Chapitre 254
« Directeur Cha, se pourrait-il que la direction n’ait toujours pas donné son accord ? »
Le chef de branche Harrison jeta un coup d’œil à l’heure sur son téléphone et prit la parole d’un ton anxieux. Le colonel supérieur Jo Ilcheol avait promis que lui et ses hommes quitteraient la maison de Kim Juchol au plus tard à neuf heures. Pourtant, pour une raison inconnue, il était déjà plus de dix heures du soir et ils n’étaient toujours pas partis. Voilà pourquoi le chef de branche Harrison lui avait posé la question avec tant d’inquiétude.
« Nous devons envisager cette possibilité. »
« Et si nous appelions le colonel supérieur No Gwangcheol pour lui demander ce qui se passe ? »
« Il est avec le colonel supérieur Jo Ilcheol et le commandant de l’unité 974 en ce moment, alors nous ne pouvons pas l’appeler. »
« Ah, je n’y avais même pas pensé. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
« Le mieux serait de modifier le plan et de simplement demander à Saho d’explorer l’intérieur de la maison. »
Bzzzt…
À cet instant, le téléphone que je tenais vibra. Je regardai rapidement l’écran et vis qu’il s’agissait du colonel supérieur No Gwangcheol, dont j’attendais l’appel avec impatience. Après avoir indiqué aux autres qui m’appelait, je décrochai aussitôt.
« Colonel supérieur No, comment ça s’est passé ? »
[La direction vient de donner son accord.]
« Tant mieux. Puis-je vous demander ce qui a causé ce retard ? »
[Nous avons dû attendre la confirmation de Kim Jonghun.]
Le colonel supérieur Jo Ilcheol avait indiqué à la direction que lui et ses hommes partiraient et reviendraient le lendemain matin. Ils ne seraient absents qu’une douzaine d’heures, mais la demande avait tout de même été transmise jusqu’à Kim Jonghun en personne. Je demandai à No Gwangcheol pourquoi une affaire aussi insignifiante nécessitait son approbation.
[Disons que cela montre à quel point Kim Jonghun tient à Kim Juchol.]
« Ah, je comprends mieux. »
[Il a été décidé que le colonel supérieur Jo et ses hommes quitteraient la maison à vingt-deux heures trente.]
« Compris. Ses hommes savent-ils qu’ils font défection dans notre pays ? »
[Nous avons décidé de ne les en informer qu’après leur départ.]
« Et s’ils s’entêtent et refusent de faire défection ? »
[C’est justement ce qui inquiète le colonel supérieur Jo.]
À cet instant, une idée brillante me traversa l’esprit. Après avoir rapidement mis au point un plan, je poursuivis ma conversation avec le colonel supérieur No Gwangcheol.
« Et si nous convainquions les hommes du colonel supérieur Jo Ilcheol avec de l’argent ? »
[Le colonel supérieur Jo a lui aussi prévu de convaincre ses subordonnés en leur offrant une aide à la réinstallation.]
« Je pensais à quelque chose d’un peu différent. Et si nous leur versions cette somme à l’avance ? »
[C’est possible ?]
« Bien sûr. Je leur verserai environ la moitié de leur aide à la réinstallation à l’avance. »
[Dans ce cas, mes hommes pourraient-ils également recevoir une avance ?]
« Autant que nécessaire. Donnez-moi le montant et je ferai le virement au plus vite. »
[Entendu. J’en discuterai avec le colonel supérieur Jo et je vous rappellerai.]
Clic.
Visiblement pressé, le colonel supérieur No Gwangcheol raccrocha le premier. Comme s’il n’attendait que ça, le chef de branche Harrison m’interrogea aussitôt.
« Directeur Cha, alors ? »
J’avais parlé en coréen avec le colonel supérieur No Gwangcheol. Le chef de branche Harrison n’avait donc pas compris de quoi nous discutions.
« La direction a donné son accord. Ils partiront à vingt-deux heures trente. »
« Ouf… Quel soulagement ! »
Le chef de branche Harrison posa la main droite sur sa poitrine et poussa un soupir de soulagement. Je souris légèrement et me tournai vers le secrétaire en chef Kang Inhan.
« Vous avez compris ce dont je discutais avec le colonel supérieur No Gwangcheol, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr. Je vais prendre les dispositions nécessaires pour que nous puissions verser l’aide à la réinstallation à l’avance. »
« Ha ha ha. Parfait. »
En riant doucement, je donnai une consigne au chef d’équipe Seo Donghun.
« Je ne pense pas que nous pourrons lancer l’opération à onze heures. »
« Nous devrions la repousser d’une trentaine de minutes ? »
« Ce serait préférable. La première chose à faire, c’est de neutraliser la femme qui s’occupe de la maison. »
« Je vais transmettre le message à Saho. »
Bzzzt…
Juste alors, le téléphone que je tenais vibra de nouveau. Je vérifiai l’appelant : c’était le colonel supérieur No Gwangcheol. À peine quelques minutes s’étaient écoulées, et il me rappelait déjà.
L’argent, ça a vraiment du pouvoir.
Riant intérieurement, je décrochai.
« Colonel supérieur No, je vous écoute. »
[Directeur Cha, nous sommes vingt en tout. La moitié de l’aide à la réinstallation s’élève à cinquante millions de dollars.]
« Et de combien le colonel supérieur Jo et ses hommes auront-ils besoin ? »
[Ils sont quinze en tout. Il leur faudra quarante millions de dollars.]
« Compris. Je vais passer le téléphone au secrétaire Kang. Donnez-lui les numéros de compte. »
Je tendis le téléphone au secrétaire en chef Kang Inhan. Après avoir discuté un moment avec le colonel supérieur No Gwangcheol, il raccrocha et me rendit mon smartphone. Il passa ensuite un bref appel, donna quelques instructions, puis mit fin à la communication.
« Directeur, on m’a confirmé que l’aide à la réinstallation sera versée immédiatement. »
« Bon travail. »
« Mais le colonel supérieur No Gwangcheol et le colonel supérieur Jo Ilcheol ne pourraient-ils pas tout simplement s’enfuir avec l’argent ? »
« Peu probable. J’ai confiance en leur intégrité. »
« Si vous le dites, je n’ai aucune raison de douter d’eux. »
À cet instant, le chef de branche Harrison, qui semblait considérer notre conversation terminée, s’adressa de nouveau à moi.
« Directeur Cha, j’aimerais que nos agents pénètrent eux aussi dans la maison de Kim Juchol, avec les agents du Service national du renseignement et le personnel de Korea Investment. »
Je voyais clair dans le jeu du chef de branche Harrison. Il voulait simplement profiter du butin après que tout le gros du travail aurait été fait. Sa proposition ne me plaisait pas, mais le principal problème, c’était que je ne pouvais pas la refuser. Après tout, si des lingots d’or se trouvaient bel et bien dans la maison de Kim Juchol, il nous faudrait les entreposer dans une planque de la CIA.
Je hochai la tête en signe d’accord.
« Directeur Cha, merci de l’autoriser. »
« Je vous en prie. »
« Mais est-il vraiment indispensable d’impliquer le Service fédéral de renseignement suisse dans l’opération ? »
Si nous impliquions le Service fédéral de renseignement suisse dans l’opération, il faudrait partager le butin avec le gouvernement suisse. C’était précisément ce que sous-entendait le chef de branche Harrison. J’avais pourtant décidé de faire appel au service suisse, car il se pouvait que nous devions vendre les lingots d’or au gouvernement suisse lui-même.
Bien sûr, je n’avais aucune intention de lui exposer directement mes raisons.
« Si la quantité d’or cachée dans la maison de Kim Juchol s’avère énorme, nous aurons besoin de leur aide d’une façon ou d’une autre. »
« De leur aide ? Qu’entendez-vous par là ? »
« Imaginons qu’il y ait dix tonnes d’or dans sa maison. L’or est extrêmement lourd, il nous faudrait donc des véhicules spécialisés pour le transporter. »
« Ah, je vois. »
Toc, toc, toc.
Au moment où le chef de branche Harrison hocha la tête, on frappa et la porte du minibus s’ouvrit. Le directeur Jean-Philippe monta à bord. Dès qu’il se fut installé sur une place libre, il s’excusa.
« Directeur Cha, désolé pour le retard. »
« Nous avons encore largement le temps avant le début de l’opération. »
Le directeur Jean-Philippe jeta un coup d’œil à sa montre et demanda, perplexe :
« L’opération ne devait-elle pas commencer à onze heures ce soir ? »
« La situation s’est un peu compliquée, alors nous l’avons repoussée d’une trentaine de minutes. »
« Pouvez-vous me dire ce qui s’est passé ? »
« Pour que l’opération se déroule sans accroc, nous avons décidé de faire sortir le colonel supérieur Jo Ilcheol et ses hommes de la maison de Kim Juchol. »
J’expliquai brièvement au directeur Jean-Philippe tout ce qui s’était passé jusque-là. Naturellement, le chef de branche Harrison et le secrétaire en chef Kang Inhan complétèrent mon récit chaque fois que je laissais de côté un détail.
« …Voilà pourquoi nous avons dû repousser l’opération. »
« Je vois. Mais pourquoi Kim Jonghun tient-il autant à Kim Juchol ? »
« Même s’il est un enfant illégitime, il a un avantage de taille : c’est un fils. »
« Vous voulez dire qu’il pourrait être désigné comme successeur ? »
« Ce n’est pas impossible. »
« C’est vrai… Maintenant que j’y pense, vous avez raison. Mais il y a vraiment de l’or dans le sous-sol de sa maison ? »
« Au vu des nombreux indices concordants, c’est très probable. »
« J’espère vraiment que cet or s’y trouve. »
Enfin, vingt-trois heures trente arrivèrent.
Je descendis du minibus, Saho dans les bras. En caressant la tête du chat, je lui dis :
« Si tu sens le moindre danger, tu n’es pas obligé d’aller jusqu’au bout de la mission. »
« Miaou ? »
Saho pencha la tête, surpris, comme s’il ne comprenait pas ce que je lui disais.
« Tu fais partie de la famille. Ça me ferait de la peine si tu étais blessé. »
Comme si mes paroles lui faisaient plaisir, Saho appuya sa tête contre ma poitrine et se frotta à moi.
« Termine vite la mission, puis va chasser sans te soucier de rien. »
Dès que j’eus fini de parler, Saho bondit au sol et fila en direction de la maison de Kim Juchol.
Alors que nous regardions le chat disparaître au loin, le directeur Jean-Philippe me demanda :
« Directeur Cha, à votre avis, combien de temps prendra l’opération ? »
Après avoir franchi la clôture, la première tâche de Saho consistait à neutraliser la femme qui veillait sur la maison. Ensuite, il devait entrer chez Kim Juchol par la fenêtre laissée ouverte. Une fois à l’intérieur, Saho couperait le disjoncteur, s’occuperait rapidement des soldats de l’unité 974 et de Kim Juchol, puis vérifierait si de l’or était entreposé au sous-sol.
J’expliquai la mission de Saho au directeur Jean-Philippe.
« Si rien d’imprévu ne se produit, l’opération devrait prendre une dizaine de minutes en tout. »
« Aussi vite que ça ? »
« À condition qu’il n’y ait pas de complications. »
Après lui avoir répondu calmement, je reportai mon regard sur la maison de Kim Juchol.
Environ cinq minutes plus tard, les lumières de la maison s’éteignirent enfin.
Saho devait être entré et avoir coupé le courant au tableau électrique.
« Waouh ! »
Le directeur Jean-Philippe fixa la maison plongée dans le noir, ébahi, et laissa échapper une exclamation.
« Le vrai jeu ne fait que commencer. »
Sur ce point, le directeur Jean-Philippe était entièrement d’accord avec Cha Jiham.
Les soldats de l’unité 974 avaient probablement été entraînés à se battre dans l’obscurité totale. Saho risquait donc d’avoir du mal à s’en débarrasser.
« J’espère que Saho n’aura aucun problème à neutraliser les soldats de l’unité 974. »
« Je l’espère aussi, directeur Jean-Philippe. »
Et c’est alors qu’un événement inattendu se produisit.
Moins d’une minute après que les lumières de la maison de Kim Juchol se furent éteintes, le courant revint.
Alors que je me demandais si quelque chose avait mal tourné, les lumières s’éteignirent de nouveau.
Avant même que j’aie le temps de comprendre ce qui se passait, le chef d’équipe Seo Donghun s’adressa à moi avec enthousiasme.
« Directeur, Saho a brillamment accompli sa mission ! »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« J’ai demandé à Saho de remettre le disjoncteur en marche après s’être occupé de l’unité 974 et de Kim Juchol, afin qu’on puisse ouvrir le portail. »
Je compris alors le plan du chef d’équipe Seo Donghun.
Si le courant était rétabli dans la maison de Kim Juchol, les caméras de surveillance installées autour de la clôture fonctionneraient elles aussi. Dans ce cas, notre entrée dans la propriété serait soumise à toutes sortes de contraintes.
Le chef d’équipe Seo Donghun avait pris cela en compte et demandé à Saho de couper de nouveau le courant.
Quand je lui demandai si j’avais bien deviné, il répondit :
« Vous avez tout compris, directeur. »
« Ha ha. Je vois. Alors, nous entrons dans la maison de Kim Juchol ? »
« Surtout pas. »
L’agent Hong Jongsu du Service national du renseignement fut le premier à protester.
Par précaution, au cas où un imprévu surviendrait, il nous empêcha d’entrer dans la maison de Kim Juchol. Puisque je comprenais parfaitement ses intentions, comment aurais-je pu faire semblant de ne rien voir ?
« D’accord. Agent Hong, nous entrerons dans la maison de Kim Juchol dans cinq minutes. »
« Compris. »
Après cette brève réponse, l’agent Hong Jongsu courut vers la maison de Kim Juchol avec les agents du Service national du renseignement. Ceux de la CIA et du Service fédéral de renseignement suisse les suivirent naturellement.
À l’heure convenue, je me dirigeai vers la maison de Kim Juchol, accompagné du personnel de sécurité de Korea Investment.
À peine avions-nous ouvert la porte d’entrée et pénétré dans le salon que le courant revint.
Les agents qui étaient entrés avant nous avaient dû remettre le disjoncteur en marche.
À cet instant précis, Saho, sa mission accomplie, bondit dans mes bras.
Je caressai la tête du chat pour le remercier de son travail, puis regardai autour de moi.
Pourtant, les soldats de l’unité 974 étaient introuvables.
Pour éclaircir la situation, je me tournai vers l’agent Hong.
« Agent Hong, où sont les soldats de l’unité 974 ? »
« Par précaution, nous leur avons injecté un somnifère et enfermés dans cette pièce, là-bas. »
« Vous avez fait pareil à Kim Juchol ? »
« Bien sûr. »
« Comme toujours, c’est du travail propre. Alors, on ouvre la porte du sous-sol ? »