Chapitre 316
Le raisonnement du président Yoon Jongu m’apparut parfaitement clair.
Il comptait faire grimper le cours de l’or en s’appuyant uniquement sur KBH Investment, sans impliquer le Groupe d’investissement Bongard.
Mais je voyais les choses tout autrement.
« Avec les moyens dont dispose KBH Investment, nous ne parviendrons pas à faire monter le cours de l’or jusqu’à un million de dollars. »
Le capital social de KBH Investment s’élevait à cinquante milliards de dollars.
Une partie avait été dépensée lors de la création de la société, mais la majeure partie des fonds était encore intacte.
Le président Yoon Jongu croyait qu’en injectant tout le capital restant, il serait facile de faire monter le cours jusqu’à un million de dollars.
Il me demanda ce que je pensais de son idée.
« La semaine dernière, le cours de l’or a déjà fait un bond temporaire d’environ cinq pour cent. »
« C’est vrai ! »
Le président Yoon Jongu se frappa le genou, comme s’il venait seulement de s’en souvenir.
« Un instant… Cha Jiham, c’était votre œuvre ? »
« À proprement parler, le président Bongard et moi l’avons fait ensemble. »
« Je le savais ! Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Racontez-moi. »
« À l’époque, nous avons injecté cinquante milliards de dollars, mais nous n’avons réussi à faire grimper le cours que de cinq pour cent. »
« Vous voulez dire qu’il faudra bien plus d’argent que je ne le pensais pour faire monter le cours jusqu’à un million de dollars ? »
« Exactement, président Yoon. Cette fois, nous devons faire grimper le cours de plus de treize virgule cinq pour cent. KBH Investment ne pourra donc pas atteindre le rendement visé à elle seule. »
« Hmm… »
Le président Yoon Jongu hésita, ôta ses lunettes, les posa sur la table et se plongea dans ses pensées.
Je restai assis en silence en face de lui, le laissant réfléchir.
Au bout d’un moment, il finit par prendre sa décision, remit ses lunettes et reprit la parole.
« Cha Jiham, de combien devons-nous investir, exactement, pour faire grimper le cours de l’or de plus de treize virgule cinq pour cent ? »
« Je n’ai pas encore fait de calcul précis, mais il nous faudra au moins cent cinquante milliards de dollars. »
« Dans ce cas, que diriez-vous que le Groupe d’investissement Bongard en mette cent milliards et que KBH Investment couvre le reste ? »
À cet instant, le président Park Yeongil s’immisça sans gêne dans la conversation, manifestement désireux de donner son avis.
« Et si on faisait plutôt comme ça ? Le président Yoon et moi, on met cinquante milliards de dollars, le Groupe d’investissement Bongard en met cinquante, et KBH Investment se charge du reste. »
« À quoi bon tourner autour du pot ? »
« Ha ha ha ! Je le savais. Cha Jiham, qu’est-ce que vous attendez ? »
Je compris aussitôt ce que voulait le président Park Yeongil.
Il exigeait que j’appelle immédiatement le président Bongard pour l’informer de l’accord conclu entre le président Yoon et moi.
Justement, j’avais aussi quelque chose à discuter avec lui. Je l’appelai donc sans tarder.
Après plusieurs sonneries, une voix enjouée me répondit.
[Cha Jiham ! Comment s’est passé votre voyage d’affaires aux Philippines ?]
« Grâce à vos bons vœux, président Bongard, tout s’est très bien passé. »
[Ravi de l’apprendre. Mais je doute que vous m’ayez appelé seulement pour prendre de mes nouvelles. Allez droit au but.]
Malgré tout, tout lui déballer d’entrée de jeu aurait été imprudent.
« Je voulais savoir quel bénéfice vous aviez réalisé en investissant dans les contrats à terme sur l’or. »
[Nous avons investi cinquante milliards de dollars et réalisé deux milliards et demi de bénéfice.]
« Vous avez donc obtenu un rendement d’environ cinq pour cent ? »
[Environ cinq pour cent, dites-vous…]
Le président Bongard fit traîner les mots, de façon ambiguë. Il avait manifestement déjà compris où je voulais en venir.
Après un silence, sa voix se fit sincèrement curieuse.
[Dans quel actif devrais-je investir cette fois ?]
« Comme la dernière fois, nous allons miser sur des contrats à terme sur l’or. »
[Je vois. Quel rendement visez-vous et sur quelle durée ?]
« L’investissement durera environ trois ou quatre jours, et nous visons un rendement d’environ quinze pour cent. »
[Ha ha ha !]
Réaliser quinze pour cent de bénéfice en seulement trois ou quatre jours n’avait rien de facile.
C’était précisément pour cette raison que le président Bongard éclata d’un rire aussi franc.
Je le laissai rire un instant, puis repris la conversation.
[Cha Jiham, qu’attendez-vous exactement de moi ?]
« Comme vous le savez, le membre du Politburo Liu Peiqi et le secrétaire adjoint Zhang Jinan se livrent une lutte acharnée pour obtenir un siège au Comité permanent. Le président Zhen Weiliang leur vend six tonnes d’or… »
Je lui expliquai en détail le rôle qu’il était censé jouer.
« … Dès que les contrats à terme sur l’or dépasseront le million de dollars, vendez immédiatement. »
[Pourquoi avoir choisi précisément un million de dollars comme cours cible ?]
« Le vice-président Wei a promis au membre du Politburo Liu une remise de cinq pour cent sur le cours de la LBMA. Il devra donc réunir cinq milliards sept cents millions de dollars. »
[Donc, si l’or est vendu au secrétaire adjoint Zhang, le montant de la remise et le montant final de la transaction pourraient changer ?]
« Je ne le nierai pas. »
[J’ai compris l’essentiel. Mais dites-moi, devons-nous vraiment nous limiter strictement à un investissement de cinquante milliards de dollars ?]
Le président Bongard laissa percer un regret évident dans sa voix.
Je devais l’encourager.
« Si le président Zhen vend l’or au secrétaire adjoint Zhang, le montant que nous investirons pourrait considérablement augmenter. »
[J’espère sincèrement que notre investissement sera multiplié plusieurs fois.]
« Je ferai tout mon possible pour que cela arrive. »
[Très bien. Passons à autre chose.]
Pour l’instant, la seule question qui restait en suspens entre le président Bongard et moi concernait les contrats à terme sur l’or.
Pourtant, il me fit comprendre de façon inattendue qu’il y avait autre chose.
« Avez-vous besoin de moi pour autre chose ? »
[Qu’en est-il du rachat de Westinghouse ?]
« Ah ! C’est vrai, ça m’était complètement sorti de la tête. Où en sont les négociations ? »
[J’ai participé personnellement aux enchères et fait baisser le prix d’achat à sept milliards de dollars.]
« Cameco, le principal actionnaire de Westinghouse, ne s’y est pas opposé ? »
[Naturellement, ils ont protesté avec véhémence. Alors, finalement, notre société a simplement décidé de racheter Cameco elle-même.]
À vrai dire, lorsque le président Bongard m’avait annoncé pour la première fois son intention de racheter Westinghouse pour sept milliards de dollars, j’avais eu quelques doutes.
Cameco avait pourtant tenu bon jusqu’au bout, en exigeant dix milliards.
Mais il s’avéra que le Groupe d’investissement Bongard avait son propre plan : racheter Cameco elle-même.
Et s’ils rachetaient Cameco, la vente de Westinghouse deviendrait, en somme, une transaction interne.
« Je n’aurais jamais imaginé qu’il y avait une façon aussi élégante de contourner le problème. »
[L’essentiel, c’est que vous le sachiez maintenant.]
« Ha ha, bien sûr. Au fait, le président Douglas a donné son accord ? »
[Nous nous sommes vus hier soir, et j’ai réussi à le convaincre.]
« Vous avez abattu un travail considérable. »
[Cha Jiham, vous semblez oublier que notre société est le deuxième actionnaire de KBH Investment.]
Autrement dit, le président Bongard ne faisait que remplir son devoir d’actionnaire.
Je venais de raccrocher après avoir échangé encore quelques mots avec lui quand le président Yoon Jongu me dévisagea, les yeux brûlants de curiosité.
« Cha Jiham, allez, racontez-moi. De quoi parliez-vous avec Bongard ? »
***
Au même moment.
Les frères Liu — le membre du Politburo Liu Peiqi et Liu Haoran — discutaient dans une atmosphère extrêmement pesante.
« Grand frère, alors ? Comment ça s’est passé ? »
La veille au soir, le membre du Politburo Liu Peiqi avait rencontré en secret Deng Zhiping, le secrétaire particulier du président, et lui avait demandé avec précaution de lui prêter cinq milliards de dollars, sous prétexte qu’il avait un besoin urgent de liquidités.
Deng Zhiping avait toutefois poliment refusé, affirmant ne pas disposer d’une telle somme.
Il avait également laissé entendre qu’il serait peut-être préférable de demander directement un prêt au président Xi Jinping.
Pris au dépourvu par cette suggestion, Liu Peiqi avait choisi de battre en retraite et de prendre le temps d’y réfléchir.
Il raconta toute la conversation au directeur Liu Haoran, sans rien lui cacher.
« … Que pensez-vous de la suggestion du secrétaire Deng ? »
« Je suis absolument contre. »
« Et pourquoi donc ? » Une pointe d’agressivité se glissa dans la voix de Liu Peiqi.
Mais Liu Haoran ne se laissa pas intimider le moins du monde, convaincu d’avoir raison.
« Le président sait parfaitement que vous avez emprunté de l’argent pour acheter quatorze tonnes d’or. »
« Allons donc. Pourquoi le saurait-il ? »
« Le secrétaire Deng est le bras droit du président. Vous pensez vraiment qu’il ne le lui a pas signalé ? »
« Hmm… Maintenant que j’y pense, tu as raison. »
« Et à votre avis, comment le président réagira-t-il si vous revenez le solliciter, cette fois pour obtenir l’argent nécessaire à l’achat de six tonnes d’or supplémentaires ? »
Liu Peiqi frissonna à cette seule pensée.
« Grand frère, je continue ou ça suffit ? »
« … Inutile. J’ai compris, répondit Liu Peiqi d’un ton abattu. »
Voyant son frère si déprimé, Liu Haoran décida de lui remonter le moral.
« Il y a un moyen de mettre la main sur ces six tonnes d’or sans demander d’argent au président. »
« Comment ? »
« C’est très simple. On les prend. »
Le président Zhen Weiliang avait sans aucun doute caché ces six tonnes d’or dans un endroit sûr.
Comment pourraient-ils s’emparer de la cargaison dans ces conditions ?
Liu Peiqi fit part de ses doutes à Liu Haoran.
« Je ne propose pas de voler le président Zhen lui-même. »
« Ne me dis pas que… »
Liu Haoran comprit parfaitement pourquoi Liu Peiqi avait laissé sa phrase en suspens.
« Exactement ce que tu imagines. »
« Très bien. Raconte-moi ton plan. »
« D’abord, nous disons au président Zhen que nous renonçons à acheter les six tonnes… »
Ces mots donnèrent la chair de poule à Liu Peiqi.
Si le plan de Liu Haoran se déroulait sans accroc, ils mettraient la main sur les six tonnes d’or tant convoitées.
Et si tout se passait particulièrement bien, ils pourraient même en rafler davantage.
Tandis que Liu Peiqi secouait la tête, stupéfait par l’audace de cette idée, Liu Haoran acheva ses explications.
« … Comme ça, nous faisons d’une pierre deux coups. »
« Mais ce plan peut-il fonctionner ? »
« Si nous réfléchissons à chaque détail, nos chances de réussir seront extrêmement élevées. »
« Un plan parfait, tu dis… On devrait confier le sale boulot à la Triade ? »
« Grand frère, tu te souviens qui est le vice-président Chen Zhihui ? »
« Merde ! Ça m’était complètement sorti de la tête. Alors, à qui on devrait faire appel ? »
« Pourquoi ne pas confier ça au chef du Bureau de la sécurité publique Pu Zhenghua ? C’est un homme qui t’est fidèle. »
« C’est vrai ! Comment ai-je pu l’oublier ! » Liu Peiqi se frappa le genou, admirant la brillante idée.
« Je me charge de récupérer l’or. Toi, grand frère, concentre-toi uniquement sur les affaires de l’État. »
Liu Peiqi acquiesça et composa le numéro du président Zhen Weiliang.
Après plusieurs sonneries, la voix irritée de ce dernier résonna dans le téléphone.
[Membre du Politburo Liu, qu’y a-t-il encore ?]
« Je vous appelle pour vous présenter mes sincères excuses, président Zhen. »
[Ne me dites pas que…]
Liu Peiqi avait survécu plus de trente-cinq ans dans l’arène politique, véritable nid de vipères rongé par les complots et les guerres secrètes.
Il comprit donc aussitôt pourquoi Zhen Weiliang avait hésité.
« J’ai tout fait pour réunir les fonds, mais je n’ai finalement pas réussi à obtenir la somme dont j’ai besoin. »
[Je vois… C’est bien dommage.]
« Je m’en veux aussi, mais à quoi bon si je n’ai pas l’argent ? »
[Alors, renoncez-vous à votre grand rêve ?]
« Haa… » Liu Peiqi poussa délibérément un lourd soupir pour endormir la méfiance de son interlocuteur.
[Membre du Politburo Liu, je vous assure que votre heure viendra.]
« Merci de me réconforter. Au fait, à qui comptez-vous vendre l’or, maintenant ? »
[Vous le savez très bien.]
Jusque-là, tout cela n’avait été qu’un simple hors-d’œuvre.
Le plus intéressant commençait maintenant.
Se remémorant les instructions de Liu Haoran, Liu Peiqi poursuivit sa conversation avec Zhen Weiliang.
« Président Zhen, j’ai une faveur à vous demander. »
[Je vous écoute.]
« Quand vous vendrez l’or au secrétaire adjoint Zhang Jinan, faites-lui payer le prix fort. »
[Je ferai tout mon possible pour satisfaire votre demande.]
« Ha ha ha ! Je vous en remercie. »
[Pas besoin de me remercier. Au fait, je viens d’apprendre une nouvelle qui devrait vous mettre de très bonne humeur. Voulez-vous l’entendre ?]
« Je vous écoute. »
[Le vice-président Chen Zhihui, le beau-frère du secrétaire adjoint Zhang… est mort.]
« Quoiii ?! »
Liu Peiqi rugit si fort de stupéfaction qu’il faillit s’arracher la gorge.
Il cria si fort que Liu Haoran, assis en face de lui, sursauta sur sa chaise.
[Moi aussi, j’ai été stupéfait en l’apprenant.]
« Président Zhen, êtes-vous sûr de cette information ? Chen Zhihui est vraiment mort ? »
[Elle me vient directement d’un haut fonctionnaire du gouvernement philippin.]
« Alors, c’est vrai… Et comment est-il mort ? »
[On m’a seulement informé de sa mort. J’ignore les détails.]
« Compris. Très bien, nous reparlerons plus tard. »
Clic.
Dès que Liu Peiqi raccrocha, Liu Haoran se mit à le bombarder de questions.
« Tu crois que Zhen Weiliang ment ? »
« Ça dépend de qui est ce fonctionnaire du gouvernement philippin. »
« Tu veux dire que ça pourrait être de la désinformation ? »
« C’est tout à fait possible. »
« Et à ton avis, comment le secrétaire adjoint Zhang réagira-t-il quand la rumeur de la mort de Chen Zhihui lui parviendra ? »
« Ha ha ha ha ! »
Le rire tonitruant de Liu Peiqi en disait bien plus long que n’importe quels mots.