur la joue de Nyrel.
« Hein ? »
« Nous devons aller à l'hôpital ! » Ephera attrapa la main de Nyrel et commença à le traîner.
« À l'hôpital pour une égratignure ? Tu veux faire le sujet de conversation de l'hôpital ? » Nyrel haussa un sourcil.
« Si cela signifie que tu seras soigné, cela ne me dérange pas. »
« Ta tendance à réagir de manière excessive s'intensifie… »
« Est-ce que je réagis vraiment de manière excessive ? » Ephera se tourna soudainement vers Nyrel, la frustration se lisant clairement sur son visage. « Est-ce que c'est le cas ? »
Nyrel resta silencieux, déconcerté par sa question.
« Tu aurais pu être blessé, voire gravement blessé. Est-ce que tu accordes si peu de valeur à ta propre vie, Nyr ? » La voix d'Ephera était sincère.
« Je l'ai sauvé, Ephera... » Nyrel fronça les sourcils, ne comprenant pas tout à fait son point de vue.
« Ce sont ses actions qui l'ont mis dans cette situation. Il devrait en assumer seul les conséquences et ne pas mettre les autres en danger pour lui. S'il avait survécu, il aurait peut-être encore eu une chance de se racheter dans ce monde. Ne te mets pas en danger pour quelqu'un qui ne le mérite pas. »
Il avait déjà vu cet aspect du caractère d'Ephera, mais il semblait plus prononcé à présent.
« À chaque fois, tu te demandes où est ta place... » Ephera s'approcha de Nyrel et posa doucement sa main sur sa poitrine. « Trouve-moi. »
« Te trouver ? »
« Oui, parce que... » Un sourire timide se dessina sur les lèvres d'Ephera. « Ta place est là où est la mienne. »