<Épisode 107>
Le chasseur Kang Min bomba fièrement le torse, bien qu’il ne l’eût pas fabriqué lui-même.
Je remis vite en ordre mes cheveux en bataille, lissai mes vêtements et me dirigeai vers la salle de conférence.
« Ah, Chasseur Haneul ! Vous voilà. Je me demandais si je devais aller vous chercher. »
La directrice, arrivée avant moi, m’accueillit avec un grand sourire.
J’avais entendu dire qu’elle avait passé toute la nuit à coordonner les opérations, mais loin d’avoir l’air fatiguée, elle rayonnait.
« Au fait, merci pour tout votre travail. Grâce à l’objet que vous avez créé, nous avons réussi à surmonter la crise. »
« Nous l’avons fabriqué tous ensemble. Mais surtout, j’ai entendu dire que des journalistes étaient là… »
« Ah, oui. Ils vous attendent avec impatience. La nouvelle que vous aviez créé un nouvel objet s’est déjà répandue partout ! »
Tandis que la directrice, visiblement ravie, s’éloignait, le secrétaire en chef me tendit une oreillette de traduction.
« Détendez-vous et répondez comme vous le sentez. Un entretien officiel sera organisé plus tard. »
« Merci. »
Étonnamment nerveuse, je mis l’oreillette.
Heureusement, l’ambiance était très détendue.
Les questions fusèrent sur mon éveil de rang SS, les principes du gongjindan et son procédé de fabrication.
J’évitai les sujets sensibles et répondis calmement.
« … Nous allons nous arrêter là. Merci. »
Quand l’entretien prit fin, je tournai la tête.
Appuyé contre un mur, Hyunwoo hocha la tête comme pour me féliciter.
Et il n’était pas le seul.
« Noona, t’es la meilleure ! »
« Unni, tu étais trop classe ! »
Kang Min me fit un pouce levé.
Ari me filmait avec son téléphone tandis que Suhyeon me regardait, les yeux brillants.
Même Ria, qui discutait avec la directrice, sourit lorsque nos regards se croisèrent.
« Mais qu’est-ce que vous faites là ? Depuis quand vous regardez ? »
En riant de bon cœur, je courus les rejoindre.
Pour une raison ou une autre, j’eus l’impression d’avoir enfin retrouvé le quotidien qui m’avait tant manqué.
***
Nous restâmes au centre quelques jours de plus afin de fabriquer du gongjindan pour les chasseurs présentant de légers symptômes de dépendance.
Le travail était devenu une seconde nature.
À ce stade, j’aurais probablement pu façonner des pilules parfaitement rondes les yeux fermés.
En plus, les bénévoles ne cessaient d’arriver les uns après les autres, ce qui nous permit de terminer bien plus vite que prévu.
Et environ une semaine après la fabrication du premier lot de gongjindan…
Le Bureau de gestion déclara officiellement l’incident Nutrafil résolu.
« Wouhou ! On est enfin libres ! »
« Beau travail, tout le monde ! »
En voyant les employés acclamer la nouvelle, je ne pus m’empêcher de rire à mon tour.
Même si la charge de travail n’avait pas été aussi écrasante que le premier jour, fabriquer du gongjindan sans arrêt pendant une semaine entière n’avait rien d’une partie de plaisir.
*Pour une raison ou une autre, j’ai encore les paumes engourdies.*
Je me massai les poignets douloureux et poussai un soupir de soulagement.
La directrice accorda trois jours de congé spécial à tous les chasseurs qui avaient joué un rôle majeur dans la résolution de la crise.
Bien sûr, les employés de notre boutique en bénéficiaient aussi.
« Bon, tout le monde ! Allez vous reposer comme il faut ! »
J’allais congédier tout le monde quand Suchan leva soudain la main.
« Mais Patron ! Puisque tout le monde est en vacances, on ne devrait pas partir en voyage tous ensemble ? »
À sa proposition, les yeux d’Ari s’illuminèrent.
« Oh, trop bien ! Allons à la plage ! À la plage ! »
Et voilà comment nous organisâmes des vacances d’été à la dernière minute.
Destination : Busan.
Par chance, Juhee et Gong Juwon avaient des chambres libres là où ils habitaient.
« Waouh ! On voit la mer juste là ! »
À peine avions-nous tiré les rideaux de notre logement qu’un vaste panorama marin s’offrit à nous.
Ari sautillait près de la fenêtre, toute excitée.
« Allez, tout le monde ! Préparez-vous, on sort ! Il faut en profiter avant le coucher du soleil ! »
Quand je me retournai, Kang Min s’était déjà changé.
Un short de bain fluo.
Une chemise hawaïenne tape-à-l’œil.
Une bouée gonflable.
Des lunettes de soleil.
De la tête aux pieds, il avait l’air de sortir tout droit d’une brochure de vacances tropicales.
« Si on est à la plage, il faut aller dans l’eau ! »
« Carrément ! »
Pour ne pas être en reste, Ari sortit la bouée qu’elle avait apportée.
Même Ria, que je pensais voir décliner, s’appliquait soigneusement de la crème solaire, l’air réjoui.
« C’est dommage que le responsable de la troisième succursale n’ait pas pu venir. »
« Grave. Il est tellement calme et classe ! »
Avant de partir, nous avions aussi invité Kim Chasa.
Mais il avait poliment décliné.
Il avait dit qu’il passerait ses vacances ailleurs.
*Je n’allais quand même pas lui demander si cet « ailleurs » était les Enfers ou le monde des vivants.*
Après avoir rapidement déballé nos affaires, nous nous rendîmes directement à la plage.
Dès que nous posâmes le pied sur le rivage, la brise salée nous décoiffa.
« Oh, c’est bien ! Ça ne sent rien du tout, nya ! »
Pour dépanner Hanyang, qui détestait l’odeur de la mer, je lui avais fourré des mouchoirs dans les deux narines.
Il n’aimait visiblement pas la brise salée, mais appréciait la sensation du sable sous ses pattes.
Il se dandina joyeusement sur la plage.
« Beurk ! C’est froid ! »
Ari et Suhyeon s’éclaboussaient et couraient partout comme des enfants.
Juhee se prélassait sur un transat en prenant tranquillement le soleil.
Les autres profitaient chacun à leur façon des vacances : ils flottaient sur des bouées, nageaient ou se laissaient porter par les vagues.
Je m’installai à l’ombre d’un parasol.
Tout en savourant la fraîche brise marine, j’ouvris YouTube sur mon téléphone.
*Shinhye m’a dit qu’il y avait une vidéo que je devais absolument regarder…*
À peine l’application ouverte, je vis mon propre visage en grand sur une miniature.
C’était donc cette vidéo dont elle parlait.
<Des étrangers réagissent à l’interview de la chasseuse de rang SS de Corée, la seule au monde mdr>
« L’interview d’hier ? Mais elle a quatre millions de vues… ? »
Incapable de résister à ma curiosité, je cliquai aussitôt dessus.
La vidéo avait été montée de façon à montrer les journalistes étrangers, ébahis, chaque fois que je prenais la parole.
Des commentaires traduits de spectateurs étrangers s’affichaient aussi en dessous.
➝ Cette petite femme a mis fin à une terrible crise de dépendance en quelques jours ! Incroyable.
↳ Ce n’est pas une femme ordinaire. C’est une chasseuse de rang SS. Allez voir la vidéo précédente si vous ne le saviez pas !
➝ Le nom « HaNeul » signifie « ciel » en anglais, et je trouve ça adorable. Un nom magnifique qui correspond à son apparence mignonne.
➝ Même des civils ordinaires sont venus aider à fabriquer les objets ? De leur plein gré ? Je n’imagine pas ça arriver en Amérique. C’est vraiment émouvant.
Certains commentaires se concentraient entièrement sur Hanyang, installé sur mes genoux.
➝ Mon Dieu. C’est quoi, ce chat géant ? Il est aussi grand qu’un tigre. Hahaha !
➝ Il est tellement mignon, c’est un autre niveau. Je suis tombé amoureux de lui (ou d’elle).
➝ Je suis tellement jaloux que je n’en peux plus. Moi aussi, je veux un chat géant comme ça.
Je caressai la tête de Hanyang.
À un moment, il avait traversé la plage et s’était installé tranquillement près de moi.
« Hanyang, tu es une vraie vedette, maintenant. Tout le monde craque pour ta bouille. »
« Hum. Ce grand personnage n’est pas mignon… Je suis classe, nya. »
Il détourna la tête, comme s’il n’était pas intéressé, mais jeta bientôt un coup d’œil à l’écran.
À voir ses oreilles tressaillir, il avait l’air plutôt intéressé, en fin de compte.
« Ah… ! »
Quelque chose de froid effleura ma joue.
Surprise, je me retournai.
Hyunwoo me tendait un café americano glacé.
« Tu ne vas pas dans l’eau, Haneul ? »
« J’avais justement soif ! Merci. »
J’acceptai le café et secouai la tête.
« Je préfère regarder la mer plutôt que d’y entrer. Et puis, devoir prendre une douche après, c’est pénible. »
« Moi aussi. »
Hyunwoo s’assit naturellement sur la chaise libre à côté de moi.
Nous nous installâmes ensemble sous le parasol et regardâmes les autres s’amuser au soleil.
En contemplant ce paysage paisible, j’hésitai.
Si je ne le lui disais pas maintenant, j’avais l’impression de laisser passer ma chance.
« Ah, au fait. Il y a quelque chose que je voulais te dire. »
« Quelque chose que tu voulais me dire ? Quoi donc ? »
Hyunwoo se tourna vers moi.
Son regard direct me coupa un instant la parole.
Mais je pris mon courage à deux mains et parlai.
« Ce n’est pas grand-chose… mais je crois que le moment est enfin venu pour moi de retourner au dortoir. Je dois garder un œil sur le Centre de traitement des effets secondaires… et notre boutique est de plus en plus fréquentée. »
À vrai dire, j’avais déjà essayé plusieurs fois.
Mais à chaque fois, Hyunwoo avait aussitôt pris un air de fin du monde, et j’avais renoncé.
*Mais cette fois, il faut vraiment que j’y aille.*
Je serrai les poings, déterminée à lui tenir tête, même s’il essayait encore de m’amadouer avec son beau visage.
Et pourtant…
« Ah, je vois. On n’y peut rien. »
Hein ?
C’était tout ?
Je clignai des yeux, perplexe.
« Attends. C’est tout ? »
« Hum ? Il y a un problème ? »
« Non, je pensais juste que tu essaierais de me retenir ou que tu aurais l’air déçu, quelque chose comme ça… »
« Ah. »
Le menton posé dans une main, il afficha un sourire malicieux.
« Bien sûr que je suis déçu. Mais j’ai déjà pris les dispositions nécessaires, alors ça va. »
« … Les dispositions ? »
Il sortit quelque chose de sa poche et le brandit nonchalamment.
Une carte en plastique familière.
Une carte d’accès au dortoir du Bureau de gestion des chasseurs.
« J’ai moi aussi déposé une demande pour retourner au dortoir du Bureau. Alors, à partir de maintenant, j’espère que nous continuerons à passer du temps ensemble, Haneul. »
« Euh… o-oui. »
Tandis que ses lèvres s’incurvaient doucement, je ne pus que le fixer, bouche bée.
*J’ai l’impression que… ou est-ce que je me fais des idées ? Il devient de plus en plus rusé.*
***
Après la fin de nos douces vacances, nous reprîmes notre vie habituelle.
Les succursales une et deux rouvrirent.
Le Centre de traitement des effets secondaires reprit la production de Bungeoppang dorés.
« Unni ! Il nous faut vingt beignets de riz gluant ! »
« Je m’en occupe. Tu peux embrocher les gâteaux de poisson ? »
La matinée mouvementée finit par passer.
Pendant un creux, je m’affalai sur une chaise.
Alors que je glissais la main dans la poche de mon tablier pour m’essuyer le front, le bout de mes doigts effleura un papier à la texture inconnue.
« … Hein ? C’est quoi, ça ? »
C’était un bout de papier froissé que je n’avais certainement pas mis là.
Je le dépliai avec précaution et découvris une écriture penchée, griffonnée à la hâte.
[Ça ne serait pas intéressant que les gens découvrent que ce salaud de Lee Hyunwoo est en fait mon fils biologique ?]
[Si tu ne veux pas que ça tourne au désastre, viens me voir seule.]
…
Park Seongcheol ?