Chapitre 66
Je savais que le président Park Yeongil avait envoyé des cadeaux à mes grands-parents et à ma mère. Mais, à en juger par la façon dont ma petite sœur, Cha Hyeonji, bégayait de stupeur, les cadeaux dépassaient de loin toutes nos attentes.
Impatient de voir ça de mes propres yeux, je me précipitai vers le coffre et manquai de m’évanouir sous le choc.
Il était rempli de cartons à craquer, sans le moindre espace libre.
Maman, qui s’était approchée elle aussi, resta figée sur place.
« Jiham… mais qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
« Des cadeaux pour toi, Papi et Mamie. Ils viennent de quelqu’un dont je suis très proche. »
« Tout ça ? »
« Sa générosité est presque légendaire. »
Sur ces mots, je me mis à rentrer les cartons dans la maison.
Maman et Hyeonji s’empressèrent de venir m’aider.
Une fois tout rentré et après avoir enfin repris notre souffle, je demandai à Maman :
« Où sont Papi et Mamie ? »
« Ils en avaient assez de rester à la maison, alors ils sont allés passer un peu de temps au centre pour personnes âgées. Mais je les ai déjà appelés, ils ne devraient pas tarder à rentrer. »
Peu après, Papi et Mamie revinrent.
En découvrant la montagne de cartons entassés dans un coin du salon, ils se figèrent à leur tour, stupéfaits.
« Jiham, qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
« Des cadeaux de la part d’une de mes connaissances, Papi. »
« Et il t’a donné tout ça ? »
« Oui, Papi. »
Décidant de remettre les explications détaillées à plus tard, je changeai vite de sujet.
« Comment vous sentez-vous ? Rien ne vous fait souffrir ? »
« Comme d’habitude. »
« Et toi, Mamie ? »
« On tient le coup. Maintenant, dis-moi : qu’est-ce qui t’amène soudain à la maison ? »
« Vous me manquiez tous. »
« Ça fait plaisir à entendre. On dirait que tu n’as pas encore déjeuné, alors mangeons d’abord. On pourra discuter après. »
Pendant le déjeuner, la curiosité de Maman prit le dessus et elle bombarda Hyeonji et moi de questions.
Nous avions à peine le temps de lever nos cuillères que Mamie lui lança un regard sévère.
Ce n’est qu’alors que l’interrogatoire se calma, et Hyeonji et moi en profitâmes pour engloutir nos bols en un temps record.
Après le déjeuner, nous nous mîmes à ouvrir les cartons l’un après l’autre.
Il y avait des compléments alimentaires hors de prix, des coffrets de bœuf haut de gamme, des appareils de massage et toutes sortes d’autres cadeaux luxueux.
Après avoir tout examiné, Papi me fixa d’un regard grave.
« Jiham, maintenant, je veux tout savoir, du début à la fin. »
« Il y a quelqu’un dont je suis très proche. Quand il a appris que je rentrais, il m’a prêté une voiture. »
« Elle a l’air extrêmement chère, cette voiture. Il te l’a simplement donnée ? »
« Ce n’est pas sa voiture personnelle. C’est un véhicule de société. »
« Je vois. »
« Et pour les cadeaux qui remplissaient le coffre, nous ne l’avons découvert qu’en arrivant. »
« Malgré tout, j’aimerais savoir pourquoi cette personne se montre si généreuse avec toi. »
Si je leur racontais toute la vérité, nous en aurions jusqu’au milieu de la nuit.
Et surtout, je ne ferais que les inquiéter.
Je réduisis donc l’histoire à l’essentiel.
« Je lui ai rendu un immense service, il y a quelque temps. Il me remercie, tout simplement. »
« Alors, n’oublie pas de le remercier sincèrement de notre part. »
Je fis discrètement un clin d’œil à Hyeonji avant d’en venir enfin à la vraie raison de notre venue.
« Maintenant, Hyeonji et moi allons vous expliquer pourquoi nous sommes vraiment venus. »
« Il s’est passé quelque chose ? »
« Oui. Je vais commencer par la nouvelle la moins importante. À la fin du mois dernier, j’ai officiellement été embauché en CDI au Groupe Hangang. »
« Mais tu ne disais pas qu’il te restait encore trois mois de stage ? »
« Le mois dernier, je suis parti en voyage d’affaires aux États-Unis et j’y ai obtenu une avancée importante. Pour me récompenser, l’entreprise a décidé de m’embaucher définitivement avant la fin de mon stage. »
« Oh là là ! C’est merveilleux, mon petit-fils ! Tu nous rends si fiers ! »
« En plus de mon embauche, j’ai aussi reçu une grosse prime. Un peu plus de cinquante millions de won. »
« …! »
Papi, Mamie et Maman me regardèrent, la bouche grande ouverte.
Papi et Mamie avaient déjà bien dépassé les quatre-vingts ans, et leur minuscule ferme à Taebaek n’aurait jamais pu leur rapporter une telle somme.
Pour Maman, qui travaillait dans un petit restaurant du coin, c’était tout aussi inimaginable.
« Papi, ne sois pas trop surpris. Ce n’est pas tout. »
« Il y a encore autre chose ? »
« Tu te souviens du conducteur qui a renversé Hyeonji et pris la fuite au début de l’année dernière ? Eh bien, ils l’ont enfin arrêté il y a quelques jours. »
« Vraiment ?! Justice est faite, enfin ! »
« Le coupable était un citoyen chinois. Il a tout avoué, nous a présenté ses excuses les plus sincères et nous a versé deux millions de dollars pour les frais médicaux de Hyeonji et le préjudice moral. »
En réalité, Chen Shao ne s’était jamais excusé.
J’avais ajouté ce détail pour éviter qu’ils ne me demandent comment nous avions obtenu une indemnisation aussi énorme.
Bien sûr, Papi ne se douta de rien.
« Jiham… deux millions de dollars, ça représente vraiment beaucoup d’argent ? »
« En monnaie coréenne, ça fait environ deux milliards sept cents millions de won. »
« Q-Quoi ?! »
Comme je m’y attendais, Papi en resta bouche bée.
Maman et Mamie affichaient exactement la même expression.
« Hyeonji souffrira probablement des séquelles de cet accident toute sa vie. À bien y réfléchir, deux millions de dollars, ce n’est pas tant que ça. »
« …Eh bien… présenté comme ça, tu as raison. »
Mais tout cela n’avait été qu’une mise en bouche.
À présent, il était temps de passer au plat de résistance.
« Ce que je vais vous dire à tous les trois doit rester absolument secret. »
« Bon sang… Il y a encore une surprise ? »
« Oui. Il n’y a pas longtemps, j’ai remporté le gros lot à la loterie. »
« …! »
Tous trois restèrent sans voix.
En réalité, j’achetais souvent des billets de loterie, mais je n’avais jamais gagné, pas même le plus petit lot.
Si je leur racontais ce mensonge, c’était uniquement à cause de la luxueuse demeure que le président Park Yeongil m’avait offerte.
Si je leur annonçais simplement que quelqu’un m’avait fait cadeau d’une maison valant plus de cinq milliards de won, j’ignorais comment ma famille réagirait.
« Le prix s’élevait à environ dix milliards de won. J’en ai tout de suite mis la moitié de côté et j’ai acheté une grande maison pour toute la famille. »
À peine avais-je fini de parler que Hyeonji intervint comme prévu.
« Papi, j’ai filmé la maison que Grand Frère a achetée. Tu veux voir ? Attends une seconde. »
Elle sortit une clé USB de son sac, la brancha sur le téléviseur et alluma l’écran.
À l’aide de la télécommande, elle lança la vidéo et se mit à donner des explications.
« Les meubles sont encore couverts de plastique de protection parce que les travaux de rénovation ne sont pas terminés. Voilà le rez-de-chaussée. Il y a un grand salon, une cuisine et deux chambres. »
Elle employait volontairement des mots simples pour que Papi et Mamie comprennent facilement ce qu’ils voyaient.
Quand ses explications ne suffisaient pas, je prenais le relais.
« …Et voici un petit potager. On dirait que l’ancien propriétaire y faisait pousser des légumes frais et des fruits. Ils nous ont promis que les travaux seraient entièrement terminés aujourd’hui, alors nous pourrons emménager demain. »
« Attends, Jiham. L’argent, c’est une chose, mais pourquoi avons-nous besoin d’une maison aussi chère ? »
Je m’attendais à cette question.
Je lui répondis donc exactement comme prévu.
« Cette maison appartenait à l’origine à mon ami. Il m’a dit qu’il n’en avait plus besoin et m’a proposé de me la vendre lui-même pour un prix dérisoire, presque symbolique. »
« Et combien vaut-elle vraiment ? »
J’étais curieux, moi aussi, alors j’avais cherché en ligne des biens comparables au préalable.
À en juger par les maisons du quartier, la demeure valait environ huit milliards de won.
Mais, connaissant le caractère fier et entêté de Papi, impossible de lui dire ça.
« D’après ce que je sais, environ six milliards de won. »
« Quoi ?! Six milliards ?! Et il a baissé le prix d’un milliard entier ?! »
« Eh bien, quand on a besoin de vendre rapidement, ce genre de rabais n’a rien d’inhabituel. »
« Quelle journée… D’abord cette voiture hors de prix, ensuite la nouvelle qu’ils ont arrêté ce vaurien, et maintenant cette magnifique maison. C’est merveilleux, mais tout ça me donne le tournis. »
« Je voulais vous parler de la maison en personne, c’est pour ça que nous avons fait tout ce chemin. »
« Je vois… »
« Hyeonji et moi aimerions vraiment que toi, Mamie et Maman veniez vivre à Séoul pour que nous puissions tous habiter ensemble à nouveau. »
« Hmm… »
Papi resta longtemps assis sans répondre, plongé dans ses pensées.
Hyeonji et moi retînmes notre souffle en attendant sa décision.
Enfin, après plusieurs minutes, il prit lentement la parole.
« Merci pour ta proposition, mon petit-fils. Mais ta grand-mère et moi ne pouvons pas quitter notre ville natale. »
« Pourquoi, Papi ? »
« Nous avons passé toute notre vie ici. La plupart de nos vieux amis sont déjà morts, mais ceux qui nous restent sont tous ici. Nous apprécions ta gentillesse et nous aimerions sûrement passer confortablement les années qu’il nous reste… mais nous ne voulons pas mourir d’ennui dans un endroit qui n’est pas chez nous. »
« Il y a bien plus de choses à faire à Séoul qu’ici. Tu ne risques vraiment pas de t’ennuyer ! »
« Même comme ça, je ne mettrai pas les pieds à Séoul. Mais emmène ta mère avec toi. Qu’elle puisse enfin profiter un peu de la vie. »
« Père, je ne peux pas partir toute seule, protesta aussitôt Maman, comme si elle attendait ce moment depuis le début. Jusqu’ici, Hyeonji s’est occupée de la plupart des tâches ménagères, mais elle va bientôt commencer à travailler. Tu crois vraiment qu’elle pourra s’occuper toute seule d’une maison aussi grande ? »
« Eh bien… c’est vrai… »
« Tu ne comprends toujours pas pourquoi je te dis d’aller à Séoul ? »
« … »
« Si je le pouvais, je t’y enverrais tout de suite. Mais il reste encore des choses à régler ici. Alors pars, mais inutile de te presser. »
« D’accord, Père. Je ferai comme tu dis. »
Après la réponse de Maman, Papi se tourna de nouveau vers moi.
« Ta grand-mère et moi, nous te promettons de venir vous voir à Séoul de temps en temps. D’accord ? »
« D’accord, Papi. Mais préviens-moi avant de partir, et j’enverrai une voiture vous chercher. »
« Écoute-moi ce riche qui parle d’envoyer des voitures ! »
Je me demandai comment Papi réagirait s’il apprenait un jour que le président Park comptait me léguer un héritage de soixante-dix mille milliards de won.
« Papi, je t’ai déjà dit que j’avais gagné à la loterie. »
« Je ne t’ai jamais appris à gaspiller ton argent. »
« Qu’est-ce que tu racontes, Papi ? Prendre soin de sa famille, ce n’est pas gaspiller son argent. Rien ne compte plus pour moi que ma famille. »
« Très bien. Merci de dire ça. Au fait, quand repartez-vous ? »
« Je pense qu’on partira juste après le dîner. »
« Puisque vous avez fait tout ce chemin, pourquoi ne pas passer la nuit ici ? »
« J’adorerais, Papi, mais je dois nourrir le chat. »
« Tu n’avais qu’à lui remplir sa gamelle de croquettes avant de partir. »
À ce moment-là, Hyeonji intervint pour me tirer d’affaire.
« Papi, ce glouton ne daigne même pas regarder les croquettes ! Il ne mange que du poulet cru et du bœuf frais ! »
« Vraiment ? »
« Notre Saho fait au moins une fois et demie la taille d’un chat domestique ordinaire. Et tu n’imagines pas à quelle hauteur il peut sauter ni à quel point il est agile ! »
« Quel animal extraordinaire. »
« Et ce n’est même pas le plus incroyable ! Il ne se contente pas de comprendre parfaitement ce qu’on lui dit… »
Hyeonji décrivit avec enthousiasme toutes les habitudes étranges de Saho qu’elle avait remarquées depuis qu’il vivait avec nous.
« …Enfin, c’est Saho qui a permis d’arrêter ce fugitif chinois ! »
« Eh bien, ça alors ! Saho est donc vraiment un animal sacré. Après tout ce qu’il a fait pour vous, vous devriez prendre grand soin de lui. »
« Je suis tout à fait d’accord, Papi ! »
Papi hocha la tête, satisfait, puis se tourna de nouveau vers moi.
« Ta grand-mère et moi, nous retournons un moment au centre pour personnes âgées. Nous serons de retour avant le dîner. Reposez-vous un peu après le voyage, vous deux. »
En temps normal, Papi allait rarement au centre pour personnes âgées pendant la période chargée des travaux agricoles.
Pourtant, alors qu’il y était déjà allé le matin même, il s’apprêtait à y retourner.
« Vous y retournez ? »
« C’est ennuyeux de rester assis à la maison sans rien faire. »
« Alors, emporte quelques cadeaux et partage-les avec tout le monde là-bas. »
« Ce n’est pas une mauvaise idée. Je vais prendre le plus petit coffret. »
Dès que Papi et Mamie franchirent la porte avec un carton de friandises, Hyeonji me lança un regard réprobateur.
« Grand Frère, comment peux-tu être aussi bouché ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Papi et Mamie y sont allés uniquement pour frimer devant les autres vieux ! »
« Ah… c’était donc ça ? »
Je souris et hochai la tête avant de me tourner vers Maman pour lui poser une question importante.
« Au fait, Maman… je voulais te demander : pourquoi ce restaurant célèbre, qui était toujours bondé, a-t-il fermé du jour au lendemain ? »
« Le propriétaire a eu de gros ennuis, alors il n’a pas eu le choix, il a dû fermer. »
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Au début de l’année, il est parti en vacances à Macao avec des amis. Là-bas, des escrocs professionnels l’ont plumé et il a perdu une somme incroyable en jouant. »
Les usuriers avaient dû commencer à le menacer pour récupérer leur argent.
Incapable de supporter la pression, il avait probablement mis le restaurant en vente pour essayer de les rembourser.
Pour savoir si j’avais vu juste, je demandai à Maman :
« Tu n’as qu’à moitié raison. »
« Il y avait donc une autre raison ? »
« Le propriétaire n’a pas supporté les menaces des créanciers et a tout bonnement disparu. Après ça, ces gangsters se sont mis à débarquer directement au restaurant pour tout saccager. Forcément, les clients ont cessé de venir. Il était devenu impossible de continuer, alors le restaurant a fermé. »
« Je vois. »
« C’était pourtant un homme si calme et honnête. J’ai encore du mal à croire qu’il se soit laissé avoir par ces escrocs. »