Chapitre 257
« Directeur, vous ne pensez pas que le directeur Griffin compte venir en personne ? »
Le secrétaire en chef Kang Inhan posa la question, l’air curieux, comme s’il voulait confirmer que tout le monde avait pensé la même chose.
« Je me posais la même question, directeur Kang. »
« Pourquoi ai-je l’impression que la situation se complique de plus en plus ? »
« Vous vous faites sans doute des idées. Au fait, pourquoi vous n’êtes pas encore lavés, tous les quatre ? »
« Eh bien… c’est que nous devons décharger les lingots d’or du véhicule de transport spécial. »
« Pourquoi ne pas utiliser des machines pour décharger les lingots ? »
« Hahaha. Je vois ce que vous voulez dire. »
Le secrétaire en chef Kang Inhan sortit son téléphone avec un sourire satisfait.
Une demi-heure plus tard environ, le directeur Jean-Philippe, le chef de branche Harrison et l’agent Hong Jongsu arrivèrent.
Je les remerciai pour leurs efforts et leur racontai ma conversation avec le directeur Griffin.
« …D’après les estimations de la CIA, le fonds secret de Kim Jonghun s’élève à environ cinquante milliards de dollars. »
« En somme, nous lui avons dérobé près de vingt pour cent de cette somme ? »
« Tout à fait, directeur Jean-Philippe. Si le moindre cheveu à nous avait été retrouvé chez Kim Juchol, cela aurait pu provoquer un énorme scandale. »
« Vous n’avez pas à vous en inquiéter. »
Jean-Philippe, le responsable du Service fédéral de renseignement suisse, affichait une telle assurance qu’il n’y avait vraiment aucune raison de s’inquiéter.
« Je vois. Qu’avez-vous fait de Kim Juchol et de sa gouvernante ? »
« Par précaution, nous leur avons laissé plusieurs égratignures sur tout le corps. »
Kim Juchol et la gouvernante avaient perdu connaissance après que Saho les eut frappés à la tempe avec sa patte.
Le directeur Jean-Philippe avait apparemment décidé de leur laisser des égratignures pour dissimuler les marques des griffes de Saho.
« Je vois. Quand se réveilleront-ils ? »
« Nous avons mélangé des somnifères à leur eau. Ils dormiront encore au moins cinq ou six heures. »
« Je vois. Au fait, la maison de Kim Juchol est bien sous surveillance ? »
« Bien sûr. J’ai ordonné qu’on me signale immédiatement tout événement inhabituel. »
« Qu’avez-vous fait des caméras de surveillance sur la clôture ? »
« Par précaution, nous les avons entièrement démontées. »
« Toujours aussi minutieux. Chef de branche Harrison, préparez-vous à recevoir un invité. »
« Un invité ? »
Le chef de branche Harrison répéta, surpris.
« Pendant notre conversation, le directeur Griffin a laissé entendre qu’il comptait venir ici. »
« Oh, merde. Donnez-moi une seconde. »
Harrison se hâta d’appeler quelqu’un.
Naturellement, nous savions parfaitement qui c’était.
Après avoir échangé quelques mots avec le directeur Griffin, il raccrocha.
« Directeur Cha, le directeur Griffin a dit qu’il arriverait ici avant une heure. Il nous demande de reporter l’interrogatoire des soldats de l’unité 974 jusqu’à son arrivée. »
Au lieu de répondre, je tournai les yeux vers le directeur Jean-Philippe.
Comme s’il avait deviné ce que je pensais, il répondit aussitôt :
« Qu’y pouvons-nous ? Il va falloir le reporter. »
« Merci d’accéder à la demande du directeur Griffin. »
« Je vous en prie », grommela Jean-Philippe d’un ton maussade.
Pour détendre l’atmosphère, je lui posai une question.
« Directeur Jean-Philippe, comment comptez-vous décharger les lingots du véhicule de transport spécial ? »
« Nous allons utiliser un chariot élévateur. »
« Dans ce cas, vous n’aurez pas besoin de beaucoup de monde pour le déchargement ? »
« Je compte n’employer que des agents du FIS. »
Je compris aussitôt ce que le directeur Jean-Philippe avait en tête.
Il voulait faire appel à ses seuls hommes afin que les Suisses puissent réclamer une part plus importante au moment du partage des lingots.
Je ne fus apparemment pas le seul à comprendre son idée, car le chef de branche Harrison s’empressa d’intervenir.
« Directeur Cha, les agents de la CIA aideront aussi à décharger l’or. »
« Nos agents du NIS participeront également au déchargement », ajouta précipitamment l’agent Hong Jongsu, bien décidé à ne pas se laisser distancer.
« Oh, par pitié… »
Je posai une main sur mon front et poussai un profond soupir.
***
Dring, dring, dring.
Le téléphone posé près de la tête du lit jouait une mélodie agréable.
Je tâtonnai pour l’attraper, puis regardai l’écran. Il était déjà midi.
Je me redressai, m’étirai de tout mon long, puis me rendis à la salle de bains pour me laver.
Après avoir enfilé des vêtements, je sortis de la chambre et entrai dans le salon. Le secrétaire en chef Kang Inhan était assis sur le canapé.
Je pris place en bout de table et m’adressai à lui.
« Directeur Kang, à quelle heure vous êtes-vous levé ? »
« Il y a une heure. »
« Vous auriez dû dormir davantage. »
« J’ai dormi plus de quatre heures. C’est largement suffisant. »
« Haha, je vois. Le colonel supérieur No Gwangcheol et le colonel supérieur Cho Yeongil sont-ils déjà partis pour notre pays ? »
« Ils sont partis il y a une demi-heure, sous la supervision du chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok. »
À cet instant, l’agent Hong Jongsu remonta du sous-sol.
Quand il m’aperçut, il s’approcha rapidement, s’inclina brièvement, puis s’assit sur un canapé libre.
« Agent Hong, pourquoi êtes-vous descendu au sous-sol ? »
« Je voulais vérifier l’état des soldats de l’unité 974. »
« Je vois. Comment vont-ils ? »
« Ils ont repris connaissance il y a une demi-heure après l’anesthésie, ont fait un esclandre et cassé le mobilier du sous-sol. Maintenant, ils ont accepté leur situation et se sont regroupés pour discuter de ce qu’ils allaient faire. »
« Je vois. Et le coffre-fort que nous avons trouvé dans la pièce secrète ? »
« Nous l’avons déplacé dans la pièce voisine de celle où ils sont détenus. »
« Je vois. Alors, qu’y a-t-il dans ce coffre ? »
« J’ai demandé à Saho. Il affirme qu’il n’y a certainement ni argent, ni or, ni drogue à l’intérieur. »
Bzzzz.
Le téléphone posé sur la table vibra. En voyant le nom affiché, je reconnus le directeur Om Giyeon, du NIS.
Sachant pourquoi il m’appelait, je décrochai aussitôt.
« Directeur Om, je vous écoute. »
[Directeur Cha, l’agent Hong m’a raconté ce qui s’est passé hier soir. Vous avez abattu un travail colossal.]
« Les agents du NIS ont travaillé bien plus dur que nous. »
[Je les récompenserai généreusement, ne vous en faites pas.]
Nous nous comprîmes sans avoir besoin d’en dire davantage.
« Haha, compris. Les subordonnés du colonel supérieur No et du colonel supérieur Cho sont partis pour notre pays il y a une demi-heure. »
[L’agent Hong me l’a déjà signalé.]
« Au fait, ils ne savent pas que de l’or était caché chez Kim Juchol. »
[Ne vous inquiétez pas. Passons à la raison de mon appel.]
« Je vous écoute. »
[J’ai informé le président que les lingots avaient été dérobés chez Kim Juchol. Le président a dit que la Corée du Nord ne devait en aucun cas apprendre que notre pays était mêlé à ce vol.]
Je jugeai nécessaire de rassurer le président Cho Seokchin, inquiet.
« J’ai bien précisé à toutes les personnes impliquées dans la saisie des lingots que l’opération devait rester strictement confidentielle. »
[Malgré tout, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Nous devons nous préparer au pire.]
« Les agents du NIS, de la CIA et du FIS ont tout arrangé pour faire croire que de simples cambrioleurs avaient volé l’or. »
[Dans ce cas, nous ne devrions pas avoir de problème.]
À cet instant, le numéro du directeur Griffin s’afficha à l’écran.
La raison de son appel était évidente. Je m’excusai auprès du directeur Om Giyeon, du NIS, puis pris la communication.
« Directeur Griffin, vous êtes arrivé plus tôt que prévu ? »
[Haha, je n’ai pas pu attendre. J’ai atterri il y a dix minutes. Comptez une demi-heure avant mon arrivée.]
« Très bien. »
[Autre nouvelle : je viens de recevoir un rapport du chef de branche Harrison. Des Nord-Coréens se sont précipités chez Kim Juchol.]
« Vous voulez dire qu’ils ont compris que la maison avait été vidée ? »
[Je pense la même chose que vous.]
« Nous devrions surveiller de près ce qui s’y passe. »
[C’est exactement ce qu’il faut faire, on dirait. À tout à l’heure.]
Clic.
À peine avais-je raccroché que le secrétaire en chef Kang Inhan me demanda :
« Directeur, que se passe-t-il ? »
« Des Nord-Coréens viennent de se précipiter chez Kim Juchol. »
Le directeur Kang tourna la tête vers l’agent Hong Jongsu.
Comme s’il avait compris ce qu’il attendait de lui, Hong composa un numéro, échangea quelques mots, puis raccrocha.
« Directeur Cha, cinq Nord-Coréens sont entrés chez Kim Juchol. Deux d’entre eux ont emmené Kim Juchol et la gouvernante, puis sont partis dans une direction inconnue. »
Autrement dit, ils les conduisaient à l’hôpital.
« Que font les trois autres ? »
« Ils retournent toute la maison. »
« Ces trois-là pourront-ils découvrir qui a commis le vol ? »
« Ils ne sont que l’équipe d’avant-garde. Beaucoup d’autres arriveront bientôt. »
Bzzzz.
Le téléphone sur la table vibra de nouveau. En regardant l’écran, je fus surpris.
Et pour cause : le correspondant n’était autre que le commandant Kwak Taesu.
Après avoir demandé à tout le monde de garder le silence, je répondis.
« Commandant Kwak, il s’est passé quelque chose ? »
[Directeur Cha, qu’est-ce qui se passe en Suisse, bon sang ?]
On ne sait jamais ce qui peut arriver, alors il faut se préparer à tout, pas vrai ?
« Je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire, commandant Kwak. »
[J’ai encore des hommes qui me sont loyaux au Commandement de la garde nord-coréen.]
« Bien sûr. »
[Kim Jonghun inspectait une ferme collective à Sinuiju lorsqu’il a reçu un appel. Il s’est alors mis à hurler à pleins poumons. Il a ordonné à son aide de camp de faire venir immédiatement à Zurich le personnel des ambassades nord-coréennes de toute l’Europe.]
J’avais pris les lingots chez Kim Juchol pour fournir au commandant Kwak Taesu et au directeur adjoint Jo Ilcheol des fonds destinés à leurs opérations de cyberguerre.
Puisqu’il était directement concerné, je décidai de lui dire la vérité.
« Tout ce que je vais vous dire doit rester secret pour le moment. »
[Je serai muet comme une tombe. Dépêche-toi de me raconter.]
« En examinant les documents classifiés que vous aviez envoyés à votre fils unique, je suis tombé sur une information précieuse : Kim Jonghun avait converti ses fonds secrets en Suisse en lingots d’or, qu’il avait cachés chez Kim Juchol. »
[Alors, ce que Kim Jonghun a raconté en marmonnant quand il était ivre, c’était vrai ?]
« Exactement, commandant Kwak. Et pour vérifier si l’information était exacte… »
Je racontai au commandant Kwak Taesu tout ce qui s’était passé la veille au soir, sans rien lui cacher.
« …Au final, nous avons réussi à mettre la main sur 510 lingots d’or de 25 kilogrammes chacun. »
[Bon sang ! Alors que le peuple meurt de faim, il cachait autant d’or !]
« Exactement. Nous donnerons une petite récompense à la CIA et au FIS, qui nous ont aidés à récupérer l’or. Nous vendrons le reste et vous en remettrons le produit, commandant Kwak. »
[À moi ?]
« Il vous faudra beaucoup d’argent pour mener une cyberguerre contre la Corée du Nord. »
[Ah, je comprends mieux. Mais Kim Jonghun ne va pas laisser passer ça. Qu’est-ce que tu comptes faire ?]
« Pour nous préparer au pire, nous avons tout mis en scène afin de faire croire que de simples cambrioleurs avaient pris l’or. »
[Hum…]
Le commandant Kwak Taesu hésita, comme s’il réfléchissait à quelque chose.
Je ne parvenais pas à lire dans ses pensées. Je ne pouvais donc qu’attendre qu’il parle.
Un long moment passa avant qu’il rompît enfin le silence.
[Directeur Cha, et si nous faisions porter le chapeau aux soldats de l’unité 974, en prétendant qu’ils ont volé l’or ?]
Les soldats de l’unité 974 étaient stationnés dans le même bâtiment que Kim Juchol afin d’assurer sa protection rapprochée.
Ils avaient donc de fortes chances d’être au courant de l’or entreposé au sous-sol.
Le commandant Kwak Taesu proposait justement de tout leur mettre sur le dos pour cette raison.
Je voulais accepter sa proposition, mais quelque chose me gênait.
« Commandant Kwak, si nous faisons tout porter aux soldats de l’unité 974, leurs familles restées en Corée du Nord ne risquent-elles pas de souffrir ? »
[Ils avaient pour mission de protéger Kim Juchol, même au péril de leur vie. Pourtant, ils °• N 𝑜 v 𝑒 l i g h t •° n’ont pas réussi à le protéger.]
« Mais les circonstances ne leur échappaient-elles pas ? »
[S’ils veulent sauver leurs familles, ils doivent le prouver à Kim Jonghun. Mais pour l’instant, ils ont été enlevés par vous, directeur Cha.]
Si nous libérions les soldats de l’unité 974, ce serait reconnaître que c’était nous qui avions pris l’or.
Par conséquent, à moins de les envoyer en République de Corée, nous devrions les éliminer.
Leurs familles restées au Nord n’avaient donc aucune chance d’échapper au châtiment.
C’était précisément ce que le commandant Kwak Taesu me faisait comprendre.
« D’accord. J’accepte votre proposition, commandant Kwak. »