Chapitre 242
Le directeur Jean-Philippe comprit parfaitement où Cha Jiham voulait en venir.
C’était lui qui avait proposé d’accorder le droit de partager le butin au pays qui retrouverait le premier l’argent et les diamants cachés par Gabriel.
Estimant que les avantages l’emportaient sur les inconvénients, Jean-Philippe lui-même et le chef de branche Harrison avaient accepté sa condition sans hésiter.
Pourtant, contre toute attente, la Corée avait été la première à retrouver la fortune cachée de Gabriel.
La somme d’argent et de diamants qui finirait dans leurs poches dépendait donc entièrement de la décision de cet homme.
Dans ces circonstances, le provoquer ou s’attirer ses foudres n’était absolument pas dans leur intérêt.
« Je le reconnais.
— Je suis tout à fait d’accord avec le directeur Jean-Philippe. »
L’amertume de la déception s’entendait clairement dans les voix de Jean-Philippe et de Harrison.
Mais la partie était déjà remportée par notre pays.
« À partir de maintenant, je vais commencer à partager l’argent et les diamants cachés par Gabriel. »
Gloups !
Le directeur Jean-Philippe et le chef de branche Harrison déglutirent nerveusement, tendus par l’impatience.
« Pour commencer, notre pays prendra tous les diamants.
— Qu’est-ce que vous racontez ?! »
Comme prévu.
Le directeur Jean-Philippe protesta aussitôt avec véhémence.
Mais j’avais préparé un plan habile pour neutraliser complètement son objection, et je n’étais pas inquiet le moins du monde.
« Nous nous sommes seulement entendus sur le droit de partager l’argent que Gabriel avait caché.
— Eh bien, les paroles du chef de département Cha ne manquent pas de logique.
— Chef de branche Harrison, qu’en pensez-vous ?
— Je suis tout à fait pour. »
Je voyais clair dans le jeu de Harrison.
Il m’avait donné raison uniquement pour pouvoir s’emparer de la plus grande part possible de l’argent liquide caché par Gabriel.
Et il n’avait pas d’autre choix, puisque j’étais toujours celui qui détenait le droit de disposer de 47,5 % du butin total.
« Merci. Nous déciderons un peu plus tard de la façon de partager l’argent liquide.
— Pourquoi remettre ça à plus tard ? »
Je partais du principe que la pièce secrète contenait quarante-cinq milliards de dollars.
Cependant, l’agent Hong Jongsu m’avait rapporté que la pièce n’était pas seulement immense : elle était remplie à ras bord de cartons, sans le moindre espace libre entre eux.
À en juger par là, elle contenait clairement plus de quarante-cinq milliards de dollars.
J’expliquai mon raisonnement en détail pour que le chef de branche Harrison comprenne la situation.
« Ah, vous voulez dire qu’il faut d’abord déterminer le montant exact, puis le partager ?
— Exactement, chef de branche Harrison.
— C’est raisonnable. »
Une trentaine de minutes passa.
Le secrétaire en chef Kang Inhan apparut dans le salon, couvert de poussière et en nage.
Il se hâta de rejoindre le canapé où nous étions assis et fit son rapport :
« Chef de département, nous avons compté deux mille cartons en tout. »
Cela signifiait qu’il y avait bien quatre-vingts milliards de dollars là-dessous. Pour en avoir le cœur net, je demandai tout de même :
« Directeur Kang, chaque carton contient vraiment quatre millions de dollars ?
— Exactement, chef de département.
— Je vois. Avez-vous trouvé les cartons qui contiennent les diamants ?
— Oui. Il y a cinq cartons contenant un mélange de diamants bruts et taillés.
— Compris. Y a-t-il autre chose que je devrais savoir ?
— Nous avons trouvé un coffre-fort d’un mètre cinquante de haut dans la pièce secrète, mais il est verrouillé.
— Il pourrait y avoir de la drogue à l’intérieur ?
— J’étais curieux, moi aussi. J’ai donc demandé à Saho, mais il m’a assuré qu’il n’y avait ni drogue, ni argent, ni lingots d’or dedans.
— Hum, je vois. Descendons au sous-sol. »
En descendant, nous découvrîmes que tout le couloir du sous-sol était encombré de cartons.
En les voyant, je posai au secrétaire en chef Kang Inhan la question qui me trottait dans la tête :
« Il y a quatre pièces entières ici. Pourquoi encombrer le couloir avec des cartons ?
— Deux pièces sont remplies de cartons jusqu’au plafond. Antonio et Jourdain sont enfermés dans la troisième, et les hommes d’Antonio sont retenus dans la quatrième. Nous n’avions pas le choix. »
Je hochai la tête, comprenant la situation, puis entrai dans la pièce où se trouvait l’entrée de la chambre secrète.
Après avoir descendu l’escalier menant à la pièce secrète, je vis de puissantes lampes qui semblaient n’avoir été installées que récemment.
Un coffre-fort de taille moyenne se trouvait dans un coin, avec cinq cartons à côté.
« Directeur Kang, qu’est-ce qu’il y a dans ces cartons ?
— Les diamants.
» L’agent Hong Jongsu se hâta d’ouvrir le couvercle d’un des cartons pour me les montrer.
En découvrant son contenu, je trouvai quelque chose d’étrange.
Un grand nombre de diamants scintillaient de toutes sortes de couleurs vives.
Remarquant que je penchais la tête, perplexe, l’agent Hong Jongsu m’expliqua :
« Chef de département Cha, les diamants de couleur sont appelés “diamants fantaisie”. Ils sont bien plus rares que les diamants incolores, ce qui leur confère une valeur incroyable.
— Je vois. Combien y a-t-il de diamants en tout dans ces cartons ?
— Exactement six cent quatre-vingt-cinq. Trois cent cinquante sont incolores, les autres sont des diamants fantaisie. Soixante-quinze ont été taillés, les autres sont bruts. Chaque diamant taillé est accompagné d’un certificat.
— Et comment sommes-nous censés déterminer la valeur de ces diamants ? »
Comme s’il avait attendu ce moment précis, le directeur Jean-Philippe intervint dans la conversation.
« Chef de département Cha, je connais un expert en joaillerie de renommée mondiale.
» Les intentions de Jean-Philippe étaient faciles à deviner.
Sous prétexte de nous aider à faire estimer les diamants, il espérait pouvoir en récupérer quelques miettes.
Nous avions tout de même besoin d’une estimation professionnelle ; je décidai donc d’accepter son offre.
« Combien nous coûtera l’expertise des diamants ?
— Nous prendrons en charge les frais d’expertise, ne vous en faites pas.
— Dans ce cas, je tiendrai compte de votre aide en partageant l’argent de Gabriel.
— Ha ha ha ! Je vous en serai très reconnaissant. »
Laissant derrière moi le rire satisfait de Jean-Philippe, je tournai les yeux vers le coffre-fort.
« Directeur Kang, Gabriel aurait-il pu laisser la combinaison du coffre quelque part dans les environs ?
— Nous avons fouillé toute la pièce secrète, mais nous n’avons trouvé aucun indice utile.
— Je vois. Alors, comment pouvons-nous l’ouvrir ?
— Pour le moment, le mieux serait d’y découper une ouverture au chalumeau oxyacétylénique.
» Je ne pouvais pas approuver la suggestion du secrétaire en chef Kang Inhan.
Le coffre pouvait contenir des documents sensibles à la chaleur.
« Trouvez une autre solution.
— Peut-être devrions-nous faire venir un spécialiste des coffres-forts de notre entreprise ?
— Ce n’est pas une mauvaise idée non plus. »
Après avoir approuvé la proposition du secrétaire en chef Kang Inhan, j’allais partir lorsque mon regard se posa soudain sur les cartons de pierres précieuses.
Et s’il avait caché la combinaison du coffre directement dans ces cartons ?
Comme ça ne coûtait rien d’essayer, je m’adressai à l’agent Hong Jongsu.
« Sortez tous les certificats des cartons.
— Oui ! Compris. »
L’agent Hong Jongsu répondit brièvement, puis retira les documents des cartons.
Accroupi à même le sol, je dépliai les papiers qu’on m’avait remis et commençai à en examiner attentivement le contenu.
Les autres ne restèrent pas les bras croisés et se mirent à déplier et à vérifier les certificats les uns après les autres.
Au bout d’un moment, le chef de l’équipe de sécurité Jeong Gwangseok fronça les sourcils, perplexe, et annonça :
« Chef de département, j’ai trouvé le certificat du coffre-fort.
— Faites voir. »
Je pris le certificat du coffre-fort des mains de Jeong Gwangseok et en ouvris la couverture.
Des lettres et des chiffres tracés au stylo à bille attirèrent aussitôt mon regard.
« Bingo !
— Chef de département, vous avez trouvé ?! »
Le secrétaire en chef Kang Inhan fut le premier à perdre son sang-froid et à s’exclamer.
« On dirait bien, mais le texte est en espagnol. Je n’en suis donc pas absolument certain.
» À cet instant, un agent de la CIA dont j’ignorais le nom s’approcha et me dit :
« Chef de département Cha, je parle espagnol.
— C’est vrai ? Alors, vérifiez vite !
» L’agent de la CIA parcourut rapidement les notes inscrites sur le certificat du coffre-fort.
Un instant plus tard, il écarquilla les yeux et annonça avec enthousiasme :
« Chef de département Cha ! Le certificat explique clairement comment ouvrir le coffre !
— Ouvrez-le, vite ! »
L’agent de la CIA s’approcha du coffre-fort et commença à tourner le cadran de combinaison en suivant à la lettre les instructions du document.
Nous nous immobilisâmes, tendus, les yeux rivés sur lui.
Au bout d’un moment, un « Clic ! » distinct retentit au fond de la serrure et l’agent tourna la poignée avec force.
À cet instant, tous les regards, y compris le mien, se tournèrent vers l’intérieur.
Le coffre-fort était rempli à ras bord d’innombrables enveloppes épaisses contenant des documents.
L’agent de la CIA en sortit une et me la tendit.
Sans perdre une seconde, j’en tirai le contenu.
« Waouh ! Quel butin !
» En voyant les documents que je tenais dans les mains, le chef de branche Harrison ne put retenir une exclamation de stupeur.
Tout le monde se tourna aussitôt vers lui.
Comme gêné par tous ces regards insistants, Harrison s’empressa de s’expliquer :
« Ce que tient le chef de département Cha, c’est une obligation du Trésor américain à dix ans, d’une valeur nominale de cent mille dollars ! »
« … ! »
À la vue de l’obligation authentique, toutes les personnes présentes, sauf moi, restèrent littéralement bouche bée.
Et pour cause. Qui ne serait pas stupéfait par un titre valant cent mille dollars à lui seul ?
Comme s’il compatissait à leur choc, Harrison eut un petit rire compréhensif, puis s’adressa à moi.
« Chef de département Cha, nous devons vérifier si toutes les enveloppes du coffre contiennent des obligations.
— Bien sûr. Directeur Kang, vérifiez-les.
— Oui ! Nous nous en occupons. »
Le secrétaire en chef Kang Inhan répondit d’une voix forte et nette.
Le coffre contenait exactement cinq cents enveloppes.
Chacune renfermait quatre cents obligations d’une valeur nominale de cent mille dollars pièce.
Après avoir calculé la valeur totale des titres, nous retournâmes au salon pour reprendre la discussion.
« Je n’aurais jamais imaginé qu’il y aurait pour vingt milliards de dollars d’obligations dans ce coffre.
— Sur ce point, je suis tout à fait d’accord avec le chef de département Cha.
— Moi aussi. »
Le chef de branche Harrison intervint après le directeur Jean-Philippe.
« Alors, que devrions-nous faire de ces obligations ?
— Je laisse le chef de département Cha en décider.
— Je suis d’accord. »
Je n’avais promis à Jean-Philippe et à Harrison que de partager l’argent liquide caché par Gabriel.
Je pouvais donc revendiquer les obligations pour moi seul ; ils n’auraient aucun motif de protester.
C’était précisément pour cette raison qu’ils se montraient si conciliants.
« Un employé de notre entreprise et moi avons trouvé le certificat et la combinaison du coffre. Et c’est un agent de la CIA parlant espagnol qui l’a ouvert. Directeur Jean-Philippe, que pensez-vous de ma décision ?
— … Je suis d’accord avec votre décision, chef de département Cha. »
La voix de Jean-Philippe était empreinte d’un regret accablant.
« Puisque des agents du SFR ont aidé à sortir les cartons de la pièce secrète, je vous accorderai cinq pour cent.
» Le directeur Jean-Philippe faillit bondir de joie devant ce gain inattendu.
Après tout, ils n’avaient absolument pas contribué à l’ouverture du coffre.
Même si Cha Jiham avait refusé de partager les titres avec eux, ils n’auraient pas pu avancer le moindre argument contre lui.
Et voilà qu’on leur offrait soudain un milliard de dollars !
« Chef de département Cha, je vous remercie infiniment !
— Inutile de me remercier. »
Après avoir répondu à Jean-Philippe, je me tournai vers le chef de branche Harrison.
« J’accorde trente-cinq pour cent à la CIA.
— … Quoi ? C’est vraiment notre part ? Merci infiniment !
— Je vous en prie. Passons maintenant au partage des quatre-vingts milliards de dollars en liquide cachés par Gabriel. Tout d’abord, nous accorderons deux virgule cinq pour cent à son fils. Puis le SFR recevra sept virgule cinq pour cent. »
Le directeur Jean-Philippe estima que sa part était un peu inférieure à ce qu’il avait espéré, mais il décida d’accepter les conditions de Cha Jiham.
Il n’avait pas d’autre choix. Après tout, Cha Jiham tenait l’épée par la poignée.
« Je vous remercie sincèrement pour votre générosité, chef de département Cha.
— Ha ha. Parfait. Et j’accorderai trente pour cent à la CIA.
— Trente pour cent ?
» Je m’attendais à cette réaction du chef de branche Harrison et j’avais déjà préparé ma réponse.
« Au départ, nous pensions que Gabriel avait caché quarante-cinq milliards de dollars en liquide. Si nous vous avions donné les quarante-cinq pour cent promis, vous auriez reçu vingt milliards deux cent cinquante millions de dollars. Êtes-vous d’accord avec mon calcul ?
— Oui.
— Mais je viens d’accorder à la CIA sept milliards de dollars en obligations et vingt-quatre milliards de dollars en liquide. Que diriez-vous de vous contenter du fait que vous avez reçu dix milliards sept cent cinquante millions de dollars de plus que prévu ?
— J’accepte votre proposition, chef de département Cha. »
Et c’est ainsi que le partage de l’argent et des titres fut enfin réglé, exactement comme je l’avais prévu.