Chapitre 284
Je racontai à directeur Griffin ma conversation avec le vice-président Tang Guochang sans rien omettre.
« …Le président Xi n’a même pas voulu regarder les diamants que le membre du Politburo Liu lui avait présentés. »
[Ah, je vois comment ça s’est passé.]
« Ses espoirs d’obtenir un siège au comité permanent se sont envolés. De rage, il a dû saccager tout son bureau. »
[À sa place, j’aurais fait exactement la même chose. Mais dis-moi, ne va-t-il pas maintenant s’en prendre au président Zhen ?]
Directeur Griffin réagit exactement comme le président Zhen Weiliang, comme si tout le monde suivait spontanément le même raisonnement.
« Nous avons prévu un plan complet pour parer à cette éventualité. »
[Alors, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. À bientôt aux Philippines.]
La question « Est-ce que je suis vraiment obligé d’y aller ? » me monta jusqu’à la gorge et resta sur le bout de ma langue, mais les circonstances ne se prêtaient pas vraiment à ce que je la pose à voix haute.
« J’ai hâte de vous revoir. J’ai beaucoup à faire, alors je vais devoir vous laisser. »
Clic.
À peine avais-je raccroché que le vice-président Wei Chen, comme s’il avait attendu précisément ce moment, reprit la parole.
« Directeur Cha, à votre avis, qu’est-ce que ce salaud de Liu va faire, maintenant ? »
Bzzzz—
Alors que j’allais répondre à la question du vice-président Wei Chen, mon téléphone se mit à vibrer.
Je le sortis de ma poche et jetai un œil à l’écran. Le président Zhen Weiliang m’appelait.
La raison de son appel était évidente ; je m’excusai auprès du vice-président Wei Chen et décrochai.
« Président Zhen, je vous écoute. »
[Directeur Cha, êtes-vous déjà arrivé à l’aéroport ?]
« Pas encore, la circulation est dense, mais… »
Je laissai délibérément ma phrase en suspens, pour tâter le terrain et deviner ce que pensait le président Zhen Weiliang.
[Ce salaud de Liu vient de m’appeler et m’a passé un savon monumental en hurlant comme un fou. Vous savez ce qui s’est passé ?]
« Exactement ce que nous avions prévu hier. »
[Je le savais. Alors, comment devons-nous répondre à ses attaques ?]
La voix du président Zhen Weiliang trahissait une profonde inquiétude.
« Comme je vous l’ai dit hier, le mieux est de contre-attaquer en lui montrant le contrat de vente des diamants. Mais s’il continue de vous harceler, contentez-vous de les lui racheter. »
[Mais les diamants n’avaient-ils pas été offerts au président Xi Jinping ?]
« Le président Xi a dit qu’il ne voulait même pas les voir et les a rejetés avec dégoût. »
[Ah, c’est donc pour ça que ce salaud était quasiment en train d’écumer de rage quand il est venu me tomber dessus ?]
« Vous avez tout à fait raison, président Zhen. »
[En supposant qu’on les lui rachète, combien devrions-nous lui proposer ?]
« Paul Bachmann connaît bien la croissance fulgurante du marché des diamants de synthèse. En tenant compte de ce facteur, il a estimé le lot à sept milliards de dollars. C’est le prix à proposer pour les pierres. »
[Mais ce salaud acceptera-t-il de vendre les diamants pour sept milliards de dollars ?]
*Bon sang… Est-ce que je vais encore devoir tout lui expliquer dans les moindres détails ?*
« Le membre du Politburo Liu est dans une situation extrêmement dangereuse : il se trouve juste au bord du précipice que vous tenez suspendu au-dessus de lui, président Zhen. »
[Haha. Je vois où vous voulez en venir.]
Après avoir abordé quelques autres sujets avec le président Zhen Weiliang, je raccrochai.
Le vice-président Wei Chen, qui avait écouté attentivement, me demanda, intrigué :
« Si le président Zhen rachète les diamants pour sept milliards de dollars, il ne fera aucun bénéfice, n’est-ce pas ? »
Je secouai la tête pour contredire le vice-président Wei Chen.
« Le président Zhen a vendu les diamants au membre du Politburo Liu pour quinze milliards de dollars. Sur cette somme, six milliards et demi nous sont revenus, au vice-président Tang et à moi. Il reste donc huit milliards et demi au président Zhen. Même s’il rachète les diamants pour sept milliards, il empochera tout de même environ un milliard et demi. »
Je marquai une pause pour reprendre mon souffle, puis poursuivis.
« Même si le marché du diamant artificiel est en pleine expansion, celui des diamants naturels ne va pas disparaître. Si les diamants bruts sont taillés puis vendus séparément, ils devraient rapporter au moins un ou deux milliards de dollars supplémentaires. »
« C’est largement assez comme bénéfice. »
« Vice-président Wei, accepteriez-vous de servir d’intermédiaire dans cette transaction ? »
À cet instant, directeur Pan Kai, qui semblait brûler d’envie de prendre la parole, se joignit à la conversation.
« Directeur Cha, que ferons-nous si le membre du Politburo Liu rembourse les trois milliards de dollars qu’il a empruntés au vice-président Wei Chen ? »
« Ce serait une mauvaise chose de récupérer votre propre argent ? »
« À vrai dire, nous avons jeté notre dévolu sur le MGM Macau, l’hôtel appartenant au directeur Liu Haoran. »
« Il y a une raison particulière ? »
« Il abrite le plus grand casino de Macao. »
« Ah, je vois ce que vous avez en tête. À la place du membre du Politburo Liu, je ne rembourserais pas les trois milliards de dollars. »
« Je suis curieux. Pourquoi pensez-vous cela ? »
« Il s’accroche désespérément à l’espoir d’obtenir un siège au comité permanent. Il va donc racler jusqu’au dernier sou pour tenter de soudoyer à nouveau le président Xi Jinping. Mais quoi qu’il fasse, il n’obtiendra jamais ce siège. »
« Vous voulez dire que le pot-de-vin qu’il pourra offrir au président Xi sera trop faible ? »
« Ça en fait partie, mais surtout, il a déjà perdu les faveurs du président Xi. »
« Ah, je comprends. »
Après directeur Pan Kai, le vice-président Wei Chen s’adressa à moi.
« Directeur Cha, ce salaud sait sûrement lui-même qu’il a perdu les faveurs du président Xi, non ? »
« Bien sûr. »
« Et s’il tente de préparer un pot-de-vin encore plus important pour transformer la colère du président Xi en faveur ? »
« C’est probablement exactement ce qu’il va essayer de faire. Mais il ne pourra pas trouver de fonds supplémentaires. »
« Pourquoi ? »
« À sa connaissance, l’ancien PDG Go Yeongjun possède une fortune colossale. Il compte sans doute mettre la main sur son argent pour soudoyer le président Xi. Malheureusement pour lui, l’ancien PDG Go repose déjà au fond du Pacifique. »
« Oh… »
Le vice-président Wei Chen hocha la tête, l’air de comprendre, puis se tut.
Pendant notre conversation, la voiture finit par s’arrêter à l’aéroport international de Hong Kong.
Après avoir pris congé du vice-président Wei Chen, de directeur Pan Kai et de directeur Lee Menghong, nous nous dirigeâmes vers la zone des départs.
Mon voyage d’affaires mouvementé de trois jours à Hong Kong touchait à sa fin.
***
Bip, bip, bip.
À peine avais-je déverrouillé la porte d’entrée et franchi le seuil que Saho se jeta sur moi comme l’éclair et enfouit sa tête contre ma poitrine.
Je lui caressai la tête et lui demandai comment il avait passé ces derniers jours.
Saho secoua la tête.
Apparemment, pendant les trois jours où nous ne nous étions pas vus, Cha Hyeonji avait fait de lui un véritable paria.
Alors que j’allais réconforter le chat, ma sœur, alertée par le bruit, descendit du deuxième étage.
Dès que Saho l’aperçut, il lui lança un regard mauvais.
Évidemment, ma sœur n’allait pas tolérer une telle attitude.
Sans dire un mot, elle lui donna une pichenette sur le front et lança d’un ton menaçant :
« Qu’est-ce que tu regardes, petit morveux ? »
D’ordinaire, Saho aurait montré les crocs en grondant.
Mais, pour une raison mystérieuse, cette fois le chat se contenta de garder la bouche fermée et prit l’air le plus pitoyable qui soit.
Pour comprendre ce qui se passait, j’interpellai Cha Hyeonji.
« Raconte-moi ce que Saho a fait. »
« Ce petit fauteur de troubles est parti chasser les taupes et a complètement ravagé le potager que maman avait eu tant de mal à faire pousser ! »
Je hochai la tête, comprenant la situation, puis me tournai vers le chat.
« Désolé, Saho, mais cette fois, je ne peux pas prendre ton parti. »
« … »
« Saho, tu sais comment évacuer au mieux ton stress ? »
« … Miaou ? »
« Ça veut dire que tu arrêtes de te défouler à la maison. Va sur la colline derrière et chasse les écureuils. »
À peine avais-je fini ma phrase que Saho sauta de mes bras et fila dans la cour comme une balle.
« Oppa, Saho est vraiment un chat, hein ? »
« Pourquoi tu demandes ça alors que tu le sais déjà ? Au fait, maman est où ? »
« Des femmes avec qui elle travaillait au restaurant sont venues la voir, alors elle est sortie les retrouver. »
« Je vois. Je monte dans ma chambre. »
« Attends ! »
Je venais à peine de faire un pas que Cha Hyeonji m’interpella.
« Quoi ? Tu as encore quelque chose à me demander ? »
« Tu es allé jusqu’à Hong Kong. Ne me dis pas que tu es revenu les mains vides ? »
À mon retour d’un voyage d’affaires en Suisse, directeur Jean-Philippe, du FIS, m’avait offert une valise.
Quand je l’avais ouverte à la maison, je l’avais trouvée remplie de vêtements et d’accessoires de luxe.
Cha Hyeonji avait apparemment supposé que j’avais encore rapporté une montagne de cadeaux de luxe cette fois-ci.
« Quelle idiote. Rien n’est gratuit en ce monde. Tu as oublié ce qui arrive quand on se montre trop avide de cadeaux ? »
Je répondis d’un ton indifférent, pris ma valise et montai au troisième étage.
Bzzzz—
À peine avais-je ouvert la porte de ma chambre et mis un pied à l’intérieur que mon téléphone se remit à vibrer dans ma poche.
Je le sortis et regardai l’écran. Le directeur Om Giyeon, du Service national du renseignement, m’appelait.
Je m’assis au bord du lit et décrochai.
« Directeur Om, je vous écoute. »
[Directeur Cha, vous êtes déjà rentré en Corée ?]
« Bien sûr. Je viens juste d’arriver chez moi. »
[Vous avez voyagé en première classe, alors vous ne devez pas être trop fatigué, si ?]
Les paroles du directeur Om Giyeon étaient clairement une invitation à le rejoindre sans attendre.
*De toute façon, je vais me faire passer un savon. Autant en finir le plus tôt possible.*
« Où dois-je aller ? »
[Rendez-vous dans la planque où loge le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance.]
« Compris. Je pars tout de suite. »
***
« Directeur Cha, entrez donc. »
À peine sorti de l’ascenseur, je fus accueilli par le directeur Om Giyeon, qui m’attendait.
« Pourquoi ne m’avez-vous pas attendu à l’intérieur ? »
« Comment aurais-je pu accueillir un invité aussi important autrement ? »
« Haha. Vraiment ? »
Je ris d’un air gêné, saluai le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance, le commandant Kwak Taesu et les autres, puis entrai dans la planque.
L’endroit, qui m’avait paru assez sinistre autrefois, avait désormais une atmosphère chaleureuse et accueillante grâce aux meubles qu’on y avait installés.
À peine assis, le directeur Om Giyeon entra dans le vif du sujet.
« Directeur Cha, pourriez-vous nous raconter ce qui s’est passé pendant votre voyage à Hong Kong ? »
« J’ai décidé de vendre au président Zhen Weiliang les diamants qui appartenaient à Gabriel. »
Sans rien cacher, je racontai au directeur Om Giyeon et aux autres ce qui s’était passé pendant le voyage.
En revanche, je ne dis rien des détails que je jugeais trop sensibles.
« …Le président Zhen a vendu les diamants au membre du Politburo Liu Peiqi. »
« Pourquoi les a-t-il achetés ? »
« Il comptait les offrir au président Xi Jinping. Vous savez déjà pourquoi, alors je ne vais pas entrer dans les détails. »
« Très bien. Alors, le président Xi a-t-il accepté le cadeau ? »
« Le vice-président Tang Guochang l’a devancé et a fait parvenir à la secrétaire personnelle du président Xi des informations sur les diamants de synthèse. Après avoir reçu le rapport de sa secrétaire, le président Xi a rabroué le membre du Politburo Liu, venu tenter de s’attirer ses faveurs. »
« Hahaha ! »
Le directeur Om Giyeon éclata de rire, visiblement ravi par la nouvelle.
Les autres personnes présentes ne purent retenir leur grand sourire et se joignirent à lui.
Quand les rires se furent calmés, je poursuivis.
« Ensuite, le membre du Politburo Liu s’est mis à supplier le président Zhen de lui reprendre les diamants. »
« Et qu’en pense le président Zhen ? »
« Il pense que Liu n’a pas la moindre chance. »
« Mais le président Zhen peut-il résister à la pression qu’il lui fait subir ? »
« Nous avons déjà prévu un plan complet pour ça. »
Les dernières inquiétudes du directeur Om Giyeon s’évanouirent complètement.
Et pour cause : la voix de Cha Jiham débordait d’assurance.
« Bien, terminons la discussion sur les diamants et passons à autre chose. »
« Je vous écoute. »
« Que devons-nous faire des cryptomonnaies que nous avons saisies ? »
Avec mon aide, le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance, avait pris au membre du Politburo Liu Peiqi pour deux milliards cinq cents millions de dollars en cryptomonnaies.
C’était de cet argent que le directeur Om Giyeon parlait.
« À ma connaissance, le directeur adjoint Jo devait en faire ce qu’il voulait. »
Le directeur Om Giyeon tourna son regard vers le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance.
Comme s’il avait deviné ce qu’il pensait, Jo Ilcheol prit aussitôt la parole.
« Sans l’aide du directeur Cha, nous n’aurions jamais pu saisir ces cryptomonnaies. Je propose donc de lui en donner la moitié. »
*Je préférerais lécher un grain de riz collé au bol d’un mendiant plutôt que d’accepter cet argent.*
« Je possède déjà une fortune astronomique. Je ne sais même pas quoi faire de l’argent que j’ai déjà, alors à quoi me servirait la moitié de vos cryptomonnaies ? Utilisez plutôt cet argent pour aider nos frères affamés de Corée du Nord. »
À cet instant, l’inattendu se produisit.
Les Nord-Coréens, menés par le directeur adjoint Jo Ilcheol, du Bureau général de reconnaissance, se levèrent tous d’un seul mouvement.
Ils s’inclinèrent profondément devant moi, pleins de respect, et me témoignèrent leur gratitude.
« Je vous remercie sincèrement pour votre générosité, directeur Cha. »