Mes yeux s'ouvrirent d'un coup. À l'instant où je me redressai, une douleur vive se propagea depuis ma nuque.
« Ce satané salaud... »
Je marmonnai cette malédiction d'un ton meurtrier en me massant la nuque, puis me figeai net. La texture douce qui effleurait mes doigts. Le lit moelleux... Au lieu de la lourde robe que je portais, quelqu'un m'avait apparemment passé une légère chemise de nuit et un gilet. En prenant la mesure de tout cela, je serrai les poings, et une sueur froide me coula le long de l'échine.
Mon regard tremblant parcourut lentement la pièce. Une chambre ancienne mais d'un luxe encore perceptible emplit ma vision. Des toiles d'araignée s'étiraient au plafond, une vieille armoire se dressait non loin, et le sol de marbre était couvert de poussière et de crasse. Une pluie battante martelait la grande fenêtre qu'on apercevait derrière des rideaux déchirés dans le bas.
« Non, pas ça... »
Je rejetai précipitamment la couverture et descendis du lit. Le marbre fendu craqua sous mes pieds nus et ma peau se hérissa de frissons. En priant de toutes mes forces pour avoir tort, j'attrapai la poignée de la porte vitrée qui donnait sur la terrasse et tirai.
Clic. Clic, clic, clic !
J'eus beau la secouer, elle ne s'ouvrit pas.
« C'est de la folie ! »
Incapable d'accepter la réalité, je saisis un chandelier posé près de moi et le fracassai contre la vitre.
Poum !
Comme arrêté par une barrière invisible, le chandelier ne fit que rebondir. Je ne sais combien de fois je frappai. Cling ! Incapable d'en supporter davantage, je lâchai le chandelier. La main qui l'avait serré était rouge et gonflée, et elle tremblait violemment, sans doute à cause de l'effort soudain.
« Ha... »
Un mince soupir s'échappa de mes lèvres comme une fumée. La Force de correction de l'histoire originale s'était bel et bien activée et m'avait traînée dans l'hôtel abandonné, le décor principal du jeu d'horreur <The Child’s Secret>. Je me frottai le visage à plusieurs reprises en expirant par à-coups. J'avais peur, mais surtout, mon corps n'avait plus aucune force. Après deux jours passés d'affilée sous la pluie, je couvais apparemment un sérieux rhume.
'Comme si être enfermée ne suffisait pas, mon état physique est lamentable.'
Ça rendait la survie encore plus difficile ! J'enroulai mes bras autour de mon corps glacé et serrai les dents.
'Non. J'ai encore une chance.'
Ce n'était pas le moment de désespérer. Sans même songer à enfiler des chaussons, je m'approchai pieds nus de la porte de la chambre et l'ouvris avec précaution.
Le couloir était sombre, et les bougies vacillantes n'éclairaient presque rien. Dans ce silence sinistre, voir surgir un fantôme n'aurait rien eu d'étonnant. C'était le couloir de l'hôtel tel qu'il apparaissait dans les illustrations du jeu d'horreur que je connaissais si bien, et la chair de poule gagna tout mon corps. Je mouillai mes lèvres sèches du bout de la langue et m'avançai prudemment. Comme en réponse à mes pas, le vieux marbre fissuré craqua, et la fraîcheur de la pierre sous mes pieds me fit frissonner. L'hôtel ayant été conçu comme un palace d'un luxe indécent, même les sols étaient entièrement en marbre.
Pour chasser ma peur avec des pensées inutiles, je me dirigeai vers le hall. Peu m'importait où étaient les autres : je devais retrouver au plus vite l'entrée que nous avions empruntée.
« Il faut que je la trouve avant qu'elle se referme. »
Elle s'était peut-être déjà refermée, mais je ne pouvais pas lâcher ce mince fil d'espoir. Guidée par la faible lueur des bougies et tâtant les murs, je parvins de justesse à repérer l'escalier qui descendait. De peur de réveiller un démon, je me dressai même sur la pointe des pieds pour étouffer mes pas, et je dévalai les marches en me faisant aussi petite que possible. J'atteignis enfin le hall, démesurément vaste. Il faisait trop sombre pour bien voir, mais en courant droit devant moi, je trouvai heureusement l'énorme porte d'entrée, la même que Friedel avait ouverte à notre arrivée.
Sans hésiter, je poussai de toutes mes forces. Elle ne bougea pas. J'attrapai la poignée, rejetai mon poids en arrière, tirai aussi fort que possible, puis repoussai de tout mon être.
« Hnnngh... ! »
... Mais la porte ne fit ni bruit ni mouvement.
« Pourquoi tu ne t'ouvres pas ?! »
Était-ce déjà fini, du simple fait d'être entrée ? Alors que je sombrais dans le désespoir, un grésillement crépita dans l'air et une fenêtre de quête apparut.
[Quête principale générée !]
Une quête principale ?
[Quête principale <Survivre dans l'hôtel abandonné en évitant les démons>]
[Objectif : s'échapper par la porte de sortie située quelque part dans l'hôtel.
Temps imparti : jusqu'à votre mort.
Récompense : la survie.
Échec : la mort.]
C'était une blague ? Si je ne m'échappais pas, bien sûr que je mourrais. Et l'inverse était tout aussi évident : si je m'échappais, je survivais. Et ce résultat évident, c'était censé être la récompense ?! Comme si elle avait senti la fureur qui brûlait dans mes yeux, une fenêtre [Chargement...] s'afficha. Après un instant, de nouvelles lettres clignotèrent.
[Des récompenses supplémentaires seront annoncées ultérieurement.]
... Il y avait autre chose ? J'étais curieuse, mais ce n'était pas le problème du moment. Le problème, c'était d'avoir mis les pieds dans ce satané jeu d'horreur et d'en être devenue participante de force.
« Bande de salauds ! »
Une injure venimeuse jaillit de ma bouche. Je leur avais dit que je ne voulais pas entrer ! Je cognai mon front contre la porte et serrai les lèvres. Le froid de la porte s'infiltra dans mon crâne. Je ne pouvais rien faire : toutes les issues étaient bloquées, et la seule option était de suivre la quête principale et de trouver la porte de sortie. Savoir qu'il en existait une, capable de me laisser m'échapper, m'apportait au moins un peu de paix.
À peine avais-je décollé mon front de la porte qu'une autre quête apparut, sans me laisser le temps de souffler.
[Quête secondaire <On est coincés ici !>]
[Objectif : informez tout le monde que vous êtes coincés dans l'hôtel !]
[Attention, personne ne doit vous trouver suspecte.]
[Récompense : une panacée miraculeuse qui guérira complètement votre corps chancelant !]
[Échec : le « Futur conquérant de ce monde » développera une intention meurtrière envers vous !]
Le futur conquérant de ce monde, c'était Holloway. Encore cette histoire de suspicion... De toute façon, je ne voyais même pas où il était passé...
[Oh non ! Le « Futur conquérant de ce monde » Holloway vous trouve suspecte !]
[Niveau de danger actuel de Holloway : « Quoi que vous fassiez, vous avez l'air suspecte. »]
[Jauge de danger augmentée de 10.]
[Si la jauge atteint 30, la difficulté de l'hôtel augmentera de deux crans, réduisant drastiquement vos chances de survie.]
[Exemple : probabilité de perdre un bras : 85 %.]
Quelle délicieuse cruauté ! J'ai failli déverser une magnifique cascade d'injures tirées du fond de mon âme sur cette fenêtre d'une précision inutile. À la place, je respirai profondément, calmai mon esprit et fixai la quête flottante en échafaudant un plan. Je devais feindre naturellement la peur et réveiller les autres sans paraître suspecte. Et ensuite...
Tandis que je bâtissais soigneusement mon plan, je remarquai soudain quelque chose d'étrange et fronçai les sourcils. ... Attends. Ce n'était pas ça, le problème. Je regardai de nouveau la fenêtre flottante. Une phrase écrite en rouge vif ressortait nettement.
[Jauge de danger augmentée de 10.]
'La jauge de danger a grimpé de dix ?'
Pourquoi ? Je n'avais encore rien fait. Avais-je fait quelque chose de suspect dehors, tout à l'heure ? Je ne comprenais pas ce que j'avais bien pu faire de si suspect pour qu'elle monte aussitôt de dix. À ce rythme, deux actions suspectes de plus suffiraient à faire basculer le jeu en mode difficile.
À cet instant, une voix joyeuse me frappa soudain les oreilles, tout près.
« Grande sœur ! »
« Gyaah ! »
Je m'agrippai à mes vêtements et m'effondrai sur le sol. Je ne savais pas depuis quand il était là, mais Holloway se tenait juste à côté de moi.
« M-Mon cœur a failli me sortir de la poitrine. »
« Alors tu serais morte. »
Ne dis pas des choses pareilles. Toi, tu serais bien capable de me tuer. Mon cœur, qui battait à se rompre, se calma instantanément, comme si on l'avait aspergé d'eau froide.
« ... Depuis combien de temps êtes-vous là ? »
« Depuis tout à l'heure ! Depuis que grande sœur a fait "Hnnngh" ! »
« Vous appelez ça "depuis tout à l'heure" ? »
Sale gamin. Non, ce n'est pas un enfant. Un jeune homme ? Non, ça ne sonne pas juste non plus... Alors... le boss ? Voilà, le boss. Le boss final de cette île. Ma température avait visiblement bien grimpé : mes pensées partaient sans que je m'en rende compte dans des directions absurdes.
« Grande sœur, pourquoi tu me vouvoies ? »
Parce que je veux vivre. Et si je tutoyais le boss et qu'il me jugeait soudain impolie avant de m'égorger ? J'avais donc décidé de me montrer aussi prudente que possible.
« Je respecte aussi les enfants. »
« Mais avant, tu me tutoyais. »
« J'ai décidé d'arrêter à l'instant. »
La peur me faisait dire n'importe quoi. Voyant l'expression de Holloway se transformer lentement en quelque chose d'étrange, je toussotai discrètement et changeai de sujet. L'essentiel était de ne pas paraître suspecte. Même si je l'étais déjà... Mais je suis comme ça, que voulez-vous que j'y fasse ?
« Pourquoi ne me demandez-vous rien ? »
« Hum ? À propos de quoi ? »
« Vous m'avez vue essayer d'ouvrir la porte, non ? Et vous m'avez entendue jurer. »
Je me relevai en chancelant et examinai rapidement les environs. Curieusement, le hall paraissait un peu plus lumineux que tout à l'heure, ce qui me permit enfin d'en distinguer l'intérieur. Pour un hôtel abandonné, il était remarquablement propre. Au fond se trouvait la réception, et trois escaliers distincts montaient vers l'étage. Des tableaux et des sculptures inquiétants ornaient les murs et divers recoins, et d'un côté se dressait une fontaine entièrement recouverte de mousse noire. Il semblait y avoir d'autres choses à côté, mais l'obscurité était trop épaisse pour que j'en juge. La peur monta en moi tandis que je fixais ces ténèbres dont je ne pouvais mesurer la profondeur, et avant même de m'en rendre compte, je m'étais collée contre Holloway.
« J'ai bien vu... Mais pourquoi tu t'approches de plus en plus de moi ? »
« Parce que j'ai peur. »
« Même si tu as peur, ce n'est pas plutôt à l'enfant d'avoir encore plus peur ? »
Eh bien... Un faux enfant devrait-il vraiment dire ça ? J'avalai désespérément ma repartie.
« Je suis une adulte plus peureuse qu'un enfant. Bref... »
Je me mis à jouer sérieusement la comédie. Les larmes aux yeux, j'attrapai fermement la petite main de Holloway.
« La porte ne s'ouvre pas... ! Il faut prévenir tout le monde ! »
Il fallait que je termine la quête et que j'obtienne ce remède. Quand le corps était malade, on ne pouvait rien faire. Les yeux rouge sombre de Holloway ondulèrent comme du sang tandis qu'il me fixait.
[Jauge de danger augmentée de 3.]
[La jauge de danger de Holloway atteint « 13 ». Si 17 points de plus s'accumulent, la difficulté augmentera.]
... Étais-je suspecte rien qu'en existant ? Ou mon jeu était-il trop maladroit ? Son regard continua de me jauger un moment avant de se détourner. Si la jauge n'avait augmenté que de trois, il avait peut-être décidé de simplement observer pour l'instant. Tant mieux. À partir de maintenant, je cesserais les simagrées inutiles. Holloway était un boss observateur : je devais me comporter naturellement tout en accomplissant la quête secondaire.
Mettant fin à cette conversation sans intérêt, je montai à l'étage avec lui. Mon corps était lourd comme gorgé d'eau et je trébuchais souvent. Bien que démon, Holloway me soutenait, et cela me fit brusquement m'arrêter. Le bras passé autour de ma taille était incroyablement chaud. Quand sa chaleur toucha mon corps frissonnant, je lui lançai un regard sans y penser. Froid. Malade... J'avais la tête qui tournait si fort qu'il devenait difficile de réfléchir. Après avoir cligné des yeux à plusieurs reprises, mes jambes me lâchèrent soudain et je m'effondrai.
'Ça ne va pas.'
Même s'il était le boss, il ne semblait pas près de tuer qui que ce soit, moi y compris, sur-le-champ. Dans ce cas, je devais me servir de tout ce qui pouvait me servir, puis fuir dès que les choses tourneraient mal. Je regardai Holloway, si chaud en apparence. Pendant une fraction de seconde, l'image floue d'un homme aux traits indistincts sembla se superposer à lui.
'Je perds la tête. Maintenant, j'ai même des hallucinations...'
Je me frottai les yeux et coulai un regard de côté vers Holloway. Il ne se plaindrait probablement pas si je le serrais dans mes bras, et il ne semblait pas décidé à révéler sa véritable identité non plus. Dans ce cas, un petit moment ne poserait peut-être pas de problème. Je l'appelai d'une voix faible.
« Euh, Boss. »
Le titre m'avait échappé. J'avais tant de fois répété « boss final » dans ma tête que c'était devenu un automatisme. Zut. C'est mauvais. Si la jauge de danger augmente de nouveau... Mais au lieu d'une fenêtre système, Holloway plaqua le dos de sa main contre mon front et dit :
« Holloway. »
Merde. Effrayant. Comment un enfant qui donnait simplement son prénom pouvait-il être aussi terrifiant ?
« Hol... hum. Holloway. Puis-je vous demander un service ? »
« Quel genre de service ? »
« ... Je ne sais pas si j'ai attrapé froid, mais je gèle. Rien qu'un petit moment, pourrais-je vous serrer dans mes bras ? Vous êtes vraiment chaud. »
« Je suis chaud ? »
Je répondis sans détour quand il répéta la question.
« Si vous ne voulez pas, oubliez ça. »
Quand j'essayai de me redresser en m'appuyant au mur, Holloway ouvrit grand les bras.
« Non, c'est bon ! Grande sœur est en difficulté ! »
Le voyant accepter de bon cœur, mon visage s'illumina aussitôt et je le serrai contre moi. Une douce chaleur se diffusa dans tout mon corps, comme s'il fondait de lui-même. Maintenant que j'avais mon propre petit radiateur, j'essayai de me lever en portant Holloway pour aller réveiller les autres, mais mes jambes n'avaient plus aucune force.
'... Il faut que je les prévienne tous.'
J'avais besoin de ce remède. Devais-je rester ainsi un petit moment avant d'y aller ? Mais si quelqu'un se réveillait avant que je les prévienne et découvrait qu'on ne pouvait plus sortir de l'hôtel, la quête n'échouerait-elle pas ? Malgré ce flot de pensées, mes yeux se fermaient peu à peu à moitié, tant je me sentais mal. Holloway attrapa mon corps et me secoua.
« Grande sœur, ça va ? »
« Non. »
« Tu es honnête. Mais tu t'inquiètes vraiment autant de ne pas pouvoir sortir ? »
Je fronçai les sourcils et lui retournai la question.
« Pas vous ? Nous sommes sur une île déserte, et soudain il y a un hôtel. Je savais bien que quelque chose comme ça arriverait... C'est exactement comme dans un jeu d'horr... non, un roman. Il pleut, il y a de l'orage, la porte ne s'ouvre pas... »
Pendant que je marmonnais en me lamentant sur notre situation, Holloway hocha la tête comme s'il comprenait enfin.
« C'est vrai. Si on est seulement entré dans un hôtel abandonné pour échapper à la pluie et qu'on découvre ensuite que la porte ne s'ouvre pas, forcément, on a peur. »
[Waouh ! Réjouissez-vous ! Le « Futur conquérant de ce monde » Holloway a complètement renoncé à ses soupçons à votre égard !]
[La jauge de danger repartira de zéro !]
... Hein ? Elle pouvait aussi baisser ? Peut-être était-ce le soulagement. Je resserrai mes bras autour de Holloway et le serrai fermement. Chaud. Avant que je ne puisse m'assoupir comme un chat, une nouvelle notification apparut, assez surprenante pour me faire rouvrir grand les yeux.
[Félicitations !]
[L'affection à votre égard a augmenté de 0,1 % !]
[Affection : 0,1 %]
Quoi ? Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que j'avais fait, au juste ? Et surtout, si c'est si peu d'affection, inutile de me prévenir. Je ne suis pas contente du tout.