Chapitre 97
Bip, bip, bip.
Après avoir déverrouillé la porte d’entrée et pénétré dans le salon, je fus vraiment surpris. Ma mère, que je croyais encore dans la province de Gangwon, m’accueillit avec un sourire doux et chaleureux. Rattrapant Saho qui me sautait dans les bras, je lui demandai :
« Maman, tu es arrivée quand ?
— En fin d’après-midi.
— Je t’avais demandé de m’appeler avant de partir, pour que je puisse venir te chercher.
— Je ne me souviens pas que tu m’aies dit ça.
Pour éclaircir les choses, je me tournai vers Cha Hyeonji. Comme si elle avait deviné mes pensées, ma petite sœur s’empressa de protester :
— Je t’assure que j’ai dit à maman de t’appeler avant de partir !
— Maman, tu as entendu ce que Hyeonji vient de dire ?
— Je suis désolée, mais je ne m’en souviens vraiment pas.
— Franchement… Maman, alors comment as-tu trouvé la maison ?
— Je vis peut-être à la campagne, mais tu crois vraiment que je ne saurais pas trouver la maison de mon propre fils ?
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je voulais juste que tu fasses le trajet confortablement.
— Ne t’inquiète pas pour moi. Dis-moi plutôt où tu étais jusqu’à une heure pareille.
— Je suis resté pour raccompagner nos invités américains.
— Oh, mon fils, tu dois être épuisé. J’ai tellement de choses à te raconter… Va te laver et redescends.
Après m’être changé pour enfiler des vêtements confortables, je retournai au salon. Maman et Cha Hyeonji étaient complètement absorbées par leurs jeux avec Saho. À peine m’étais-je installé sur le canapé libre que maman me lança un regard curieux.
— Jiham, Saho est vraiment un chat ?
Si je lui disais la vérité, Hyeonji et elle en resteraient bouche bée. Pour préserver mon histoire, je n’eus pas d’autre choix que d’improviser une fois de plus.
— Si le président Park dit que c’est un chat, alors c’en est un.
— Le président Park… C’est la personne qui t’aide autant ?
— Oui, maman. Il habite dans le coin, alors je te le présenterai bientôt, c’est promis.
— Ce serait bien. Au fait, je songe à chercher du travail ici, à Séoul. Qu’en penses-tu ?
Maman avait cinquante-cinq ans. Elle était certainement encore assez jeune pour travailler. Après la mort prématurée de papa, elle s’était tuée à la tâche pour subvenir aux besoins de la famille. Une femme qui avait vécu si durement méritait enfin de goûter à la paix et au confort.
— Ce sera déjà assez difficile de s’occuper d’une maison aussi grande. Pourquoi voudrais-tu trouver un autre travail ?
— J’ai géré un restaurant bien plus grand que cette maison pendant plus de vingt ans.
Je secouai la tête, sortis une carte bancaire de ma poche et la lui tendis.
— Cette carte est pour toutes les dépenses de la maison. Sers-t’en, ne te prive pas.
— Comment pourrais-je dépenser sans compter l’argent que tu as gagné à la sueur de ton front ?
*Je me demande quelle tête ferait maman si elle apprenait que je suis tellement riche que c’en est presque inimaginable.*
Après tout, j’avais reçu des actions d’une valeur d’environ cinquante et un milliards cinq cents millions de dollars de la part du président Bongard, du président Hudson et du président Yoon Jongu. En plus de cela, j’étais destiné à hériter des biens personnels du président Park Yeongil, qui valaient soixante-dix mille milliards de won.
— Maman, tu sais déjà combien d’argent Hyeonji et moi avons maintenant.
— Eh bien, tu as gagné à la loterie. Mais d’où vient l’argent de Hyeonji ? Ce n’est qu’une étudiante.
— Hyeonji a reçu deux milliards sept cents millions de won d’indemnités pour l’accident avec délit de fuite.
— Quand même, tu as dépensé une fortune pour ses soins à l’hôpital.
— Comment pourrais-je lui prendre ces quelques centimes ?
Comme je m’y attendais, Hyeonji s’interposa avant que maman puisse répondre.
— Waouh, grand frère, cinquante millions de won, c’est devenu « quelques centimes » pour toi ?
— Tu sais très bien combien j’ai d’argent.
— Tss… Bon, si tu le dis, je suppose que je n’ai rien à répondre.
Hyeonji se renfrogna et battit en retraite.
— Rien que l’entretien d’une maison aussi grande coûte une fortune, poursuivis-je. Et le bœuf que mange Saho n’est pas donné non plus.
— Saho doit vraiment manger du bœuf ?
Heureusement, j’avais déjà la réponse parfaite.
— Sans Saho, on n’aurait jamais attrapé l’homme qui a renversé Hyeonji. Il mérite bien tout ce bœuf.
— Eh bien… Vu comme ça, tu as raison.
À cet instant, Hyeonji changea soudain de sujet.
— Grand frère, qu’est-ce qu’on devrait planter dans le jardin derrière la maison ?
— Je laisse le propriétaire du jardin en décider.
— Jiham, ce jardin a un propriétaire ? demanda maman avant que Hyeonji ait pu réagir.
— Bien sûr. C’est toi, maman. Au fait, j’adore les pastèques.
— Petit garnement ! Tu sais au moins à quel point c’est difficile de faire pousser des pastèques dans un jardin familial ?
— Aussi difficile que ce soit, ça devait être encore plus dur de nous élever, tous les deux, non ?
— Haha, c’est vrai.
— Il est déjà tard, mais demain vers midi, allons tous ensemble au grand magasin.
— Pour quoi faire ?
— Pour fêter ton arrivée à Séoul, je veux t’acheter de beaux vêtements.
— J’ai déjà plein de vêtements. Ne gaspille pas ton argent pour quelque chose d’inutile.
— En quoi est-ce inutile ? Tu as seulement un costume convenable ?
— …
— Bref, c’est décidé. On y va. Je monte me reposer. Saho, viens avec moi.
Froufrou. Froufrou.
Au moment où j’ouvris la porte de ma chambre, mon téléphone vibra dans ma poche. Je le sortis, regardai l’écran, m’assis au bord du lit et décrochai.
— Pourquoi tu m’appelles aussi tard ?
["J’ai appris que ta mère était venue de la campagne ?"]
— Hein ? Comment tu l’as su ?
["Hyeonji me l’a dit."]
— Ne me dis pas que tu…
["Espèce d’idiot ! T’as vraiment une mémoire de poisson rouge ?"]
Lee Ujin m’avait répété des dizaines de fois qu’il n’était absolument pas intéressé par Hyeonji. C’était pour ça qu’il se moquait de ma mémoire défaillante.
— Bon, alors explique-moi pourquoi tu as appelé Hyeonji.
["J’ai déjeuné avec mon oncle aujourd’hui. On a fini par parler de Hyeonji, et il lui a proposé de déposer son CV dans son cabinet. Je l’ai appelée pour lui transmettre le message. Ça te va ?"]
L’oncle de Lee Ujin dirigeait le plus grand cabinet comptable du pays. Pourtant, je n’avais absolument pas l’intention d’y envoyer ma petite sœur.
— Et qu’est-ce que Hyeonji a répondu ?
["Qu’elle voulait d’abord t’en parler."]
— Je te prie de présenter mes excuses à ton oncle. Hyeonji va rejoindre une autre entreprise.
["Tu comptes la faire entrer chez Korea Investment ?"]
En réalité, je comptais faire rejoindre à Cha Hyeonji la société d’investissement commune que Korea Investment, le Groupe Bongard et le Groupe Hangang se préparaient à créer. Comme il faudrait encore du temps avant que l’entreprise voie le jour, je gardai le silence.
— En tout cas, ce ne sera ni Korea Investment ni le Groupe Hangang.
["Alors, où ?"]
— Je te le dirai une fois que tout sera réglé. Maintenant, dis-moi ce que tu voulais d’autre.
["Toujours aussi perspicace. Gloria, Tracy et Isabella sont déjà reparties en Amérique ?"]
La veille au soir, Lee Ujin m’avait appelé pour se vanter de dîner avec Tracy, Gloria et Isabella. J’aurais voulu les rejoindre, mais j’étais occupé avec le PDG Kim Mansu et le journaliste Hong Yeonggi. Impossible de dire la vérité à mon ami : j’avais vite prétexté un empêchement et raccroché. Apparemment, les filles avaient été assez vexées pour repartir aux États-Unis sans même me dire au revoir. Sachant qu’une réponse honnête ne ferait qu’empirer les choses, je décidai de mentir.
— Elles n’arrêtaient pas de dire qu’elles voulaient rester plus longtemps en Corée. J’ai dû déployer des trésors de persuasion pour les faire partir. J’étais complètement épuisé.
["Elles vont te revoir dans un mois ou deux. Pourquoi en faire toute une histoire ?"]
Le troisième cycle de négociations sur la coentreprise n’aurait lieu à San Francisco que dans quatre mois. Autrement dit, je n’avais pas l’intention d’aller en Amérique au cours des prochains mois. Pourtant, Tracy et les autres avaient apparemment dit à Ujin qu’on se reverrait bientôt. Je lui demandai prudemment ce qu’elles voulaient dire.
["Elles ont dit qu’elles avaient des affaires à régler ici, dans notre pays."]
— Des affaires…
Une idée me traversa soudain l’esprit. Si j’avais raison, Gloria et Isabella, c’était une chose, mais Tracy avait bel et bien une raison de revenir en Corée du Sud.
— Dis… Tracy aurait parlé de la société d’investissement ?
["Oh ? Comment tu le sais ?"]
*En fait, je vais en être le PDG.*
Les mots faillirent m’échapper, mais je fis preuve d’une volonté de fer et les ravalai.
— Tu sais quel poste j’occupe chez Korea Investment.
["Eh bien… c’est logique."]
— Alors, seule Tracy vient ?
["Non. Elles ont dit que Gloria viendrait à coup sûr, elle aussi. Isabella voulait désespérément venir, mais Tracy ne l’a pas laissée faire."]
Comme je m’y attendais. Isabella et Tracy se livraient une féroce bataille pour attirer mon attention.
— D’accord, j’ai compris. On se reparle plus tard.
Clic.
Après avoir raccroché, je m’affalai sur le lit et marmonnai :
— Ouf… J’espère juste que ce tranquillisant à base de plantes n’a pas pour effet secondaire d’attirer les femmes.
***
Dring, dring, dring.
Une mélodie agréable s’éleva du téléphone posé à côté de mon oreiller. Je le cherchai à tâtons, jetai un coup d’œil à l’écran et vis que secrétaire en chef Kang Inhan m’appelait. Je me redressai aussitôt dans mon lit et décrochai.
— Bonjour, secrétaire en chef Kang. Que se passe-t-il de si bon matin, un dimanche ?
["On m’a informé que votre mère était arrivée de la campagne."]
— Ah, oui. Elle est arrivée à Séoul hier soir.
["Le président aimerait déjeuner avec vous. Qu’en pensez-vous ?"]
— J’en serais ravi, mais je dois accompagner ma mère pour quelques courses.
["Si ce n’est pas indiscret, où allez-vous ?"]
— Ma mère n’a pas de vêtements convenables, alors je veux l’emmener au grand magasin.
À cet instant, je n’avais pas la moindre idée des conséquences qu’auraient ces paroles en apparence anodines.
["Le magasin le plus proche de chez vous est le magasin phare du grand magasin Hangang."]
— Oui, c’est exactement là que nous comptons aller.
["Dans ce cas, à quel moment vous conviendrait-il de dîner avec le président ?"]
— Ce soir serait parfait, je pense. Veuillez transmettre ma réponse au président.
["Je n’y manquerai pas. À ce soir."]
***
Clic.
À peine secrétaire en chef Kang Inhan eut-il raccroché que le président Park Yeongil lui demanda, d’un ton impatient :
— Qu’est-ce que cette histoire de grand magasin Hangang ?
— Le directeur général Cha emmène sa mère y acheter un cadeau.
— Ah oui ? Passe-moi vite le président Yoon.
— Oui, monsieur.
Ayant immédiatement compris les intentions du président Park, secrétaire en chef Kang Inhan répondit de sa voix sonore. Il composa aussitôt le numéro du président Yoon Jongu, échangea quelques salutations, puis tendit le téléphone à Park.
— Président Yoon, avez-vous prévu quelque chose aujourd’hui vers l’heure du déjeuner ?
["J’ai une réunion prévue au sujet de la coentreprise. Pourquoi ?"]
— Reportez-la.
["Pourquoi me donnez-vous des ordres tout à coup, sans la moindre explication ?"]
— La mère du directeur général Cha est arrivée à Séoul. Vers midi, ils comptent faire des achats au magasin phare du grand magasin Hangang.
["Oh non !"]
Bip.
Affolé, le président Yoon Jongu mit brusquement fin à l’appel.
— Hahaha. Le déjeuner d’aujourd’hui promet d’être divertissant.
***
Contrairement au président Park, qui restait parfaitement détendu, le président Yoon Jongu était pressé comme jamais. Il appela aussitôt son secrétaire en chef, Song Dosok. Comme toujours, celui-ci décrocha à la première sonnerie.
["Oui, président."]
— Reportez la réunion d’aujourd’hui à demain.
["Y a-t-il une raison importante ?"]
— C’est que… la mère du directeur général Cha est arrivée à Séoul.
Yoon Jongu raconta en détail à Song Dosok sa conversation avec Park Yeongil.
["Oh non ! Compris."]
— Nous devons discuter sans attendre de la manière dont nous allons accueillir la mère du directeur général Cha. Fais venir Sanghun et Sehwa, tout de suite.
***
— Père, qu’est-ce qui se passe ? demanda le vice-président Yoon Sanghun, déconcerté, en s’asseyant sur le canapé libre.
— Je vous expliquerai quand Sehwa sera là. Secrétaire Song, rappelle-la et dis-lui de se dépêcher.
— Je viens de lui envoyer un message. Elle ne va pas tarder.
— Bien. Sanghun, appelle Sola. Dis-lui de s’habiller aussi élégamment que possible.
— Je meurs d’envie de savoir ce qui se passe. Tu ne peux pas au moins me donner un indice ?
Ding-dong.
Au moment le plus crucial, la sonnette retentit. Le secrétaire en chef Song Dosok se précipita vers l’écran mural à une vitesse fulgurante. Dès qu’il reconnut la visiteuse, il ouvrit le portail. Un instant plus tard, Yoon Sehwa, présidente du grand magasin Hangang, entra dans la maison et demanda dès qu’elle eut passé la porte :
— Père, qu’est-ce qui se passe ?
— Regarde donc comment tu es habillée ! C’est quoi, cette tenue ?
— Le secrétaire Song m’a dit de venir aussi vite que possible. Je n’ai pas eu le temps de me changer.
— Bon, assieds-toi.
Dès que Yoon Sehwa eut pris place sur le canapé, le président Yoon Jongu prit la parole.
— Vous savez tous les deux à quel point je m’efforce de gagner les faveurs de Cha Jiham, n’est-ce pas ?
— Bien sûr.
— Sa mère est arrivée à Séoul. Vers midi, ils comptent faire des achats au magasin phare du grand magasin Hangang.
Yoon Sanghun comprit enfin pourquoi son père avait convoqué cette réunion de famille en urgence.
Son père voulait présenter sa petite-fille à la mère de Cha Jiham.
— Oh non ! Il ne nous reste presque plus de temps.