Chapitre 298
« Chef, le vice-président Chen et Carlos retournent à leur base. »
Le chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok me fit précipitamment son rapport, une main couvrant son téléphone. Comme je l’avais prévu, un imprévu venait de surgir.
« Dites à l’équipe de Bruno de les suivre discrètement et de veiller à ne pas se faire repérer. »
« Oui, compris. »
Après m’avoir répondu brièvement, le chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok transmit les consignes à l’équipe de Bruno, puis raccrocha. À cet instant, le secrétaire en chef Kang Inhan me demanda, intrigué :
« Chef, pourquoi ces salauds retournent-ils tout à coup à leur base ? »
« Il y a quelque chose que je dois vérifier. Un instant. »
Sans perdre une seconde, j’appelai le directeur Glenn Nevers. Il répondit presque dès la première sonnerie, comme s’il avait attendu mon appel.
[— Nam, je vous écoute.]
« Dites-moi… le vice-président Chen Zhihui et le capitaine Choi Dongcheol se sont-ils parlé au téléphone ? »
[— Comment l’avez-vous su ?]
Mon hypothèse venait d’être confirmée avec une certitude absolue.
« L’équipe de Bruno a signalé que le vice-président Chen et Carlos retournaient à leur base. »
[— Ah, je vois.]
« Je me demande de quoi ils ont parlé. »
[— Ils ont appris que les sous-marins nord-coréens étaient poursuivis par des patrouilleurs de la Marine philippine.]
« C’est bien ce que je pensais. Retournez immédiatement au quartier général. »
Le directeur Glenn Nevers, le vice-président Wei Chen et le directeur Santiago avaient prévu de barrer la route à l’aide de barricades, à une centaine de kilomètres d’Iligan, afin de capturer vivants Chen Zhihui et Carlos. Mais le vice-président Chen Zhihui et ses complices faisaient demi-tour. Il n’y avait plus aucune raison de rester sur place ; je demandai donc au directeur Glenn Nevers de quitter les lieux.
[— Nous étions justement en train de plier bagage pour rentrer.]
« Compris. La situation devient tendue, je vais donc raccrocher. »
Clic.
À peine avais-je raccroché que le secrétaire en chef Kang Inhan reprit la parole.
« Chef, que se passe-t-il ? »
Avant que je puisse répondre, le directeur du Service national du renseignement Om Giyeon, le ministre de la Défense Fernando et le directeur Griffin firent irruption dans la salle de crise. Le souffle court, le ministre Fernando s’adressa aussitôt à moi.
« Nam, qu’est-ce qui s’est passé, bon sang ? »
« Paniquer ne nous aidera pas. Asseyons-nous et discutons calmement de la situation. »
Le ministre Fernando se laissa tomber sur le canapé et poursuivit :
« Très bien, racontez-moi. »
« L’équipe de Bruno vient de contacter Jeong Gwangseok. »
Je racontai au ministre Fernando et aux autres tout ce que j’avais appris de Jeong Gwangseok et du directeur Glenn Nevers, sans rien omettre.
« …Le directeur Glenn Nevers et ses hommes sont déjà en route pour revenir ici. »
« Nam, je vous présente sincèrement mes excuses. »
Plus tôt, j’avais demandé au ministre Fernando de déployer des navires pour suivre les sous-marins nord-coréens et l’avais expressément mis en garde : il fallait agir avec la plus grande prudence afin de ne pas éveiller leurs soupçons. Mais il avait balayé mes avertissements, assurant qu’il n’y avait absolument aucun risque qu’ils soient repérés.
Au bout du compte, les sous-marins nord-coréens avaient découvert qu’on les suivait. C’était à cause de cette erreur qu’il me présentait maintenant ses excuses avec tant de sincérité.
Mais à quoi bon ressasser l’affaire ? On ne recolle pas une tasse brisée, et l’eau renversée s’était depuis longtemps infiltrée dans le sol desséché.
« J’accepte vos excuses, ministre Fernando. »
« Merci. Alors, que devons-nous faire maintenant ? »
« Il va falloir modifier le plan d’opération. »
« Comment ? »
« Faites décoller les avions d’attaque légers FA-50PH au plus vite et lancez une frappe aérienne sur la base d’Abu Sayyaf. »
Le ministre Fernando se figea un instant, sans bien comprendre le raisonnement de Cha Jiham.
Même si les FA-50PH réduisaient la base d’Abu Sayyaf en ruines, il y aurait des survivants. Ils signaleraient aussitôt l’attaque au vice-président Chen Zhihui ou à Carlos.
Chen Zhihui en informerait alors les autorités nord-coréennes. Comme la vente de missiles ne serait plus envisageable, elles ordonneraient au capitaine Choi Dongcheol de saborder les sous-marins.
Dans ce cas, les Philippines perdraient leur chance de mettre la main sur les trois sous-marins nord-coréens.
Il fit part directement de ses inquiétudes à Cha Jiham.
« Votre raisonnement est presque juste, ministre Fernando, mais il y a une erreur. »
« Laquelle ? »
« Les sous-marins nord-coréens naviguent actuellement en immersion. Sous l’eau, ils ne peuvent pas recevoir les signaux des dirigeants nord-coréens. »
« Ah ! C’est vrai ! Je n’y avais pas pensé du tout ! »
« Mais le temps n’attend personne. L’horloge tourne. »
Le ministre Fernando comprit aussitôt pourquoi Cha Jiham était si pressé.
Le vice-président Wei Chen éliminerait lui-même le vice-président Chen Zhihui et ses hommes de main. Carlos devait être capturé vivant pour qu’ils puissent démanteler le réseau de trafic de drogue aux Philippines.
Dans le même temps, ils comptaient se servir des avions FA-50PH pour rayer la base d’Abu Sayyaf de la carte.
Si les militants regagnaient leur repaire avant la frappe aérienne, ils seraient tout bonnement tués par les bombes.
Cha Jiham avait envisagé cette éventualité et exigeait que la frappe ait lieu avant leur retour.
À présent qu’il avait compris les intentions de Cha Jiham, comment le ministre aurait-il pu se permettre de traîner ?
« Attendez un instant. »
Le ministre Fernando appela aussitôt quelqu’un, donna un ordre bref, puis raccrocha.
« Nam, la base d’Abu Sayyaf sera attaquée dans trente minutes. »
« Parfait. Veillez à ce que la frappe sur leur repaire soit filmée. »
« Ne vous inquiétez pas. Nous avons déjà préparé plusieurs drones équipés de caméras infrarouges. »
« Excellent. »
À cet instant, le directeur Griffin saisit l’occasion pour poser une question qui le tracassait depuis un moment.
« Mais si Carlos et le vice-président Chen apprennent que leur base a été bombardée, ils ne vont pas se réfugier dans la jungle ? »
« C’est exactement ce que je ferais à leur place. »
« Mais s’ils disparaissent dans la jungle, les capturer vivants sera sacrément difficile, non ? »
« Nous avons Saho. Son ouïe, sa vue et ses capacités physiques dépassent celles de n’importe quel être humain. »
« Ah, c’est vrai. J’avais complètement oublié Saho. »
Le directeur Griffin jeta un regard à Saho, étendu nonchalamment sur le sol, puis eut un petit rire.
« Veuillez présenter mes excuses à Saho. Je l’ai sous-estimé. »
« Haha. Je ne manquerai pas de lui transmettre. »
« Bien, revenons à nos affaires. Comment allons-nous capturer les sous-marins nord-coréens sans danger ? »
« Avant tout, il faut les priver de tout moyen de communiquer avec le Nord. »
Autrement dit, nous devions les empêcher de refaire surface.
« Bien sûr. Et ensuite ? »
« Les navires de la Marine philippine doivent les suivre de près jusqu’à ce que les sous-marins soient complètement à court de carburant. »
Le ministre Fernando intervint, l’air inquiet.
« Nam, les capacités de notre marine en matière de lutte anti-sous-marine sont, pour le dire franchement, lamentables. »
« Les sous-marins les plus récents de nos pays et des États-Unis suivent déjà les sous-marins nord-coréens. »
« Ils referont régulièrement surface et vous transmettront les coordonnées exactes des cibles. »
Le directeur du Service national du renseignement Om Giyeon appuya mes explications.
« Dans ce cas, nous ne devrions pas avoir de problème. Au fait, quand exactement devons-nous lancer l’opération d’interception ? »
« Tout dépend de la quantité de carburant qu’il reste aux sous-marins nord-coréens. »
« Je vois… Vous avez sans doute raison. »
« De toute façon, nous ne pourrons pas commencer à les capturer avant demain matin. Je suggère donc de nous concentrer entièrement sur le bombardement de la base d’Abu Sayyaf pour l’instant. »
« Bien sûr. »
« Je me demande comment Carlos va réagir en découvrant que son repaire a été complètement détruit. »
« Ahahahaha ! »
Le ministre Fernando répondit à ma question d’un rire tonitruant.
***
Pendant ce temps, le vice-président Chen Zhihui et Carlos roulaient en direction de la base d’Abu Sayyaf.
L’atmosphère dans la voiture était plus sombre qu’un ciel d’orage. L’accord sur les missiles était tombé à l’eau.
Plongé dans ses pensées, Carlos se tourna vers Chen Zhihui.
« Comment diable les sous-marins nord-coréens ont-ils pu repérer les navires de la Marine philippine ? »
« On dirait qu’ils se sont empêtrés dans des filets de pêche. »
« Tu veux dire que les pêcheurs les ont repérés en les voyant retirer les filets déchirés de leurs hélices ? »
« Je ne vois pas d’autre explication. »
« Quelle poisse de merde. »
« Tu crois que la Marine philippine a pu attaquer les sous-marins et les couler ? »
Carlos secoua la tête.
« Les navires des forces gouvernementales ne sont pas équipés pour s’occuper de sous-marins de cette catégorie. »
« Bon, au moins, c’est déjà ça. »
« Et si les sous-marins nord-coréens tiraient leurs torpilles pour couler les navires philippins ? »
Un instant, Chen Zhihui eut terriblement envie de regarder dans la tête de Carlos pour vérifier s’il y avait ne serait-ce qu’une once de cervelle là-dedans.
Si les sous-marins nord-coréens envoyaient les navires philippins par le fond, le gouvernement allait-il laisser passer ça ?
Il dépêcherait aussitôt des dizaines de navires et d’avions dans la zone pour anéantir complètement l’ennemi.
Mais le plus grave, c’était que les sous-marins manquaient de carburant. Ils n’iraient pas bien loin.
Ils finiraient immobilisés en pleine mer, avant d’être capturés par les forces gouvernementales.
Et ils pouvaient alors dire adieu à toute nouvelle livraison de missiles nord-coréens.
Calme-toi. Contente-toi de garder ton sang-froid.
S’il lui disait tout cela franchement, Carlos piquerait évidemment une colère noire.
Estimant qu’une mauvaise paix valait mieux qu’une bonne dispute, Chen Zhihui choisit d’adoucir sa réponse.
« Je comprends votre raisonnement, monsieur Carlos, mais nous ne pouvons tout simplement pas contacter le [N O V E L I G H T] capitaine Choi Dongcheol pour le moment. »
« Alors appelez-le. »
« Les sous-marins naviguent en immersion pour échapper à leurs poursuivants. Les communications ne passent pas quand ils sont sous l’eau. »
« Hmm… Si nous ne pouvons pas les contacter, ça veut dire que la livraison des missiles est annulée ? »
« Ils naviguent sous l’eau. Les navires gouvernementaux n’ont aucune idée de la direction qu’a prise l’ennemi. Nous avons donc de bonnes chances de recevoir nos missiles d’ici demain soir. »
ROOOOAR !
Soudain, un rugissement assourdissant déchira la nuit noire tandis qu’une formation de chasseurs filait au-dessus d’eux à toute allure.
« L’armée de l’air philippine fait des exercices de nuit ? »
« Je n’ai jamais entendu dire que les avions gouvernementaux s’entraînaient la nuit. »
« Tu veux dire que ce ne sont pas des avions philippins ? »
« Exactement. »
« Alors à qui appartiennent ces chasseurs qui volent à une heure pareille ? »
« L’armée de l’air américaine est stationnée dans notre pays. »
BAAAAM !..
Au même instant, une explosion sourde et puissante retentit quelque part à proximité.
La série de détonations était si violente que le chauffeur, pris de panique, pila net.
« Qu-quoi… ?! » s’écria le vice-président Chen, terrorisé.
Carlos, lui, ordonna calmement au chauffeur : « Continuez. »
Mais l’homme semblait avoir le pied collé à la pédale de frein.
BOOOOOM !
Le sol trembla de nouveau sous l’effet d’une autre explosion gigantesque.
« Qu’est-ce que vous attendez ? Appuyez sur l’accélérateur ! » hurla Carlos.
Le chauffeur écrasa frénétiquement la pédale.
Chen Zhihui déglutit, puis demanda prudemment :
« Monsieur Carlos, ça ne vous inquiète pas, tout ça ? »
« Les Américains s’entraînent à bombarder. Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? »
Mais Chen Zhihui voyait les choses tout autrement.
« À ma connaissance, l’armée de l’air effectue ses exercices au-dessus de la mer pour éviter les pertes civiles. Mais ces explosions… On dirait qu’ils bombardent précisément la zone où se trouve la base d’Abu Sayyaf. »
« C’est impossible… »
Carlos s’interrompit, comme si la réalité venait enfin de lui apparaître.
Mais avant qu’il ait pu achever sa pensée, le téléphone qu’il tenait à la main se mit à sonner avec une insistance stridente.
Dès qu’il vit le nom affiché à l’écran, il répondit.
« Qu’est-ce qu’il y a encore ?! »
[— P-patron ! Nous avons un problème !]
« Parle clairement ! Je ne comprends pas un traître mot ! »
[— Des chasseurs inconnus… Ils bombardent directement notre base !!]
« QUOI ?! »
Le cri terrorisé et étranglé de Carlos résonna dans toute la voiture.