Tenant la main de Holloway, qui était pratiquement une énorme bombe à lui tout seul, je cherchai avec application la sortie. Mes plantes de pieds m'élançaient, mais je ne cherchai volontairement pas de chaussons : ils tomberaient de toute façon quand il faudrait fuir un monstre, alors je continuai à marcher pieds nus. La rapidité comptait avant tout.
« Grande sœur, qu'est-ce que tu cherches, au juste ? »
« Rien de particulier... Je regarde autour de moi au cas où il y aurait un indice pour sortir d'ici. Et je cherche les autres, par la même occasion. »
Je ne pouvais pas lui dire que c'était un jeu, et même si je l'avais pu, ce n'était pas exactement un démon digne de confiance. Je devais garder le secret, alors que tout ce que je faisais paraissait sans doute suspect à Holloway. Je lui donnai une explication vague, mais il sembla heureusement y croire : aucune fenêtre n'annonça que la jauge de danger avait augmenté.
« Pourquoi tu cherches les aut... »
Avant que Holloway ait pu finir, une voix douce nous parvint.
« M-Mademoiselle Evelyn ? »
Clic.
La personne qui ouvrit la porte et sortit n'était autre que Moran. Son allure complètement débraillée montrait qu'elle avait tout juste échappé à un monstre.
« Moran. »
À l'instant où je prononçai son nom, Moran fondit en larmes et se jeta dans mes bras. Je lâchai la main de Holloway et lui tapotai le dos. Ce geste réconfortant dénoua peut-être sa tension, car elle me serra encore plus fort.
« Mademoiselle Evelyn ! J'ai eu tellement peur... ! »
Moran enfouit son visage contre mon épaule et sanglota.
[« Moran Eleanor » s'est jointe à vous.]
[Rassembler des compagnons (1/2)]
Bien. C'était accidentel, mais j'avais une personne.
« Chut. Tout va bien. »
J'emmenai pour l'instant Moran en larmes dans la pièce. Avec le chat dans les parages, rester dans une chambre n'était pas forcément un bon choix, mais l'absence de bruit à proximité laissait penser qu'il était assez loin. J'installai Moran, toujours tremblante, sur le canapé et lui demandai ce qui s'était passé.
« Moran, que s'est-il passé dans le hall ? »
« E-Eh bien... »
Moran saisit mes deux mains aussi fort que si c'était une bouée de sauvetage et refusa de les lâcher. La voir pleurer de façon si pitoyable me donna soudain envie de la protéger.
'Voilà donc le pouvoir de l'héroïne.'
Dans le jeu aussi, la popularité de Moran avait été énorme. Inutile de dire qu'elle était belle, et même tremblante de peur, elle essayait désespérément de protéger tout le monde. Évidemment, comme elle défendait même les personnages exaspérants, les gens se plaignaient ensuite que Moran elle-même devenait exaspérante et agaçante. Mais ce n'est pas la faute de Moran si elle les protège...
Holloway, assis à côté de nous, jeta un coup d'œil à Moran puis détourna les yeux. Serait-elle belle, même aux yeux de Holloway ? Si c'était le cas, n'y aurait-il pas eu dans le jeu au moins une notification disant que son affection avait augmenté ? Peut-être que la beauté ne marche pas parce qu'elle n'est pas plus jolie que lui.
« On a essayé d'ouvrir la porte qui mène dehors, mais comme vous l'aviez dit, Mademoiselle Evelyn, elle ne s'ouvrait pas. Puis un monstre est soudain apparu... Messire Werner et Seigneur Cletta me protégeaient quand... »
Moran baissa la tête sans finir.
« Ils sont morts ? »
À ma question, Moran, horrifiée, agita les deux mains.
« Quoi ?! N-Non ! Je voulais dire qu'on s'est retrouvés séparés ! »
Alors pourquoi t'être interrompue comme ça...
« Personne n'est mort, n'est-ce pas ? »
« Tout le monde était vivant quand on s'est séparés... »
Je réconfortai Moran, qui reniflait et essuyait ses larmes.
« Vous étiez donc au deuxième étage depuis le début ? »
« Non. Je ne suis montée qu'à l'instant. J'ai entendu des voix et je me suis cachée précipitamment, mais heureusement, c'était vous, Mademoiselle Evelyn ! »
Se réjouissant de cette chance, elle me serra de nouveau dans ses bras. Je restai tranquillement dans son étreinte tout en réfléchissant. Si elle venait seulement de monter, cela voulait dire que le système du jeu ne s'appliquait qu'à moi : je ne pouvais ni descendre ni monter, alors que Moran était librement montée au deuxième étage. J'étais donc la seule à être enfermée, incapable d'aller où que ce soit. Pourquoi moi, d'ailleurs ?! Au moins, les fenêtres de sélection exaspérantes du début n'apparaissaient plus. Elles surgissaient pourtant dans des situations ridicules. Je vous en prie. Restez absentes.
Pendant que je me demandais avec angoisse si une autre fenêtre de sélection conçue pour me rendre folle n'allait pas apparaître, je consolai Moran, qui ne s'était toujours pas tout à fait remise.
« Retrouvons d'abord les autres. »
Je ne disais cela que parce que je ne pouvais pas lui expliquer qu'il fallait éviter le chat tout en cherchant la sortie. Mais Holloway n'apprécia visiblement pas ce plan et tira sur ma manche.
« Tu aimes être entourée de beaucoup de monde ? Cette femme ne suffit pas ? »
'Cette femme'... A-t-il seulement l'intention de cacher son identité ? Mais même dans le jeu, il avait plusieurs fois dit des choses qui auraient dû le trahir, et comme il avait l'air d'un « enfant », personne ne le soupçonnait. On balayait toujours cela d'un « Ce n'est qu'un enfant ». Aucun adulte de ce monde n'avait de raison de prendre l'apparence d'un enfant, et même si quelqu'un l'avait voulu, aucune magie ni technique assez avancée n'existait pour y parvenir. Les démons étaient différents, mais ce n'étaient pas non plus des créatures qu'on croisait facilement. D'abord, de simples sacrifices ne suffisaient pas pour un cercle d'invocation capable d'appeler un démon, et presque personne n'avait la capacité d'en réaliser un. Pour autant que je sache, Holloway était un démon de naissance et, pour une raison inconnue, il avait été scellé sur cette île. On ne savait rien non plus de l'île ni de l'hôtel, hormis la première fenêtre d'explication du jeu.
« Plus on est nombreux, plus on a de chances de survivre. »
« Tu as vu cet homme, tout à l'heure. Il a essayé de t'utiliser comme appât. Et si cette femme faisait pareil ? »
Holloway... Essaie-t-il de semer la discorde entre nous ?
« N'est-ce pas, grande sœur ? Tu m'as protégé dans cette situation dangereuse, alors je peux te faire confiance, mais cette femme, je ne sais pas. Ne restons pas avec elle. Ça me rend nerveux. D'accord ? »
... C'est toi qui me rends le plus nerveuse, ici.
« De quoi parles-tu, Holloway ? »
Moran ouvrit la bouche, puis la referma. Après un instant, elle sourit d'un air rassurant et s'accroupit pour croiser le regard de Holloway.
Même dans le jeu, Moran était le personnage qui s'occupait le plus de Holloway. Compatissante, elle avait gardé près d'elle le jeune Holloway et l'avait constamment protégé. Je m'étais déjà demandé si se rapprocher de lui lui permettrait au moins d'éviter une fin de mort, mais le résultat de cette route avait été encore plus atroce : Holloway avait lui-même tranché la gorge de Moran avec une épée. Dans cette illustration macabre, il n'avait pas eu l'air le moins du monde compatissant en la tuant. Il avait simplement l'air vide. Bien sûr, tout son comportement n'était qu'une comédie : dans chaque illustration de mauvaise fin, le visage de Holloway était complètement dénué d'émotion.
« Je ne te trahirais jamais. Je ne sais pas qui était cet homme, mais je ne ferais jamais une chose pareille, Holloway. »
Moran prit doucement la main de Holloway. Il la repoussa froidement et saisit fermement la mienne à la place. J'essayai discrètement de retirer ma main, mais la poigne de ce petit enfant était incroyable. Elle ne vient pas !
Blessée, Moran serra ses genoux contre elle et leva les yeux vers moi.
« Pourquoi Holloway est-il comme ça, au juste...? »
« C'est un enfant. Il doit être terrorisé. »
« Qui était cet homme ? Qui était-il pour que Holloway ne fasse plus confiance à personne à ce point ? »
« Ah... »
Fallait-il le lui dire ou non ? Comme je l'ai déjà répété, Moran était une héroïne qui accueillait même les personnages qui mettaient sans cesse le groupe en danger. Moi y compris, mais passons. À cause de sa bonté, elle détestait voir des gens mourir, quelle qu'en soit la raison, même quand il n'y avait pas d'autre choix.
Pendant que j'hésitais, Holloway déballa tout.
« L'homme aux cheveux kaki a essayé de me servir d'appât ! Grande sœur m'a sauvé, et ensuite cet homme est devenu la cible du monstre et il est mort. »
Ainsi, en tant que propriétaire de l'hôtel, il savait bien que Friedel était mort. Mais il ne fait vraiment aucun effort pour rien cacher devant moi... Je suis censée être quelqu'un qui ne le sait pas encore.
« Toi aussi, tu ferais pareil ! »
'Toi', hein. C'est nouveau.
« Jamais ! Surtout pas utiliser un enfant comme appât... ! »
La protestation en larmes de Moran s'interrompit soudain, puis ses yeux s'écarquillèrent.
« Ne me dites pas que vous parlez de Friedel ? »
« Ah, oui. Eh bien... »
J'allais expliquer ce qui s'était passé quand Moran se couvrit la bouche de ses deux mains, l'air choqué. Les larmes aux yeux, elle demanda avec incrédulité :
« Vous l'avez laissé mourir ? Mademoiselle Evelyn, comment avez-vous pu... »
Attendez. Pourquoi ai-je soudain l'impression d'être devenue quelqu'un d'incroyablement horrible ?
« N'y avait-il vraiment aucun moyen de sauver Friedel ? Même s'il a poussé Holloway, comment avez-vous pu tourner le dos à quelqu'un qui était avec nous depuis que nous avons échoué sur cette île ? »
Je fronçai les sourcils devant son air de reproche.
« Moi, je ne pourrais jamais faire ça... »
Je connaissais bien la bonne Moran. Je savais aussi que, même légèrement modifiée, c'était une phrase qu'elle avait prononcée dans le jeu après que Friedel eut survécu de justesse en utilisant quelqu'un d'autre comme appât. Et je savais que, même alors, elle n'avait pas pu abandonner Friedel et avait continué à l'emmener avec elle. Je savais que le monde était au moins un peu vivable parce qu'il existait des gens aussi droits qu'elle. Mais je n'étais pas assez gentille pour tolérer qu'elle me blâme ainsi.
« Vous voulez dire que j'aurais dû mourir à la place de l'homme qui a essayé de nous tuer, Holloway et moi ? »
D'ordinaire, tous ceux qui nous entouraient auraient pris le parti de Moran, mais il n'y avait personne ici pour la soutenir. Et surtout, c'étaient Holloway et moi qui avions failli mourir. Pourtant, au lieu de s'inquiéter pour nous, elle s'inquiétait pour Friedel et me critiquait comme si je l'avais tué de mes propres mains. Il était difficile de regarder cela d'un bon œil. Quand Moran avait prononcé cette phrase à Friedel dans le jeu, je n'y avais pas prêté grande attention, mais l'entendre dirigée contre moi n'avait rien à voir. Elle ne s'attendait manifestement pas à ce que je réagisse ainsi, car ses yeux vacillèrent. C'était compréhensible : avant de retrouver les souvenirs de ma vie passée, j'étais calme et douce, et même après être arrivée ici et devenue une pleurnicheuse insupportable, je n'avais jamais réussi à répondre quand on me critiquait.
Après avoir remué les lèvres en silence un instant, Moran se calma. Elle prit ma main et se mit à me raisonner doucement.
« Mademoiselle Evelyn, ce n'est pas ce que je veux dire. Quoi qu'il se soit passé, quelqu'un est mort. »
« Si j'avais sauvé cet homme, je serais morte. Je vous demande si c'est ce que vous vouliez. »
« N-Non ! Pourquoi déformez-vous mes paroles comme ça ? »
Parce que je suis déjà énervée !
Le groupe n'avait de toute façon pas une bonne image de moi, alors je pressai Moran sans retenue.
« C'est vous qui les avez rendues faciles à déformer. Qu'auriez-vous ressenti si je vous avais dit la même chose ? »
« J'aurais reconnu mes torts et je me serais excusée. »
Non mais sérieusement ? En voyant Moran afficher les qualités d'une véritable sainte, je compris douloureusement une chose : si cela continuait, nous nous heurterions constamment, et à chaque fois, c'est moi qui serais frustrée et énervée, car tout le reste du groupe prendrait le parti de Moran.
Pour la quête secondaire, Cynthia ou Werner conviendraient mieux. Tous deux étaient modérément égoïstes et se battaient pour survivre, mais ni l'un ni l'autre n'utilisait les autres comme appâts. En revanche, si on leur faisait du mal, ils ripostaient de la même manière. Cynthia était imprévisible à cause de sa jalousie envers Moran, mais sans ce facteur, elle savait juger froidement les situations. La quête de compagnons en demandait deux, alors je choisirais Cynthia et Werner. Werner ne m'aimait pas, mais puisqu'il m'avait fait entrer dans l'hôtel au lieu de m'abandonner, c'était un homme responsable. Une fois la quête terminée, je pourrais me séparer d'eux sans me retourner.
« On n'y peut rien, Moran. »
« ... Pardon ? »
Je ne pouvais pas dire que laisser quelqu'un mourir était une bonne chose. Mais dans cette situation, je n'avais rien pu faire d'autre : je devais protéger ma propre vie, même si j'étais la seule à survivre. Et surtout, le boss final était assis juste à côté de moi.
« Moran et moi, nous ne sommes pas compatibles. Je ne peux pas promettre que ce genre de chose ne se reproduira pas, et je n'ai pas envie qu'on me fasse la leçon à chaque fois. »
Apparemment, aux yeux de Moran, je restais une enfant immature. Elle me réprimanda sévèrement.
« Mademoiselle Evelyn, je ne vous fais pas de reproches. Vous avez déjà une mauvaise influence sur le petit Holloway. Laisser quelqu'un mourir et s'enfuir devant un enfant, c'était mal. »
S'il était vraiment un enfant, crois-tu que je l'aurais laissé tout voir...? Bien sûr, Moran ne le savait pas.
« Grande sœur. »
La voix agacée de Holloway parvint à mes oreilles. J'inspirai profondément et j'allais parler quand...
[Holloway veut tuer Moran.]
[Moran pense que la mort de Friedel est de votre faute.]
Ça, je le vois bien... Je fixai, incrédule, la fenêtre apparue soudain pour m'expliquer la situation. Puis un frisson me parcourut l'échine. Attends. Ne me dites pas que...
[La situation tourne mal.]
[➤ Que répondez-vous ?]
N-Non... Non, non ! Mais je ne pouvais pas arrêter une fenêtre déjà apparue. Je priai désespérément pour que les options ne soient pas idiotes, mais je le savais déjà : ce système de jeu me déteste.
[1. Je suis exactement ce genre de personne ! (En vous frappant fièrement la poitrine !)
2. Alors à partir de maintenant, je serai équitable et j'abandonnerai aussi Holloway. Vous me pardonnerez, alors ? (Avec l'expression la plus douce du monde.)
3. Holloway ! Allez-vous vraiment rester là pendant qu'on sermonne votre grande sœur ? Quel affreux garnement ! (Avec une mine plus féroce qu'un gobelin.)]
Face à ces choix d'une nullité catastrophique, je murmurai, désespérée :
« ... Est-ce qu'on peut ne pas choisir ? »