Chapitre 239
Le meilleur moyen de savoir si l’argent et les diamants étaient cachés sous le sol, c’était de casser le béton.
Mais nous n’avions pas sous la main le matériel nécessaire pour démolir le sol en ciment.
C’était incroyablement frustrant, mais le plus raisonnable était de nous procurer d’abord les outils nécessaires, puis de mener nos recherches.
« Retournons au rez-de-chaussée. »
« Directeur, je vais chercher une masse. »
« Où veux-tu en trouver une en pleine nuit ? On vérifiera tout ça au lever du soleil. »
Le secrétaire en chef Kang Inhan me suivit à contrecœur, la déception se lisant sur son visage.
Dès que nous fûmes remontés au salon et installés sur le canapé, l’agent Hong Jongsu demanda, intrigué :
« Directeur Cha, vous êtes sûr qu’il y a de l’argent et des diamants cachés sous le sol de cette pièce ? »
« Saho a un odorat incroyablement développé. C’est donc très probable. »
« Je sais de quoi Saho est capable. Mais je vous le demande parce que le béton est parfaitement scellé, sans la moindre fissure. »
« Il doit bien y avoir une microfissure quelque part dans le sol. Saho, qu’en penses-tu ? »
Saho hocha vivement la tête pour confirmer mes dires.
« Agent Hong, vous avez vu sa réaction ? »
« Bien sûr. Mais qu’est-ce que vous comptez faire de l’argent et des diamants cachés sous le sol ? »
Je voyais clair dans les pensées de l’agent Hong Jongsu.
Sans aucun doute, il voulait que l’argent et les diamants cachés par Gabriel nous reviennent en exclusivité.
Je n’étais qu’un homme, après tout, et la cupidité commençait peu à peu à me murmurer à l’oreille. Mais la situation n’était pas si simple.
« Le chef de branche Harrison et le directeur Jean-Philippe vont évidemment nous surveiller de près. Impossible de tout garder pour nous. »
« Je suis du même avis, directeur. Mais sans Saho, nous n’aurions jamais trouvé l’argent ni les diamants. Et si nous le leur faisions bien comprendre ? »
« Ne vous inquiétez pas. C’est exactement ce que je comptais faire. »
« Ha-ha. Alors, tout va bien. »
À cet instant, le secrétaire en chef Kang Inhan prit la parole avec prudence, comme s’il avait quelque chose d’important à dire.
« Directeur Cha, ne devrions-nous pas aussi nous occuper de Vitor Gabriel ? »
Sur ce point, j’étais tout à fait d’accord avec Kang Inhan.
Sans l’aide de Vitor Gabriel, nous n’aurions pas découvert l’argent ni les diamants.
« J’en discuterai avec le directeur Jean-Philippe et le chef de branche Harrison. »
« Vitor Gabriel en sera ravi. »
« Qui sait ? J’en doute. »
« Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire, directeur. »
« Si nous n’avions pas trouvé l’argent et les diamants cachés par Gabriel, Vitor Gabriel aurait peut-être pu mettre la main dessus lui-même. »
« Mais il ne savait pas non plus où Gabriel les avait cachés, si ? »
« Il lui suffisait de rendre visite à Gabriel en prison pour le lui demander. »
« Ah, je vois. »
Bzzz…
Tandis que le secrétaire en chef Kang Inhan acquiesçait, le téléphone posé sur la table vibra.
Je vérifiai rapidement l’écran : le chef de branche Harrison m’appelait.
« Chef de branche Harrison, je vous écoute. »
[Directeur Cha, la situation est si grave que nous n’avons toujours pas pu partir.]
« C’est si grave que ça ? »
[Une fois les lieux sécurisés, nous avons découvert que cinq des nôtres et des agents du FIS étaient grièvement blessés, et que douze autres avaient été légèrement blessés. Du côté d’Antonio et du gang français, douze morts, dix-sept blessés graves et huit blessés légers.]
« La fusillade a été si violente qu’il y a eu autant de victimes ? »
[Ces salauds se sont jetés dans la bataille en étant prêts à mourir, ce qui a entraîné des pertes inattendues.]
« Je vois. Dans combien de temps pourrez-vous partir ? »
[Il nous faudra encore une heure ou deux.]
« Compris. Nous vous attendrons, alors ne vous pressez pas. »
Clac.
Dès que je raccrochai, le secrétaire en chef Kang Inhan, qui avait suivi toute la conversation avec attention, me demanda aussitôt :
« Directeur Cha, quand le chef de branche Harrison et le directeur Jean-Philippe arriveront-ils ? »
Je regardai l’heure sur mon téléphone et répondis à Kang Inhan :
« À mon avis, ils n’arriveront pas avant sept heures du matin. »
« Et si nous nous reposions en attendant ? »
« C’est justement ce que j’allais proposer. Reposons-nous. »
J’emmenai Saho dans la chambre d’Antonio.
Saho devait être épuisé. Il sauta sur le lit et s’y installa confortablement.
Après cette opération menée sans interruption, j’étais couvert de sueur et de poussière de la tête aux pieds.
Mais je n’avais pas de vêtements de rechange ; je dus donc renoncer à prendre une douche.
Après deux jours sans dormir, je sombrai dans un profond sommeil dès que ma tête toucha l’oreiller.
***
Dring, dring, dring.
Une sonnerie mélodieuse retentit sur le téléphone posé près de la tête du lit.
Encore à moitié endormi, je le cherchai à tâtons et regardai l’écran. Le directeur Griffin m’appelait.
Je me redressai péniblement, m’éclaircis la gorge d’un toussotement et décrochai.
« Directeur Griffin, je vous écoute. »
[Directeur Cha, où êtes-vous en ce moment ?]
« Dans la planque d’Antonio, mais… »
Je laissai délibérément ma phrase en suspens, histoire de jauger d’abord la situation.
[Ouf… Quel soulagement.]
« Je me demande pourquoi vous avez l’air si soulagé. »
[Des agents du Bureau général de reconnaissance de Corée du Nord ont tendu une embuscade dans le hall même de l’hôtel où votre groupe séjourne.]
« Vous voulez dire qu’ils savent que nous sommes venus capturer Kwak Cheolhun ? »
[Je pense que vous avez la même idée que moi, directeur Cha.]
« Mais comment ont-ils obtenu ces informations ? »
[Nous enquêtons. Peut-être devriez-vous rester dans la planque d’Antonio jusqu’à ce que la situation soit sûre.]
« Je n’y vois pas d’inconvénient, mais nos valises sont toujours dans les chambres de l’hôtel. »
[Ne vous inquiétez pas pour les bagages de votre groupe. Nous vous les apporterons nous-mêmes.]
« Je vous en serais très reconnaissant. »
[Passons à autre chose. Que contenait l’ordinateur portable de Kwak Cheolhun ?]
Même sous la menace de mort, je ne pouvais pas lui dire la vérité.
« Après avoir obtenu le mot de passe de l’ordinateur portable auprès de Kwak Cheolhun, j’ai tout vérifié en détail, mais il n’y avait rien de particulièrement intéressant. »
[Je vois. Vous lui avez demandé où se trouvait le commandant Kwak Taesu ?]
J’étais à deux doigts de répondre : « Le commandant Kwak s’est enfui dans notre pays il y a longtemps », mais je pris sur moi et retins mes mots.
« Oui, mais il m’a seulement dit que son père se cachait quelque part en Chine. »
« Kwak Cheolhun ne connaît vraiment pas le numéro de téléphone du commandant Kwak ? »
« Malheureusement, il ne s’en souvient pas. »
[Et si vous vérifiiez le numéro enregistré dans son téléphone ?]
« Les hommes d’Antonio ont pris son téléphone quand ils l’ont enlevé. »
[Quel dommage… C’est vraiment regrettable.]
J’estimai que cela suffisait et décidai de changer de sujet.
« En effet. Au fait, le chef de branche Harrison m’a parlé des nombreuses victimes. »
[Nous devrons nous contenter qu’il n’y ait eu aucun mort de notre côté.]
« Je souhaite un prompt rétablissement aux blessés. »
[Merci de vous en soucier.]
« Je vous en prie. L’homme qui était retenu avec Kwak Cheolhun s’est révélé être le fils de Gabriel. »
[Quoi ?!]
La voix stupéfaite du directeur Griffin faillit me percer les tympans à travers le haut-parleur.
« Moi aussi, j’ai été choqué en l’apprenant. »
[Comment a-t-il fini entre les mains d’Antonio ?]
« Il s’avère qu’Antonio l’a enlevé pour trouver l’argent que Gabriel avait caché. »
Je racontai au directeur Griffin notre conversation avec Vitor Gabriel en lui donnant pas mal de détails.
Je pris toutefois soin de garder pour moi les informations sensibles.
« …Lui non plus ne savait pas où Gabriel avait caché l’argent. »
[Aurait-il pu mentir ?]
Le directeur Griffin était arrivé à la même conclusion que moi.
« Je me suis posé la même question et je le lui ai redemandé, mais il a répété qu’il n’en savait rien. »
[Alors, qu’est-ce qu’on fait ?]
« Peut-être devrions-nous le demander à Gabriel lui-même ? »
[Le FBI le lui a demandé des dizaines de fois pendant son interrogatoire, mais il n’a jamais répondu.]
J’eus une idée et décidai de donner un petit indice au directeur Griffin.
« Il s’avère que la planque d’Antonio est une villa qui appartient à Gabriel depuis plus de dix ans. »
[Ce serait possible…]
Je savais parfaitement pourquoi le directeur Griffin avait laissé sa phrase en suspens.
« Exactement. Il y a de fortes chances que Gabriel ait caché l’argent quelque part ici. »
[Vous croyez qu’Antonio et ses hommes n’ont pas fouillé la maison et les alentours de fond en comble ?]
« Bien sûr que si, mais ils n’ont probablement pas creusé sous terre. »
[En supposant qu’il ait caché l’argent sous terre, comment le directeur Cha compte-t-il le trouver ?]
« Nous avons Saho et son odorat incroyablement développé. »
[C’est vrai. Vous avez Saho !]
« Le soleil est déjà levé. Je compte commencer les recherches petit à petit. »
[J’espère que vous le trouverez.]
Jusque-là, tout cela n’avait été qu’une mise en bouche. L’heure du plat de résistance avait sonné.
« Si nous avons la chance de trouver l’argent caché par Gabriel, Saho méritera une belle prime. »
[Vous proposez de revoir la répartition ?]
« Ce ne serait que justice, à mon avis. »
[Très bien. J’accepte votre proposition, directeur Cha.]
« Ha-ha. Merci. »
Après avoir mis fin à ma conversation avec le directeur Griffin, je lissai mes cheveux en bataille et sortis de la chambre. Le salon était vide.
Je venais de pencher la tête, perplexe, quand la porte du bureau s’ouvrit et que le secrétaire en chef Kang Inhan en sortit.
En me voyant, il prit un air gêné.
« Ah, j’essayais d’ouvrir le coffre-fort du bureau. »
« Ne me dites pas que… vous avez passé toute la nuit sur ce coffre ? »
« Eh bien… Il fait soudain très chaud, ici. »
Se faisant de l’air avec la main, Kang Inhan retourna précipitamment dans le bureau.
Je le suivis aussitôt et trouvai les trois chefs d’équipe ainsi que l’agent Hong Jongsu en train de s’acharner sur le coffre-fort.
Dès qu’ils me remarquèrent, ils se redressèrent d’un bond et se mirent au garde-à-vous.
« Agent Hong, vous n’êtes pas fatigué ? »
« Je crois que le sommeil disparaît quand on vieillit. »
« Comme on dit, un mauvais ouvrier a toujours une excuse. Vous avez avancé ? »
Hong Jongsu secoua la tête.
« Ne perdons pas notre temps avec ça. »
« Ha-ha. Compris. »
« Des agents du Bureau général de reconnaissance de Corée du Nord ont tendu une embuscade à notre hôtel. »
Je racontai en détail à Kang Inhan et aux autres ma conversation avec le directeur Griffin.
« …On dirait que nous allons devoir rester ici jusqu’à ce que la situation soit sûre. »
« Directeur, ne devrions-nous pas poster des sentinelles, par précaution ? »
« Je pense qu’il suffira de surveiller l’extérieur à l’aide des caméras installées sur la clôture. »
« Ah, oui ! J’avais complètement oublié qu’il y avait des caméras ! »
Toc, toc, toc.
À cet instant, la porte du bureau s’ouvrit après qu’on eut frappé, et un agent du NIS entra.
« Directeur Cha, les véhicules transportant les agents de la CIA et du FIS viennent de franchir le portail principal. »
Dès que je sortis sur le perron, plusieurs véhicules s’arrêtèrent devant la maison.
Je m’approchai du directeur Jean-Philippe, qui descendait de voiture.
« J’ai appris qu’il y avait eu de nombreuses victimes. Je vous présente mes sincères condoléances. »
« Merci pour votre compassion. »
« Le soleil du matin est déjà bien haut. Si nous entrions pour discuter ? »
Le salon.
Je proposai la place d’honneur au directeur Jean-Philippe et m’assis à sa droite.
Quand le chef de branche Harrison et les autres furent installés, un agent du NIS servit à chacun un verre d’eau fraîche.
Assoiffé, le directeur Jean-Philippe vida son verre d’un trait, le reposa sur la table et prit la parole.
« Directeur Cha, le chef de branche Harrison m’a dit que votre équipe n’avait subi aucune perte. »
« Nous avons simplement eu de la chance. »
« On dit que la chance est un talent en soi. »
« Présenté comme ça, je n’ai rien à ajouter. »
« J’ai appris que vous aviez trouvé un coffre-fort rempli de drogue dans le bureau. »
« C’est exact, directeur. »
« Le coffre était ouvert ? Comment avez-vous su qu’il y avait de la drogue à l’intérieur ? »
Comme je n’avais pas révélé l’existence de Saho au directeur Jean-Philippe, sa question était tout à fait naturelle.
Le meilleur moyen de dissiper ses doutes était de lui révéler le secret du chat.
« Avant de répondre à votre question, directeur, j’aimerais vous demander une faveur. »
« Qu’y a-t-il ? Allez-y. »
« Notre équipe a un agent animal secret doté de capacités physiques, d’une ouïe, d’une vue et d’un odorat incroyables… »