Chapitre 352
« Directeur He, que me vaut cette visite de bon matin ? » demanda le président Xi Jinping, l’air intrigué.
En vérité, He Lifen était venu le voir à la demande du vice-président Tang Guochang. Il ne pouvait évidemment pas lui dire la vérité et invoqua donc le prétexte qu’ils avaient préparé à l’avance.
« Hier soir, en discutant avec le directeur Jean-Philippe, j’ai obtenu des informations importantes.
— Quelles informations ? Dites-moi.
— Le fils aîné de Kim Jonghun fréquente une école internationale à Zurich, en Suisse. Apparemment, Kim Jonghun a converti ses fonds secrets en lingots d’or et les a cachés au sous-sol de la maison où vit son fils aîné.
— Et combien de lingots y avait-il ?
He Lifen avait appris du vice-président Tang Guochang qu’il y en avait douze tonnes et sept cent cinquante kilos. Mais s’il donnait le chiffre exact, cela risquait de ne pas impressionner tant que ça le président Xi Jinping, qui pourrait y réagir avec indifférence. Dans ce genre de situation, mieux valait éviter de répondre directement.
« Le directeur Jean-Philippe lui-même ne connaît pas la quantité exacte. Cependant, il ne fait aucun doute qu’une énorme quantité d’or y était entreposée.
— Qu’est-ce qui lui fait penser ça ?
— Vous comprendrez quand vous aurez entendu la suite.
— Alors, dépêchez-vous de me la raconter.
— La maison où vit le fils aîné de Kim Jonghun a récemment été cambriolée, et tout l’or a été volé.
— C’est vrai ?! » s’exclama le président Xi Jinping, les yeux écarquillés de stupeur.
« Le directeur Jean-Philippe s’est rendu sur place en personne.
— Dans ce cas, l’information est fiable.
— Exactement. Le sous-sol était éventré par un énorme trou, et il ne restait des lingots que les rangées de supports vides. À en juger par leur nombre, plus de trente tonnes d’or ont été dérobées.
— Ha-ha-ha !
Le président Xi Jinping éclata d’un rire sonore, comme si le malheur d’autrui le réjouissait sincèrement.
Quand il eut fini de rire, Zhang Hui, secrétaire en chef du secrétariat du Comité central, posa la question qui le taraudait.
« Directeur He, n’y avait-il pas des gardes en permanence à la maison du fils aîné de Kim Jonghun ?
— Tous les gardes ont disparu sans laisser de trace avant le vol de l’or.
— Se pourrait-il… que les gardes se soient entendus avec les voleurs et aient dérobé l’or eux-mêmes ?
— Le directeur Jean-Philippe penche lui aussi pour cette hypothèse.
— Quelle affaire incroyable. Et que s’est-il passé ensuite ?
— Les agents du Bureau général de reconnaissance de Corée du Nord font tout leur possible pour retrouver les coupables, mais ils n’ont encore rien trouvé.
— Espérons qu’ils ne les retrouveront jamais.
— Je suis tout à fait de votre avis, secrétaire en chef Zhang », approuva He Lifen.
À cet instant, le président Xi Jinping prit la parole.
« Directeur He, est-il possible que Kim Jonghun ait aussi caché une partie de ses fonds secrets dans notre pays ?
— C’est justement ce que nous cherchons à déterminer. Dès que nous aurons des résultats, je vous en ferai part.
— Et que ferons-nous de ses fonds secrets si nous les trouvons ?
— Je vous ferai un rapport dès qu’ils auront été découverts.
Toc, toc, toc.
À cet instant, après avoir frappé, un secrétaire ouvrit la porte du bureau et entra. Il annonça que Lin Jialun, président de la Banque industrielle et commerciale de Chine, était arrivé.
« Faites-le entrer et apportez du thé.
Comprenant que le moment était venu, He Lifen s’adressa au président Xi Jinping.
« Monsieur le Président, accepteriez-vous de m’offrir du thé, à moi aussi ?
— Bien sûr. Servez-vous.
He Lifen obtint sans difficulté la permission. Peu après, le président Lin Jialun entra dans le bureau. Il s’inclina légèrement devant le président Xi Jinping, assis en bout de table, puis prit place sur un canapé libre. Un peu plus tard, le secrétaire apporta du thé à toutes les personnes présentes. Après en avoir bu une gorgée, le président Xi Jinping demanda, intrigué :
« Président Lin, les présidents des banques ont-ils déjà transféré les vingt milliards de dollars qui leur ont été attribués ?
— Eh bien… pas encore.
— Quoi ?!
La voix du président Xi Jinping tonna comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.
Il cria si fort que Lin Jialun sursauta.
« Pourquoi ces gens n’ont-ils pas encore transféré l’argent ?
— Ils disent qu’ils ne peuvent pas transférer les fonds sans reconnaissance de dette.
Sur ces mots, le président Lin Jialun sortit une chemise transparente de sa mallette et la tendit au président Xi Jinping.
« Qu’est-ce que c’est ?
— Une reconnaissance de dette indiquant un emprunt de vingt milliards de dollars.
— Et pourquoi me montrez-vous ça ?
— Parce que c’est vous, Monsieur le Président, qui empruntez cet argent aux banques.
Visiblement agacé, le président Xi Jinping ouvrit la chemise et se mit à lire la reconnaissance de dette. Comme il n’y trouva bientôt aucune condition particulièrement contraignante, il se mit à signer les documents. Après avoir signé l’une après l’autre les onze copies de la reconnaissance de dette, il rendit la chemise au président Lin Jialun. Celui-ci la prit, quitta le bureau et ne revint qu’un certain temps plus tard.
« Monsieur le Président, les vingt milliards de dollars alloués seront versés sur le compte de notre banque dans les trente minutes.
— Très bien. Parlons maintenant d’autre chose. Où en est le cours des contrats à terme sur l’or ?
— D’après les dernières données que nous avons reçues, le prix se maintient à 1,3 million de dollars.
— Pourquoi les contrats à terme sur l’or ne montent-ils plus ?
— Ils ont bondi de 24 % en cinq jours. Avant de poursuivre leur hausse, ils doivent marquer une pause et former un plancher.
— Je vois. Quand comptez-vous ouvrir vos positions vendeuses ?
— Je les ouvrirai au moment que vous m’indiquerez, Monsieur le Président.
— Vous avez vraiment besoin de ma permission même pour une chose aussi insignifiante ?
À vrai dire, le président Lin Jialun pensait exactement la même chose. Mais s’il sollicitait sans cesse l’approbation du président, c’était à cause du risque de pertes. Si cela arrivait, on lui en ferait sans aucun doute porter toute la responsabilité. Il cherchait donc à obtenir le feu vert à chaque étape pour se dégager de toute responsabilité en cas de pertes éventuelles.
Bien sûr, il ne pouvait pas le dire aussi franchement. Les conséquences étaient évidentes. Il avait donc déjà préparé une réponse convaincante.
« Ouvrir des positions vendeuses d’un montant colossal de deux cents milliards de dollars sans votre autorisation constituerait une négligence dans l’exercice de mes fonctions.
— Difficile de trouver à redire à une telle réponse. Dès que les deux cents milliards de dollars auront été versés, ouvrez immédiatement les positions vendeuses.
Le président Lin Jialun passa un bref coup de fil, donna un ordre, puis raccrocha.
« Monsieur le Président, nous devons effectuer quelques préparatifs avant d’ouvrir les positions vendeuses. Nous commencerons dans une heure.
— Allez-y.
— Souhaitez-vous voir de vos propres yeux jusqu’où le cours des contrats à terme sur l’or va chuter ?
— C’est possible ?
Sans répondre à la question du président Xi Jinping, le président Lin Jialun se leva du canapé et sortit. Quelque temps plus tard, il revint avec un ordinateur portable et le posa devant le président.
« Monsieur le Président, j’ai ouvert l’écran de cotation des contrats à terme sur l’or.
Le président Xi Jinping et Zhang Hui, secrétaire en chef du secrétariat du Comité central, tournèrent les yeux vers l’écran de l’ordinateur portable. Le président Lin Jialun leur expliqua comment lire les données.
Comprenant que le moment était venu, He Lifen envoya rapidement un message au vice-président Tang Guochang. Puis, comme si de rien n’était, il reporta calmement son regard sur l’ordinateur.
***
Après avoir consulté l’heure sur son téléphone, National Intelligence Service Director Om Giyeon demanda, intrigué :
« Chef de cabinet Cha, quand le président Lin ouvrira-t-il ses positions vendeuses ?
— Tout dépend de la décision du président Xi.
— Ne lui a-t-il pas donné les pleins pouvoirs pour investir sur les contrats à terme sur l’or ?
— Si, mais Lin Jialun n’a pas d’autre choix que d’impliquer le président Xi, ne serait-ce que pour se couvrir.
Bzzzt.
À cet instant, le téléphone que je tenais vibra brièvement. Je vérifiai l’expéditeur : j’avais reçu un message du vice-président Tang Guochang.
« Ils commenceront à vendre à découvert à 10 h 15, heure locale.
— Merci pour cette précieuse information.
Après avoir envoyé ma réponse au vice-président Tang Guochang, je me tournai vers Ju Seongjin, vice-président exécutif de Korea Investment.
« L’heure fatidique est fixée à 11 h 15.
— Compris ! » répondit d’une voix forte le vice-président exécutif Ju Seongjin, avant d’envoyer aussitôt un message groupé.
Le président Park Yeongil, qui l’observait, se tourna vers moi.
« Chef de cabinet Cha, le vice-président Tang s’est donc contenté de nous transmettre un message qu’il avait reçu du directeur He ?
— C’est ce que je pense aussi, Monsieur le Président.
— N’y a-t-il aucun moyen de contacter directement le directeur He, sans passer par lui ?
— Pour cela, il faudrait d’abord que je rencontre le directeur He en personne.
— Hmm… Alors, nous n’y pouvons rien.
Le temps passa à toute allure tandis que nous discutions, et 11 h 15 arriva enfin. Comme prévu, d’énormes ordres de vente apparurent sur le marché.
À cet instant précis, le cours des contrats à terme sur l’or, qui s’était maintenu à 1,3 million de dollars jusque-là, plongea et franchit les uns après les autres les seuils de support.
« Ça s’effondre », marmonna le président Yoon Jongu, du groupe Hangang, sans quitter l’écran de l’ordinateur des yeux.
***
Le président Xi Jinping fixait l’écran de l’ordinateur portable, les sourcils froncés par l’incompréhension. Le cours des contrats à terme sur l’or s’effondrait bien plus vite qu’il ne l’avait prévu.
Il décida de demander son avis au président Lin Jialun.
« Les investisseurs savent parfaitement que les contrats à terme sur l’or ont trop grimpé en trop peu de temps. Ils attendaient probablement une occasion de prendre leurs bénéfices. Dès que nous avons ouvert nos positions vendeuses, ils ont sauté sur l’occasion et se sont joints aux ventes.
— C’est assez convaincant. Jusqu’où pensez-vous que les contrats à terme sur l’or vont chuter ?
— Le volume des ventes est trop important pour qu’on puisse le dire avec certitude. Mais le prix passera sans aucun doute sous la barre des 1,2 million de dollars.
— Ha-ha-ha !
Le rire satisfait du président Xi Jinping résonna dans tout le bureau.
Environ une demi-heure plus tard, le cours des contrats à terme sur l’or s’effondra à 1,15 million de dollars.
Jouant le rôle qui lui avait été assigné, He Lifen s’adressa au président Lin Jialun.
« Président Lin, ne serait-il pas temps de clôturer les positions vendeuses ?
— Je ne suis pas de cet avis, directeur He.
— Et pourquoi donc ?
Mais avant que Lin Jialun ait pu répondre, le président Xi Jinping prit la parole.
« Le volume des ventes n’a pas beaucoup diminué par rapport à il y a une demi-heure.
— Exactement. Président Lin, jusqu’où pensez-vous que le prix va chuter ?
— Je pense que 1,05 million de dollars constitue le seuil absolu.
— Je suis curieux. Pourquoi le pensez-vous ?
— Le Groupe d’investissement Bongard a investi une somme colossale lorsque les contrats à terme sur l’or se négociaient à 1,05 million de dollars. Si le prix passe sous ce niveau, il commencera à perdre de l’argent. Il interviendra forcément sur le marché pour couvrir ses pertes.
Le président Xi Jinping secoua la tête, puis poursuivit sa conversation avec le président Lin Jialun.
« Le Groupe d’investissement Bongard a investi cent milliards de dollars lorsque les contrats à terme sur l’or se négociaient à 1,2 million de dollars. D’après votre raisonnement, il aurait dû intervenir sur le marché dès que le prix est tombé à 1,2 million. Pourtant, le Groupe d’investissement Bongard n’a rien fait. Qu’en pensez-vous ?
— Je suis d’accord avec vous, Monsieur le Président.
— Il est tout à fait possible qu’ils n’interviennent pas, même si le cours des contrats à terme sur l’or tombe à 1,05 million de dollars.
— Alors, à quel moment interviendront-ils ?
— Si j’étais le président Bongard, je miserais sur une chute sous le million de dollars.
Sauf événement extraordinaire, les prix avaient toujours tendance à revenir à leur juste valeur. Une chute brutale pouvait donc tout aussi bien être suivie d’une remontée tout aussi brutale. Le président Bongard le savait sans aucun doute, et c’était pourquoi il fermait les yeux sur l’effondrement.
« Je comprends. Alors, à quel niveau devrions-nous clôturer nos positions vendeuses ?
— Nous devons devancer le président Bongard et retourner sa stratégie contre lui. Clôturons les positions à un million de dollars.
— Je ferai comme vous le dites, Monsieur le Président.
— Mais quand exactement le prix tombera-t-il à un million de dollars ?
***
En regardant l’écran de l’ordinateur portable, le chef de cabinet Lee Jihun demanda, intrigué :
« Chef de cabinet Cha, jusqu’où le cours des contrats à terme sur l’or va-t-il chuter ?
— D’après les résultats de nos simulations avec le Groupe d’investissement Bongard, le prix est descendu à 1,05 million de dollars.
Bzzzt, bzzzt.
À cet instant, le téléphone que je tenais vibra.
En regardant l’écran, je vis que le vice-président Tang Guochang m’appelait. Après avoir prévenu le chef de cabinet Lee Jihun et les autres, je décrochai.
« Je vous écoute, vice-président Tang.
[Chef de cabinet Cha, je viens d’avoir le directeur He Lifen au téléphone.]
— Ah bon ? Je me demande de quoi vous avez parlé.
[Le président Xi pense que l’or…]
Le vice-président Tang Guochang me rapporta toute la conversation entre le président Xi Jinping et le président Lin Jialun.
[… Il a ordonné au président Lin de clôturer les positions vendeuses sur l’or à un million de dollars.]
— Merci beaucoup pour cette précieuse information.
[Ha-ha. Je vous en prie. Je sais que vous êtes occupé, alors je ne vous retiens pas.]
Clic.
Dès que j’eus raccroché, je me tournai vers Ju Seongjin, vice-président exécutif de Korea Investment.
« Directeur Ju, clôturons nos positions vendeuses à 1,05 million de dollars. »