Chapitre 221
Boum, boum… !
Le commandant Sergei, qui dormait profondément, sursauta et ouvrit les yeux, effrayé. Rien d’étonnant : des explosions assourdissantes retentissaient de toutes parts, faisant trembler le sol sous lui. Comprenant qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, il se redressa précipitamment dans son lit pour découvrir ce qui arrivait.
À cet instant, la porte de la chambre s’ouvrit à la volée dans un fracas, et son aide de camp se précipita à l’intérieur en criant.
« C-camarade commandant, c’est une catastrophe ! Une catastrophe !
— Je ne comprends rien à votre charabia ! Parlez clairement !
— La base est attaquée par un ennemi non identifié !
— Quoi ?!
Stupéfait, le commandant Sergei bondit hors du lit et rugit à pleins poumons.
— Vous devez vous réfugier immédiatement dans le bunker souterrain !
Le commandant Sergei enfila ses vêtements d’extérieur et se hâta vers le bunker souterrain. Dès qu’il ouvrit la porte et entra, les généraux présents se mirent au garde-à-vous. Il se précipita presque jusqu’au siège d’honneur et s’assit ; les généraux prirent aussitôt place à leur tour.
Il promena un regard tendu sur les officiers supérieurs et prit la parole.
— Général Chirkov, qu’est-ce qui se passe, bon sang ?
— Eh bien…
— Cessez d’hésiter et faites votre rapport !
Le commandant Sergei aboya férocement contre le général Chirkov, qui tergiversait.
— Voilà… il y a exactement dix minutes, à deux heures du matin (Vladivostok a deux heures d’avance sur la Chine), des explosions assourdissantes ont retenti en divers endroits de la base.
— Vous voulez dire que l’ennemi s’est infiltré dans la base et y a placé des explosifs à retardement ?
— C’est exact, camarade commandant.
Bang !
Le commandant Sergei abattit de toutes ses forces le poing sur la table et lança un regard furieux au général Chirkov. Comme s’il avait pleinement conscience de sa responsabilité, celui-ci baissa les yeux vers le sol.
— Qu’est-ce que vous fichiez pendant que l’ennemi s’infiltrait dans la base et y plaçait des explosifs ?!
— … C’est ma faute.
Le commandant Sergei prit une profonde inspiration pour contenir sa colère grandissante, puis poursuivit.
— Inutile de regretter les faits après coup. Général Chirkov, faites-moi le bilan des dégâts.
— Les installations stratégiques de la base ont été entièrement détruites, et sept navires de guerre amarrés au port ont été endommagés et…
— Qu’avez-vous dit ?!
Le commandant Sergei interrompit le rapport du général Chirkov d’un rugissement tonitruant.
Le vaste bunker souterrain fut aussitôt plongé dans un silence de mort. Les généraux présents à la réunion d’urgence comprenaient eux aussi à quel point la situation était critique.
Au bout d’un long moment, le commandant Sergei rompit le silence.
— Général Chirkov, qu’est-ce qui a causé les dégâts aux navires ?
— Nous cherchons encore à déterminer la cause exacte, mais les premiers éléments indiquent qu’ils ont été attaqués par des torpilles ou des drones sous-marins kamikazes.
— Dans quel état sont les navires ?
— Leur coque a été éventrée à plusieurs endroits. Ils prennent tous l’eau et sombrent.
— Oh, mon Dieu !
En proie à un sombre pressentiment, le commandant Sergei poussa un profond soupir et fixa le vide.
— Euh…
Le commandant Sergei remarqua que le général Chirkov hésitait encore, laissant sa phrase en suspens.
— Général Chirkov, avez-vous autre chose à signaler ?
— En fait… quatre sous-marins et trois cargos ont également été endommagés et sont en train de sombrer.
— Il ne manquait plus que ça pour me rendre fou ! Et les pertes humaines ?
— La plupart des équipages étaient à terre, il y a donc eu très peu de victimes.
— Au moins, c’est une petite consolation dans cette catastrophe.
Bang !
À cet instant, la porte du bunker s’ouvrit de nouveau à la volée et un officier se précipita à l’intérieur en criant.
— Camarade commandant, le tout dernier sous-marin nucléaire de classe Borei, qui était en patrouille, a sombré !
— Qu’avez-vous dit ?!
Le commandant Sergei se leva d’un bond en rugissant de colère. Les généraux stupéfaits jaillirent eux aussi de leurs sièges.
— Qu’est-ce qui l’a fait sombrer ?
— Nous avons perdu le contact juste après avoir reçu un signal de détresse. Nous n’avons donc aucune information précise.
— Où a-t-il sombré ?
— À trente kilomètres d’ici, par deux mille sept cent cinquante mètres de fond.
— Bon sang, c’est à devenir fou !
Le commandant Sergei poussa un nouveau profond soupir et s’effondra, impuissant, dans son fauteuil. Un silence étouffant retomba sur le bunker souterrain.
Après tout, le sous-marin nucléaire comptait plus de cent membres d’équipage.
Au bout d’un moment, le commandant Sergei laissa échapper un profond soupir et prit la parole d’une voix abattue.
— Ah… Je suppose que nous n’avons pas d’autre choix que de considérer que tout l’équipage du sous-marin est mort ?
— Je crains de devoir être d’accord avec vous, camarade commandant.
— Je vois. Vous êtes tous congédiés. Sortez.
— Il me reste une chose à signaler, camarade commandant. Au moment même où notre base était attaquée, le port nord-coréen de Rajin a lui aussi été frappé. En outre, la voie ferrée et un train de marchandises reliant la Corée du Nord à notre pays ont été détruits.
— La Corée du Nord ?
Le commandant Sergei pencha la tête, perplexe, puis se tut. Mais il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre.
— Général Chirkov, c’est l’Ukraine qui est derrière les attaques contre nous et la Corée du Nord, n’est-ce pas ?
— C’est extrêmement probable, mais un point reste inexplicable.
— Lequel ? Expliquez-vous.
— Les navires de guerre au port auraient pu être coulés par des drones sous-marins kamikazes. En revanche, le sous-marin nucléaire de classe Borei était en immersion. Des drones kamikazes n’auraient pas pu l’atteindre.
— Vous pensez qu’il a été coulé par une attaque à la torpille ?
— C’est la conclusion à laquelle je tends. Mais surtout, l’Ukraine ne possède aucun sous-marin.
— Alors, qui est responsable ?
— Les Américains sont les seuls à oser attaquer l’un de nos sous-marins.
— Ces chiens d’Américains… !
Le commandant Sergei explosa soudain dans une rage féroce. Les généraux, qui connaissaient bien son tempérament volcanique, gardèrent le silence et l’observèrent.
Après avoir laissé éclater son premier accès de colère, il ordonna à son aide de camp de lui apporter de l’eau froide. Il vida le verre d’un trait, puis le lança de toutes ses forces.
Crac !
Le verre se fracassa contre le mur, projetant des éclats dans toutes les directions. Il tourna la tête vers le général Chirkov.
— Comment pouvons-nous prouver que les Américains sont derrière tout ça ?
— Il faudrait remonter le sous-marin et l’examiner. Mais il repose à trop grande profondeur. Il est absolument impossible de le remonter.
— Ah…
Faute de solution, le commandant Sergei ne put que soupirer, impuissant.
***
Le vice-président Tang Guochang promena son regard sur les visages tendus des généraux présents et s’exprima d’un ton sévère et sans appel.
— Vous comprenez tous ce qui arrivera si la moindre parole de notre conversation filtre, n’est-ce pas ?
— Oui, monsieur ! Nous avons compris !
Les participants répondirent d’une voix forte et nette. Le vice-président Tang Guochang hocha la tête, satisfait, puis donna un ordre au commandant Wang Dazhong.
— Faites le bilan de l’opération.
— Concernant la Russie, les installations stratégiques de la flotte du Pacifique ont été entièrement détruites. De plus, sept navires de guerre, quatre sous-marins et trois cargos ont été mis hors service. Nous n’avons pas encore reçu d’informations sur le tout dernier sous-marin nucléaire, qui était en patrouille.
— Je m’occuperai moi-même de cette affaire. Vous n’avez pas à vous en inquiéter, commandant Wang.
— Compris. Pour ce qui est de la Corée du Nord, les installations stratégiques du port de Rajin, la voie ferrée et un train de marchandises ont été détruits.
— Nos forces spéciales n’ont été repérées ni par les Nord-Coréens ni par les Russes ?
— L’équipe des forces spéciales a placé les explosifs la veille et est rentrée saine et sauve hier matin.
— Alors, une fois nos sous-marins rentrés sans encombre, nous pourrons considérer l’opération comme un immense succès.
— Oui, vice-président. Cela dit, je n’arrive pas à me débarrasser d’un étrange pressentiment.
Le vice-président Tang Guochang éprouvait exactement la même chose.
Si l’armée américaine n’avait pas réussi à couler le sous-marin nucléaire russe, la situation risquait de prendre une tournure extrêmement dangereuse. La nouvelle de la destruction du port de Vladivostok avait sans aucun doute déjà atteint les dirigeants russes.
Et les sous-marins russes ratissaient la mer du Japon de long en large à la recherche des coupables.
Et s’ils croisaient, au cours de leurs recherches, les sous-marins chinois qui avaient participé à l’opération…
Dès qu’il parvint à cette conclusion, un frisson involontaire lui parcourut le corps.
Ne voulant pas montrer sa faiblesse à ses subordonnés, il se leva et quitta la salle de conférence.
Puis il sortit son téléphone portable de la poche de son pantalon.
***
Le directeur Om Giyeon vérifia l’heure sur son téléphone, puis se tourna vers moi.
— Chef Cha, ne devrions-nous pas contacter nous-mêmes le vice-président Tang ?
Mais je n’en voyais pas la nécessité.
— Pour que l’opération soit une réussite totale, nous devons avoir la certitude absolue que le sous-marin nucléaire russe en patrouille a sombré. Il n’aura donc pas d’autre choix que de m’appeler.
— Et si l’opération avait échoué ?
— Directeur Om, à en juger par les données du drone de reconnaissance à haute altitude, tout s’est déroulé à la perfection.
Avant que je puisse en dire davantage, le directeur Griffin intervint.
— Quel soulagement !
— Comme l’a dit le chef Cha, si nous patientons encore un peu, le vice-président Tang nous appellera de lui-même.
Bzzzt…
À cet instant précis, le téléphone que je tenais vibra.
Sachant parfaitement qui appelait, je décrochai aussitôt.
— Vice-président Tang, où en est la situation ?
[L’opération a été un succès total, mais…]
Je compris aussitôt pourquoi le vice-président Tang avait hésité.
Il cherchait à savoir indirectement ce qu’il était advenu du sous-marin nucléaire russe.
— Le sous-marin nucléaire russe a sombré au fond de la mer du Japon, à plus de deux mille sept cents mètres sous la surface.
[Hahaha !]
Le vice-président Tang Guochang éclata d’un rire sonore et sincère, soulagé comme jamais.
J’attendis qu’il ait fini de rire avant de poursuivre.
— Vice-président Tang, la réussite définitive de l’opération dépend de notre capacité à effacer toutes nos traces.
[Mais l’opération n’a-t-elle pas déjà réussi ?]
— La Russie et la Corée du Nord vont chercher les responsables en écumant de rage.
[Tous les membres des forces spéciales qui ont placé les explosifs au port de Rajin et dans les autres installations sont déjà rentrés sains et saufs. Et les sous-marins regagnent leurs bases à toute vitesse.]
— La Russie et la Corée du Nord vont certainement déployer des avions de lutte anti-sous-marine pour rechercher les sous-marins chinois. Vous ne pourrez pas baisser la garde avant leur retour à bon port.
[Je suivrai votre conseil, chef Cha.]
— Je l’espère bien. Puis-je communiquer les résultats de l’opération au directeur Volasky, en Ukraine ?
[Faites comme bon vous semble.]
— Compris. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Au revoir.
Clic.
Après avoir raccroché, je me tournai vers le directeur Griffin.
— Le directeur Volasky doit être sur des charbons ardents, maintenant.
— Hahaha, c’est certain !
Le directeur Griffin serra son téléphone, un sourire satisfait aux lèvres.
***
— Tu es rentré ? Tu es très fatigué ?
Mère m’ouvrit la porte, l’air inquiet. Je m’en voulais sincèrement de ne pas pouvoir lui raconter toute la vérité sur ce qui s’était passé.
— Il y avait une montagne de travail au bureau, alors j’ai fini par rentrer tard.
— Tu dois être épuisé. Va te reposer.
Après être monté dans ma chambre, je pris rapidement une douche et m’allongeai sur le lit.
Mais je n’arrivais pas à m’endormir, parce que Saho ne cessait de réclamer mon attention et ne me laissait pas tranquille.
— Saho, je suis vraiment crevé. On jouera demain matin, d’accord ?
Mais Saho secoua simplement la tête, faisant comprendre que ça ne lui convenait pas.
— Petit garnement…
Bzzzt…
Au moment où j’allais lui crier dessus, le téléphone posé sur le lit vibra : quelqu’un m’appelait.
Je le pris et jetai un coup d’œil à l’écran.
C’était le directeur Volasky, d’Ukraine.
Je me rappelai que j’avais justement quelque chose à discuter avec lui ; le moment tombait donc à pic.
— Directeur Volasky, je vous écoute.
[Chef Cha, je tenais à vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour nous.]
— Je n’ai fait que proposer l’idée. Ce sont les armées chinoise et américaine qui l’ont mise à exécution.
[Sans votre idée, ni l’armée chinoise ni l’armée américaine n’auraient agi.]
— Présenté comme ça, je ne peux pas vraiment vous contredire.
[Je veillerai à m’entretenir avec le président afin que le plus grand nombre possible d’entreprises sud-coréennes puissent participer au projet de reconstruction d’après-guerre.]
Je cherchais justement une bonne occasion d’aborder le sujet ; son offre tombait à point nommé.
Le cœur léger, je poursuivis ma conversation avec le directeur Volasky.
— Je vous en serais très reconnaissant. J’aimerais maintenant évoquer un autre point.
[Je vous écoute.]
— Faites tout votre possible pour semer le trouble en Russie et en Corée du Nord, et faites-le au plus vite.
[Justement, nous avons une conférence de presse prévue dans trois heures.]
Après avoir discuté de quelques détails supplémentaires avec le directeur Volasky, je mis fin à l’appel.
Même allongé dans mon lit, impossible de trouver le sommeil après tout ce qui s’était passé.
Je me retournais sans cesse, en essayant de m’endormir, quand Saho grimpa discrètement sur le lit.
— Je suis encore réveillé. Descends.
Alors que je livrais à Saho un bras de fer silencieux, je sombrai dans un profond sommeil sans même m’en rendre compte.