Chapitre 305
Ce ne fut qu’à cet instant que le commandant du sous-marin, Choi Dongcheol, comprit pleinement la situation dans laquelle ils se trouvaient.
Des sous-marins sud-coréens et américains les suivaient depuis le port de Nampo.
C’étaient les sous-marins de ces deux pays qui avaient transmis leurs coordonnées à la Marine philippine.
Voilà pourquoi les navires de guerre philippins savaient exactement dans quelle direction ils tentaient de fuir.
Voulant vérifier ses soupçons, il demanda prudemment au directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance :
[Vous avez parfaitement compris.]
« Et je n’en savais rien. Je me suis ridiculisé depuis le début. »
[Au moins, vous avez fini par comprendre. Au fait, le vice-président Chen a été arrêté par des agents des services de renseignement philippins.]
À cet instant, le commandant Choi Dongcheol eut du mal à en croire ses oreilles.
Leur mission consistait à livrer les missiles au vice-président Chen Zhihui, à recevoir deux cent cinquante millions de dollars, puis à rentrer en Corée du Nord.
Ils avaient risqué leur vie et parcouru tout ce chemin jusqu’aux Philippines pour exécuter leurs ordres.
Et voilà qu’ils apprenaient que les services de renseignement philippins l’avaient capturé.
« Je n’en crois pas un mot, directeur adjoint. »
[Savez-vous à quoi ressemble le vice-président Chen ?]
« Nous lui avons parlé en visioconférence pendant notre trajet vers les Philippines. »
[Tant mieux si vous connaissez son visage. Raccrochez et attendez un instant.]
Bzzzz !
Peu après la fin de l’appel, le téléphone du commandant Choi Dongcheol vibra brièvement.
Il devina qui lui avait envoyé le message et l’ouvrit à la vitesse de l’éclair.
Mais ce n’était pas un texto : il s’agissait d’un fichier vidéo.
Il prit une profonde inspiration pour calmer son angoisse, puis lança la vidéo.
L’écran montrait des agents des services de renseignement philippins arrêtant le vice-président Chen Zhihui pendant son sommeil.
D’autres agents maîtrisaient Carlos, qui s’était endormi à même la table du dîner.
Il était étrange de les voir se rendre aussi facilement, sans opposer la moindre résistance.
Pour en avoir le cœur net, il montra la vidéo à l’officier exécutif Kim Jincheol.
« L’homme dans cette vidéo est-il vraiment le vice-président Chen ? »
L’officier exécutif Kim Jincheol prit le téléphone des mains de son commandant et relança l’enregistrement depuis le début.
Après avoir fixé l’écran avec attention, il répondit, stupéfait :
« C’est bien le vice-président Chen. »
« Ah… »
Bzzzz !
Alors que le commandant Choi Dongcheol poussait un profond soupir, le téléphone qu’avait en main l’officier exécutif Kim Jincheol vibra de nouveau : un appel arrivait.
L’officier exécutif rendit aussitôt l’appareil à son commandant.
Après avoir vérifié le nom de l’appelant, Choi Dongcheol décrocha sans attendre.
« Je vous écoute, directeur adjoint. »
[Commandant Choi, avez-vous regardé la vidéo que je vous ai envoyée ?]
« …Je viens de la terminer. »
[Me croyez-vous, maintenant ?]
« Ai-je le choix ? »
[Merci de me croire. Je comprends parfaitement la situation désastreuse dans laquelle vous vous trouvez.]
Le commandant Choi Dongcheol ne pouvait penser qu’à une chose : ils étaient complètement fichus.
Comme leur pays était soumis aux sanctions de l’ONU, il ne pouvait pas exporter officiellement des armes.
C’était précisément pour cette raison qu’ils avaient transporté les missiles en secret à bord de sous-marins, à l’abri des inspecteurs de l’ONU.
Mais le vice-président Chen Zhihui, qui devait réceptionner la cargaison, avait été capturé par les services de renseignement philippins.
Il leur était désormais impossible de livrer les missiles.
En plus, leurs batteries étaient complètement à plat : même s’ils le voulaient, ils ne pouvaient pas rentrer en Corée du Nord.
La seule solution qui lui restait était de saborder le sous-marin et de se donner la mort.
Alors qu’il s’apprêtait à en donner l’ordre à l’officier exécutif Kim Jincheol, le directeur adjoint Jo Ilcheol prit la parole.
[Commandant Choi, ne faites pas de folie.]
« Que voulez-vous dire… ? »
Le commandant Choi Dongcheol laissa volontairement sa question en suspens, cherchant à deviner ce que le directeur adjoint Jo Ilcheol avait en tête.
[Vous envisagez de couler votre sous-marin, n’est-ce pas ?]
« Vous avez raison, directeur adjoint, mais nous n’avons pas d’autre choix pour l’instant. »
[Qui vous dit que vous n’avez pas d’autre choix ?]
En somme, le directeur adjoint Jo Ilcheol lui demandait de hisser le drapeau blanc.
Mais le commandant Choi Dongcheol ne pouvait pas accepter une telle demande.
S’il obtempérait, sa famille et celles de ses subordonnés, restées en Corée du Nord, seraient détruites.
Il le lui dit sans détour, insistant sur le fait qu’il ne pouvait pas accepter cette proposition.
[Il existe un moyen de vous sauver, vous et vos familles en Corée du Nord. Voulez-vous que je vous l’explique ?]
« Un tel moyen existe vraiment ? »
[Avant de vous exposer mon idée, j’ai une condition.]
« Je vous écoute. Dites-moi. »
[Vous ne pourrez plus jamais rentrer en Corée du Nord. Pouvez-vous l’accepter ?]
« Nous sommes déjà des morts en sursis. Tant que nos proches sont en sécurité, peu m’importe de ne jamais rentrer. »
[Mais vos subordonnés pourraient ne pas être du même avis.]
Le commandant Choi Dongcheol ne trouva rien à répondre : le directeur adjoint Jo Ilcheol avait mis le doigt sur le problème.
« C’est vrai. Alors, comment régler ça ? »
[Les batteries des sous-marins où vous vous trouvez sont complètement épuisées, vous ne pouvez donc plus bouger. C’est bien ça ?]
« Absolument, directeur adjoint. »
[Dites-le à vos subordonnés et ajoutez que vous avez envoyé un SOS à la Marine philippine.]
« Et ensuite ? »
[Nous allons nous approcher de vous. Vous et vos officiers devrez monter sur le pont.]
Cela signifiait qu’ils devaient rejoindre le navire de la Marine philippine où les attendait le directeur adjoint Jo Ilcheol.
« Je comprends, mais qu’en est-il des marins ? »
[Les marins doivent rester à bord pour garder les sous-marins. À bientôt.]
Clic.
Le commandant Choi Dongcheol résuma brièvement à l’officier exécutif Kim Jincheol sa conversation avec le directeur adjoint Jo Ilcheol.
« …Il dit que si nous faisons ce qu’il demande, nos familles et nous-mêmes survivrons. »
« Peut-on vraiment faire confiance au directeur adjoint Jo ? »
« Pourquoi nous mentirait-il ? Qu’est-ce qu’il y gagnerait ? »
« C’est vrai… Maintenant que j’y pense, vous avez raison. »
« Contactez les commandants des autres sous-marins. Dites-leur de rassembler leurs officiers et de monter sur le pont pour attendre. »
« Oui, mon commandant. Je m’en occupe. »
L’officier exécutif Kim Jincheol répondit brièvement.
Peu après, le commandant Choi Dongcheol et ses officiers déverrouillèrent l’écoutille et montèrent sur le pont.
Les commandants et les officiers des deux autres sous-marins se tenaient déjà sur leurs ponts, eux aussi.
Au bout d’un moment, les navires de la Marine philippine s’approchèrent lentement des sous-marins.
On abaissa une passerelle depuis le plus grand navire.
Le commandant Choi Dongcheol monta le premier.
Une fois à bord, il se mit au garde-à-vous devant le directeur adjoint Jo Ilcheol, qui l’attendait.
Les officiers qui l’avaient suivi se mirent également au garde-à-vous.
« Garde-à-vous ! Saluez le directeur adjoint ! »
Au commandement sonore de Choi Dongcheol, les officiers saluèrent d’un seul mouvement.
Le directeur adjoint Jo Ilcheol leur rendit leur salut avec retenue.
« Commandant Choi, heureux de vous voir. »
« Moi aussi, camarade directeur adjoint. »
« Accueillons maintenant les commandants et les officiers des autres sous-marins. »
Peu après, les commandants et les officiers des autres sous-marins gravirent la passerelle pour monter à bord.
Naturellement, ils saluèrent eux aussi le directeur adjoint Jo Ilcheol avec tout le respect qui lui était dû.
Il conduisit les commandants et les officiers dans le carré des officiers.
Il prit place en bout de table et s’adressa à ses subordonnés, qui se tenaient raides devant lui.
« Inutile de rester debout. Asseyez-vous. »
Le commandant Choi Dongcheol et les autres officiers s’assirent aussitôt.
Le directeur adjoint Jo Ilcheol but une gorgée d’eau pour s’éclaircir la gorge, puis reprit :
« L’homme assis à côté de moi est le général-major Jeong Sancheol. Il a servi au Bureau général de reconnaissance. »
« Compris. »
« Bien. Passons aux choses sérieuses. Vous vous demandez pourquoi je suis ici, n’est-ce pas ? »
« Je ne vous le cacherai pas : oui, nous nous le demandons. »
« Notre pays fournissait de la drogue à la Triade. C’est au cours de ces opérations qu’un incident s’est produit : le vice-président Chen Zhihui, le numéro deux de la Triade, a disparu. Je me suis rendu secrètement à Macao pour tirer l’affaire au clair. Cependant… »
Le directeur adjoint Jo Ilcheol marqua une pause délibérée pour donner du poids à ses paroles, puis poursuivit :
« La CIA américaine était au courant de ma visite à Macao. »
« Et que s’est-il passé ? »
« Des agents de la CIA m’ont enlevé et, après que le directeur Griffin m’a convaincu, j’ai fait défection aux États-Unis. »
En réalité, des employés de Korea Investment avaient enlevé le directeur adjoint Jo Ilcheol.
Et c’était Cha Jiham et le directeur Om Giyeon, du Service national du renseignement, qui l’avaient convaincu de faire défection en Corée du Sud.
Mais dire la vérité risquait de compliquer les choses ; il n’avait donc pas eu d’autre choix que de mentir.
« Nous pensions que vous étiez mort de maladie, directeur adjoint. »
« L’essentiel, c’est que vous sachiez maintenant que ce n’étaient que des rumeurs. »
Le directeur adjoint Jo Ilcheol répondit d’un ton indifférent et hocha légèrement la tête.
À ce moment-là, le général-major Jeong Sancheol, assis à côté de lui, prit la parole.
« Je vais vous expliquer pourquoi vous êtes venus aux Philippines. Écoutez attentivement. »
« Nous vous écoutons. »
« Le vice-président Chen a signé un contrat pour fournir des armes nord-coréennes au groupe rebelle philippin Abu Sayyaf et a livré avec succès une première cargaison, soit un conteneur. Carlos, le chef d’Abu Sayyaf, a été satisfait de la qualité des armes nord-coréennes et a décidé d’en acheter cinq conteneurs supplémentaires. »
Le général-major Jeong Sancheol résuma comment les forces américaines basées au Japon avaient intercepté le cargo Golden Mariner, qui transportait des armes nord-coréennes, et comment le porte-conteneurs Cristal d’Argent avait sombré.
« …Le naufrage du Cristal d’Argent a causé d’énormes pertes au vice-président Chen. Pour les compenser, il a proposé de fournir des missiles nord-coréens à Carlos. Par précaution supplémentaire, il lui a suggéré de les transporter à bord de sous-marins. »
« Ce fils de pute ! »
Ayant enfin tout compris, le commandant Choi Dongcheol jura avec rage.
« Je n’ai pas besoin de vous expliquer davantage pourquoi on vous a envoyés ici, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr que non. Tout est parfaitement clair. »
« Je vais maintenant laisser la parole au directeur adjoint. »
Après avoir rempli son rôle à la perfection, le général-major Jeong Sancheol se recula et laissa Jo Ilcheol reprendre la parole.
« Comme je l’ai expliqué au commandant Choi, la Corée du Sud et les États-Unis ont déployé deux sous-marins ultramodernes pour vous suivre. Mais un grave problème s’est alors posé. »
« Un grave problème ? »
« Le président Gonzalez a appris que vous vous dirigiez vers les Philippines. »
« Et ensuite ? »
En réalité, le président Gonzalez ne s’était douté de rien.
Pourtant, le directeur adjoint Jo Ilcheol mentit sans ciller, car il avait ses propres projets.
« Le président Gonzalez est entré dans une colère noire et a ordonné au ministre de la Défense Fernando de couler les sous-marins où vous vous trouviez. Il a aussi demandé à la Corée du Sud et aux États-Unis de les détruire. Quand je l’ai appris, je me suis envolé aussitôt pour les Philippines afin de convaincre le président Gonzalez de changer d’avis. »
Le commandant Choi Dongcheol éprouva une sincère gratitude envers le directeur adjoint Jo Ilcheol.
Sans lui, ils auraient servi de nourriture aux poissons avant même d’atteindre les Philippines.
De plus, l’échec de leur mission aurait anéanti la vie de leurs familles.
« Directeur adjoint, merci de nous avoir sauvé la vie. »
« Vous n’avez pas à me remercier. »
« Qu’avez-vous dû promettre au président Gonzalez pour le convaincre ? »
Tout ce plan était l’idée de Cha Jiham.
Naturellement, le directeur adjoint Jo Ilcheol le savait parfaitement.
Mais s’il disait la vérité, les choses risquaient de prendre une tournure indésirable.
C’était précisément le genre de situation où un mensonge pouvait sauver des vies.
« Je lui ai suggéré un moyen de rayer de la carte la principale base d’Abu Sayyaf. »
« Le directeur adjoint lui a aussi expliqué comment capturer Carlos et le vice-président Chen Zhihui. »
Le général-major Jeong Sancheol intervint pour aider Jo Ilcheol.
Le directeur adjoint Jo Ilcheol lui donna discrètement un petit coup de pied en signe de gratitude, puis poursuivit :
« Nous avons appris que le vice-président Chen et Carlos se rendaient à Iligan pour vous rencontrer. Pour les forcer à retourner à la base d’Abu Sayyaf, nous avons fait en sorte que vous repériez nos navires. »
« Alors, voilà ce qui s’est passé… »
Le commandant Choi Dongcheol s’interrompit, comme s’il venait seulement de comprendre ce qui s’était produit.
La force aérienne philippine fit décoller ses avions d’attaque afin qu’ils arrivent juste au moment où le vice-président Chen et Carlos approchaient de la base d’Abu Sayyaf. Les appareils larguèrent des bombes à guidage de précision et réduisirent leur repaire en ruines. En apprenant la nouvelle, les deux hommes s’enfuirent dans un abri qu’ils avaient préparé à l’avance.
Le directeur adjoint Jo Ilcheol but une gorgée d’eau, puis reprit :
« Ensuite, les agents des services de renseignement philippins ont diffusé du gaz soporifique dans la grotte et ont réussi à capturer les deux hommes ainsi que leurs subordonnés. »
« C’est donc comme ça que tout s’est passé. »
« Je vais maintenant vous expliquer comment vous et vos familles en Corée du Nord pourrez survivre. »
« Je vous en prie, dites-le-nous vite ! »
Ne parvenant pas à contenir son impatience, le commandant Choi Dongcheol pressa le directeur adjoint Jo Ilcheol de poursuivre.
« Quant à la vidéo que je vous ai envoyée… »