Chapitre 297
« Chef de cabinet Cha, que s’est-il passé ? » demanda le directeur Om Giyeon en s’installant sur un canapé libre, la curiosité inscrite sur le visage.
« Je vous expliquerai tout quand les autres invités au petit-déjeuner seront arrivés. »
« Dites-moi au moins une chose. La situation est-elle grave ? »
« Pas tant que ça. »
« Ouf… Dieu merci. »
Ding-dong.
Le directeur Om Giyeon venait à peine de pousser un soupir de soulagement que la sonnette retentit. Comme s’il savait déjà qui se trouvait derrière la porte, le chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok alla aussitôt ouvrir.
Les invités au petit-déjeuner commencèrent à arriver les uns après les autres, parmi lesquels le directeur Santiago du Bureau national d’enquête et le ministre de la Défense Fernando. Le vaste salon se remplit à toute vitesse, comme une boîte à sardines. Pourtant, conscients de la gravité de la situation, personne ne dit un mot.
Au milieu de ce silence, le directeur de la CIA Eddie Griffin prit la parole et s’adressa à moi.
« Chef de cabinet Cha, quelle est la situation ? »
Au lieu de répondre au directeur Griffin, je tournai les yeux vers le directeur Santiago. Il comprit ce que je voulais dire et prit aussitôt la parole.
« À cinq heures ce matin, le vice-président Chen Zhihui s’est entretenu par téléphone avec le capitaine Choi Dongcheol, qui dirige les sous-marins nord-coréens. »
« Vraiment ? De quoi ont-ils parlé ? »
« Ils ont réussi à retirer les filets emmêlés dans les hélices des sous-marins. »
Le directeur Santiago raconta en détail au directeur Griffin et aux autres la conversation entre le vice-président Chen Zhihui et le capitaine Choi Dongcheol.
« … Le vice-président Chen et Carlos comptent réceptionner eux-mêmes les missiles des sous-marins nord-coréens. »
Le directeur Griffin hocha la tête, puis se tourna de nouveau vers moi.
« Chef de cabinet Cha, qu’est-ce qui pose problème dans ce que vient de nous dire le directeur Santiago ? »
« Le problème, c’est que tous les deux ont l’intention de rencontrer le capitaine Choi Dongcheol en personne. »
« Ah ! Je vois. »
« C’est pourquoi je pense qu’il faut avancer l’heure de la frappe aérienne contre la base d’Abu Sayyaf. »
« Qu’entendez-vous par là ? »
Le ministre de la Défense Fernando fut le premier à réagir.
« L’armée de l’air philippine doit frapper la base d’Abu Sayyaf à minuit. Quant aux sous-marins nord-coréens, ils devraient arriver au large d’Iligan entre une et deux heures du matin. »
Le ministre de la Défense sembla comprendre où je voulais en venir.
Les avions d’attaque légers FA-50PH bombarderaient le bastion d’Abu Sayyaf à minuit.
Mais même si la base était réduite en ruines, certains militants survivraient inévitablement.
Et les survivants ne manqueraient pas d’informer le vice-président Chen Zhihui ou Carlos de l’attaque.
C’était pour cette raison que Cha Jiham avait proposé de modifier l’heure de lancement de l’opération.
Voulant vérifier son intuition, le ministre posa directement la question.
« Vous n’avez compris qu’à moitié, monsieur le ministre. »
« Et quelle moitié m’a échappé ? »
« Le vice-président Chen transmettra aussitôt la nouvelle au capitaine Choi Dongcheol. Et le capitaine Choi en informera ses supérieurs sans tarder. »
« Bien sûr. »
« Dans ce cas, Pyongyang conclura que Chen Zhihui ou Carlos n’est plus en mesure de réceptionner les missiles. Les sous-marins recevront l’ordre de rentrer en Corée du Nord, mais ils sont presque à court de carburant. »
« Les dirigeants ne pourraient-ils pas simplement ordonner au capitaine Choi de hisser un drapeau blanc au mât ? »
Je secouai la tête.
« La Corée du Nord est soumise aux sanctions de l’ONU et n’a pas le droit d’exporter des armes. Pour dissimuler la vente des missiles, Pyongyang pourrait très bien ordonner au capitaine Choi de faire exploser les sous-marins. Si cela arrive, la Marine philippine ne pourra pas les capturer. »
Le directeur Santiago intervint, l’air préoccupé.
« Chef de cabinet Cha, alors quelle serait la meilleure façon de régler ce problème ? »
« Nos objectifs sont de détruire Abu Sayyaf, de capturer les sous-marins nord-coréens et d’éliminer le vice-président Chen Zhihui. Pour réussir ces trois missions, il faut revoir le plan. »
« Quels changements proposez-vous ? »
« D’abord, il nous faut le numéro de téléphone personnel du capitaine Choi Dongcheol. »
« Vous avez sûrement une raison de le demander ? »
« Le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance de Corée du Nord, doit l’empêcher de prendre une décision fatale. »
« Mais pour que le directeur adjoint Jo puisse le contacter, les sous-marins nord-coréens ne devront-ils pas être en surface ? »
« La nuit, les sous-marins nord-coréens naviguent exclusivement en surface. »
« Ah, je comprends. »
Je laissai le directeur Santiago en rester là, puis me tournai vers le ministre de la Défense Fernando.
« Pour convaincre le capitaine Choi, le directeur adjoint Jo Ilcheol devra être à bord d’un navire de patrouille de la Marine. »
« Bien sûr. Je m’en occuperai personnellement. »
« Je compte sur vous, monsieur le ministre. Enfin, il faut que l’horaire de la frappe aérienne contre la base d’Abu Sayyaf reste flexible. »
Le ministre de la Défense Fernando promena un regard perplexe autour de lui.
Les sous-marins nord-coréens étaient censés arriver près d’Iligan entre une et deux heures du matin.
Les avions d’attaque légers FA-50PH n’avaient qu’à bombarder la base d’Abu Sayyaf à cette heure précise.
Alors pourquoi Cha Jiham disait-il qu’il fallait garder l’horaire du bombardement flexible ?
Il me demanda prudemment ce qui m’avait amené à cette conclusion.
« Il est possible que les sous-mariniers nord-coréens se rendent compte que des navires de la Marine les suivent. »
« Mais les navires ne pourraient-ils pas les suivre de loin ? »
« Les sous-marins sont équipés de sonars. Mieux vaut rester prudent. »
« Si vous le dites, chef de cabinet Cha, je n’y vois pas d’objection. »
« Dans le pire des cas, il faudra peut-être avancer le bombardement. Mettez les pilotes en état d’alerte. »
« Je m’en occupe. »
« C’est tout pour moi. »
Comme s’il n’avait attendu que ce moment, le vice-président de la Triade Wei Chen prit la parole.
« Directeur Santiago, quand Carlos et le vice-président Chen Zhihui partiront-ils pour Iligan ? »
« Vu le mauvais état des routes, ils devront partir à dix-neuf heures. »
« Et quel serait le meilleur moyen de les arrêter ? »
« Il n’y a qu’une seule route d’ici à Iligan. Pour éviter les surprises, plutôt que de les suivre, pourquoi ne pas partir avant eux et leur tendre une embuscade ? »
« Ça me paraît raisonnable. Où serait le meilleur endroit ? »
« À une centaine de kilomètres d’Iligan, il y a un tronçon de route étroit et sinueux qui longe une falaise. Et si on les attendait là-bas pour les neutraliser ? »
« Marché conclu. »
Le vice-président Wei Chen prenait ses décisions rapidement et sans hésitation.
Alors que les questions et les discussions allaient bon train, le directeur Om Giyeon prit la parole, comme s’il venait de se rappeler quelque chose d’important.
« Directeur Santiago, Carlos sait-il que nous sommes ici ? »
« D’après les écoutes téléphoniques, non. Il n’en a aucune idée. »
« Excellent. Eh bien, messieurs, si nous allions prendre le petit-déjeuner ? »
***
Après le petit-déjeuner, le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance de Corée du Nord, et le général-major Jeong Sancheol quittèrent la base aérienne et embarquèrent à bord d’un navire de la Marine philippine.
Le vice-président Wei Chen, FBI Director Glenn Nevers et le directeur Santiago quittèrent la base pour mener l’opération visant à capturer le vice-président Chen Zhihui, ses hommes et Carlos.
Le ministre de la Défense Fernando, le directeur Om Giyeon et le directeur de la CIA Eddie Griffin allèrent observer les vols d’entraînement des FA-50PH.
Le secrétaire en chef Kang Inhan et moi nous rendîmes dans la salle de situation de la base aérienne et poursuivîmes notre conversation.
« Chef de cabinet Cha, ne serait-il pas temps de pardonner à Saho ? »
À cet instant précis, Saho accourut vers moi en remuant la queue d’un air servile.
Je secouai la tête en souriant et pris le chat dans mes bras.
« Je te laisserai chasser les animaux sauvages, mais tu n’as pas le droit de manger tout ce qui te passe sous la patte. »
Saho hocha la tête comme s’il avait compris.
« Si je te reprends à manger n’importe quelle saloperie, ne compte pas sur ma clémence. Compris ? »
« … »
« Il se peut qu’on ait du travail ce soir, alors repose-toi bien. »
Le secrétaire en chef Kang Inhan lança un regard perplexe à Cha Jiham.
Saho avait été amené ici pour reconnaître la base d’Abu Sayyaf.
Pourtant, ils avaient décidé de réduire le bastion en cendres à l’aide de bombes aériennes KGGB.
Il était donc presque certain que le chat n’aurait pas à mener de reconnaissance.
Malgré cela, Cha Jiham avait clairement laissé entendre que Saho pourrait encore avoir du travail.
Kang Inhan demanda avec prudence quelle mission il avait en tête.
« Si tout se passe comme prévu, nous n’aurons pas besoin de faire appel à Saho. Mais ce genre d’opération peut toujours connaître des imprévus. »
« Quel genre d’imprévus ? »
À vrai dire, quelques possibilités me venaient à l’esprit.
Mais cela ne servait à rien de révéler les surprises avant qu’elles ne se produisent. Mieux valait garder mes cartes cachées pour le moment.
« Rien n’est encore certain. Je vous le dirai si ça arrive. Chef d’équipe Jeong, vérifiez si Chen et Carlos sont partis pour Iligan. »
« Compris. »
Le chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok appela le chef d’équipe senior Ales Bruno, échangea quelques mots avec lui, puis raccrocha.
« Chef de cabinet Cha, ils viennent de partir. »
« Comme prévu, pile à l’heure. Ils sont combien ? »
« Chen Zhihui et Carlos sont dans une berline de luxe. Deux camionnettes transportent huit hommes de main de Chen et sept gardes du corps de Carlos. Un camion les suit également. »
« Qu’y a-t-il dans le camion ? »
« Il est chargé de dizaines de cartons. »
« Des cartons… Qu’est-ce qu’ils peuvent bien contenir ? »
***
Le vice-président Chen Zhihui et Carlos roulaient en direction d’Iligan en discutant tranquillement.
« Il ne va rien nous arriver sur la route d’Iligan, pas vrai ? »
Carlos comprenait parfaitement ce qui inquiétait Chen Zhihui.
Ils devaient remettre au capitaine Choi Dongcheol deux cent cinquante millions de dollars, soit exactement la moitié du prix des missiles.
Et ces deux cent cinquante millions de dollars se trouvaient dans les cartons du camion.
Chen craignait que des bandits n’attaquent le convoi.
« Toute la région est sous notre contrôle absolu. Est-ce que j’ai vraiment besoin d’en dire plus ? »
« Bien sûr que non. »
« Où sont les sous-marins nord-coréens, maintenant ? »
Chen Zhihui consulta l’heure sur son téléphone et répondit.
« Il est neuf heures du soir. Ils doivent passer au large de Dipolog. »
« Alors ils arriveront à Iligan vers deux heures du matin ? »
« Ils naviguent en surface la nuit, alors ils devraient arriver vers une heure et demie. »
« Hmm… »
Carlos hésita, songeur.
Mais pas longtemps.
« Vice-président Chen, pourriez-vous appeler le capitaine Choi Dongcheol pour lui demander d’arriver un peu plus tôt ? »
« Pourquoi se presser ? »
« On m’a dit qu’il faudrait environ quatre heures pour transférer les missiles des sous-marins au cargo. »
Ce n’est qu’alors que Chen Zhihui comprit ce qui préoccupait Carlos.
Si le cargo et les sous-marins se retrouvaient à une heure et demie du matin, le déchargement des missiles ne commencerait pas avant deux heures, au plus tôt, le temps de tout préparer.
Cela signifiait qu’ils n’auraient pas fini de décharger tous les missiles et les lanceurs avant six heures du matin.
Or, aux Philippines, le soleil se levait à cinq heures et demie.
Dans ces conditions, il était impossible d’exclure que des bateaux de pêche ou des navires marchands de passage assistent au transfert des missiles.
Voilà pourquoi Carlos voulait rencontrer les sous-marins nord-coréens plus tôt.
« Je comprends. »
Bzzzt ! Bzzzt !
À cet instant précis, le téléphone que tenait Chen Zhihui se mit à vibrer.
Il jeta un coup d’œil à l’écran et vit que l’appel venait du capitaine Choi Dongcheol en personne.
Ravi de cette coïncidence, Chen décrocha aussitôt.
« J’allais justement vous appeler, capitaine Choi. Vous tombez à pic ! »
[Vice-président Chen, je n’ai pas beaucoup de temps. Je vais faire court et aller droit au but.]
« Allez-y, vite. »
[On nous poursuit ! Un navire de patrouille de la Marine philippine est à nos trousses !]
« Quoiii ?! »
Chen Zhihui cria si fort qu’on aurait dit que la voiture avait bondi.
[Nous plongeons pour semer le navire. Je vous rappellerai demain soir.]
Clic !
Le capitaine Choi Dongcheol raccrocha sans lui laisser le choix.
À cet instant, Carlos demanda à Chen d’une voix chargée de désespoir :
« Qu’est-ce qui se passe, bon sang ?! »
« Haaah… Un navire de patrouille de la Marine philippine a repéré les sous-marins nord-coréens. »
« Mon Dieu ! »
Le gémissement accablé et désespéré de Carlos résonna dans l’habitacle.