Attends. Calme-toi.
« Si je ne peux pas quitter cet endroit, comment suis-je censée respirer ? »
Le bout de mes doigts était glacé. Mon cœur battait si violemment de tension qu'il semblait prêt à jaillir par ma gorge. Si l'eau continuait à monter jusqu'à engloutir tout cet espace, ma vie s'arrêterait là, elle aussi.
[Pour assurer le bon déroulement de la quête, vous recevez en cadeau spécial l'« Air PANG ! »]
C'est quoi, ce PANG ?
[Air PANG ! : vous permet de respirer librement sous l'eau pendant environ 5 heures.]
S'ils m'offraient quelque chose d'aussi pratique, c'est qu'ils me forçaient évidemment à terminer la quête quoi qu'il arrive. Quelque chose de translucide me recouvrit le nez et la bouche avant de disparaître comme s'il n'avait jamais existé. Je n'ai donc vraiment pas le choix : il faut plonger dans cette eau noire... Je n'ai pas envie de plonger. Attends...
« Vous ne trouvez pas que vous êtes... plus près de moi, maintenant ? »
Nous n'étions pas assez proches pour nous être rapprochés si vite. Je bredouillai des absurdités pour tenter de surmonter ma peur. Les têtes monstrueuses se contentèrent de me fixer. S-Stop. Arrêtez de me regarder, je vous en prie. Je n'avais jamais reçu autant d'attention passionnée de toute ma vie...
Pendant que j'hésitais, l'eau était déjà montée jusqu'à mes cuisses. J'ouvris prudemment la bouche.
« ... Ahyaaa. »
[Puissance d'attaque +1 %.]
[Précision +0,1 %.]
Vous voyez ? Je suis menaçante. Je balançai les nunchaku. Les fantômes ne cillèrent même pas. Moi, si. À ce stade, même les pensées de Holloway avaient cessé d'apparaître. On dirait qu'il m'a déjà oubliée et vit heureux. Holloway. Ta grande sœur souffre comme une damnée, ici. C'est vraiment comme ça que tu comptes me traiter ? Même si tu es un démon sans cœur... Même si ton Affection ne vaut presque rien... Nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais quand même... !
Comme pour me dire d'arrêter mes bêtises, l'eau monta régulièrement jusqu'à clapoter autour de ma taille. Les fantômes s'étaient rapprochés d'autant.
« ... Très bien. Puisqu'il faut le faire de toute façon. »
Essayons. Comme toujours. Je ne peux pas mourir ici. Mes bras ne bougeront pas librement sous l'eau, alors il faut d'abord m'occuper au moins de ces fantômes tant que je suis encore au-dessus de la surface. Plus je criais fort « Ahyaaa », plus la Puissance d'attaque et la Précision semblaient augmenter. Quand je le chuchotais, le système disait que je manquais de confiance. Quand je haussais un peu la voix, j'obtenais des bonus, mais plus petits que quand j'avais battu Suriel. Alors si je criais « Ahyaaa » en boucle, aussi fort que possible... Peut-être pourrais-je les éliminer. Je levai les nunchaku bien haut au-dessus de ma tête. J'inspirai profondément.
« AHYAAA ! AHYAAAAA ! »
Je fis retomber les nunchaku de toutes mes forces.
Fwoooush !
L'arme fendit l'air. Je m'attendais à ce qu'une attaque massive éclate, mais tout resta silencieux.
« ... ? »
Avais-je tort ? Avait-ce échoué ? Puis...
Plouf, plouf.
L'eau noire autour de ma taille se mit à onduler. La vibration m'atteignit. Un violent coup de vent se mit soudain à tourbillonner autour de mon corps.
[Puissance d'attaque +1011 % !]
[Précision +810 % !]
[Les deux valeurs dépassant 500 %, un puissant vent va être généré !]
WHOOOOOOSH !
Un vent formidable éclata autour de moi et fonça sur les monstres qui flottaient sur l'eau.
« Kiiiiiiik ! »
« Kiik ! »
Les monstres hurlèrent de façon bizarre. Incapables de résister, ils furent emportés par la bourrasque. Le vent était si fort que l'eau se fendit un instant comme dans le miracle de Moïse, dévoilant le fond de la piscine avant de se refermer. L'eau tangua violemment une fois. Puis tout redevint calme, comme si rien ne s'était passé. Tous les visages qui flottaient à la surface avaient disparu.
[« Piranha aux yeux rouges » vaincu.]
[Récompense : « Yeux clairvoyants » obtenus !]
Yeux clairvoyants ?
[Yeux clairvoyants : des yeux capables de tout voir dans la « Forêt noire », où l'on ne voit normalement rien.]
Et surtout, ces fantômes d'eau étaient des piranhas ? Imaginer les dents cachées sous la surface me donna la chair de poule. L'eau était déjà montée juste sous ma poitrine. Je n'avais plus nulle part où reculer. Même si c'était dégoûtant, je n'avais pas le choix : à ce stade, j'étais déjà pratiquement sous l'eau de toute façon.
« Huuup ! »
J'inspirai profondément et m'immergeai. Je serrai les paupières et tentai de respirer avec prudence : cela marchait aussi confortablement qu'à la surface. J'ouvris lentement les yeux. Peut-être grâce aux « Yeux clairvoyants », je voyais clairement sous l'eau. Sous l'eau noire, d'innombrables plantes aquatiques s'étiraient vers le haut, si denses que je me demandai comment un tel endroit pouvait exister.
'Est-ce pour cela qu'on l'appelle une forêt ?'
À l'idée que quelque chose puisse surgir de ces épaisses plantes, l'angoisse me saisit aussitôt. Je serrai les nunchaku comme une bouée de sauvetage. D'abord, j'avance tout droit... et je cherche la bouche d'évacuation. Je pouvais détruire chaque bocal un par un, mais Suriel avait collecté tout cela sur une longue période : l'Air PANG expirerait probablement bien avant que j'aie fini de tout briser. Je nageai vers les plantes aquatiques. C'était le genre d'endroit qui faisait hésiter rien qu'à le regarder. Tandis que je restais là à les fixer, quelque chose brilla entre les plantes. C'est quoi, ça ? J'avançai prudemment la main et écartai la végétation. Derrière : d'innombrables bocaux de verre contenant des parties de corps humains.
'Putain de merde... !'
Des bulles jaillirent de ma bouche ouverte sous le choc. Le nombre de bocaux me terrifia assez pour que je veuille instinctivement fuir. Puis une pensée me frappa soudain : n'était-ce pas l'occasion parfaite de tous les détruire ? Avec les nunchaku... ! Ma détermination à survivre l'emporta sur ma peur. Comme avant, je levai l'arme et criai :
« Ahyaaa ! »
Silence... Hein ?
« Ahyaaa ! »
Je criai de nouveau. Rien. ... Ne me dites pas que c'est parce que ma voix ne sort pas sous l'eau ? Alors je vais nager jusqu'à la surface et crier plus fort que jamais. Je nageai aussitôt vers le haut. À l'instant où j'atteignis ce qui aurait dû être la surface, je me retrouvai nez à nez avec le plafond. Autrement dit, l'eau avait déjà rempli toute la pièce jusqu'au plafond. ... Je ne peux pas utiliser les nunchaku.
[Les nunchaku ont atteint la limite de leur durabilité.]
Frrrr...
Les nunchaku tombèrent en poussière et se dispersèrent. Evelyn a perdu son arme... Maintenant que j'avais perdu mon moyen d'attaque, il ne me restait qu'une chose à faire : trouver à tout prix la bouche d'évacuation et l'ouvrir. Il était inutile de pleurer une arme déjà disparue, surtout qu'il me fallait trouver un minuscule orifice dans cet immense endroit. Et le temps imparti n'était pas particulièrement généreux. Je redescendis. Au moment où je me préparais à entrer dans les plantes aquatiques...
« Je sens un humain. »
Crrrk, crrrk.
« Odeur... humain... »
Cela veut dire que... moi... ?
« Délicieux... Ça sent délicieux. »
Délicieux... moi... ?
FWOUCH !
Un énorme bras jaillit soudain d'entre les plantes aquatiques. J'étais complètement prise au dépourvu et la force me projeta sur le côté. La main me rata de peu. Le bras était d'un rouge vif, si rouge, et étrangement bleuâtre, qu'on aurait dit qu'aucun sang n'y coulait. D'épaisses veines saillaient de façon grotesque. L'énorme main s'ouvrit largement, puis se referma soudain en un poing. La force à elle seule changea la direction de l'eau alentour et créa un petit tourbillon.
« ... Raté. Je ne l'ai pas attrapée. »
« Pas là. Regarde bien. Un peu plus sur le côté. »
... Regarde ? Je sentis un regard d'une intensité insupportable. Venant des plantes aquatiques. Assurément. Je parvins à peine à tourner le cou. À l'instant où je vis l'énorme œil qui me fixait depuis le début, mon souffle se coupa.
'... !'
Je respirais, et pourtant je ne pouvais pas respirer. La force oppressante qui me serrait les côtes et les poumons ne me laissait même pas bouger le bout des doigts.
« Là-bas. »
« ... Attends. »
Puis-je m'échapper ? La résistance de l'eau rendait les mouvements difficiles, et je n'étais même pas particulièrement bonne nageuse.
« Celle... qui a tué mes enfants. »
« Pas question qu'elle meure doucement. »
Roule, roule. La pupille tournait en rond. Puis elle s'arrêta brusquement. La grande pupille unique se scinda en deux. L'énorme main qui m'avait ratée tout à l'heure fonça dans l'eau à une vitesse qui paraissait impossible sous l'eau et m'écrasa de plein fouet.
'Ugh !'
La force était colossale. On aurait dit que la résistance de l'eau ne s'appliquait qu'à moi, tandis que ce monstre se mouvait librement. Comme une mouche écrasée par une tapette, je fus projetée et heurtai le mur.
Boum !
'Ugh !'
Du sang jaillit d'entre mes lèvres et flotta vers le haut.
'Kgh !'
Tout mon corps avait l'air d'avoir été déchiré.
« Encore en vie. »
La main se retira de nouveau. Je mordis ma lèvre. Il faut que je fuie. Mais sa portée est trop grande ! Mes pensées s'emballèrent durant ces quelques secondes. Le pistolet ? Devais-je tirer ? Mais je n'avais aucune idée de savoir si la balle aurait assez de puissance sous l'eau, et cette dernière balle était trop précieuse pour être gaspillée. Alors... Les chances étaient minces, mais il ne restait qu'une méthode. Je nageai désespérément vers les épaisses plantes aquatiques. Si j'entrais dedans, je pourrais peut-être me cacher temporairement. L'œil me suivait où que j'aille. Un frisson me parcourut l'échine, si intense qu'on aurait dit que de l'eau glacée était entrée dans mon corps. La peur de la mort était juste devant moi. Je mordis ma lèvre inférieure assez fort pour la faire saigner. Tout mon corps battait de tension comme quelqu'un qui bat du tambour. Puis ma vision se mit à se brouiller.
'Pourquoi ?'
Cligner des yeux n'y changeait rien. Me frotter les yeux non plus.
[Votre peur augmente. L'effet des « Yeux clairvoyants » commence à disparaître.]
De quoi parlez-vous, Système ?!
[Caractéristique des Yeux clairvoyants : votre vision s'assombrit quand vous avez peur.]
... Quoi ? Vous ne l'aviez pas dit !
[C'était écrit en très petits caractères en dessous.]
Ce n'y était pas ! Ma protestation fut ignorée. Ma vision devint soudain complètement noire. Mon corps qui nageait se figea. Je ne voyais pas à un centimètre devant moi. Je ne pouvais pas dire si ce qui effleurait le bout de mes doigts était des plantes aquatiques, de l'eau ou autre chose. ... Je vais mourir. 'Comme ça ? Dans cet état ?' Incapable de savoir dans quelle direction je nageais, mon corps heurta quelque chose de dur.
Tap.
... Un mur ? Non. Non ! Roule ! 'Un œil... !'
Clignement. Clignement.
Il n'était invisible que parce qu'il était fermé. Après avoir cligné plusieurs fois, l'œil géant s'immobilisa. Puis des monstres se mirent à émerger de ses deux pupilles. Même dans cette obscurité, sans l'effet des Yeux clairvoyants, leurs formes étaient parfaitement visibles. C'étaient des monstres que je connaissais déjà : les mêmes « Piranhas aux yeux rouges » qui flottaient à la surface ! Il n'y en avait pas un ou deux. Les piranhas émergèrent presque paresseusement et nagèrent vers moi en me fixant. Puis, comme s'ils n'attendaient que cela, ils ouvrirent grand la bouche. Les coins de leur bouche se fendirent. De rangées de dents pointues serrées devinrent visibles.
« KRAAAAAAGH ! »
'Putain !'
CRAC !
'Aaagh !'
Un cri silencieux jaillit de moi. Le monstre qui chargeait me plaqua vers le fond.
Boum...
Même dans cette eau noire, mon sang était nettement visible. Un instant, il illumina le sol avant de se disperser. Je ne laissai pas passer cet instant. Pouvais-je voir à travers le sang ? Pour vérifier, j'attrapai les cheveux du piranha qui me mordait encore l'épaule et lui enfonçai le doigt dans l'œil. Cela lui fit apparemment mal : la mâchoire qui s'était refermée sur mon épaule faiblit. Je l'arrachai aussitôt. Le sang jaillit. Je vois... ! À travers le nuage de sang, je voyais clairement ce qui se trouvait devant moi. Du sang. Je vois grâce au sang !
La douleur n'avait plus d'importance : mon désir désespéré de survivre la recouvrit temporairement. Serrant les dents, j'écrasai exprès la plaie de mon épaule pour répandre davantage de sang. Puis je m'aplatis contre le fond. Me servant de mon propre sang comme d'une lampe de poche, j'avançai. Chaque fois que je le faisais, des dents de piranha s'enfonçaient dans mon mollet, ma cuisse, mon bras et ma main, ma taille...
'Aaagh ! Mes fesses !'
Il a mordu fort ! Vous n'avez donc aucune déontologie, bande de salauds ?! Pas les fesses ! Les larmes, qui avaient cessé, recommencèrent à ruisseler sous l'insupportable douleur. Je ne vous pardonnerai pas. Sérieusement. Croyez-vous que je vais mourir ici ? Je refuse de mourir ici, ne serait-ce que par pur dépit.
[Un puissant instinct de survie s'est éveillé.]
[Grâce à votre instinct de survie, l'emplacement de la « Bouche d'évacuation » est révélé.]
... Qu'est-ce que vous dites ? Si ça ne s'était pas activé, vous alliez me laisser mourir ?
[Si vous perdez encore du sang, votre cause de décès deviendra « hémorragie ».]
Mourir ? Non ! Je nageai de toutes mes forces vers la flèche qui brillait dans l'eau noire. Repoussant les piranhas accrochés à moi, je tendis le bras et saisis la bouche d'évacuation.
'Lâchez-moi, bon sang !'
À l'instant où j'attrapai le couvercle et tirai vers le haut...
GROOOOOOOUM !
Dans un satisfaisant bruit de chasse d'eau, un violent tourbillon se forma autour de la bouche d'évacuation.
'Ugh !'
Naturellement, je n'étais pas épargnée. Tout ce qui se trouvait dans l'eau se mit à tourner vers le drain. Mon corps fut ballotté de tous côtés par toutes sortes de débris. À travers le sang qui tourbillonnait, j'aperçus des parties de corps conservées dans des bocaux de verre.
GROOOOOOOUM !
'... Le niveau de l'eau baisse.'
L'eau s'évacua rapidement. La surface, qui se trouvait très au-dessus de ma taille, passa sous mon cou, mes épaules, ma taille, et finalement mes chevilles. Une lueur rouge de bougies s'alluma et éclaira l'espace. Puis un froid brutal s'abattit sur moi. Mon corps se mit à trembler.